29/11/2016

Après Alep, Poutine veut reprendre l'Ukraine

L'islamisme est un projet politique fort dangereux, mais il n'a pas le rapport de forces nécessaire à sa réalisation dans nos pays et ne l'aura jamais. Le robinet du pétrole sera tari bien avant qu'il n'en ait les moyens militaires, donc matériels. Idem des moyens humains: si le nombre de musulmans d'origine et convertis atteint les 10% en France, il est plus de cinq fois inférieur en moyenne européenne ou américaine, ce qui laisse une grosse marge...
Même avec la démographie nettement plus forte des milieux islamistes, il faudrait plusieurs générations pour inverser la tendance, or l'islamisme est aussi un phénomène générationnel de mode et à ce titre n'est pas appelé à durer ad vitam eternam. D'autant moins qu'on note un fort mouvement de jeunes musulmans vers l'agnosticisme et l'athéisme, sur le modèle de nos sociétés, mouvement épris de liberté qui s'accélère et qui donc devrait bientôt dépasser l'islamisation des consciences. C'est tendanciel, tant dans nos pays (en fait, en Suisse, il l'a déjà dépassé: le nombre d'athées y augmente plus vite que le nombre de musulmans) que dans les pays d'Islam.
Ce ne sont pas les attentats tragiques, qui font autant de morts qu'un week end d'accidents de la route qui détruiront nos sociétés. Sinon les accidents de la route l'auraient déjà fait. Cela fait plus d'un siècle que le terrorisme est utilisé par des mouvements politiques extrémistes en Europe, en Russie, au Maghreb ou au Moyen Orient et même en Amérique, dans le but d'arriver au pouvoir. Mais aucun n'y est jamais parvenu, malgré les morts accumulés.
Par contre, le terrorisme a très souvent été manipulé par des services secrets de puissances étrangères pour désorganiser un pays ennemi (et parfois officiellement "ami") ou tout simplement lui faire mener la politique qui arrange le pays manipulateur. Nous n'en ferons pas la liste ici, c'est le sujet d'un film en cours ...
Le projet politique qui nous menace aujourd'hui, beaucoup plus dangereux, vous le savez si vous me lisez de temps à autre, c'est celui de l'amicale des despotes milliardaires, dirigée par Vladimir Poutine.
Comme l'islamisme, le projet de Poutine est une théocratie conservatrice, dans laquelle la religion est sciemment utilisée comme opium d'un peuple abandonné au bon vouloir des puissants. Avec ni plus ni moins de mépris pour le petit peuple et ses croyances que n'en montrent les souverains wahabites lorsqu'ils se vautrent dans l'alcool et la fornication, loin de Ryadh.
Il est plus dangereux ce projet, parce que Poutine possède l'arme absolue, le nucléaire capable de tout détruire et lui avec. Il le sait. Donc il préfère utiliser l'arme de la guerre secrète: la propagande et la manipulation. Ce qui inclut le terrorisme, en instrumentalisant évidemment celui qui est présenté comme l'ennemi commun: l'islamisme.
C'est très efficace et pernicieux, car masqué. L'outil islamique de l'amicale des despotes milliardaires, c'est Daesh. Qui n'est que l'avatar moderne d'une vieille idéologie panarabe, nationale et socialiste, le baasisme. Créée par des déçus du marxisme, anciens compagnons de route du parti communiste, dans les années 30, MIchel Aflak et Saladin Bittar. Alliés aux nazis durant la seconde guerre mondiale contre l'impérialisme franco-britannique, ils furent récupérés par les soviétiques après la création de l'Etat d'Israël. Leurs descendants spirituels, Hafez el Assad et Saddam Hussein, tous deux très proches du KGB, prirent leurs pouvoirs dans leurs pays respectifs, devenant le fer de lance de l'action de Moscou au Proche Orient.
Sauf qu'ils se mirent aussi à se détester cordialement. Mais à la chute de Saddam, en 2003, les baasistes syriens de Bachar, le fils de Hafez, offrirent l'asile à leurs ex-condisciples irakiens. L'asile et quelques facilités, comme des camps d'entraînement au Djihad, dans l'est désertique syrien. Ce fut la matrice de Daesh, et les baasistes restent liés entre eux par une opposition indéfectible aux pétromonarchies traditionnelles, alliées de l'occident, qui financent l'autre versant du terrorisme, ainsi que les rebelles démocrates de l'Armée syrienne libre, qui furent les premières victimes de Daesh.
Le problème avec Poutine, c'est qu'il est dans une logique de guerre de conquête et que ce genre de délire ne s'arrête que par la défaite cuisante et définitive du conquérant. Ceux qui espèrent qu'il s'arrêtera pour digérer, une fois repu, se trompent lourdement. Son ambassadeur à l'ONU vient de reconnaître officiellement l'intervention des troupes russes en Ukraine, mais "à la demande du Président Ianoukovich". Ce que Ianoukovich, ressorti du formol à Moscou, s'est empressé de confirmer.
Or l'argument massue de Poutine en Syrie, c'est que c'est le gouvernement légitime qui lui a demandé d'intervenir, ce que la communauté internationale avale. Avec des hauts le coeur, mais elle avale. Un Trump et un Fillon ne légitimeront jamais une révolution, c'est le contraire absolu de leurs valeurs: même si leurs Républiques sont issues de Révolutions, eux sont issus de Restaurations. Comme Poutine lui-même. Et c'est toute la stratégie et l'argumentaire de Poutine de rendre inacceptables le renversement de gouvernements en place. Quel que soit le niveau de leurs exactions et l'exaspération de leurs peuples.
Du coup, tout ce qui s'est passé après le départ de Ianoukovich en Ukraine devient illégitime et il importe de remettre ce dernier au pouvoir, lui ou son héritier spirituel, à la solde de Moscou. Je le vois venir gros comme une maison. Puisque l'abandon des sanctions est déjà dans le gazoduc, cela devient l'objectif suivant...
Et à chaque fois que Poutine marquera un point, il n'aura de cesse de passer au suivant. C'est ça ou l'effondrement.
La seule bonne nouvelle pourrait être, paradoxalement, la nomination par Trump de Petraeus au Département d'Etat, si elle se confirme. L'ancien patron de la CIA semble être parfaitement lucide à l'égard du Kremlin et avoir très bien compris que la main de fer dans un gant de velours était la seule attitude possible en face d'un comportement immature. Sauf que si c'est dans une logique de confrontation nationale, plutôt que de perspective de coordination globale, on va dans le mur...

20/11/2016

Faire entrer le loup Poutine pour éradiquer le virus Daech

Bon, on résume:

voter Juppé c'est essayer de préserver des équilibres humanistes, ethniques, religieux et progressistes, mais aussi géopolitiques, qui peuvent faire la grandeur de l'Europe et assurer demain son avenir, dans un monde menacé par la dérégulation.

Voter Fillon, c'est ouvrir la porte de la bergerie européenne au grand méchant loup Poutine qui n'a de cesse de la réduire en miettes pour pouvoir tranquillement imposer sa loi et dévorer ses moutons un à un. Le tout pour éradiquer le virus daech de la grippe islamiste.

Très probablement sorti des laboratoires de Moscou.

C'est la première fois depuis fort longtemps, peut-être la première tout court, qu'une élection présidentielle française va se jouer sur une question de géopolitique !
Avec l'un des papables qui se présente clairement en favori d'une chancellerie étrangère que l'on sait hostile

18/11/2016

Le populisme et les conservateurs contre le peuple et la démocratie

Résumons: Hillary a engrangé un million de voix de plus que Trump. Le peuple américain n'a donc pas davantage choisi Trump que le fils Bush en 2000. C'est la perversion du système électoral qui s'en est chargé, en favorisant les régions rurales conservatrices au détriment des mégapoles modernistes. Ce que certains appellent « le pays profond » contre la mondialisation cosmopolite
La perdante, c'est la démocratie, parce que la voix d'un rat des villes vaut moins que celle d'un redneck des campagnes. Le hic, c'est que cette tendance est mondiale. Partout, la démocratie recule et les gagnants de l'heure sont les despotes, avérés ou potentiels, qui exploitent la peur des sociétés traditionnelles devant le changement accéléré de leurs habitudes.
Les dictatures ont toujours échoué à imposer la modernisation à marches forcées. L'Iran du Shah a laissé place aux mollahs, la Russie retourne à l'époque tsariste et l'héritage d'Ataturk est grignoté implacablement, d'Istanbul à Ankara.
Il y a 12 ans, une star de la télévision turque me faisait découvrir Istanbul. Comme je m'étonnais de l'aspect incroyablement moderne et européen de la ville et de ses habitant(e)s, elle éclata de rire : « Mais ça c'est Istanbul ! L'Anatolie est peuplée de femmes voilées de noir et d'hommes du XIXème siècle... ».
C'est la même chose en Inde, où le gouvernement Modi est d'abord un régime conservateur et religieux. Idem de la Pologne ou de la Hongrie.

Le problème, c'est que le progrès plus "progressif" de nos démocraties mécontente tout autant les campagnes. On sait qu'en Suisse, le fossé villes-campagnes remplace le Röstigraben. En France, également, l'éruption populiste est d'abord celle des campagnes et bourgades traditionnalistes contre les gros centres urbains progressistes. En Allemagne itou, Pegida n'est pas né à Berlin et Londres a voté contre le Brexit.
Dans ce terme de populiste, il y a peuple, et c'est inconvenant. Parce que le peuple, ce n'est pas forcément les gens des campagnes. Les citadins aussi sont le peuple. Et souvent, ils sont plus nombreux. Sur le fond, personne ne veut voir disparaître les traditions. Mais beaucoup de jeunes et aussi de moins jeunes, n'ont aucune envie de se laisser emprisonner par elles. Et surtout pas de devoir abandonner leur mode de vie et leur ouverture au monde à cause des peurs de quelques uns. Qui ne sont définitivement pas la majorité.

15/11/2016

Chaque élection d'un(e) populiste nous rapproche davantage de la guerre !

Depuis 3 générations, la construction de l'Union européenne et la démocratie nous ont apporté la paix et des conditions de vie que le reste du monde nous envie. La paix, ce n'est pas seulement l'absence de guerre, mais le remplacement de la conscription obligatoire (18 mois de service national sous l'uniforme en France quand j'étais jeune) par une armée de métier et la baisse sensible du budget militaire. Ce qui permet à l'Etat de faire des choses plus utiles que d'acheter des armes avec nos impôts.
Mais comme nous n'avons plus guère la possibilité de comparer, nous avons pris l'habitude de critiquer les mauvais côtés du système, sans jamais voir les bons.
Même en Suisse, qui reste le pays le plus militarisé d'Europe occidentale, la durée du service n'a cessé de reculer, tandis que le nombre de réformés « médicaux » augmentait.
Quand j'étais jeune, la majorité des pays du monde étaient des dictatures. Même en Europe. Communistes ou fascistes, mais dictatoriales, avec un grand nombre de points communs en fait, à commencer par la restriction des libertés. Politiques, individuelles et aussi économiques. L'Etat y dirigeait tout et il y était interdit de se plaindre ou de critiquer le régime. Au point que l'une des caractéristiques de ces régimes était la rareté, voire l'absence des bistrots : puisqu'on ne pouvait pas s'exprimer librement dans les lieux publics où l'on courait le risque d'être espionné et jeté en prison, les gens se réunissaient chez eux. Où l'on n'était d'ailleurs jamais à l'abri d'un traître dans la famille.
Nous pouvions voyager dans ces pays. C'était un peu compliqué, il fallait faire la queue des heures aux frontières, mais c'était possible. Et la misère tant matérielle qu'intellectuelle, le sentiment oppressant de pays-prisons nous sautait aux yeux.
Les choses ont commencé à changer à la fin des années 70, avec la fin des dictatures fascistes du sud de l'Europe. Au Portugal, en Grèce, en Espagne, on avait de nouveau le droit de se retrouver dehors, et de faire la fête, que les madrilènes ont nommé « movida ». La libération des moeurs et des idées s'est accompagné d'une libéralisation de l'économie qui, avec l'entrée dans l'UE, a considérablement augmenté le niveau de vie des gens et modernisé ces pays.
Ceux de l'Est ont suivi dix ans plus tard, avec la chute du mur de Berlin. Là aussi, la liberté d'expression et le libéralisme économique ont fait des miracles. Mais ce fut plus dur, notamment en Russie, qui reçu moins d'aide que les anciens pays de l'Est et qui n'avait pas autant le sentiment d'une libération. Les anciens pays de l'Est se libéraient à la fois du communisme et de l'oppression nationale du pays colonisateur, la Russie. Tandis que la Russie se libérait du communisme en perdant son statut de pays dominant.

Il y a deux façons de faire changer un pays.

1) La voie réformiste : en gros, on garde les institutions et le système, que l'on change par petites touches, ce qui prend du temps, mais permet de faire les choses en douceur

2) La voie révolutionnaire : on fait table rase du passé, et l'on reconstruit. Ce qui cause énormément de dégâts et permet d'abattre très vite les anciens symboles, mais prend beaucoup de temps aussi à reconstruire. Parfois plus que la réforme et surtout avec beaucoup plus de violence.

Dans les anciens pays fascistes comme dans les anciens pays de l'Est, l'aide européenne et américaine a permis de changer les choses en mixant réformes et révolution, sans trop de dégats. En Russie ce fut une vraie révolution.

Aujourd'hui, ce que les populistes veulent mettre en place un peu partout, c'est de fait un retour aux régimes fascistes du XXème siècle, qu'ils soient de gauche ou de droite : un sentiment national fort, une économie nationale et dirigée, la fermeture des frontières, des armées solides... Ce que préparent ces gens, en fait c'est la guerre. Pas seulement parce que quand les marchandises cessent de passer les frontières, ce sont les armées qui les passent, mais parce qu'ils s'attaquent à l'ordre mondial qui est celui des organisations internationales et des abandons de souveraineté au profit d'institutions de médiation, les organisations internationales, qui ont vocation à résoudre les différents entre Etats.
Si l'on restaure la pleine souveraineté des Etats, on restaure la loi de la Jungle. Chacun maître chez soi et personne pour juger et trancher en cas de conflits entre Etats souverains. Qui n'ont d'autre solution, du coup, que la guerre et la loi du plus fort pour dire ce qui est juste. Ou injuste...
Un peu comme si dans une cour d'école ou une prison, on enlève toute surveillance... Actuellement, nous avons des organismes internationaux, qui essaient de dire qui a raison et qui a tort et un pays, les Etats-Unis, qui fait office de gendarme. Le fait qu'il soit là peut paraître embêtant, mais en attendant, cela permet aux pays d'Europe de ne consacrer que très peu d'argent à leur défense nationale et de se passer de la conscription.
Du coup, seuls ceux qui en ont vraiment envie vont faire l'armée et le cas échéant la guerre, limitée à des interventions de maintien de l'ordre dans des pays en difficulté, pour ce qui concerne les armées européennes.

Cette part du budget de l'Etat qui part en armement (plutôt qu'en éducation, culture, construction de routes ou de tramways) s'exprime en pourcentage du PIB. Autour de 4 aux Etats-Unis, 2 en France, 1 dans la plupart des pays d'Europe et officiellement plus de 6 en Russie. En fait probablement actuellement près de 10 car des fonds très importants y sont alloués secrètement, pour ne pas révéler la manière dont ils sont utilisés.

Le premier point d'accord de Trump et Poutine, c'est que les Etats-Unis doivent cesser d'être le gendarme du monde. Cela leur coûte cher et il se trouve que les Russes seraient ravis de prendre le relais sur le Moyen Orient d'une part, l'Europe de l'autre. Un peu le schéma de l'accord sino-américain qui avait permis de mettre fin à la guerre du Vietnam sous Nixon et Kissinger : on laisse la responsabilité de l'Asie du Sud-Est à la Chine et tant pis pour les vietnamiens ou les chinois de Hong Kong ou de Taïwan, qu'on livre implicitement à la Chine "populaire". De même qu'à terme, la Corée, les Philippines, le Japon, la Malaisie...

Cette vision du monde, c'est celle d'une poignée de grands ensembles rivaux maîtres chez eux et se réunissant au sommet pour régler leurs problèmes. Ou se tapant dessus pour les régler, en l'absence d'organisme de médiation supranational. Parce que cette vision du monde, c'est aussi, vu de Washington, considérer que la montée en puissance de la Chine est un réel danger et que tout le reste mérite d'être sacrifié à la guerre sino-américaine que Trump a lui-même annoncée. Sous forme économique plus que militaire, certes, mais on peut affirmer sans se tromper qu'en ce bas monde, tous les conflits qui n'ont pas des bases religieuses ont des bases économiques... Sur cet objectif avoué de la bagarre ultime contre la Chine les républicains de Trump rejoignent les néo-cons républicains de Bush Jr. Avec pour objectif de se rallier la Russie, ses ressources et ses bombes atomiques.

Pour l'Europe, les conséquences sont énormes. Soit l'UE se prend en mains, renforce ses structures et construit, au plus vite, une armée commune digne de ce nom, soit la première puissance économique de la planète sera découpée en tranches et livrée aux intérêts étrangers. Ce qui semble être le plan sur lequel s'accordent Poutine et Trump. Poutine travaille de longue date à saper les bases de l'unité européenne, non sans succès. Face à l'UE, il est un nain économique et même militaire, bombes atomiques mises à part. Mais face à chacun des pays d'Europe séparément, il est un géant. Le raisonnement semble le même dans l'entourage de Trump et dans les milieux nationaux populistes européens, qui réclament un nouveau Yalta. Soit un partage de l'Europe et des sphères d'influence entre la Russie et les Etats-Unis. Ce qui en clair, signifie d'abandonner l'Est à la Russie et de casser l'UE, première puissance économique mondiale, pour ne laisser que des petis pays souverains.

C'est ce qu'il faut comprendre de l'offre faite par Stephen Bannon, principal conseiller de Trump, aux héritières Le Pen et plus généralement aux extrêmes droites souverainistes européennes, de les aider à prendre le pouvoir pour mieux tuer l'Europe. Renforcer les souverainetés nationales, c'est réduire la force de l'ensemble européen, démultiplier encore les dépenses d'armements, désormais plus nationales que jamais, réintroduire à coup sûr la conscription et bien évidemment livrer des pays plus petits et moins forts individuellement à l'appétit des dominants que sont Moscou et Washington sous les couleurs républicaines.

Au final, on vend aux gens le mythe de démocraties va-t-en guerre – alors que pas un de nos jeunes aujourd'hui ne risque d'y aller s'il n'en a pas l'envie -, pour mieux leur fourguer un enchaînement inéluctable qui va les mener à la guerre, la vraie, avec mobilisation générale et destructions massives.
Avec des années de restriction des libertés et d'augmentation des budgets militaires et donc dégradation des conditions de vie civile dans l'intervalle.
Peut-être qu'au lieu de se plaindre de la « société post-apocalyptique », terme employé pour définir notre société sur des blogs de jeunes aujourd'hui en France, les-dits jeunes feraient mieux de s'interroger sur ce qui les attend pour de bon s'ils ne se réveillent pas et laissent les populistes nous ramener au XXème siècle !

14/11/2016

Servir la soupe aux dictateurs

Magnifique manipulation du camarade Mettan dans ces pages. D'abord il reprend à son compte la thèse très controversée d'un professeur d'histoire de Harvard, spécialiste du XVIIème siècle, qui a commis un ouvrage sur les origines de la russophobie en Grande-Bretagne dans l'immédiat après-guerre.

En clair, selon cet intellectuel que le Kremlin adore, les démocraties mentent, parce qu'elles y sont contraintes pour obtenir la majorité dans la conduite de leurs actions, de leurs guerres en particulier. Tandis que les dictatures n'en ont pas besoin.

Il écrit ça au début de la guerre froide, au moment où "les 5 de Cambridge" universitaires britanniques d'excellente famille - qu'il connaît apparemment - s'avèrent être des agents soviétiques infiltrés au plus haut niveau du renseignement britannique. Kim Philby affichant même un anticommunisme tellement marqué qu'il est nommé à la tête de la section "URSS" du MI6. Avant de faire défection et de se réfugier à Moscou. Entretemps, il a couvert les espions soviétiques qui ont livré les secrets de la bombe atomique à Moscou et fait exécuter, pendant des années, des dizaines d'agents occidentaux infiltrés en URSS, en Albanie ou ailleurs, dont il communiquait les noms au KGB avant même leur arrivée... 

Chacun aura donc l'appréciation qui convient sur le sens des mots mensonge et tromperie.

Ceci corrobore l'étonnante constante des thèses complotistes actuelles, amplifiée par la propagande officielle des médias russes... L'amicale occidentale des camarades et adorateurs du Kremlin n'est pas en reste. Selon ce club des fans de despotes milliardaires, seule la CIA et les services occidentaux agissent dans l'ombre et se livrent aux pires exactions. 
Bien que le budget des services russes ait décuplé depuis l'arrivée au pouvoir d'un colonel du KGB, ceux-ci se tournent les pouces et sont d'une inactivité criante, puisqu'on n'entend jamais parler d'eux dans la presse complotiste et sur Wikileaks. Bon dans la presse du Kremlin, c'est normal. Mais même les médias mainstream n'en parlent jamais... Comme ils parlent peu des méfaits des services occidentaux. Et si, concernant les médias mainstream c'était justement parce qu'ils ont des règles déontologiques qui les empêchent de raconter n'importe quoi sans preuves et recoupements, que ce soit pour nuire à Washington, Bruxelles ou Moscou ? Mais que par contre, lorsqu'ils ont du biscuit, ils ne se gênent jamais pour critiquer, y compris leur propre camp ?

Du coup, la question qui me turlupine, c'est de savoir ce que voulait dire au fond le camarade Mettan ? Puisqu'apparemment, pour lui, la Russie de Poutine ne ment pas c'est donc qu'elle est une dictature ? Nous on le savait, mais on est ravi d'apprendre que la révélation a enfin daigné nimbé ses yeux de lumière divine... 

Et surtout, quel effet ça fait de servir la soupe à une dictature ?

09/11/2016

9/11 La Revanche : le jour où le Kremlin a conquis la Maison Blanche

Ce 9 novembre 2016 restera dans l'Histoire comme celui où le Kremlin a conquis la Maison Blanche, 26 ans jours pour jour après la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989.
Les petits malins qui pensaient qu'Hillary Clinton préparait la guerre vont comprendre ce que c'est que d'avoir au pouvoir le meilleur copain des pires dictateurs de la planète, à qui il va laisser les clés de l'armoire à munitions pendant quatre ans.
On touche là les limites de la démocratie et du libéralisme, face à des dirigeants multimilliardaires qui font de la politique avant tout pour acquérir et préserver leurs privilèges. Parce que le point commun entre Trump, Poutine, Blocher, Le Pen, Berlusconi, Kadhafi, Xi Jiping, Bachar el Assad, Obiang Nguema et quelques autres, c'est d'abord d'être très riches et très menteurs.
Il faut quand même être assez stupide, quand on est très pauvre pour les élire en croyant qu'ils vont améliorer votre sort... 

Bien des commentateurs mettent ça sur le dos de la paupérisation de la classe moyenne et de la finance mondiale... Sauf que personne ne veut tuer la classe moyenne, qui est le moteur même de la consommation...  Par contre le niveau de vie relatif des classes moyennes occidentales baisse pendant que celui des pays émergents augmente et c'est un rééquilibrage naturel (les économistes de jadis parleraient de la main invisible), parce que les limites écologiques de la planète ne permettraient pas 8 milliards d'individus consommant comme des européens moyens. 
Il n'y a pas de remède à ça, et en tout cas pas en élisant des milliardaires.
Je lis ce matin des partisans de Trump, au sein de la droite populiste européenne, qui se félicitent de leur victoire... Ils espérent la fin de la mondialisation, le retour des frontières et avec elles de la prospérité perdue des classes moyennes occcidentales. C'est une arnaque monstrueuse !
Parce que la prospérité occidentale d'avant la mondialisation était basée sur la colonisation, et la colonisation sur la conquête militaire.
En plus de l'aspect profondément injuste et immoral du truc, qui peut prétendre aujourd'hui vouloir recoloniser l'Afrique et l'Asie ou l'Amérique latine et en avoir les moyens militaires ?

08/11/2016

Quand l'extrême-droite change de stratégie

Mais quelle mouche a donc piqué le porte-voix de l’extrême-droite genevoise ? Pendant des années,  il nous a rebattu les oreilles avec la théorie du « front contre front », droite contre gauche, vouant aux gémonies le consensus helvétique qui avait fait le succès de ce pays. « A mort le centre », semblait son credo. Et puis soudain, il nous sort le vieux truc des corporations. En gros, suppression des syndicats, remplacés par des organismes regroupant patrons et ouvriers dans la même structure, par branches et même par entreprises.
Comme on lui fait remarquer que c’est un vieux truc, mais un vieux truc fasciste, il corrige le tir, et invoque les années trente, la paix sociale et le hérisson fédéral recroquevillé sur lui-même, pendant qu’au dehors, les grands d’Europe ferraillaient. Bla, bla, bla…
La situation d’aujourd’hui ressemble effectivement fâcheusement aux années trente, mais comporte des différences notables. Aucun de nos voisins d’Europe ne se fait la guerre. L’UE est constituée et même en cas de Brexit, le Royaume désuni restera dans l’OTAN. Si risque de guerre il y a, c’est bien plus à l’est. Le rôle du vindicatif qui veut étendre son lebensraum à minima sur toutes les zones où des gens parlent sa langue (ou pratiquent sa religion), et probablement au-delà, ce n’est plus l’Allemagne, mais la Russie. Dont un certain nombre de Romands se font les complices objectifs, comme dans les années trente, quelques Romands travaillaient ouvertement pour l’Allemagne nazie. Et quelques autres pour l’URSS stalinienne.
L’autre point commun avec les années trente, c’est évidemment la nature despotique, populiste et structurée autour d’un pouvoir personnel des régimes qui nous menacent, nous, les démocraties. NOUS, LES DEMOCRATIES… C’est bien pourquoi, comme pendant la seconde guerre mondiale, en cas de conflit, la neutralité ne saurait être que de principe et soutenir en fait discrètement, en quelques actions décisives, la lutte des démocraties pour le progrès humain.

Le porte-voix de l’extrême-droite genevoise ne se place pas ouvertement dans cette logique de confrontation internationale. Seule l’intéresse vraiment la politique suisse et dans ce contexte, ce qu’il vise, c’est la conquête du pouvoir par les forces qu’il accompagne et promeut depuis plus de vingt ans. Au plan genevois, il en est même le démiurge. Qui dit prise de pouvoir, dans nos pays démocratiques, dit rapport de forces. D’où la longue campagne visant à radicaliser les fronts, pour tenter de mettre en place une alliance des droites qui serait évidemment dominée par la droite dure, sur le cadavre du centre.  Sauf que ça ne marche pas. Parce que sur la mère des batailles, l’ouverture des frontières, les libéraux, les centristes et les entrepreneurs font finalement cause commune et que la gauche de gouvernement, syndicaliste, partage leur vision : la fermeture des frontières, c’est la mort de l’économie. Donc de l’emploi.
Cette alliance de fait de la droite libérale et de la gauche syndicale, sur les principes démocratiques du système, représente la substantifique moelle du consensus helvétique et cela n’a rien à voir avec le corporatisme fasciste que l’on prône chez les populistes. L’alliance repose sur le constat qu’une économie forte et prospère est l’alpha et l’omega de toute répartition. Après, sur les clés de répartition, la lutte continue et se déroule sur la base de revendications syndicales et de rapports de force. Là où le corporatisme met l’ouvrier à disposition du patron. Avec de grandes claques paternalistes dans le dos.

Du genre de l’appel de notre porte-parole à constater que les mesures d’accompagnement et de protection de l’emploi restent minimales et peu efficaces face  la concurrence. En oubliant de dire que ce sont précisément les forces de la droite la plus dure, nationale et anti-européenne qui s’y opposent farouchement et en retardent la mise en place, au Tessin comme ailleurs.  

Les causes du spectaculaire retournement de stratégie de l’extrême-droite sont claires : puisque le centre, la droite libérale et les entrepreneurs ne veulent pas rentrer dans son jeu, elle s'en va faire son marché à gauche. Où toute une partie souverainiste des classes travailleuses ne voit le problème que par le petit-bout de la lorgnette : l’ouverture des frontières augmente notablement la concurrence sur le marché de l’emploi. Sans voir l’autre côté des choses : elle l’augmente, oui, mais sur un marché de l’emploi en expansion. Si on referme les frontières, la concurrence sur le marché de l’emploi sera réduite, mais sur un marché en contraction. Voire en très forte contraction. Ce qui non seulement réduira les rentrées fiscales et donc les aides sociales et la qualité de vie globale, mais aussi réduira drastiquement le nombre d’annonces et de postes vacants…
Cette incompréhension des mécanismes de l'économie et de la démocratie ouvre un terrain propice aux populistes et autres complotistes qui s'y engouffrent et recrutent en nombre.
Au final, tout le monde y perd. Parce que le pays, en se refermant, périclite. Et que l'on ne vienne pas nous raconter qu'on va se refermer en restant ouverts. Les miracles ça n'existe pas et encore moins dans un monde concurrentiel où tout le monde est prêt à saisir la moindre défaillance du voisin.
La tradition ouvrière, en Suisse comme ailleurs, est d’unir les travailleurs de tous les pays. Pas de les opposer les uns aux autres, ce qui porte un nom : le nationalisme et la guerre. Ce nationalisme qui va de pair avec le populisme, la haine de l’étranger et le despotisme du pouvoir personnel de leaders charismatiques incompétents.

06/11/2016

C'est à ça qu'on les reconnait

Des corporations verticales plutôt que des syndicats, ça porte un nom: le fascisme.
C'en est même l'une des caractéristiques principales. 
Cela fait un moment qu'on s'en doutait, mais merci d'avoir craché le morceau. 

03/11/2016

Gouverner par référendum ? La bonne blague !

J'adore la mauvaise foi des Brexiters. Car enfin de quoi parle-t-on, à Londres ? De la nécessité de passer par le Parlement pour traiter d'une des questions les plus importantes qui puisse être pour le pays. Ce que l'on appelle usuellement la démocratie. Depuis plus de 2000 ans qu'elle existe, ce n'est clairement pas la première fois que des tribuns en appellent au peuple pour gouverner en son nom, en passant par dessus les parlements constitués, qui sont le meilleur rempart qu'on ait trouvé contre la dictature et le pouvoir personnel. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit quand d'aucuns nous parlent de brandir le référendum à tort et à travers comme mode de gouvernement.
Les 3/4 des gens ne comprennent déjà qu'à peine les questions qu'on leur pose en Suisse et arrivent aujourd'hui à saturation en termes de nombres de votes par année. Sans compter que résoudre toutes les questions à un Oui-Non tient de plus en plus souvent de l'équlibrisme sans filet...
Il n'est pas anodin qu'à Londres, ce soit le pouvoir judiciaire qui le dise et qui rappelle au passage que l'instance suprême du Royaume Uni n'est ni la royauté, ni "le peuple", encore moins le Premier Ministre, mais bel et bien le parlement. D'ailleurs, rien dans la constitution britannique ne prévoit ni ne décrit le rôle exécutif ou législatif qu'aurait un référendum, organisé à bien plaire par l'ancien Premier Ministre et qui de ce fait n'a malheureusement aucune valeur légale. Dès lors, s'en servir pour passer par dessus l'instance suprême du pays a quelque chose du Coup d'Etat. On peut discuter de changer les règles du jeu, et de modifier les usages de la démocratie, mais pas au milieu de la partie. 
Accessoirement, plusieurs ténors de l'UKIP et des comités pour le Brexit avaient annoncé que si le Non au Brexit faisait moins de 52%, ils feraient tout pour que le pays revote une deuxième fois... Or le Oui n'a fait que 51,9 % et de nombreux votants disaient avoir changé d'avis le lendemain...
Enfin, si l'on fait des référendums pour sortir de l'UE, il faut aussi en faire pour laisser la possibilité aux Ecossais et aux Irlandais du Nord de sortir du Royaume désuni. Et pourquoi pas aux Londoniens, tant qu'on y est ? Tant qu'à faire de mettre en avant la démocratie locale, autant y aller carrément.
La démocratie parlementaire, on sait comment ça marche, en Europe, depuis en gros un siècle et demi. La gouvernance par référendum, en revanche, tant vantée par le populisme et les extrêmes, on n'a aucun recul dessus. Même en Suisse, où le système reste à dominante parlementaire, dans les faits. On constate en revanche que les référendums sont de plus en plus souvent l'arme des partis extrémistes, ceux qui pensent arriver au pouvoir en déstabilisant la société. C'est excellent qu'il y ait des contrepouvoirs dans le système, mais leur accorder trop d'importance est forcément périlleux.
Dans les 50 premières années, jusqu'au début du XXème siècle, on n'a qu'un référendum par an, en moyenne. Inutile de rappeler que même à l'époque, c'est nettement insuffisant pour prendre l'incroyable quantité de décisions que requiert la gestion d'un pays. On monte ensuite en puissance progressivement pour arriver à une dizaine par ans actuellement. Ce qui pose un gros problème, déjà, dans un monde où tout va plus vite et s'accélère, c'est que cela ralentit considérablement la prise de décision.
Une dizaine de décisions par an sont donc tranchées par le peuple, qui certes a toujours raison, mais peut se tromper. C'est peu, c'est très peu, en regard des dizaines de décision prises CHAQUE JOUR, par n'importe quel membre d'un exécutif d'un pays occidental. Et des dizaines de décisions qui passent devant un parlement chaque mois.  
Réduire le rôle du parlement, c'est tout simplement renforcer les exécutifs. Le XXème siècle a fait quelques tentatives dans ce sens, du côté du stalinisme et du fascisme. Il n'y a aucun indice, aucun fait, qui permettrait de penser qu'il n'en irait pas de même aujourd'hui, que les dérives populistes ne se termineraient pas en aventurismes personnels douteux et autoritaires. Au nom du peuple et de la Nation. Ou du Prolétariat.

01/11/2016

Faire un procès à l'Etat, c'est normal et c'est la base de la démocratie

Je suis consterné par l'inculture et donc l'incompétence de nos classes politiques et médiatiques. En Suisse et dans les pays qui nous entourent, proches ou lointains. Axpo, la société (suisse) exploitant nos centrales annonce réclamer 4 milliards en cas de sortie du nucléaire et tout le monde monte au créneau, parlant d'attentat contre la démocratie ou de complot capitaliste inadmissible. Hors tout ceci est parfaitement normal et c'est l'essence même de la démocratie.
J'ai lu aussi un politique, de droite, qui s'indignait de ce qu'une grosse firme puisse faire ce que tout un chacun n'avait pas le droit de faire, à savoir attaquer l'Etat en justice. Comment peut-on écrire une bêtise pareille et comment le journaliste qui la rapporte peut-il ne pas la relever ? Comment ? Tout simplement parce que depuis des années, les propagandes verte et altermondialiste nous ont tellement bassiné les oreilles avec un mensonge qu'il est devenu vérité pour la plupart des gens, même ceux qui ont fait de la politique une occupation principale. Ce qui est d'ailleurs la définition même de la propagande : répéter un mensonge jusqu'à ce qu'il devienne vrai aux yeux des gens...
Le premier mensonge ici est que M Toulemonde n'aurait pas le droit d'attaquer l'Etat s'il s'estime lésé. Bien sûr que si. C'est la base de l'Etat de droit et de la démocratie. J'ai même fait un film sur un programme d'assistance au Vietnam, payé par les coopérations suisse et suédoise, qui mettait en place cet outil indispensable à la démocratie dans ce pays communiste : pouvoir contester une décision de l'autorité devant les tribunaux.
On peut contester une amende, le montant de ses impôts, de son expropriation ou même par exemple faire un procès à l'Etat qui pose des gendarmes couchés partout, ce qui nuit aux suspensions de votre véhicule et vous démolit le dos si vous avez une hernie discale. Cela c'est vu, et un tel procès avait été gagné à Genève il y a quelques années par un particulier. C'est normal et légitime et on avait pendant quelques temps cessé d'installer des gendarmes couchés. Ce qui n'est pas normal, c'est qu'on ait recommencé à en remettre, mais passons...
Dans le cas d'Axpo, l'entrepreneur à qui l'on ferme un établissement avant que celui-ci soit amorti, par décision démocratique ou non, est évidemment en droit d'exiger un dédommagement. De même que l'autorité publique est fondé à le refuser s'il estime que les conditions d'un dédommagement ne sont pas réunies, ou en tout cas pas du montant demandé. Par exemple parce que l'exploitation est déficitaire. Ou parce qu'il n'est pas d'accord sur le mode de calcul des coûts du démantèlement. Ou pour toutes sortes de raison. L'affaire va donc aller devant les tribunaux, qui trancheront. C'est à ça qu'ils servent.
Ils feront une enquête, entendront des experts, les arguments de chacun, et hop, tel Salomon, couperont la poire en deux. Parts égales. Ou pas... C'est une procédure coutumière, la seule chose qui ne l'est pas ici sont les montants colossaux en jeu.
Une entreprise, comme un particulier, sont parfaitement fondés à réclamer des indemnités à l'Etat. C'est vrai dans un cadre national, comme dans un cadre international. Si un étranger se fait maltraiter pour X raison en Suisse, il peut faire un procès à l'Etat suisse en Suisse. Mais s'il pense que la Suisse n'est pas un Etat de droit et qu'il n'y sera pas traité équitablement, parce qu'étranger ou résidant de l'autre côté de la frontière... Ou parce que l'affaire qui l'oppose à la Suisse est à cheval sur plusieurs législations, il peut aussi faire un procès à la Suisse ailleurs.
C'est très exactement pourquoi dans la plupart des contrats, on précise le for juridique. Le lieu où devra se traiter l'affaire en cas de litige. C'est pourquoi aussi on prévoit des tribunaux ad hoc dans les traités de commerce internationaux, qui auront par définition à traiter de problèmes à cheval sur deux ou plusieurs législations nationales.
Mais de grâce, que vous soyez politiciens ou journalistes, si vous pouviez réfléchir deux secondes avant de reprendre les clichés des propagandes en vogue, le monde irait quand même un peu moins de guingois.

29/10/2016

Paix, démocratie et commerce

Pour beaucoup aujourd'hui, notre société est un échec. Le capitalisme est à bout de souffle... Mais les modèles alternatifs passent au capitalisme les uns après les autres. L'occident et la Maison Blanche sont l'incarnation du mal... mais des millions de gens sont prêts à mourir pour s'y réfugier. L'argent corrompt tout... Mais quand on le supprime, plus rien ne marche. Le chômage augmente, mais ce sont les jobs les moins intéressants qui disparaissent en premier. Nous travaillons trop intensément... Mais c'est l'ambition personnelle qui mène au burn out. L'Europe n'est pas assez démocratique, mais 0,6% de la population peut bloquer l'UE. La démocratie bat de l'aile et pour la corriger, il faudrait prendre exemple sur un pays mené à la baguette par son chef à torse nu...

Bref, avant de jeter le bébé avec l'eau du bain, il serait peut être temps de faire le bilan de nos réussites et de nos avantages, au lieu de ressasser sans fin nos échecs et nos insatisfactions. Parce que ce ne sont pas seulement les médias pour qui un train qui arrive à l'heure n'est pas une info. C'est la société toute entière qui s'intéresse infiniment plus à ce qui va mal qu'à ce qui marche bien.

En résumé et en vrac, nous avons un taux d'espérance de vie trois fois supérieur à celui de nos ancêtres. Nos concitoyens de plus de 70 ans n'ont jamais connu la guerre en Europe, à l'exception de l'ex-Yougoslavie et aujourd'hui, de l'Ukraine (dans lesquels, les deux fois, la main de Moscou fut fort pesante, y compris sous forme de soldats russes au sol).
Notre niveau de vie est inégalé dans l'histoire et les plus pauvres d'entre nous, hormis peut être une poignée de SDF, vivent mieux que des châtelains du moyen âge.
Personne ne nous oblige à croire à qui que ce soit, ni à obéir à quiconque, à partir à la guerre, ou même à travailler. Nous pouvons coucher avec qui nous voulons ou presque,du moment que c'est réciproque, nous habiller comme nous le souhaitons, écouter de la musique, voire des films, aller au concert...
Nous avons le droit de nous exprimer, de dire et écrire à peu près tout ce que l'on veut, même parfois (souvent) les pires âneries. Nous pouvons partir en vacances, mettre nos enfants à l'école et à l'université si ils bossent assez bien, manger à notre faim, nous réchauffer l'hiver, téléphoner quasi à l'oeil, nous connecter au monde entier pour presque rien...

Toutes ces choses nous semblent habituelles, mais aucune d'entre elles n'allait de soi, il y a seulement un siècle. De plus, nous ne sommes plus les seuls dont le sort s'améliore. En 25 ans, le taux d'extrême pauvreté est passé de près de 40% des habitants de cette planète à moins de 10%.
Cela, mine de rien, c'est le système qui l'a rendu possible. Un mélange subtil et dialectique d'économie de marché et de revendications syndicales, de démocratie et de mondialisation, d'organisations internationales et de rééquilibrage des richesses. Mais bien sûr c'est comme le climat : ce n'est pas parce qu'il fait un froid de canard un matin qu'on ne va pas vers l'été ou le réchauffement... Ou vice versa.
Dans l'ensemble, la situation de l'humanité s'améliore à grande vitesse. Ce qui ne signifie pas que tout danger soit écarté. Des forces réactionnaires tentent de nous ramener en arrière, à l'époque des pays aux frontières fermées, du coup contraints d'envahir leurs voisins proches ou lointains pour s'emparer de ses ressources. Il est temps de leur faire comprendre que le passé est passé et que l'ère nouvelle passe par la paix, la démocratie et le commerce.

24/10/2016

CETA-TAFTA les mensonges de la propagande

Depuis des années, on nous répète en boucle de gros mensonges sur ces questions, qui ont fini par devenir la vérité aux yeux des gens. C’est le principe même de la propagande, mais qu’en est-il en réalité.

L’idée d’un tel accord, c’est, comme pour la liberté de circulation des personnes, que toute entreprise d’un des pays membres puisse travailler dans un autre pays membre de l’accord avec la garantie d’être traitée équitablement, comme le serait les entreprises nationales du-dit pays.

D’où les articles définissant les possibilités de recours juridique en cas de changement de réglementation. Des dispositions qui existent actuellement à l’interne dans n’importe quel état de droit. Chacun doit se conformer à la loi et à ses changements, mais quand la loi change, cela peut créer de graves disfonctionnements pour les particuliers ou les entreprises qui entraînent des dédomagements.  Par exemple, si l’Etat décide de construire une autoroute à la place de votre maison ou de faire des travaux qui pendant deux ans vont empêcher l’accès à votre magasin, vous allez recevoir des dédomagements. Vous allez réclamer le plus possible et obtenir généralement moins, et si vous n’êtes pas d’accord avec ce que vous propose l’Etat, vous pouvez lui faire un procès.

C’est exactement la même chose quand une firme décide, à la demande de l’Etat, de construire une centrale nucléaire qui lui coûte des milliards et qui ne sera rentabilisée qu’au bout de cinquante ans. Si l’Etat change d’avis et ferme la centrale au bout de cinq ans seulement, la perte sèche est considérable. Il va donc y avoir des négociations sur le montant de la compensation. La solution revendiquée par l’extrême-gauche qu’on pourrait appeler « tant pis pour ses salauds de capitalistes ayant construit la centrale » n’est pas acceptable, quelle que soit la nationalité de l’entreprise. Et ce d’autant moins que quand on parle de ces très grosses entreprises, elles nous appartiennent toutes un peu, par le biais des actions si on en a, ou par celui des fonds de pension. La plupart des caisses de retraite ont des fonds de participation très diversifiés…

Idem quand une entreprise décroche, sur la base d’un appel d’offres, le contrat de nettoyage et de recyclage des déchets d’une grande ville, ce qui implique le recours à de nombreux travailleurs peu qualifiés, payés au smic local. C’est une part importante de ses coûts. Si le smic est augmenté de 80% du jour au lendemain, ce qui s’est produit en Egypte lors des évènements de la Place Tahrir, c’est une part importante des coûts qui explose, sans que l’entreprise ne puisse augmenter ses tarifs, puisqu’ils ont été fixés lors de l’appel d’offres. D’une manière ou d’une autre, il faudra renégocier.

Lorsque les négociations aboutissent à des échecs, on passe à la phase judiciaire, qui est généralement fort longue, coûteuse pour tout le monde et aléatoire. D’où e recours, de plus en plus fréquent, à des structures de médiation transactionnelle, dont les « juges » seront choisis parmi des experts des problèmes soulevés et devront être admis par les deux parties. Ce qui est généralement plus rapide, plus efficace et moins coûteux que les procédures judiciaires classiques.

Concrètement, ces dernières années, le montant des amendes infligées par l’Etat aux entreprises aux Etats-Unis a été 20 fois supérieur aux pénalités réclamées par les entreprises à l’Etat dans ce genre d’affaires. Réclamées, mais non pas obtenues ! C’est donc du pur fantasme de penser que cela peut empêcher une loi d’exister. Par ailleurs, ces transactions ne peuvent évidemment dédommager que des investissements préalables à un changement de loi, mais rien de ce qui aurait pu être fait après la promulgation ou même la mise en débat parlementaire d’une telle loi.   Les lois européennes existantes sur les OGM ou la viande aux hormones, par exemple, resteraient en vigueur et ne pourraient être changées, dans un sens ou dans l’autre qu’en cas d’avancée scientifique majeure, dans un sens ou dans l’autre.

Prévoir la protection du citoyen et de l’entreprise contre les éventuels abus de l’Etat, comme le font ces accords internationaux, c’est l’une des bases de la démocratie, résumée dans le principe de la Séparation des Pouvoirs. Derrière les campagnes menées depuis des années contre ce type d’accord par les milieux gauchistes et nationalistes se profilent en fait des pratiques totalitaires, qui sous prétexte de populisme ou de volonté populaire n’ont d’autre but que de faire régner sans partage des idéologies douteuses et exclusives. Il est temps de se réveiller, là.

On peut se demander d’ailleurs pourquoi personne ne se lève pour défendre ce type d’accords. C’est malheureusement la conséquence du déficit non pas de démocratie, mais de vie politique européenne. Ce qui est d’ailleurs l’une des conséquences du refus français de la constitution européenne, qui aurait fourni les bases de la construction politique européenne. Au lieu de ça, on a une commission dont les membres sont des experts nommés par les gouvernements, et personne n’est vraiment là pour expliquer aux gens ce qui se passe en leur nom. C’est regrettable et même, on le voit aujourd’hui, c’est suicidaire.

22/10/2016

De l'impressionnisme en géopolitique ............................... pour mettre l'ONU au service de l'humanité

 Toutes les visions du monde sont fausses, parce qu'elles sont toutes en partie vraies. Marxisme, libéralisme, christianisme, bouddhisme, islamisme, nationalisme, altermondialisme, sionisme, complotisme, structuralisme, déconstructivisme et j'en oublie des dizaines ont tous en commun d'avoir une vision centrée sur un aspect des choses, alors que la réalité géopolitique est infiniment plus complexe et composée de myriades d'éléments. Pour ne même pas parler de la réalité tout court.
Je suis frappé en ce moment par tous les savants et autres docteurs de la Foi qui prétendent connaître « LA » cause des événements du moyen orient. Il se tient même des congrès et des séminaires (j'ai assisté récemment à l'un d'eux à Paris) dans lequel de doctes universitaires viennent vous expliquer que la cause de tout est économique. Ou pire, que ce n'est qu'une question de gazoducs. D'autres qui disent exactement le contraire, qu'il s'agit d'affrontements purement religieux. Pendant que certains y voient le machiavélisme d'Israël, manipulant Français et Américains. Ce qui suscite le rire de ceux – dont je suis - pour qui c'est principalement la main de Poutine qui remonte le ressort de la marionnette Bachar. Bref...

La vérité, c'est évidemment que toutes ces causes s'emmêlent et qu'il s'en rajoute encore d'autres, ce qui rend la situation ingérable. Pourtant, il faut bien la gérer. Le sort de millions de gens en dépend. Ce à quoi s'attachent les « fonctionnaires » de l'ONU, par exemple. D'autant moins « fonctionnaires », sur ce coup qu'ils font un job d'autant plus compliqué que leurs patrons – selon la chaîne de commandement - sont les membres du Conseil de Sécurité. Qui sont clairement des belligérants dans le conflit et bien sûr dans des camps opposés.
Sauf que quand ils entrent en fonction, les fonctionnaires de l'ONU prêtent serment de ne plus servir leur gouvernement national, mais bien l'institution internationale. C'est à cela qu'ils doivent s'attacher, et j'espère que leur nouveau patron, Antònio Gutteres, saura le leur rappeler et surtout les protéger. En fait, ce n'est pas à l'institution qu'ils devraient prêter serment, mais à l'humanité. Et il devrait être prévu des sanctions pour celui ou celle qui travaillerait en réalité pour les intérêts de tel ou tel Etat. Le sien ou un autre.
Utopique ? Sans doute, mais c'est à ce genre de prix que l'on pourra avancer dans la paix mondiale.

 

20/10/2016

Les trolls du Kremlin confondent trailer et telenovela

C'est quand même amusant, ce tropisme de l'extrême-droite européenne pour le maître du Kremlin... Qui base lui-même sa propagande interne sur la lutte contre le fascisme supposé des Ukrainiens. Dernier en date à entonner son ode à la gloire des velléités guerrières de la Grande Russie selon lui injustement attaquée, Pascal Décaillet. Qui reprend sous sa plume tout l'argumentaire de son copain Despot, propagandiste en chef de Freysinger.
Pour ces ennemis déclarés de l'Union Européenne et de l'Alliance Atlantique, le mal est américain. Forcément. Obama est donc coupable d'installer des missiles d'interception en Pologne. Bon l'OTAN dit d'interception, les Russes disent d'attaque, le missile nouveau pouvant prétendent-ils faire les deux, et être chargé d'une tête nucléaire au besoin. Perso, je n'en sais rien, mais admettons.
Là où Décaillet sombre dans la propagande pure et simple, c'est qu'il ne présente qu'un court extrait d'un épisode d'une histoire qui est en fait une telenovela interminable. En tout cas, on l'espère sans fin, ou avec une fin heureuse, genre Poutine démissionne, le Kremlin arrête de se monter le chou, entre en guerre contre la corruption interne et rentre dans l'OTAN. Oui je sais, on parle de fiction, là.
Dans la réalité, donc, en 1990, après la chute du Mur, le programme d'interception américain, la fameuse Guerre des Etoiles, est arrêté. Puis en 1999, il est réanimé. Parce que Primakov et la Russie montrent les dents en soutien des Serbes, orthodoxes, qui mettent le boxon en ex-Yougoslavie. Bien sûr, je résume, mais au Kossovo, comme auparavant en Slovénie ou dans leurs rapports à la Croatie, les Serbes de Milosevic ont montré dès le départ une volonté impérialiste de transformer l'Etat fédéral yougoslave en Etat national à dominante serbe, ce qui a abouti à la partition de la Yougoslavie.
Il se trouve que c'est la politique prônée par Primakov, d'abord patron du SVR (le nouvel équivalent russe de la CIA) dès 1991, puis ministre des affaires étrangères de 96 à 98, puis premier ministre durant les évènements de Serbie. Arabophone, Primakov est l'ancien boss surdoué du KGB dans les pays arabes. Pendant la guerre froide, il est parvenu à faire passer dans le camp pro-soviétique le Yémen du Sud (Aden), l'Egypte, l'Algérie, la Libye, l'Irak et la Syrie. Un paquet d'anciennes monarchies et de colonies françaises ou britanniques tombées dans l'escarcelle...  
A son arrivée au pouvoir, il a deux axes : se redéployer en direction des mers chaudes et des pays arabes et reprendre la main sur les ex-colonies soviétiques du Caucase et d'Europe de l'Est. En particulier sur ce qu'on appelle à Moscou "le monde russe". Un peu comme à Berlin, on parlait de "lebensraum". Ce qui inclut la Grande Serbie, slavophone et surtout orthodoxe. Sauf que sans les croates catholiques, les bosniaques musulmans, les Macédoniens et les autres, la Serbie est en réalité toute petite. Qu'à cela ne tienne, on va faire de toute la Yougoslavie un pays à dominante serbe et pro-russe...
Evidemment, "les autres" ne sont pas d'accord. Qu'importe... La tradition russe, en matière de management des populations, se résume depuis Staline à massacrer d'abord, pour causer ensuite avec les rares survivants. On peut rappeler Budapest en 56, Prague en 68, dont le printemps fut écrasé par 6300 chars... S'ensuit un enchaînement de massacres, de déplacements de populations (encore une grande tradition soviétique) et de vengeances et contre-vengeances diverses auxquelles participent activement, "au sol", des "volontaires" russes, mêlés aux forces serbes. Ainsi à Srebrenica, où 8000 musulmans sont exécutés, il y a un bataillon de volontaires russes dans lequel a servi un officier prometteur, futur "héros" des massacres de tchétchènes, colonel du KGB, artisan de la prise de la Crimée et ministre de la guerre au Donbass, Igor Guirkine dit Strelkov. Sans parler des livraisons d'armes russes...
Les parties adverses, croates, kossovares ou bosniaques ne sont pas en reste en termes de cruauté et de vengeance, mais à moindre échelle. Primakov se frotte les mains: alors que l'Europe se construit et se renforce des anciens pays du pacte de Varsovie, elle se montre incapable de ramener la paix en son sein. De guerre lasse, au bout de 8 ans de conflits ininterrompus en ex-Yougoslavie du fait de l'impérialisme serbe, l'OTAN décide de bombarder Belgrade, qui de fait opprime les autres nationalités désireuses d'indépendance.
L'expansionnisme russe se poursuit les années suivantes par le massacre des Tchétchènes, puis par la guerre faite à la Géorgie pour lui arracher des lambeaux de territoire. Les derniers épisodes étant l'Ukraine, dont Moscou refuse le rapprochement avec l'Union européenne. L'affaire de Géorgie décide l'administration américaine à monter d'un cran dans la réactivation de son programme anti-missiles. D'autant qu'au terme d'un deal avec Poutine, Primakov a été nommé ministre du redressement industriel en 2001. En clair, il est chargé de reconstituer le complexe militaro-industriel et nucléaire russe. Il a carte blanche et chèque en blanc, la majeure partie de ses financements restant occultes, et Primakov est très compétent. Aujourd'hui, la Russie est passée devant les USA en termes de puissance de feu nucléaire. Et elle développe des armes ultra-modernes.

En fait, la Russie retombe dans les travers de l'URSS, mettant toutes ses forces dans le militaire et le nucléaire, qui sont les seules choses qui marchent vraiment, au détriment du reste de l'économie, ruinant petit à petit le pays malgré la manne pétrolière. Au final il ne peut y avoir que deux issues à une telle attitude. L'écroulement de l'intérieur, comme ce fut le cas de l'URSS, mais ce peut être long, ou la guerre dont l'issue risquerait fort d'être fatale pour tous. La 3ème option, l'expansion continue de l'Empire se nourrissant de ses conquêtes sur un occident faible et apeuré étant évidemment le pari du Kremlin. Celle que défendent, consciemment ou pas, les trolls qui le soutiennent. Sauf que Hollande, Merkel, May, les Polonais et quelques autres, le pacifiste Obama inclus, ne sont pas prêts à se laisser faire.

Alors des missiles américains en Pologne ? Oui, mais parce que Poutine a placé ses missiles nucléaires Iskander dans l'enclave de Kalinine. Ils menacent directement Varsovie, les Etats Baltes et les capitales scandinaves, voire Berlin. Plus des bombardiers stratégiques (= potentiellement nucléaires) au Venezuela et des batteries de missiles nucléaires à longue portée dernière génération en Sibérie, braqués  sur Seattle et San Francisco...  Un truc très russe, ça, quasiment médiéval que ces enclaves russes au beau milieu de l'Union Européenne. Si celle de Kalinine est officielle, résidu de la seconde guerre mondiale, celle de Transnitrie est "off", mais bardée de soldats russes tout de même. D'où les bases anti-missiles de l'OTAN juste en face en Roumanie, etc. 
Bref, on est bel et bien en présence d'une escalade. Clinton-Bush-Obama face à Poutine-Medvedev-Poutine nous rejouent le film des accords de Genève Reagan-Gorbachev, mais à l'envers. Savoir qui a commencé ne signifie plus grand chose, à ce stade, l'important étant de savoir comment ça va finir. Mais tout de même, la responsabilité du Kremlin parait écrasante dans la mesure où l'impérialisme américain, fondamentalement, est économique. Même si Washington possède l'armée la plus puissante du monde, son pouvoir et sa suprématie dont d'abord ceux du business. Là où précisément, la Russie ne parvient pas à régater, empêtrée qu'elle est dans la corruption et le dirigisme économique à contresens de l'oligarchie politique.
Malheureusement, les gens au pouvoir à Moscou sont des revanchards qui ne parviennent pas à prendre acte de la fin de l'Empire soviétique. Etre juste la puissance secondaire qu'ils sont de fait économiquement ne les satisfait pas. 
J'étais contre la guerre de Bush en Irak. Je le suis toujours. Mais l'opposition à l'attitude agressive des Etats-Unis doit rester démocratique et pacifique. Sur ce terrain, nous pouvons changer les choses. Obama le pacifiste a été élu pour remplacer Bush et séduire le reste du monde. Il n'y a que partiellement réussi, mais sa politique est incontestablement différente de celle de son prédécesseur.
Si on se place d'emblée sur le terrain de la confrontation nucléaire comme le fait Poutine, challengeant toutes les actions occidentales à grands coups de propagande et de déstabilisation souterraine (l'ancien colonel du KGB a très richement doté tous ses services secrets), on court à la catastrophe. Prétendre que c'est l'Occident qui fait monter les enchères n'est qu'un gros mensonge. Pour une raison très simple: sur le terrain de la confrontation civile, économique, l'Occident est sûr de gagner. Tandis que le terrain militaire est le seul où la Russie de Poutine pourrait nous donner du fil à retordre, voire  pire: engendrer des risques mortels pour la planète entière. Pourquoi y aller, à moins d'être contraint et forcé ?

28/09/2016

Julie : Eric m'a tuer...

Pendant que Tamedia, maison zuricoise, licencie dans la presse romande, les CFF se préparent à licencier 1400 personnes en Suisse... Tout en en engageant 200 dans la région lémanique, pour faire face à l'expansion du Lémanexpress en France voisine. CQFD : le Grand Genève crée de l'emploi et s'il échoue, l'épisode suivant sera « Chérie, j'ai rétréci Genève »

Le journaux du monde entier font des économies d'échelle pour survivre à l'assaut d'internet et Tamedia n'étrangle pas la Julie pour le fun. D'abord, il faut payer les augmentations de salaire du big boss et ensuite satisfaire les actionnaires. Contrairement à la SSR, pas moyen d'utiliser le lard accumulé sur le gros marché alémanique pour effacer les pertes du trop petit marché romand. Ou pire tessinois, dans le cas de la SSR, qui même elle, finalement, rend les plaques et dégraisse massivement à Lugano. Car les perspectives d'expansion y tendent vers zéro : le centre naturel du Tessin, c'est Milan.
En Romandie, c'est l'inverse. Genève est le centre d'une agglomération lémanique qui frise les deux millions d'habitants et fait concurrence à Zurich. L'alliance Julie-24H devrait en être le média écrit naturel, mais elle bute sur la frontière. La Julie a essayé, mais à chaque fois qu'une nouvelle de France Voisine apparaît dans ses pages ou sur son site, les fans du MCG se déchaînent : « On n'est plus chez nous ! Rien à foutre de la France voisine ! Dehors les Frouzes »
Forcément, ça plombe l'ambiance et une douzaine d'années de haine entretenue n'ont fait que creuser le fossé. Les journalistes de la Julie ont presque tous intégré le fait qu'ils écrivent pour les Genevois « résidents » et pas pour les frontaliers aussi. Les tensions sans cesse attisées sur le plan politique jusqu'aux problèmes de parking ou de passages de douane ont achevé de renforcer la frontière et les sentiments de rejets de l'autre. Forcément des deux côtés.
Au final, Genève reste trop petite pour jouer dans la cour des grands. Pire, elle se prive de son arrière-pays naturel, qui serait pourtant l'atout clé lui permettant de rivaliser avec Zurich. Elle finira par en payer le prix. En multipliant les obstacles à l'encontre des frontaliers, on réduit l'attractivité économique de toute la région, au détriment de tous. Y compris des chômeurs résidents, car si Genève entre en récession, je ne donne pas cher de leur sort.
Français et Suisses, Savoyards et Genevois, Gessiens et Vaudois, et plus généralement Romands, nous réussirons ensemble, où nous échouerons, chacun de notre côté.

 

 

30/08/2016

Quand le Président du Club suisse de la presse désinforme

Surprenant de voire à quel point le blog du président du Club suisse de la Presse semble inféodé au Kremlin. Au point d'en reproduire les pires mensonges.
Ainsi donc, Maïdan aurait été la chose des ukrainophones de l'Ouest ? Ah oui ? J'ai suivi pas à pas le montage du film de Babylon XIII (présenté au FIFDH 2015) tourné dès le premier jour des évènements. Des dizaines et des dizaines d'heures de rushes. Les jeunes activistes culturels qui étaient le fer de lance du mouvement sur la place dès son origine étaient majoritairement russophones et originaires du Donbass et de Crimée. Plusieurs d'entre eux y ont d'ailleurs longuement été emprisonnés quand ils ont voulu rentrer chez eux retrouver leurs parents après l'occupation militaire de leur pays par l'armée rouge. Pardon, l'armée russe des petits hommes verts... Certains sont d'ailleurs toujours en prison, parfois même en Russie.
Les gens de l'Ouest sont venus dans un deuxième temps, armés et bien décidés à ne pas se laisser faire, quand les berkouts du régime ont commencé à tirer sur les manifestants pacifiques du début.
D'ailleurs, il y a un moyen très simple de savoir qui a commencé avec la violence et les actions militaires: qui est à l'offensive depuis le début, qui s'est préparé, qui a massé ses troupes, et qui reste sur la défensive, sans véritable préparation ni plan d'attaque, se contentant jusqu'à présent de sauver les meubles ? 
De même, prétendre que les Ukrainiens réfugiés aux Etats-Unis après la guerre sont tous d'horribles nazis est encore un mensonge éhonté. La plupart des nazis ont été récupérés et utilisés par les services soviéltiques à toutes sortes de tâches plus ou moins avouables.  Les Ukrainiens qui sont partis sont la plupart du temps des gens qui ont fui l'oppression soviétique et on les comprend. 
Quant à prétendre que les fachos et les pro-nazis sont du côté des ukrainiens, c'est là encore une fable immonde. Oui, il y a des nationalistes parmi les combattants ukrainiens, mais tous les résistants à l'oppression soviétique n'étaient pas nazis, très loin de là. Et Aujourd'hui, en tout cas, parmi les français qui combattent aux côtés des Russes au Donbass, il n'y a que de nazillons de la pire extrême-droite qui soit:
 http://www.streetpress.com/sujet/1472465929-donetsk...

17/08/2016

A poil ou en burkini ?

Un demi-million de français sont adeptes du naturisme et donc candidats à la baignade à poil sur les plages publiques. Pour eux, c'est quasi une religion. En tout cas une philosophie et un art de vivre. N'empêche que c'est interdit et qu'ils sont parqués dans des endroits réservés, pour la propriété ou la location et l'entretien desquels ils paient des cotisations.
Pour ma part, je suis frappé par les arguments déplacés des défenseurs du burkini. De deux choses l'une: soit les baigneuses en burkini y sont contraintes par leurs proches et alors c'est une oppression de la femme, innaceptable en soi. Soit c'est par conviction personnelle. Mais alors, soyons honnêtes, c'est beaucoup moins une question de religion que d'idéologie. Ces femmes ou jeunes filles se baignaient en bikini ou en maillots une pièce jusqu'à ces dernières années.
Ce n'est rien de plus ou rien de moins que l'affirmation d'une revendication, d'un droit à la différence, d'une volonté d'influencer la société. Il y a un peu plus de 40 ans, nous trouvions très cool de nous baigner en jeans de tailles variables et troués ça et là... Du temps de Calvin, comme de la Contre-Réforme, le noir était de rigueur et l'on fermait les bains publics à tour de bras. Des Pouilles à l'Andalousie en passant par la Corse et la Catalogne, dans les années cinquante, les femmes vêtues jusqu'au cou ne se trempaient que les mollets...
Comme d'habitude, les affaires de mode sont aussi le résultat de conflits de génération. On oublie un peu vite que le tiers des djihadistes européens (et des porteuses de burkini) ne sont pas nés musulmans. Après les hippies chevelus et défoncés, qui partaient à Kathmandu ou au Larzac élever des chèvres, on a eu les punks à crête qui se plantaient des épingles à nourrice un peu partout. Cela devient de plus en plus compliqué à chaque génération, de trouver de quoi choquer le simple pékin qui en a vu d'autres... Le djihad, ou moins extrême, le burkini, sont exemplaires dans leur radicalité.

Reste que ce constat ne dit pas tout. Le problème est que personne n'a jamais réellement craint que les baba-cools ou les punks prennent le pouvoir. Ou plus exactement, ils l'ont pris, mais comme chaque génération finit par arriver à le prendre, naturellement, en mettant de l'eau dans son vin. Avec l'Islam, c'est différent. Parce que c'est exogène, que le côté terroriste de ses éléments les plus extrémistes est tout de même extrêmement flippant, et parce qu'une immense majorité d'occidentaux n'a aucune envie de se retrouver demain ou après demain contraint à faire la prière 5 fois par jour.
Du coup, qu'on le veuille ou non, si l'on ne parvient pas à des réglementations claires et respectueuses des principes républicains, on rejette vers les partis extrémistes de droite des pans entiers de la population et au final, ceux qui paieront les pots cassés seront les musulmans eux-mêmes. Qui n'ont absolument pas intérêt à se singulariser. Nous sommes dans une période délicate. A chacun de bonne volonté de mettre du sien en évitant les provocations.
les milieux musulmans prennent souvent exemple de la fierté avec laquelle les communautés juives défendent leurs intérêts. Certes. Mais jamais avec ostentation, ni provocation. Etre minoritaire dans un pays et y vivre en paix implique de savoir faire respecter ses droits à l'égalité et à se fondre dans la masse. Pas à s'affirmer sans cesse davantage, de manière visible et provocante. Les juifs s'indignent à raison quand on désigne l'un d'eux comme juif, sous prétexte de son nom ou autre, car cela fut longtemps l'outil de la discrimination. Des musulmans au contraire, du moins leurs associations communautaires et revendicatives, s'évertuent à se montrer toujours plus visibles et à se singulariser par ce qu'il faut bien appeler des provocations. C'est une mauvaise approche, porteuse de haine et de dissensions.
Une jeune fille en burkini ou en burkha peut foutre en l'air en quelques instants des années d'efforts d'intégration de sa maman qui a offert avec succès des gâteaux au miel à tout l'immeuble à chaque rupture de jeûne.
Alors oui, l'intégration n'est pas chose facile, et des tas de jeunes restent sur le carreau. Victimes de leurs noms et des préjugés qui demeurent ou parfois de leurs propres carences scolaires. Mais il y en a tout autant qui réussissent et se fondent dans la masse, en gardant pour eux leurs convictions religieuses. C'est ça, une république laïque.

ps: que l'on ne vienne pas me dire que c'est différent, que la vue d'un corps nu est choquante alors que celle d'un corps en abaya ne l'est pas. Parce que c'est faux. Ou du moins, c'est purement culturel. Durant des millénaires, nos ancêtres se sont baladés à poil, ou plus exactement dans la tenue que mère nature - ou dieu pour les croyants - avait jugé utile de leur donner.  La vision d'un corps nu n'est choquante que si l'on a l'esprit déformé par des interdits religieux ou par des ukases consuméristes... C'est une construction culturelle.
A l'inverse, dans l'esprit de beaucoup de gens, abaya ou burka, ou burkini, signifie intégrisme islamique et par les temps qui courent cela peut être très choquant. C'est tout autant une construction culturelle, parce que si toutes les djihadistes portent la burqa, toutes les filles en burka, ou en burkini, ne sont pas des djihadistes en puissance. Mais toutes sont des militantes d'une interprétation rigoriste de l'Islam.  
Il me semble qu'il est sain en tout cas, d'avoir un débat démocratique sur les limites à poser ou pas. Car ne soyons pas naïfs. Derrière tout ça, il y a un projet politique visant à occuper le terrain et à lutter contre une intégration des musulmans de France qui pourrait se faire en s'éloignant des critères de l'Islam le plus traditionnel. De même qu'en face, il y a un projet de l'extrême-droite de raidir la société française (et les sociétés européennes) sur des positions le plus traditionaliste possible. Je ne crois pas qu'on s'en sorte en se contentant de compter les points en regardant les balles voler. 

 
 

09/06/2016

Mauro Poggia n'est pas raciste. Ni xénophobe. Sauf à l'égard des Français

Pas raciste pour deux sous Mauro Poggia. Ni xénophobe. Sauf à l’égard des Français. Lorsqu’à la télévision, il énumère « les différentes vagues d’émigration qui ont su parfaitement s’intégrer en Suisse », il oublie les Français… Qui ont pourtant toujours été au moins aussi nombreux que les Italiens, les Portugais ou les Kossovars. Un simple oubli ? Que nenni, parce qu’il se demande, quelques minutes plus tard : « pourquoi est-ce que les Français n’ont pas su s’intégrer ? Est-ce qu’il n’y a pas une spécificité ? »  Sauf que les Français parfaitement intégrés en Suisse sont plus de 150 000 et qu’on estime le nombre de doubles nationaux a plus de 100 000. Dont à Genève, un très grand nombre de conseillers administratifs et conseillers d’Etat présents et passés.
Le problème n’est donc clairement pas dans la nationalité d’origine. Elle n’est pas non plus dans l’éloignement du lieu d’origine comme il tente de le faire croire en dénonçant les « euro-frontaliers ». Parce que les Italiens comme lui, les Espagnols, les Portugais, les Tunisiens ou les Yougoslaves des vagues précédentes, dont il loue les capacités d’intégration, venaient d’au moins aussi loin. Ils acceptaient de travailler pour moins cher que les Suisses d’alors pour faire les sales boulots et c’est pour ça qu’ils étaient engagés.
Ces immigrés européens ou extra-européens habitaient dans des baraquements ou s’entassaient dans des immeubles vite construits dont les loyers étaient 3 à 4 fois moins chers au m2 qu’à la Vieille Ville. C'est moins vrai aujourd'hui pour les baraquements, heureusement, mais ça l'est toujours pour les loyers.
La seule différence, c’est que ces vagues d’immigration d’hier et d'aujourd'hui concernent des emplois sans qualification d'ouvriers agricoles, d’usine ou du bâtiment. Alors que pour les frontaliers, on parle de jobs de cadres ou de techniciens spécialisés. En plus, avec leurs revenus suisses, les frontaliers peuvent acquérir des maisons – ce que souligne Mauro Poggia – alors qu’à salaire égal, à l’intérieur du canton, on obtient au mieux de louer un appart pas trop grand… En fait, tout cela n’est qu’une affaire de jalousie mal placée.
Jalousie mal placée, parce que personne n’empêche aucun résident d’aller vivre de l’autre côté pour devenir propriétaire si ça lui chante. Hormis les préjugés. A Paris, si vous préférez un appart plus petit à l’intérieur du périf qu’un appart deux fois plus grand ou même une maison à l’extérieur, pour le même prix, c’est votre choix. Il ne vous viendrait pas à l’idée ensuite de vouloir mettre une barrière à l’accès des banlieusards au marché du travail.
STATISTIQUES MANIPULEES
D'un autre côté, Garçon, Infrarouge et leurs statistiques sont bien gentils, mais montrer que le nombre de frontaliers a quasi doublé en dix ans, sans dire que le nombre de places de travail a augmenté en parallèle et que le nombre de chômeurs, lui, a sérieusement baissé (de 23 000 à 18 000...), c’est se foutre du monde et jeter de l’huile sur le feu. Les frontaliers sont venus occuper des places de travail vacantes et ce flux a permis à l’économie de la Suisse romande d’enregistrer des taux de croissance inégalés au cœur d’une Europe en crise. On peut vouloir arrêter ce flux. fermer les vannes et couper Genève de son agglomération. Mais il faut savoir que le corollaire serait inévitablement une perte de la compétitivité helvétique, et in fine une réduction drastique du niveau de vie, avec des risques de chômage accrus. Bien plus importants qu’en laissant jouer la concurrence.

20/05/2016

Quand Poggia pistonne... Et que ça ne marche pas, Poggia se fâche

Ainsi donc M. Poggia fait du copinage et il s’en vante. Dans la Tribune, il raconte qu’il a reçu un candidat à un emploi dans un organisme privé mais subventionné, et qu’il a lui a écrit un mot de recommandation. A quel titre  ?
Parce qu’il était italien, comme lui ? Ou Tunisien, comme son épouse ? Ou Musulman ? Ou scientologue ? Ou membre du MCG ? Ou juste parce qu’il avait envie de placer un obligé dans une fondation qui emploie 700 personnes dont un certain nombre de frontaliers ? Des questions légitimes car on peut supposer que M. Poggia n’a ni reçu personnellement, ni écrit un mot à la maîtresse pour les 13 284 chômeurs genevois recensés fin mars. Ou bien ?
Guy Olivier Segond, qui a quelques heures de vol en matière d’administration, m’a toujours dit qu’il est contre-productif pour le big boss de recommander quelqu’un à l’un de ses sous-fifres. Parce que le sous-fifre n’aime pas l’idée d’avoir l’œil du patron dans ses affaires et trouvera mille prétextes pour engager quelqu’un d’autre. Ce que j’ai pu constater à plusieurs reprises dans ma vie professionnelle, en France comme en Suisse, aussi bien comme solliciteur que comme pourvoyeur de poste : le pistonné de tout en haut se retrouve assez systématiquement en bas de la pile… Mais M. Poggia n’a qu’une très mince habitude de la vie en administration ou dans des grosses entreprises…
Avec ses gros sabots, M. Poggia s'inscrit dans la droite ligne du MCG. Tout le monde sait que le réseautage aide à trouver du taf. Surtout à Genève. C’est d’ailleurs la première recommandation que reçoivent les chômeurs à l’Office de l’emploi : activez vos réseaux. Ben oui, mais si le réseau comprend un voisin frontalier, c’est mal. Et même de nature à vous faire perdre votre nouveau job du fait des pressions d’un Conseiller d’Etat susceptible…. Attention tout de même, l’utilisation du réseau de voisinage c’est permis en règles générales: le cousin que vous faites venir du village au Portugal, le fils de la voisine du dessus des Avanchets, ou le voisin du village de Brot-Dessus (NE) ou de Sembrancher (VS) à qui vous trouvez du taf, c’est bien. C’est juste si vous êtes frontalier que c’est mal. Et tant pis si vous préférez engager quelqu’un que vous connaissez, en qui vous avez confiance, qu’un parfait inconnu dont les références en pointillé et/ou le piston d’un chef de parti d'extrême-droite vous semblent suspects. Si vous êtes frontalier, c’est mal ! Répétez tous en chœur !
Du coup, on se retrouve dans la situation absurde dénoncée le mois dernier sur Facebook par quelqu'un plutôt proche du MCG qui reconnaissait qu'à son boulot, on venait de remercier un jeune intérimaire frontalier qui faisait parfaitement bien son boulot, avec conviction et ardeur, pour engager fixe une chômeuse résidente qui outre un manque d'ardeur manifeste, s'était fait mettre en arrêt maladie au bout de quinze jours... Attention, il y a pléthore de chômeurs résidents qui ne demandent qu'à bosser et de tous les âges. Mais il n'y a aucune raison légale ou économique de différencier les gens selon le côté de la frontière où ils habitent. A Genève, les frontaliers paient leurs impôts en Suisse, de même que leur AVS, leurs cotisations chômage et bien souvent leur assurance maladie. Ils sont de fait parfaitement assimilables à des travailleurs suisses. Seul l'argument écologique de la distance pourrait être retenu, mais Annemasse ou Saint Julien sont souvent plus proches du lieu de travail à Genève que Versoix ou Chancy... Sans compter Yverdon ou Nyon. Or les Vaudois et autres, qui ne paient pas leurs impôts à Genève, sont considérés comme résidents par le MCG. Où est la logique ?
De toute manière, bien qu’élu et ancien avocat, Me Poggia se fiche des lois et de la démocratie. Parce que la Libre circulation a été votée et acceptée par le peuple. En échange de pouvoir par exemple aller librement habiter en France, les Genevois ont accepté l’idée de libérer l’accès à leur marché du travail. Certes les Suisses en ont décidé autrement il y a deux ans (mais pas les Genevois), mais cela n’est pas encore entré en vigueur et c’est donc toujours l’ancienne loi qui s’applique. Selon laquelle on ne peut pas licencier quelqu’un sous prétexte qu’il n’habite pas du bon côté de la frontière. Si M. Poggia insiste et que Clair Bois obtempère, l’affaire ira jusqu’au TF et M. Poggia perdra. Ce ne sera pas la première fois.

17/05/2016

Pétain et les défauts du bouclier

J’ai regardé lundi soir sur France 3, un film sur la mémoire de la collaboration et l’après Pétain. Qui présentait à mon avis la grave lacune de confondre le travail des historiens avec la réalité. Non pas que le travail des historiens soit forcément faux ou biaisé, mais il est des circonstances où le travail sur les sources écrites est insuffisant à rétablir la vérité.
Je pense en particulier aux activités de l’ombre et des services secrets qui ne sont pas forcément documentées. En temps normal, elles le sont bien sûr. Les services secrets demeurent des administrations publiques et en dehors de quelques actions spéciales inavouables (du genre : « Je ne vous ai pas donné cet ordre et en cas de pépin, on ne vous connait pas ») leur travail quotidien est dûment archivé, même s’il est classifié « secret défense » ou autre. Il peut donc être déclassifié en temps utiles pour les besoins de la recherche historique. Ou à l’occasion d’un changement de régime, comme ce fut le cas des archives du KGB, qui purent être consultées in extenso par quelques spécialistes comme Vladimir Fedorovski après le coup d’Etat manqué contre Eltsine.
Il est cependant des cas où la discrétion et le secret le plus absolu deviennent une question de vie ou de mort, pour les agents et de réussite ou d'échec pour le but poursuivi. C’était le cas dans la France occupée de la seconde guerre mondiale pour un certain nombre d'officiels, dépendant de l’Etat français mais bien décidés à préparer « la revanche ». De cela, l’historien étasunien Robert Paxton ne parle pas puisque dit-il « il n’en a trouvé nulle trace officielle » dans les archives de l’Etat français. Et pour cause, puisque les partisans de ce que l’on pourrait appeler un complot faisaient tout leur possible pour effacer leurs traces...
Le hiatus vient d’abord du fait que ce n’était pas l’Etat français (le nom officiel de l’administration pétainiste) dans son ensemble qui travaillait dans cette optique de revanche. Bien au contraire de larges pans de l’administration collaboraient allègrement et avec conviction, de Laval à la Milice. Pour ce qui est de Pétain lui-même, la question reste entière, les deux parties s’étant réclamées de son image tutélaire.
Mon père qui fut l’un des jeunes agents recrutés discrètement et très officieusement (à lire en juin, le prochain numéro de la revue "Passé Simple" sur ce sujet) pour travailler en Allemagne pour le 2ème bureau de l’air français sous couvert des commissions d’armistice me disait qu’il y avait de parfaites crapules. Il citait par exemple Jean-Marie Balestre et un magnat de la presse qu’il avait connu à l’époque et revu après-guerre dans les milieux du journalisme automobile. Les « résistants légalistes », symbolisés par le Général Giraud, à l’évasion duquel mon père a participé, préparaient la revanche de l’intérieur. Ils étaient de milieux et d’opinions diverses, avec une forte prédominance militaire et la présence de nombreux francs-maçons. Leur optique n’était pas la lutte armée sous l’occupation, qu’ils pensaient suicidaire et ils considéraient volontiers les gaullistes (dès le 18 juin 40) et les communistes (dès le 22 juin 41) comme des voyous, jusqu’à l’unification des divers mouvements de résistance, fin 43, et la « réconciliation » de Giraud et De Gaulle au profit exclusif de ce dernier.
Le voile jeté sur cette période servait aussi les intérêts de De Gaulle, lui permettant d’apparaître comme le seul leader de la Résistance, notamment militaire, ce qu’il n’était clairement pas au départ. Par ailleurs, parmi ces résistants de l’intérieur certains ont occupé de très hautes fonctions, jouant un double jeu dangereux, pour leur vie d’abord, pour leur réputation ensuite, car si les renseignements qu’ils pouvaient fournir étaient fort utiles à la résistance, leurs actions officielles les mettaient souvent au service de l’occupant. Ce qui pouvait aller jusqu’à la plus froide cruauté, lorsqu’il s’agissait de négocier les limites du pouvoir de la police française en échangeant la déportation des juifs étrangers contre le maintien de la souveraineté française sur les français n’ayant pas attaqué physiquement l’occupant… Qui permettait d’extirper des griffes allemandes les résistants d’opinion ou de renseignement. Un double jeu aux résonnances antisémites et xénophobes qui explique certaines amnisties de personnalités demeurées incomprises aujourd’hui encore, dans l’entourage de Mitterrand notamment. Comme René Bousquet qui poussa le double jeu horriblement loin en organisant la funeste rafle du Vel d’Hiv, mais qui aux dires mêmes de Mitterrand en privé, rapporté par ses proches, sauva des griffes nazies beaucoup de gens, utiles à la Résistance… Peut-être pas 13 000 quand même, qui est le nombre de juifs déportés au Vel d’Hiv !

En même temps, quand on sait que les Anglais n’ont pas hésité à sacrifier les centaines de membres de leurs réseaux du Pas de Calais et de Belgique, ainsi que leurs agents britanniques sur place en les livrant aux allemands pour leur faire croire à un débarquement dans cette région, on se dit que la guerre est décidément bien plus sale que jolie.