25.01.2012

40 % de la population active genevoise a le passeport français

 

Tout le monde connait l’imbrication de Genève avec la France, ou plutôt dans le Genevois français, avec qui elle partage 100 kilomètres de frontières, contre 10 avec Vaud et la Suisse. Mais on connait moins d’autres chiffres, sans doute encore plus significatifs :

60 000 français vivent à Genève, dont 50 000 inscrits au Consulat et 52% de double nationaux. Soit 13% de la population et du corps électoral genevois. Genève est d’ailleurs la plus grande ville française à l’étranger, sans compter que 60 000 frontaliers français y travaillent. Au total, près de 40% de la population active genevoise possède un passeport français.  Autant dire que les prochaines élections présidentielles et législatives y suscitent un énorme intérêt.

Sans les frontaliers, 85% des Français de Suisse résident en Suisse Romande. La communauté française en Suisse est la plus forte communauté française à l’étranger, ce qui fait de la Suisse (Liechtenstein inclus) le seul pays au monde à constituer, seul,  une circonscription électorale française. Pour les prochaines législatives, les circonscriptions sont en effet délimitées en fonction du nombre d’habitants.

A l’inverse, 65 000 suisses vivent dans l’Ain et la Haute-Savoie, dont 60 000 inscrits au consulat et 80% de double-nationaux. L’immense majorité réside dans les communes proches de la frontière où ils représentent 14% du corps électoral local :  Genevois, Chablais, Pays de Gex...  S’y ajoute plusieurs milliers de citoyens européens (avec droit de vote communal en France s’ils y sont domiciliés) travaillant à Genève, tout comme les 60 000 frontaliers français.

Dans les communes frontalières, une bonne moitié du corps électoral travaille en Suisse et « l’agglo » est de loin la plus grosse ville suisse à l’étranger.  01 et 74 abritent à eux seuls 2/3 des Suisses de France, la communauté suisse de France étant la plus forte communauté suisse à l’étranger. 17 000 d'entre eux sont inscrits sur les listes électorales genevoises. Leur participation est généralement inférieure à celle des résidents (encore que plusieurs milliers d'électeurs votant en Suisse comme résidents sont probablement des résidents français non déclarés) mais selon les scrutins, entre 4000 et 8000 d'entre eux votent. Ce qui peut représenter jusqu'à 10% des votants, chiffre non négligeable qui suffirait à lui seul à obtenir le quorum au Grand Conseil par exemple.

Chiffre surtout qui pourrait être augmenté. Les retombées sur la région des décisions prises à Genève sont évidentes et ce n'est pas un hasard si plusieurs partis, lors des dernières élections fédérales, ont présenté des listes "transfrontalières".

 

Jean Calvin chassé de Genève clair.png

Jean Calvin, le plus célèbre des Français de Genève, interprété par le belge John Goetelen dans le film "Comment l'Esprit vint à Genève" extrait du DVD "Genevois Pluriels".

 

Pour en savoir davantage sur les enjeux transfrontaliers, les deux films "Genevois Pluriels" (à voir les trailers ici) sont une excellente approche. Ils sont diffusés ce week-end, suivis de débats avec les autorités politiques locales, au cinéma Rouge et Noir de Saint-Julien en Genevois (74) vendredi 27 à 20h30 et à Versoix, au cinéma des Colombières le samedi 28 à 20h30.

 

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Rêves d'Afrique éveillée sur la toile

Après un boom spectaculaire, mais un peu artificiel au début des années nonante, le cinéma africain semble aujourd'hui à l'article de la mort. On n'en entend quasimment plus parler et même le festival des films de la diaspora africaine, pour la première fois à Genève ce week-end au Grutli, ne programme qu'une seule fiction et un documentaire d'Afrique. Les huit autres films à l'affiche étant tous issus de "la diaspora", soit le Brésil, les Caraïbes, la France, le Canada, et bien sûr les Etats-Unis, le festival étant né new yorkais...

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Pourtant, il serait faux de dire que rien ne se fait. La production nigérianne est pléthorique et toutes les télévisions du continent tournent force de feuilletons savonettes qui sont au mieux du théâtre filmé. C'est réjouissant, car si la qualité technique et surtout scénaristique laissent à désirer, c'est évidemment de cette production de masse qu'émergeront les véritables talents de demain. Beaucoup plus que des films des annés 90 qui à l'instar de ceux d'Idrissa Ouedraogo, réunissaient 25 techniciens parisiens pour un metteur en scène africain.

Nous restons pourtant sur notre faim. Si l'Afrique et sa diaspora ont pris une place essentielle dans la musique et les arts plastiques contemporains, on en est loin sur les écrans. Il est vrai que le cinéma coûte cher, très cher et qu'on ne peut pas faire un film en tapant sur un bidon ou en tordant trois fils de fer. Il faut des moyens, de vrais moyens pour avoir le temps de faire ses expériences et son apprentisssage, d'inventer autre chose.

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Ce qui frappe en fait l'observateur occidental averti que je suis, c'est l'absence de spécificité du style, du moins sur le plan cinématographique. Sauf peut-être dans les deux films vraiment africains du programme, qui se caractérisent par une lenteur qui rapellent le temps pris (et perdu selon nos critères) à la palabre et aux salutations d'usage... Dans les films de la diaspora, seul le fait que les sujets soient des afro-descendants le rapelle, mais absolument pas le traitement.

"Besouro", par exemple (trailer à voir ici), ode brésilienne à l'un des fondateurs de la capoeira, pourrait être un (excellent) film de kung fu, n'étaient ses références aux orishas du candomblé, l'avatar brésilien du vaudou. C'est d'ailleurs une mode très répandue parmi les jeunes intellectuels africains ou de la diaspora que ce retour aux valeurs et aux cultes traditionnels. Cela n'agit en rien sur le langage cinématographique, mais les conséquences politiques et économiques sont nombreuses. Et à mon humble avis désastreuses, lorsque ce retour aux racines conduit à confier la responsabilité des évènements, des gens et du sort de l'Afrique aux pouvoirs magiques.

C'est notamment le cas de Besouro qui sauve ses frères de l'oppression des planteurs grâce à Exu et aux orishas. Or dans la réalité, contrairementà ce que l'on continue de croire en Afrique, jamais la magie n'est parvenue à vaincre la technologie, les armes à feu ou les lois de l'économie. Il y a 20 ans, à la fin du film Ashakara, la guérisseuse Dodi révélait que la pierre magique qu'elle utilisait pour soigner n'était que du flan, "pour impressioner les villageois". Et les Nanas Benz, richissimes importatrices de pagnes, apportaient des valises bourrées de devises pour financer la production industrielle de son remède traditionnel à base de plantes médicinales. 20 ans après, le rêve d'une Afrique éveillée reste d'actualité. La bonne nouvelle, c'est qu'il se précise et que la dormeuse s'ébroue...

Ainsi du film burkinabe "Une femme pas comme les autres" (trailer à voir ici), qui voit une riche femme d'affaires prendre un 2ème mari pour se venger des infidélités du premier, mais sans le chasser, juste pour l'obliger à partager, lui aussi, dans une société polygame...

Ici, le programme détaillé du festival :

 

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12.01.2012

Affaire Blocher: Que faire d'un éléphant blessé dans un magasin de porcelaine ?

La meilleure défense, c'est l'attaque. Christoph Blocher applique le précepte à la lettre, pour nous faire oublier qu'il a tiré parti de données bancaires volées. Pire, il n'a pas seulement foulé aux pieds ce qu'il prétendait peu auparavant inscrire dans le marbre inviolable  de la constitution. Lors de l'affaire de l'employé monégasque, la ligne de défense helvétique consistait à dénier aux autorités judiciaires françaises le droit d'utiliser des données volées. L'UDC était bien sûr en première ligne. Que n'a-t-on pas dit à l'époque sur ces méthodes de voyous, indignes d'un Etat de droit...  Eh bien c'est exactement ce qu'a fait M. Blocher et il doit être puni pour cela. Doublement, car dans sa situation et au vu des positions de son parti, c'est un peu comme si le gendarme commettait le délit.

Si M. Hildebrand avait eu droit à un procès équitable, et non pas à un lynchage médiatique, les pièces volées n'auraient pas pu être utilisées. Poursuivre au-delà et s'en prendre à Mme Wimer-Schlumpf, c'est s'en prendre à l'essence même de nos institutions, dont la stabilité fait l'envie du reste du monde. Un peu comme Eric Stauffer qui se permet de réclamer la tête de Mme Rochat pour prendre sa place. Où cette folie menée par un quarteron de politiciens factieux et de  journalistes à leur service s'arrêtera-t-elle ?

Notre pays a des règles et des lois, il devient urgent de s'en rappeler. Ce n'est pas au quart de la population mené par quelques forts en gueule qu'il revient de dicter l'agenda, mais aux trois quarts restant.  Blocher est blessé. Il n'a pas apprécié qu'on lui ait cassé son jouet, que le peuple des électeurs ait à plusieurs reprises, à Zürich et à Berne, sifflé la fin de partie. Du coup, il en voulait déjà à la terre entière, mais désormais aussi à la Suisse et à ses institutions. Il n'est pas parvenu à les plier à sa volonté et cela le déstabilise, il n'en a pas l'habitude. Ce qui en fait un homme dangereux, un éléphant blessé dans le magasin de porcelaine de nos institutions.

Un procès ne l'arrêra probablement pas et même la prison qui l'encourt ne saurait l'empêcher de mener ses affaires depuis sa cellule, comme  un parrain bien organisé... Cela devrait même renforcer la détermination de ses partisans qui hurleront à l'injustice. Mais c'est une question de principe. Il est temps d'en finir avec ces méthodes de maître chanteur qui mettent en péril notre démocratie. C'est la même chose avec les gendarmes dont le Président du syndicat menace aujourd'hui le conseil d'Etat de sa colère s'il fait ceci ou cela... depuis quand la police dicte-t-elle sa conduite au politique ? Quelle est cette inversion des rôles, extrêmement dangereuse lorsqu'on songe à tous les régimes, de gauche ou de droite, qui ont mis la police au pouvoir ?

Inversion des rôles, oui, et inversion de la gravité des fautes. Il est bon de reprendre la question posée par le principal chantre, à Genève de ces marges extrémistes qui apparaissent de plus en plus ouvertement pour ce qu'elles sont : un danger pour nos institutions démocratiques. J'ai nommé Pascal Décaillet, qui ne cache pas son admiration pour les ténors fascistes d'une époque où l'extrême-droite tentait de parvenir au pouvoir, déjà, en dénonçant scandales réels et inventés, et complot judéo-maçonnique...

Qu'est-ce qui est le plus grave ?

Céder à la tentation de plaire à son épouse où même à l'appât du gain en profitant d'un gain de quelques dizaines de milliers de francs, pris in fine aux spéculateurs qui mettent en danger l'économie réelle du pays ?

Ou détruire ce qui reste du secret bancaire et avec lui l'image si précieuse d'inviolabilité de nos banques ? Car il ne s'agit plus cette fois d'un margoulin espérant vendre des données au fisc d'un pays étranger après s'y être réfugié, mais d'un ancien conseiller fédéral, patron milliardaire du premier parti de Suisse.  Qui, en plus, a déstabilisé la Banque Nationale et dégommé l'homme que la Suisse était parvenue à placer au coeur des débats sur le système financier international. Et qui, dans cette position au moins, ne devrait pas pouvoir être remplacé de sitôt.

Bref, l'un a commis une faute professionnelle et il a démissioné. L'autre a commis un délit, passible d'un long séjour en prison, et porté de surcroit de sérieux coups à des pans entiers de l'économie helvétique. Un traître à son pays, pour ce qui apparait de plus en plus motivé essentiellement par de vulgaires désirs de vengeance personnelle. Personnellement, je ne comprendrais pas qu'il ne soit pas puni comme il le mérite. Plus même, cela tendrait à prouver qu'il a déjà gagné et que la gangrène de nos institutions est dans un état tellement avancé que l'extrême-droite n'a plus qu'à se baisser pour les ramasser. Car elle fait peur.

C'est exactement la même chose, à l'échelle genevoise, avec le ton du Président du syndicat des gendarmes et les fantasmes de pouvoir de M. Stauffer. Libre à lui de se présenter au Conseil d'Etat, mais en son temps, lorsque les personnes actuellement élues auront terminé le mandat pour lequel elles l'ont été. Cela s'appelle le respect des institutions, et sans ce respect, la meilleure des démocraties du monde ne peut fonctionner.

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09.01.2012

Un second tour François contre François ?

Contrairement à ce qu'affirment un peu vite certains "analystes", Sarkozy ne remonte pas sur Hollande. L'analyse des chiffres et leur comparaison avec les précédents sondages sont on ne peut plus claires : C'est Hollande qui baisse. Parce que Bayrou monte et lui prend des voix. Le Pen et Sarkozy restant, pour l'instant assez stables. Mais dans le cas de figure actuel, l'issue du 2ème tour ne fait aucun doute: Sarkozy est battu par Hollande à plate couture.

Cet instantanné pourrait cependant changer, à une seule et unique condition. Si Bayrou, qui a jusqu'à présent mordu essentiellement dans l'électorat centriste ravi d'une alternative au vote PS, se mettait à mordre à droite, prenant à Sarkozy ce qu'il a pris jusqu'à maintenant surtout à Hollande et Joly. Cela a commencé ce week-end avec le ralliement de Dassier, libéral bon teint éconduit par l'UMP, puis de Douste-Blazy, médecin béarnais, ci-devant maire de Lourdes et haut-fonctionnaire international.

C'est cependant loin d'être fait, car l'UMP, pour l'instant serre les coudes avec une peur au ventre: que Le Pen soit au 2ème tour face au PS. Pour tous ceux qui ne veulent ni du PS (avec Montebourg et Melenchon en embuscade dérrière un Hollande bon enfant), ni de Le Pen, Bayrou parait être la seule solution, le seul à même de vaincre le PS au second tour. Car si c'est Sarkozy, on peut être sûr que c'est plié. Et Le Pen, on n'en parle même pas. Mais pour que Bayrou puisse bénéficier des voix UMP lucides, et il y en a, il faut qu'il parvienne à dépasser Le Pen...

C'est un drôle de jeu, une sorte de quitte ou double qui n'a plus grand chose à voir avec l'idéologie, encore que l'enjeu soit directement politique: que l'élu des Français soit à la fois une personnalité raisonnable et surtout qu'il soit représentatif d'une majorité d'entre eux, loin des extrêmes. Ces Français qui souhaitent conserver le système actuel sans faire la révolution, mais rêvent de le moderniser et de le rendre plus équitable et plus durable. La majorité silencieuse, quoi qui se reconnait évidemment davantage dans l'un ou l'autre des François, aimables notables de province que dans n'importe quel autre des candidats.

Mais lequel des deux, au-delà de ces aspects tacticiens ? Sur le fond, qu'est-ce qui les différencie ? J'y reviendrai.

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06.01.2012

J'accuse le gouvernement togolais de forfaiture

Je connais bien Eugène Adoboly, accusé de détournement par le gouvernement togolais. Cela fait vingt cinq ans que nous sommes amis et il figure, lui ou son épouse défunte, dans quatre de mes films. Dont l'un consacré précisément à sa femme Hèlène lorsqu'elle était l'épouse suisse de son premier ministre togolais de mari.

Sacrée Hélène, savoureuse suisse-alémanique née dans le Périgord de parents ouvriers de ferme et sensibilisée très tôt au racisme car durant son enfance pendant la guerre, on la surnommait "la boche". Du coup, sa meilleure copine au pensionnat, dans le Sud-ouest, était de Haute-Volta... Hélène devint par la suite secrétaire du directeur de l'observatoire de Sauverny, et anima à ce poste, durant des années, le concours international "La science appelle les jeunes". Dans le même temps, le jeune et fringant étudiant togolais qu'elle avait croisé à Genève avait brillamment passé deux doctorats, lui avait fait trois beaux enfants et  était devenu l'un des Africains les plus en vue de l'ONU. Economiste brillant, il avait longtemps travaillé à la CNUCED où il avait largement contribué à la mise au points des accords sur le café, qui avaient permis de stabiliser les cours au profit des petits producteurs.

Il avait fini sa carrière comme chef du corps commun d'inspection, une sorte de cour des comptes internationale, chargée de débusquer les erreurs et malhonnêtetésde gestion de tous les organes de l'ONU et de ses dépendances, de l'OMS à l'OMPI... Plusieurs fois grands père, ses trois enfants solidement établis à Genève, il possédait avec son épouse une coquette villa à Coppet. Ce qui explique qu'il n'est établi à Genève que depuis 2002, car il était auparavant et depuis plusieurs dizaines d'années, dans le canton de Vaud... Une erreur du journaliste de la Tribune que de mentionner les faits comme s'il s'était établi en Suisse après son passage à la tête du Togo: c'est tout l'inverse.

Comme d'autres hauts fonctionnaires africains de l'ONU, Eugène se demandait comment rendre à son pays un peu de ce que la vie lui avait  offert. C'est pourquoi, lorsqu'Eyadema lui a offert le poste de premier Ministre, alors qu'il venait de prendre sa retraite de l'ONU, il n'a pas hésité bien longtemps. Le Togo était alors dans une situation déspespérée, marquée par une dizaine d'années de boycott européen, largement injustifié. L'Allemagne en voulait à son ancienne colonie : l'un de ses secrétaires d'Ambassade avait été tué lors d'un contrôle de police, alors qu'il transportait des armes dans le coffre de sa voiture.  Eyadema espérait que le carnet d'adresses et l'honorabilité d'Eugène Adoboly permettrait de débloquer la situation. Et puis c'était aussi une manière de repositionner un potentiel rival lors de prochaines élections.

Comme le dit Eugène et j'ai pu le constater à l'époque, il a largement payé de sa poche les frais de sa fonction et la manière dont il entendait y faire face auprès des instances internationales. Ne voulant pas puiser dans les caisses du pays jusqu'à son redressement, il a préféré hypothéquer sa maison de Coppet. C'est alors qu'il fut remercié par Eyadema, assez brutalement. Bien des hommes politiques africains s'achètent une maison en Suisse avec l'argent détourné, Eugène est sans doute le seul à avoir fait l'inverse: vendre sa maison de Suisse pour aider son pays. Minée par les soucis, la douce Hélène fut atteinte d'un mal que l'on qualifie généralement de long, mais qui pour le coup fut foudroyant.

Eugène a du laisser sa maison de Coppet pour un appartement à Versoix et continue depuis lors, malgré son âge, à effectuer des missions en Afrique pour le compte de l'ONU et la cause de la paix. L'accuser d'escroquerie, dans ces conditions, est une forfaiture doublée d'une ignominie. Il n'a d'ailleurs jamais reçu de convocation à son procès, n'en ayant été informé, par le coup de fil d'un ami depuis Lomé, que la veille de son ouverture ! Sa condamnation à 5 ans de prison ne l'incite évidemment pas à se présenter dans son pays pour une faute qu'il n'a pas commise. Pour qui connait l'état des prisons de Lomé et leur surpopulation, ce qui est mon cas, il parait évident qu'un homme de 76 ans, habitué au mode de vie occidental, n'y survivrait au mieux que quelques semaines.

Maintenant, qu'est-ce qui peut bien pousser le régime du fils d'Eyadema a vouloir sa peau ? Je ne vois qu'un motif, mais il est de taille: malgré son âge certain, Eugène Adoboly reste le plus expérimenté des hauts cadres togolais. Unaniment salué pour son intégrité dans toute l'Afrique, il peut faire figure de recours dans l'éternel combat entre les familles Gnassingbe et Olympio qui se disputent le pouvoir depuis l'indépendance. C'est bien mal connaître Eugène que de l'imaginer assoiffé de pouvoir à ce point. Il est bien davantage intéressé à fournir ses conseils avisés à qui veut les écouter. Mais cela, c'est semble-t-il une forme d'esprit que le fils d'Eyadema n'est point capable d'entendre.

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01.01.2012

En avant pour une 3ème Guerre Mondiale. Qui ne serait ni fraîche, ni joyeuse.

Je n'aime pas casser l'ambiance, en ce jour de l'an, mais il faut bien que quelqu'un s'y colle. Et les nouvelles sont mauvaises. Franchement pas bonnes. Partout, les souverainistes de tous poils sont en train d'imposer leurs idées. Au point que les politiques, désemparés et avides de voix, se mettent à les écouter. C'est flippant. Parce que le retour du protectionnisme, ce n'est pas juste un petit retour en arrière. Ce n'est pas faire comme s'il ne s'était rien passé depuis les années soixante et revenir comme par miracle à la situation des trente glorieuses.

Au Conseil de Sécurité, les diplomates ont la sensation d'être revenus aux temps de la Guerre Froide. Vexée de s'être vue refusée la prise de contrôle de Saab, la Chine ferme ses entreprises automobiles aux marques étrangères. Sarkozy, le soir de ses voeux, annonce de nouvelles taxes à l'importation... Histoire d'aller plus loin que Bayrou, qui se contentait de recommander d'acheter français... Au point que le moins protectionniste des trois papables, malgré le boulet Montebourg, paraît bien être Hollande, pour qui, du coup, je voterai sans hésiter une seconde.

Bref, tandis que l'élection française se déroulera sur des concepts hérités du XVIIIème, et que tous les candidats passent à côté des vrais débats, le spectre hideux du protectionnisme reprend la main, partout sur la planète. Avec cette croyance, distillée par quelques idéologues fascinés par la castagne, que la loi du plus fort sera plus performante, pour eux et les leurs, que les règles du partage. Ce qui est une stupidité de première grandeur et qui immanquablement, depuis la nuit des temps, a toujours abouti au même résultat: la guerre.

Même si le gâteau des ressources et des rchesses terrestres peut croître encore, grâce à la technologie et la consommaton se rationnaliser, grâce à l'écologie, le fait est que ce gâteau, dans un instant T est limité. Et que toute la question est de savoir comment on le partage. Grâce à des technologies militaires largement supérieures (et une démographie galopante qui nous a permis d'envoyer explorateurs, marchands et troupes coloniales conquérrir le monde), l'Occident s'est accaparé la meilleure part depuis deux siècles.

Aujourd'hui, notre suprématie militaire n'est plus ce qu'elle était, et surtout, nous n'avons plus les forces physiques, humaines, pour l'imposer partout à la fois. Je n'ai personnellement aucune envie d'envoyer nos ados, qui passent leur temps à jouer à s'étriper en vidéo, voire comment cela fait, en vrai. C'est pourtant bien ce qui risque de se passer.

Imaginez une cour de récré, avec plusieurs centaines d'élèves de différents âges, quartiers et origines, affamés et assoiffés. Au milieu du gâteau, des hamburgers, des téléphones portables dernier cri, de quoi boire, des consoles et des jeux... Mais le tout en quantité limitée. Il n'y en a clairement pas assez pour que tout le monde puisse faire bombance. Il y a juste ce qu'il faut pour que personne ne meurre de faim ou de soif, si l'on partage équitablement.

Au début la bande du quartier nord, constitué de quelques costauds, s'arrange pour accaparer la distribution. Ils rédusient les pauvres des quartiers sud et d'extrême-Est à la famine, se gavent, commencent à grossir et régulièrement se castagnent entre eux pour le contrôle de l'alcool, ou des portables, ou des prises électriques. Ils se font aider par les pauvres, auxquels ils promettent monts et merveilles. Puis finalement quelques premiers de classe, pour mettre fin à la castagne, prennent les choses en main et se mettent à distribuer plus équitablement.

Bien sûr, il subsiste des injustices. Il y en a toujours qui ont nettement plus, notamment des premiers de classe, mais dans l'ensemble, ceux qui n'avaient rien apprenennt à se faire entendre, et montent en puissance, tandis que forcément la plupart des membres du quartier nord reçoivent moins qu'avant. Et ça les fache. Alors ils râlent. On leur fait croire qu'en reformant les groupes, ils seront à nouveau les plus forts et pourront dicter leur loi. Mais entretemps, les autres, tous les autres sont montés en puissance et les rapports de force ont changé. De plus le partage a permis à chacun de goûter aux produits de tous et l'on a pris des habitudes. On en est là.

Il n'y a pas d'alternative. Soit on s'entend et on partage, soit on ferme les frontières pour tenter de se conserver les meilleures parts. Et comme les autres font la même chose en même temps, on multiplie les sources de conflit. Pour la Suisse en particulier, championne toutes catégories du commerce extérieure, mieux même que l'Allemagne ou le Japon, c'est une catastrophe. Notre prospérité dépend de nos exportations. Et penser que nous pourrions fermer nos frontières sans que nos partenaires ne ferment les leurs relève d'une parfaite idiotie.

Il y aurait pourtant des choses à faire. Plutôt que de mettre des taxes à l'importation, par exemple, ce qui est contraire à toutes les règles, de l'UE comme de l'OMC, on peut transférer une partie du poids des charges sociales sur la tva. Les prix de tous les produits renchérissent, mais les coûts de production des produits nationaux diminuent. Donc potentiellement leurs prix de vente aussi, tout en privilégiant l'emploi. Cela peut se faire en toute conformité avec les règles du commerce international. De même qu'une dévaluation compétitive de l'Euro et du Franc, comme elle est en train de se produire... Tout ceci ayant bien sûr pour conséquence de réduire les disparités entre pays riches et pauvres, mais de le faire en douceur.

 

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29.12.2011

Franc fort: dégonfler la bulle helvétique avant qu'elle n'explose

La Suisse est-elle une gigantesque bulle spéculative ? D'une certaine manière, oui. Bien sur, comme toute bulle qui se respecte, elle ne repose pas que sur du vent et dispose de sérieux atouts: stabilité politique, fiscalité favorisant l'entreprise, bon niveau de formation, culture du consensus et du pragmatisme, tradition d'hospitalité, etc... Elle a même su faire des avantages de ses handicaps, comme le manque de matière première, par exemple.

Pourtant son succès éclatant et surtout l'attrait qu'exerce sa monnaie sont sans commune mesure avec ses résultats réels. Il y a 50 ans, un Franc suisse valait exactement un franc français. Un demi-siècle plus tard, il en vaut 5 à 6 fois plus... Sans que les économies réelles aient évolué de la même manière évidemment. Ces différentiels de change anormaux sont dus en grande partie au caractère de valeur refuge qu'a pris le Franc Suisse et à l'immense quantité de richesse mondiale conservée chez nous.  Pour mémoire, plus du quart de la fortune mondiale off-shore (= circulant hors frontière) est gérée chez nous (fortunes privées et institutionnelles), alors que notre PIB représente moins de 1% du PIB mondial. L'ensemble des montants gérés en Suisse représente ainsi près de 8 fois l'ensemble de notre PIB annuel.

Les conséquences pour l'économie réelle et pour le citoyen sont à la fois très positives et extrêmement dangereuses. Positif, le fait de pouvoir se financer au meilleur coût, ou de disposer d'un pouvoir d'achat important à l'étranger. Dangereux le renchérissement qui s'ensuit pour nos exportations, le haut niveau des prix intérieurs et surtout la dépendance à une monoculture sur laquelle nous n'avons que peu de prise. Aujourd'hui, même si ses fondamentaux restent bons, la Suisse se retrouve face à une double crise: crise globale, mondiale de l'économie, en particulier celle des vieux pays occidentaux dont fait partie la Suisse, et crise de son système bancaire qui doit faire son deuil du secret bancaire et avec lui de son business model...

Si la BNS s'époumone à répéter que la valeur du Franc devrait baisser en 2012 sans qu'elle ait besoin d'intervenir, c'est que tous les banquiers s'attendent à ce que la Suisse et sa monnaie perdent passablement de leur prestige en tant que valeur refuge. Parce qu'une part non négligeable des fonds off-shore vont aller se faire voir ailleurs. Du moins ceux qui ont quelque chose à cacher, que l'on peut estimer à un bon tiers du total. Leur nouvel asile n'aura probablement qu'un temps, car la lutte contre les paradis fiscaux va s'étendre et se renforcer, mais c'est un autre débat.

Pour l'économie réelle, c'est un soulagement. La baisse probable du Franc redonnera de la compétitivité à leurs produits, sur les marchés intérieurs et extérieurs. Pour le citoyen, la facture semble salée. Son pouvoir d'achat va baisser lorsqu'il se rend à l'étranger et les produits importés en Suisse vont renchérir. Mais à moyen et long terme, il est gagnant. Car la montée du Franc entraîne des contraintes accrues pour les entreprises, qui ont de plus en plus de mal à produire en Suisse, et à terme, finissent par licencier. La très forte spécialisation des firmes suisses, induite par leur course à la qualité, finit par laisser en plan des pans entiers de la population, comme on peut le voir à Genève, où tout l'ancien secteur industriel est disparu. Sans compter les OI qui délocalisent, parce que le bout du lac devient trop cher...

La Suisse ne peut pas vivre en circuit fermé. Elle dépend entièrement de ses exportations. Si celles-ci s'arrêtent ou se réduisent drastiquement, la Suisse suit forcément immédiatement le mouvement. Ce serait pour le coup une vraie explosion de son ilôt de prospérité. Dégonfler la bulle du Franc permet de faire les choses en douceur, avec le moins d'à-coups possible, pour repartir du bon pied. Avec certes des vacances un peu moins luxueuses à l'étranger, mais l'assurance de ne pas perdre son job ou d'en retrouver un plus facilement.

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24.12.2011

Priorités, chômage et realpolitik

Il parait nécessaire de revenir sur la priorité accordée aux chômeurs dans le petit et grand Etat, comme sur les cris de victoire poussés - à tort - par le MCG et son porte-parole quasi-officiel, Pascal Décaillet.

Le communiqué du Conseil d'Etat dit clairement qu'avant de demander un permis, les responsables de l'embauche devront accorder la priorité aux chômeurs inscrits à l'OCE. Ce qui est à la fois logique et social.

Cela ne signifie aucunement que les chômeurs sont prioritaires sur tout le monde. S'il est sain socialement de favoriser le retour à l'emploi, le réflexe naturel de n'importe quel employeur (d'autant plus fort que le poste est crucial dans la hiérarchie), c'est d'accorder davantage de confiance, à priori, à quelqu'un qui a su conserver son poste. Même si le chômage peut avoir des causes tout  fait indépendantes des qualités du chômeur, il arrive régulièrement que ce ne soit pas le cas. Un recruteur doit en tenir compte. Tout en sachant qu'un chômeur viré pour inaptitude au travail peut fort bien avoir compris la leçon et se montrer plus efficace que Mr X débauché dans l'entreprise Y... qui en réalité fut ravie de s'en débarasser...

Même si l'Etat n'a pas forcément les mêmes critères de rentabilité que le privé, il n'a pas vocation à assurer le plein emploi de tout un chacun. C'est un équilibre délicat à maintenir entre les impératifs de rentabilité et de cohésion sociale, apparement contradictoires. Il ne faudrait pas cependant, que la facilité conduise à se défausser sur la région de tous nos problèmes de gestion, car une telle attitude deviendrait invivable à court terme.

Concrêtement, la disposition officielle intervient avant de solliciter un permis, mais donc à priori après une première procédure de recrutement, ou en tout cas en même temps. Elle implique essentiellement de s'enquérir auprès de l'OCE d'un éventuel chômeur ayant le profil du poste. Qui devra être préféré à l'embauche d'un candidat sans permis.

Les frontaliers, eux ont un permis. le fameux permis G, qui, s'ils sont frontaliers depuis 5 ans sans interruption, leur donne le droit de changer d'employeur à leur guise et même de devenir indépendant. Les dispositions ayant changé avec les bilatérales et leur interprétation variant d'un canton à l'autre, il semble qu'en cas de chômage ils conservent leur permis un certain temps. 6 mois dans certains cantons durant lesquels, ils n'auront pas à solliciter de nouveau permis s'ils trouvent un job. Durant ce temps, ils sont indemnisés en France, par la France, les cotisations versées à l'assurance chomâge suisse restant en Suisse... L'OCE et Pole Emploi se communiquant parmi les offres disponibles, en tout cas lorsqu'elles ne sont pas immédiatement pourvues.

D'un aute côté, un ressortissant de l'UE/AELE inscrit au chômage dans son pays peut venir s'inscrire à Genève à l'OCE et y rester 3 mois, pour peu qu'il ait une adresse à Genève bien sûr. Ce qui, pour un frontalier, n'est guère plus compliqué que pour un Genevois. Cela fait de lui un résident, défendu en tant que tel par le MCG, qui n'est pas à une contradiction  près... A noter que s'il est indemnisé dans son pays selon les normes en vigueur en Suisse, il pourra l'être aussi en Suisse (on peut aussi être inscrit à l'OCE sans toucher d'indemnités, dans le cas d'un ancien indépendant, par exemple). Mais c'est le pays où il était indemnisé qui paiera la facture.

Tout ceci dans le but de faciliter la mobilité, gage de flexibilité et d'adaptabilité, donc d'efficacité économique en Europe. Problème, on est tellement bien à Genève que ceux qui y sont n'ont aucune envie d'en partir et refusent d'aller voir ailleurs si leurs capacités pourraient y être mieux employées. Ce qui ne les empêche pas de râler contre ce gouvernement qui, envers et contre tout, réussit à maintenir des conditions de vie particulièrement enviables à l'échelle européenne, donc mondiales.

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23.12.2011

Genevois en France: les élucubrations d'Antoine

Mon ami Antoine Vielliard aime bien jeter de l'huile sur le feu des relations transfrontalières. C'est son truc à lui pour exister politiquement. Quitte à déclencher des cataclysmes politiques ou des chasses aux sorcières. Il est ainsi incontestablement à l'origine de la campagne d'opinion qui a largement désigné "les expats" et les multinationales comme la cause de tous les problèmes de Genève, ce qui est tout aussi faux et mensonger que de prétendre que tout est de la faute des frontaliers. Sandrine Salerno avait repris l'antienne anti-croissance avec ravissement et Temps Présent, de son côté, nous avait pondu une jolie émission chargée d'émotion, mais sans aucun chiffre. Et pour cause, car ils auraient largement contredit la thèse originelle: l'immigration due aux multinationales représente moins de 10% de l'immigration dans notre région et fondamentalement, n'est pas la responsable de la crise du logement.

Vielliard remet ça en appelant implicitement à la chasse aux suisses résidant en France tout en conservant une adresse officielle à Genève.  En fonction des scores cantonaux "intra muros" des listes vertes et démocrates chrétiennes de l'étranger aux dernières élections fédérales, il tente ici une extrapolation extrêmement hasardeuse, pour parvenir aux chiffres de 18 000 genevois qui résideraient dans le Genevois français sans s'y déclarer.

Toute son élucubration repose sur un à priori et il est faux. La petite quantité de votes concernés (333 sur tout le canton pour les verts de l'étranger et 323 sur tout le canton pour les PDC de l'étranger) en fait une somme de cas d'espèces. Cela peut tout à fait représenter la somme des copains du boulot et des familles ou amis proches des divers candidats. Auxquels on peut rajouter des Genevois qui sont résolument pour la région et veulent la faire avancer, qui ont une résidence secondaire (une vraie) à Nernier ou à Mégève, de la famille savoyarde ou gessienne, etc...

Dans le cas de Mettan, tête de liste du PDC étranger, on peut même voir là une tentative organisée auprès de ses amis PDC de Genève de concentrer les votes sur sa personne sans remettre en cause le tir groupé en faveur du parti.

Le présupposé de Vielliard ne tient que si les gens percevaient un avantage clair à voter pour une liste ou une autre selon le côté de la frontière où ils résident. Ce qui n'est pas le cas: les listes vertes et démocrates-chrétiennes "genevoises" ont obtenu 150% de voix en plus que leurs homologues "étrangères" chez les Suisses de l'étranger... Si l'on appliquait le raisonnement de Vielliard à ce résultat, on pourrait donc en conclure que les deux tiers des Genevois se déclarant résider en France voisine habitent en réalité sur Genève !

Il faut toujours se méfier des raisonnements hâtifs. A fortiori lorsqu'ils débouchent sur des appels implicites - voire explicites - à davantage de contrôles policiers.  Ce n'est pas la première fois que mon ami Antoine franchit ce genre de limites très nauséabondes sans même s'en rendre compte. L'amitié doit être solide, pour y résister.

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22.12.2011

Priorité aux chômeurs. Pas forcément résidents !

Pascal Décaillet et Mauro Poggia devraient apprendre à lire. Et à contrôler leurs sources. Pour leur éviter de se vautrer dans l'erreur, il leur aurait suffit de consulter le communiqué du Conseil d'Etat d'hier mercredi, relatif à la priorité accordée aux chômeurs dans les offres d'emploi du grand Etat. Il y est clairement indiqué que cela concerne "les chômeurs inscrits à l'Office Cantonal de l'Emploi". Ce qui inclut bien évidemment les frontaliers, suisses, français ou ressortissants de l'UE ou de l'AELE indemnisés en France et recherchant du travail à Genève, parce qu'ils sont suisses ou bénéficient déjà d'un permis F.

En clair, s'ils ont travaillé et cotisé en Suisse, ils conservent leurs droits. C'est bien la moindre puisqu'en dehors du fait que d'habiter sur France soit parfois juste la conséquence de la crise du logement, leurs cotisations versées à l'assurance chômage en Suisse... restent en Suisse, alors qu'ils sont indemnisés en cas de chômage par les ASSEDIC françaises, sur la base de salaires suisses (donc mieux que la plupart des cotisants français), bien que n'ayant souvent jamais côtisé en France.

Une préférence cantonale ou résidentielle, comme le prônent MM Décaillet et Poggia serait évidemment contraire aux accords bilatéraux signés par la Suisse et largement acceptés  en votation par le peuple genevois. Ce serait en plus une stupidité de première grandeur sur le plan du logement, puisqu'elle contraindrait un certain nombre de frontaliers, suisses, français ou ressortissants de l'UE/AELE à se loger ou reloger à Genève (ou sur le Canton de Vaud). Un nombre qui pourrait bien croître dangereusement dans les mois qui viennent si la crise s'installe ce qui parait plus que probable. On verrait donc la pression sur les loyers augmenter encore, pour des catégories de population susceptibles de s'en remettre à l'aide sociale, ou alors émigrer sur Vaud et dès lors ne plus payer d'impôts du tout.

Tout ceci résume assez bien la différence existant entre un parti de gouvernement et d'élus responsables et un club de blablatteurs aux solutions aussi simplistes qu'inapplicables.

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19.12.2011

Une Suissesse à la tête d'une organisation internationale majeure ?

On babille pas mal dans les couloirs des organisations internationales en ce moment. Au BIT, ils appellent ça "radio moquette" et le thème principal des émissions, c'est l'identité du futur Secrétaire Général. Ou de la future, car l'un des noms qui revient avec insistance n'est autre que celui de Micheline Calmy-Rey.

Qui trouverait sur son chemin quelques grosses pointures, comme le français Gilles de Robien. ancien minstre et ancien directeur de campagne de François Bayrou en 2002... Lui est déjà au BIT, où il représente la France. Il a un excellent bilan en tant que ministre, le nombre de tués sur les routes en France ayant par exemple baissé de 15% suite à son passage aux transports. Il serait le 3ème français à la tête  de l'Organisation Internationale du Travail, Francis Blanchard, le dernier, y ayant laissé d'excellents souvenirs.

La Valaisanne a des atouts plus spécifiques. D'abord, elle a une vraie vision mondialiste des problèmes, ce qui est très rare. Sans doute est-ce du à ses études genevoises, à HEI. Ensuite, socialiste, elle fut longtemps chef d'entreprise. Enfin c'est elle (avec Pascal Lamy et Juan Somavia, boss chilien et démisionnaire du BIT, deux autres socialistes pragmatiques), qui a transformé le COB, le Chief Executive Board, réunissant tous les resonsables des organisations intergouvernementales mondiales.

De simple conférence administrative, ils en ont fait une sorte de conseil des Ministres du monde, qui malheureusement ne se réunit que deux fois par an (une fois en Suisse, une fois aux Etats-Unis) pour tenter de faire en sorte, à minima, que les différentes organisations internationales, chacune dans leur domaine, ne promeuvent pas des politiques contradictoires. Ce qui devrait être du ressort des gouvernements, qui sont en thorie les pilotes des Organisations Intergouvernementales, mais n'est de loin pas toujours le cas.

A noter qu'aucun pays du monde n'était représenté par plus d'une personne dans ce Conseil, sauf les Etats-Unis, qui comptent quatre "boss" d'organisations mineures, et la France qui en compte quatre dont trois d'organisations majeures: le FMI (ou une française a remplacé un français), l'UPU, l'OMM, et l'OMC. Où Pascal Lamy reste jusqu'en août 2013. Ce qui, avec Robien ferait donc 5 français... Peu probable. Aucun Suisse en revanche n'en a jamais été membre, le CICR n'en faisant pas partie. A noter également que les asiatiques (notamment Chinois ou Indiens) y sont sous représentés, tandis que l'Occident y truste les leaderships.

C'est d'ailleurs là le principal obstacle à la candidature de Mme Calmy-Rey: la volonté légitime des pays émergents d'obtenir une représentation plus équitable. Surtout s'ils montent en puissance au niveau des financements, ce qui n'est pas encore toujours le cas. Reste que le principal chantier du BIT pour les années à venir est essentiel aux équilibres de la planète. Du à l'initiative de Juan Somavia, il consite à doter l'ensemble de l'huamnité d'une couverture sociale minimale alors que les 2/3 d'entre elle en sont complètement dépourvus.

C'est incontestablement le meilleur moyen de réduire les déséquilibres nord sud, cause première des délocalisations, des migrations et plus généralement de l'instabilité politique et militaire. C'est refaire à l'échelle mondiale ce que les bourgeoisies europléennes ont enclenché à l'échelle nationale à la fin du XIXème, pour aboutir au milieu du XXème aux différentes formes de sécurité sociale.

Nul doute que le chemin sera long. Le meilleur candidat ou candidate sera celui qui sera le plus à même de faire avancer le dossier. Doit-il être du Nord ou du Sud, difficile à prédire...

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16.12.2011

C'est la guerre froide qu'on enterre aujourd'hui, pendant que les ingrédients du prochain conflit se mettent en place...

Je ne sais pas quel effet cela vous fait de vivre sur une planète cyclothimique, mais moi je trouve cela angoissant. Notre réalité dépasse de loin n'importe quelle fiction. Alors même que les derniers relents de la guerre froide sont défintivement enterrés, le monde se prépare à une phase de contraction protectionniste qui non seulement ruinera l'économie, mais cumule tous les risques de déboucher sur des affrontments violents et généralisés.

Franchement, ces pulsations compulsives, "extension, compression," lorsqu'il s'agit de planter le bâton, ça m'amuse, mais beaucoup moins lorsque c'est avec le sort de l'Humanité que l'on joue. Il est affligeant que les 90% des intellectuels de  nos pays semblent se réjouir du retour en force des nationalismes. Reste à espérer que le bon peuple, ou plutôt les bons peuples, soient plus terre à terre et ne se laissent pas  embarquer dans ces délires revanchards et égoïstes.

Signe des temps, c'est dans une grande discrétion que l'on fête à Genève, en cette fin de semaine, l'une des plus belles réalisations de la diplomatie suisse depuis 20 ans: l'entrée de la Russie à l'OMC, obtenue en grande partie grâce à la diplomatie de Micheline Calmy-Rey. Berne a en effet joué un rôle essentiel dans le débloquage des rouages sacrément grippés de la Géorgie Membre du même groupe que la Suisse à l'OMC, Tiflis faisait tout ce qu'elle pouvait pour empêcher l'entrée de Moscou dans le vaste club du commerce mondial.

Micheline Calmy-Rey s'en va ainsi sur une éclatante résussite, un succés de la diplomatie et des manoeuvres discrètes, voire secrètes, qu font une large part des rapports internationaux. C'est heureux, car si tout cela s'était déroulé au grand jour, les dirigeants géorgiens auraient été corsetés par les tendances les plus populistes et revanchardes de leur opinion publique et rien n'aurait pu se faire. Moscou serait restée en marge d'une des institutions les plus importantes de la gouvernance collective, ruminant son exclusion dans son coin. Car au sein de l'OMC. où les igorants prétendent que les grands pays font la loi, un petit peut bloquer  tout le processus.

Aujourd'hui. on apprend aussi que MCR lasse les rênes du DFAE à Didier Burkhalter. Gageons que le Neuchâtelois saura se montrer digne  héritier d'une diplomatie discrète, mais efficace, qui sait se faire oublier pour mieux avancer. Ce ne sont pas les dossiers qui manquent, vitaux pour notre économie et notre place financière. Sa formation d'économiste et les expériences passées de Burkhalter avec l'OCDE, la francophonie ou les parlementaires français devraient lui permettre d'être rapidement opérationnel au coeur de l'action, dans la négociation des dossiers les plus sensibles. Des problèmes directement reliés aux tensions qui agitent la planète.

On dit le Neuchâtelois mesuré. Voire glacial. Personnellement, pour tenir le cap dans un monde maniaco-dépressif, je préfère un pilote qui sache conserver son sang-froid.

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09.12.2011

L'Escalade n'est pas ce que vous croyez

Nos contemporains voient souvent l'Escalade comme une sorte de guerre entre nations... Qui en réalité n'existaient pas encore à l'époque ! Il s'agit au contraire d'une vraie guerre civile, opposant la bourgeoisie urbaine à l'aristocratie féodale et à sa paysannerie, sur fond de guerre de religions: dans toute l'Europe de l'Ouest, les familles se déchirent entre elles.

La population d'Annecy est ainsi largement composée des ordres religieux ayant fui Genève un demi-siècle plus tôt et des enfants et petits enfants de Genevois, restés catholiques, qui les accompagnaient. Tandis que Genève se peuple de huguenots savoyards ou lyonnais, comme la Mère Royaume. Lorsque la guerre éclate en 1589, elle oppose des cousins, parfois des frères. La seule chose qui les sépare vraiment, c'est la religion.
Genève est la capitale historique de la région. Les riches savoyards ont leurs demeures à la rue des Granges et les Genevois exploitent des domaines en Savoie. Où le Conseil de Ville prélève des impôts. C'est pourquoi Genève, lorsqu'elle déclare la guerre au Duc, interdit les exactions contre les civils. Il y en aura cependant, de part et d'autre; mais côté Genevois, les coupables seront jugés. Et condamnés à des peines légères, mais hautement symboliques, car il s'agit d'une première mondiale.

Lorsque les Savoyards furieux attaquent Genève en 1602, Genève n'est pas Suisse et depuis 1589, la France, dirigée par Henry IV, est son alliée dans la guerre. Tandis que les cantons suisses catholiques, Fribourg, Valais et la Suisse primitive soutiennent la Savoie, après s'en être nourris.

Cela fait un siècle, depuis 1476, que toute la Romandie, jusque là savoyarde, donc bourguignonne, passe progressivement sous domination alémanique: Vaud devient vassale de Berne, le Bas-Valais, du Haut et la Gruyère de Fribourg, qui a remplacé le français par l'allemand comme langue officielle à l'issue des guerres de Bourgogne.

A Morat les Romands sont massacrés 1.jpg

Jacques de Savoie, Seigneur de Romont et Henry de Neuchâtel commandent les bourguignons à Morat

 

Les 10 000 morts - en bonne partie romands - de la bataille de Morat représentent l'équivalent de la population de Genève ou Zurich à l'époque. Un traumatisme énorme. Ils ont été massacrés par la Ligue alémanique formée de Bâle, Berne, Zurich, Strasbourg, Mulhouse, Colmar et Sélestat, soutenues par le Duc de Lorraine et les Habsbourg et financées par Paris. Louis XI met ainsi fin à la Guerre de Cent ans et aux prétentions continentales du Téméraire Duc de Bourgogne et de son allié Roi d'Angleterre.

Pour éviter de devenir bernoise, Genève paie une forte rançon, mais la famille de Savoie reste officiellement suzeraine de la ville. Qui signe, en 1526, contre la volonté du duc et de l'évêque, un traité de combourgeoisie la liant à Berne et Fribourg. C'est alors un mouvement général des bourgeoisies urbaines européennes qui rejettent le joug féodal. Nombre d'entre elles passent à la Réforme, qui leur accorde des droits que leur refuse la tradition catholique. Comme le prêt à intérêt, essentiel au commerce.

Les évènements de Kappel, en 1529, puis 1531, ont profondément divisé la Suisse et marqué le déclenchement des guerres de religion en Europe. Avec l'aide du Valais et des Habsbourg, les cantons "primitifs", ruraux et catholiques sont sortis vainqueurs de la deuxième guerre de Kappel et tiennent en respect les bourgeoisies des villes nouvellement protestantes : Zurich, Berne, Saint-Gall et Bâle.

Berne, qui avait rendu le pays de Vaud à la Savoie, le reprend en 1536 avec l'aide de Genève, passée à la Réforme. Les Genevois restés catholiques s'enfuient à Annecy. Berne occupe le Chablais et le pays de Gex, tandis que Paris s'empare du Faucigny. La Savoie est exsangue, mais Emmanuel Philibert, dit Tête de Fer, le nouveau Duc de Savoie, devient le principal général des Habsbourg, soutien des cantons catholiques.
Ses conquêtes, les traités internationaux et son mariage avec la fille de François 1er lui permettent de récupérer ses terres du Chablais et de Gex, rendues par les Bernois, et le Faucigny, par la France. Les accords de paix prévoient qu'il n'exercera aucune violence contre ses sujets qui se seraient convertis à la Réforme durant l'occupation bernoise. Il doit cependant abandonner définitivement Vaud, la Gruyère et le Valais. Le statut de Genève restant en suspens.

En 1584, le Traité de combourgeoisie avec Genève la calviniste est dénoncé par Fribourg la papiste, et l'entrée dans la Confédération est refusée à la Rome protestante. Pas question de désobliger le Duc, qui tient à récupérer sa capitale historique. Mieux vaut éviter aussi de déstabiliser le fragile équilibre né à Kappel. Les cantons protestants réagissent à leur manière et Zurich, réformée par Zwingli, remplace Fribourg dans l'accord de combourgeoisie avec Berne.

La neutralité suisse et l'art du consensus naissent de ce XVIème siècle troublé: pendant que les guerres de religion ravagent l'Europe, les Confédérés parviennent à éviter les conflits sanglants en dépit de vives rivalités. Mais la paix reste fragile au sein de la Confédération comme en France... et en Savoie.

Le nouveau Duc de Savoie, Charles-Emmanuel, dit le Chat, fils de "Tête de Fer" est au mieux avec les cantons catholiques. Il prépare la reconquête de ses domaines avec l'appui de son beau-père, l'empereur d'Autriche et richissime roi d'Espagne, Philippe II, qui soutient la redoutable Inquisition, tout en restant suzerain des Etats et principautés réformés de Flandres et d'Allemagne.
Le Chat, petit fils de François 1er par sa mère, a donc épousé sa cousine germaine, Catherine-Michèle d'Espagne, petite-fille de Charles Quint par son père et de François 1er par sa mère. Leur cousin Henry de Navarre est le chef de file du parti protestant et... le prétendant numéro 1 à la couronne de France, à la mort de leur autre cousin Henry III.

Laurent Deshusses en Duc de Savoie.jpg

Laurent Deshusses est "Le Chat", aux côtés de Françoise Chevrot


Le Chat, lui, est Numéro 2 dans l'ordre de succession. Le Royaume voudra-t-il d'un protestant? En 1589, apprenant la mort d'Henry III, le Chat qui s'apprêtait à attaquer Genève, alors isolée et mal défendue, bouleverse ses plans et fonce sur la Provence. Mauvaise idée car il s'y fait battre, tandis que les protestants de Genève, appuyés par une petite armée de huguenots français dépêchés par Henry IV, lui déclarent la guerre.
Il y a plus d'une centaine de morts à Chatelaine (bien plus qu'à l'Escalade), mais tout le pays de Gex jusqu'à Bellegarde tombe aux mains des troupes franco-genevoises. Henry IV abjure devant Paris et promulgue l'Edit de Nantes, qui met fin aux guerres de religion en France et bloque l'Inquisition aux frontières des Pyrénées

Echouant à reconquérrir ses territoires, le Chat se consacre désormais à la Reconquête des âmes. Toutefois, tenu par les engagements de son père, il renonce à agir par la force et se laisse convaincre par l'évêque de Genève, établi à Annecy, François de Sales, qui préfère la persuasion. L'Inquisition qui ravage alors l'Espagne et l'Italie, ne pénètre pas en Savoie, mais les Savoyards repassent massivement de la Réforme au catholicisme.

Le conseil de Genève doit même punir d'emprisonnement les Genevois qui assistent aux grands messes données à Annemasse, Thonon, Veigy ou Bonneville, car plusieurs qui s'y rendent se convertissent... On y prêche 40 heures d'affilée, entrecoupées de messes et de saynètes représentant les mystères de la foi. Nombreux dans l'assistance sont ceux qui rentrent en transes mystiques...

En 1601, le traité de Lyon laisse le pays de Gex à la France, qui du coup prend pied sur les bords du Léman, à Versoix et Genthod. Le traité reste cependant assez flou sur la question de l'indépendance genevoise. Henry IV la considère comme rattachée à la Suisse, mais ce n'est pas exprimé par écrit. Le Chat en profite pour tenter de reconquérir Genève, une nuit de décembre 1602, "Malgré la paix qui avait été jurée et rejurée par le Prince..."
La cacade qui s'ensuit trouve son épilogue en 1603, au traité de Saint-Julien. De part et d'autres, l'esprit de vengeance domine et l'on semble n'avoir aucune envie de parvenir à la paix. C'est sous la forte pression de la France et surtout des cantons suisses qu'elle sera enfin conclue. Les émissaires des cantons catholiques se chargent de convaincre leur allié savoyard, tandis que Berne et Zürich arrachent à Genève, leur combourgeoise, l'acceptation du compromis.

Genève est désormais durablement séparée de son arrière pays naturel par une frontière des âmes. Définitivement ? Le motif religieux, en tout cas n'est plus pertinent. Pas davantage que le conflit avec la féodalité... Reste un héritage de l'Histoire, appelé tôt ou tard à s'effacer, car il ne correspond plus à aucun besoin ni réalité. Mais cela prendra du temps, car les frontières séparent aujourd'hui des systèmes administraitfs, sociaux et fiscaux devenus largement différents.

Illustrations tirées du film "Genevois Pluriels" - 1) Comment l'Esprit vint à Genève  diffusé ce samedi à 16h et 18h et dimanche à 16h au Grütli, salle Fonction Cinema - A l'occasion de l'Escalade, les spectateurs en costume historique recevront un cadeau.

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05.12.2011

Lettre ouverte à un copain taxi, blogueur qui se prépare à faire grève...

Salut Pierre. Tout d'abord merci d'être venu voir mes films et d'être l'ami et le musicien que tu es. Cela étant, dans ton blog (ici) je pense que tu fais erreur. Les taxis ne sont effectivement pas en concurrence les uns avec les autres, et les compteurs sont là pour y veiller. Personne n'aimerait avoir à discuter le prix de la course. Surtout pas les touristes ne connaissant pas la ville.

En revanche, les taxis sont, collectivement, en concurrence avec tous les autres modes de transport, de la voiture individuelle au tram en passant par la marche à pieds, la trottinette, le scooter, le vélo etc... C'est là que se fait le choix, que s'exerce la concurrence, même si elle est faussée par l'attitude de l'Etat, qui cherche à privilégier certains modes, en entravant les autres.

Là il est clair que le facteur prix est essentiel. Que si les taxis étaient moins chers à Genève, davantage de gens y auraient recours, que les taximen attendraient moins longtemps, donc feraient plus de chiffre, etc... Après, il importe de trouver le juste milieu, tout en sachant qu'il n'est nul besoin d'avoir fait l'EPFL pour être taximan (ou woman) et que passer la journée ou la nuit dans une voiture chauffée et confortable avec sa musique préférée n'est pas vraiment le bagne, ni même aussi fastidieux qu'un emploi de caissière. Hors du peu que j'en sais, c'est nettement mieux payé...

Dans ce contexte de concurrence canalisée par l'Etat, quelle doit être la place du taxi ? Est-il d'utilité publique ? A mon avis, oui. Il n'est pas très opportun aux heures de pointe, mais en dehors, il est bien plus pertinent d'utiliser une auto pour transporter une, deux ou trois personnes qu'un grand tram vide... Tout en contribuant à régler les problèmes de parking.

Et puis il est bon pourvoyeur d'emplois sans qualification non délocalisables. Il est donc à mon avis anormal qu'il soit lourdement fiscalisé (à commencer par les taxes sur l'essence) pendant que les transports publics sont largement subventionnés.

C'est à mon avis en ce sens que vous devriez battre. Vous êtes un service public délégué à des privés, mais vous êtes un service public.

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01.12.2011

Loyer, politique, cinéma tous est dans TOUT... Et là ça se complique !

On va encore me dire que je mélange tout. Que je mêle trop de sujets, que je saute du coq à l'âne et que je mélange des choux et des pâtés. C'est faux. A dire vrai, dans mes films et mes écrits, j'essaie de faire de l'impressionnisme: du pâté de coq pendant que mes ânes mangent mes choux… Pour dépeindre au plus près la réalité, qui n'est jamais linéaire et simple. C'est un euphémisme (euphémisme; traduction en langage djeune: "c'est le prénom") car dans la réalité, le pâté mange l'âne et le chou fait de la physique nucléaire avec le coq.

Cette interpénétration complexe de tous et toutes dans Tout, entremêlant les désirs et les pulsions de chacun sous l'aune de la soi-disant rationalité, c'est le quotidien de nos politiciens. Ceux que nous avons élus pour gérer les conflits nés de nos intérêts divergents. Entre autres.

Et ce n'est pas simple. On l'a bien vu hier soir, à l'Assemblée générale extraordinaire du PLR Genevois, où l'on a pour une fois, fait de la politique. De la vraie. C'est-à-dire débattu, avec Mark Muller, ou plutôt commencé à débattre de ce que nous voulons pour Genève et la région, en matière de plan directeur d'aménagement cantonal.

Ce que nous voulons, c'est la quadrature du cercle, plus la téléportation: des logements bons marchés, bien construits et bien habités (surtout !), proches des zones d'emploi, mais à la campagne avec des routes nouvelles et des trams qui ne coûtent rien, ne se voient pas et ne polluent pas, le fin du fin étant évidemment que ces logements soient construits ailleurs, mais en même temps, que l'économie croisse, que les grenouilles croassent (mais pas trop fort tout de même) et que Genève reste ce subtil mélange de Wall Street et Long Island qui fait son charme, reléguant le Bronx outre-frontière.

Le pauvre Mark a bien du courage. Point focal de toutes ces contradictions, il tente de déblayer la voie de toutes ces obstructions, pour faire avancer l'intérêt général. Tout en tenant compte de la démocratie qui, dans le détail, parait à géométrie variable. C'est systématique, plus on vit prêt d'un projet de construction, plus on vote contre. Et plus l'on s'en éloigne, plus on l'approuve. Indépendamment des motivations idéologiques. Ce qui fait que les habitants de Troinex, de Thônex ou de Chêne-Bougeries qui s'opposent à des projets chez eux (enfin s'opposaient dans le cas de Thônex, qui vient d'accepter officiellement les Communaux d'Ambilly), ont approuvé celui des Cherpines. Qui aurait été refusé si l'on avait voté localement. Tandis que si le vote sur le projet Challandin à Chêne-Bougeries (refusé localement) avait été cantonal, il serait très probablement passé. Parce que Confignon et Plan-les-Ouates auraient voté pour…

Face à cet enchevêtrement d'intérêts croisés et contradictoires, où même la démocratie perd son grec, il n'est pas de réponse simple. Sauf celle du MCG, à savoir la construction de barres façon années 60, qui est précisément ce dont personne ne veut. Sauf les leaders de ce parti qui puisent le gros de leurs forces électorales dans ces grands ensembles, écrins bétonnés de la misère humaine.

A noter que les grands ensembles, même la gauche n'en veut plus. Son rêve à elle, ce sont des quartiers urbains pas trop denses, remplis de bobos, de zones piétonnes et d'animations culturelles. Sauf que les animateurs culturels, pour les payer, il faut bien prélever des impôts quelque part… Si possible dans les zones villas, abomination absolue, peuplées de pendulaires pollueurs… Que l'on tente de tondre à ras, en les contraignant à vendre leur bien à la moitié du prix du marché, lorsqu'il passe de zone villas à zone de développement. Ce qui évidemment, n'accélère pas les procédures.

Un problème identifié par le DCTI et bientôt résolu semble-t-il, qui découlait au départ de la volonté de contenir le coût des loyers futurs. Mais en bloquant les ventes, donc les constructions, on aboutissait au résultat contraire, soit une hausse irraisonnée due à la pénurie.

Il n'est pas de solution simple à des problèmes complexes. Les émissions de télé, les articles de journaux, qui vous présentent un problème isolé de son contexte vous mentent et vous abêtissent. Les populistes aussi, de droite ou de gauche et même du centre, qui en profitent pour désigner un bouc émissaire. Les fameux "expats" par exemple, ne représentent que 10% des nouveaux emplois créés à Genève ces dix dernières années. Soit en terme de logements, 2 à 300 nouveaux logements par an… Le vrai problème, ce sont évidemment les 2200 autres…

Qui manquent. Les licenciements en cours, dans les banques, devraient calmer le jeu. Et rappeler à tous qu'une économie prospère a du bon !

Cette peinture impressionniste des problèmes de l'agglo, c'est le cœur de "Ville-Frontière", le deuxième film de mon diptyque "Genevois Pluriels" que l'on peut voir ici ou là dans les bonnes salles de quartier ou de village et trouver en DVD, à la Migros notamment. A chacune des projections, les gens applaudissent à la fin. Ce qui me procure évidemment un immense plaisir. Mais à ma grande surprise, c'est justement ce deuxième film qu'ils préfèrent, car disent-ils, "ils apprennent beaucoup". Sur la complexité des problèmes de notre quotidien, ceux qu'ont à gérer nos politiques.

Lorsque j'interviewais des musiciens, j'étais toujours étonné de voir qu'ils ne savaient jamais à l'avance quel serait le tube de leur album. Cela semblait pourtant tellement évident qu'il y en avait un qui se détachait. Eh bien dans mon cas, j'aurais parié à tous coups sur le premier. "Comment l'Esprit vint à Genève". Pour ses reconstitutions historiques, son originalité, sa distanciation et son voyage en immersion dans 2600 ans d'Histoire. L'Histoire, c'est ma passion, le meilleur outil de compréhension du présent. Et les férus d'Histoire adorent ce premier film. Les autres le trouvent "trop dense"… Ils ont tort.

Non pas qu'il ne soit pas dense. Il l'est. Mais à la manière d'un tableau impressionniste, il ne faut pas chercher à en isoler, à en retenir chaque point de détail. Ce serait folie. Quand vous regardez une fiction, on ne vous demande pas de vous souvenir de chaque scène. Là c'est la même chose, laissez vous bercer, laissez vous emporter par le flot des images et des sons. L'Histoire c'est d'abord une histoire, géniale, pleine de suspens, d'interactions, de sang de sueur et de larmes, de rires aussi. Et si après avoir vu le film, vous avez envie de la connaître mieux notre Histoire, vous pouvez reprendre le DVD séquence par séquence. Onze périodes historiques à digérer indépendamment les unes des autres. Pour essayer d'isoler un peu de simplicité dans notre monde complexe.

NB: sur ce blog ne passeront désormais que les commentaires de personnes réellement identifiées ou au moins identifiables par moi.

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24.11.2011

Un PG ou bien deux ?

Lors du vote de l'assemblée des délégués du PLR, je me suis abstenu. Pour au moins deux raisons. La première étant que j'ai une affaire pendante devant le Procureur Général, pour des motifs politiques m'opposant à M. Nidegger, et que je ne sais si cette affaire sera terminée avant la mise en place du nouveau. J'aime mieux ne pas être "juge et partie", d'autant que l'actuel PG est déjà dans une situation inconfortable à mon égard, puisque j'ai fait partie de son équipe de campage pour assurer son élection. Selon la décision qu'il rendra dans l'affaire m'opposant  au candidat UDC, il pourrait être accusé de me renvoyer l'ascenseur ou au contraire de rendre allégeance à la droite de la droite, qui préfèrerait oublier certaines réalités historiques.

Ces complications découlent directement du caractère politique de l'élection du Procureur Général, alors même que la logique et l'opinion publique réclamerait que la Justice soit apolitique.

La deuxième raison est que je ne savais vraiment pas qui choisir. En fait je pense que les deux ensemble feraient le plus fantastique ticket que l'on puisse rêver. Cela n'est malheureusement pas possible, sauf si aujourd'hui M. Jornot prenait M.Peilla en croupe pour lui assurer un rôle de courroie de transmission avec les personnels du Palais. Une fonction nouvelle qui risque de s'avérer nécessaire.

Le juge Peilla a derrière lui une carrière unanimement saluée de juge intègre mais aussi de gestionnaire. Il connait le palais comme sa poche. Il a non seulement traité de très grosses affaires, mais aussi contribué à accélérer la vitesse à laquelle elles étaient traitées. Il n'a en revanche guère d'expérience politique et de contact avec le parlement, ce qui sera pourtant décisif dans l'obtention des moyens nécessaires à la mise en place du nouveau code de procédure pénal. Et en réponse à ma question sur ce plan, il n'a fait que confirmer l'importance du dossier, sans éclaircir la manière dont il comptait s'y prendre.

L'avocat Jornot a pour lui de connaitre le parlement comme sa poche et le Palais comme défenseur des justiciables. Ce qui n'est pas rien. Je n'ai pas d'avis sur le dilemne consistant à nominer un membre du sérail ou quelqu'un de l'extérieur. Les deux me semblent également pertinents et en tout cas moins importants que la personnalité du nominé elle-même. Le fait qu'il soit un ancien Vigilant ne me gêne pas plus de 2 secondes. Le temps de penser que j'étais moi-même trotskiste au même âge. Il en a sans doute gardé des traces, mais j'ose espérer que c'est dans la droiture d'esprit plutôt que dans la droitisation des idées. J'Ignore si M. Jornot a des compétences de gestionnaire, son CV ne les met pas en avant. Il a en revanche du dynamisme, de la volonté et apparemment un profond désir d'être utile et objectif. Ne le connaissant pas, je ne peux que lui faire crédit et visiblement les deux candidats se complèteraient à merveille. Seulement il fallait bien en choisir un pour mener la barque. M. Jornot a fait une forte impression sur les délégués, espérons que sa plaidoirie, que je crois sincère en fasse autant sur les députés. Car s'il fait ce qu'il dit, comme il l'a dit, il sera un excellent PG.

Plusieurs délégués se sont exprimés, mardi soir pour souhaiter que cette élection se fasse sur la base de nos principes plutôt que sur de sombres calculs politiciens. Je n'aime pas trop cette idée de vouloir "clarifier" la politique qui n'aboutit souvent qu'à d'autres turpitudes et désirs de "pureté", qu'elle soit idéologique ou autre... La politique est un panier de crabes, c'est dans sa nature même et le contraire, ce n'est pas un vol de colombes, mais la guerre, structurée et frontale. Le fait de ne pas vouloir nommer un candidat consensuel pour ne pas être otage de la gauche risque bien de n'aboutir qu'à nous retrouver otages de l'extrême-droite.  Le PLR ayant 31 députés, il lui en faudra plus pour faire élire M. Jornot. Où les trouver ? Sans accord, cela parait perdu d'avance. Avec qui et moyennant quelles éventuelles contreparties ?

 

 

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22.11.2011

CHF 4000.- de salaire minimal, c'est jeter de l'essence sur l'incendie.

Les économistes le disent, le salaire minimal ne favorise pas l'emploi dans les économies qui le pratiquent.  Dans le cas de Genève, il serait même suicidaire.  Rappelons que nous sommes entourés sur l'essentiel de nos frontières par un pays où le salaire minimal est plus de deux fois inférieur. Certes pour 35h et avec l'assurance maladie payée, mais tout de même. Le principal problème de l'emploi à Genève, ce n'est pas le dumping sur les salaires (même si le cas peut se produire), mais le dumping sur les compétences. Du fait d'un niveau de vie survalorisé en comparaison internationale, du à la valeur refuge du Franc. Ce qu'un salaire minimum ne fera que renforcer.

Le problème N° 1 de l'économie genevoise, c'est la surévaluation de la monnaie nationale, due moins à la spéculation internationale stricto sensu qu'au fait qu'elle est une valeur refuge et que la crise perdure. Crise qui de manière globale découle du coût trop élevé - donc non concurrentiel - de la main d'oeuvre occidentale. C'est un facteur aussi essentiel dans le déclenchement de la crise (à savoir l'incapacité de l'occident à générer de la croissance) que notre surendettement. Surendettement causé en grande partie par l'inflation de dépenses (notamment sociales) que nous avons créé ces dernières décennies.

Donc en résumé, créer un salaire minimal de fait plus élevé que les plus bas salaires existant, c'est jeter de l'essence sur l'incendie. A moins que dans le même temps, une dévaluation compétitive du Franc l'arrime à l'euro à 1.60, comme je le proposais, ou même à 1,80, ce qui parait extrêmement peu probable.

J'entends déjà des commentaires idiots du genre: "on vous l'avait bien dit, il suffit de fermer les frontières". Or le Conseil d'Etat (et François Longchamp en particulier), fait déjà tout ce qu'il est légalement et économique possible de faire en sachant que :

1) Nous sommes liés par des accords de libre circulation avec l'UE

2) Le peuple les a largement acceptés en votation

3) L'économie cantonale dépend aux 3/4 de nos exportations et fermer les frontières déclencherait une récession dramatique

4) L'étonnante santé économique de Genève ces 4 dernières années - qui nous a préservé de la crise depuis 2007 - découle largement de la libre circulation qui a permis l'installation de sociétés dynamiques. Avec les conséquences ressenties sur le prix du logement.

Cela c'est le passé. Le présent, et l'avenir, c'est que la crise nous rattrape. Les banques licencient, nos Etats voisins ont de plus en plus de mal à se financer, notre endettement va cesser de se réduire pour augmenter à nouveau et le mot d'ordre tous azimuths est : réduisons la voilure!

Dans ce contexte, introduire un salaire minimum parait non plus hasardeux, comme il y a deux ans, mais purement suicidaire. Notre problème, à tous, en tant que Suisses et Genevois en particulier, c'est notre richesse. Du haut en bas de l'échelle. Du banquier privé milliardaire à l'assisté qui vit avec CHF 2500.- par mois d'aide sociale. Ce qui est, en certains pays d'Afrique, un salaire de ministre. Alors certes, nourriture et logement sont plus chers à Genève qu'à Lomé, mais pas les télévisions, les scooters, les téléphones portables et tout ce qui fait la vie quotidienne d'un humain du XXIème siècle.  Si l'on continue de vouloir monter la barre alors que le monde entier et la réalité nous hurle qu'il faut la descendre, nous allons au-devant d'une gamelle magistrale.

Ah et puis aussi, lorsque je lis des commentaires affirmant qu'un salaire inférieur à CHF 4000.- mensuel à Genève serait de l'esclavage, je me mets à rêver, juste à rêver, parce que je ne suis pas méchant: que ceux qui écrivent cela se retrouvent quelques heures ou quelques jours (s'ils survivent) dans la peau d'un esclave. Un vrai. Comme dans le film Case Départ: fouetté, battu, violé, humilié, amputé, affamé, transplanté, séparé, étouffé... Histoire d'apprendre à savoir raison garder.

 

 

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15.11.2011

Supprimer les déductions fiscales sur le trajet domicile-travail serait une mesure juste, mais impopulaire...

La fiscalité reste l’un des rares outils  à disposition du politique, pour orienter les choix de société indispensables au bien commun. Ou tout simplement pour s’adapter à l’évolution des conditions cadres.  C’est pourquoi les changements prévus par la constituante sur le lieu d’imposition sont si importants. Ils vont rendre aux communes la motivation à construire du logement et les moyens de le faire.  En plus de répartir plus rationnellement ce qui doit être du ressort du canton ou des communes, réduisant ainsi les doublons administratifs ou législatifs inutiles et coûteux entre l’Etat et la Ville.

Rendre aux communes le désir et les moyens de construire du logement, c’est contribuer à résoudre le problème No1 des genevois, le prix du logement, tout en réduisant l’impact déplorable sur l’environnement des déplacements pendulaires. Pourtant, ce remède embête la gauche, qui s’y oppose pour des raisons strictement électoralistes : cela réduira les moyens financiers de la gauche toute puissante en Ville de Genève, ou en tout cas ses sphères d’influence si la réduction des recettes est compensée par un transfert des charges…

Du coup, même les verts pastèques s’y opposent, comme d’ailleurs ils s’opposent aux constructions nouvelles un peu partout dans le canton. Par pure démagogie. Car le bien commun (d’un point de vue écolo) commanderait de construire le plus près possible du centre logements et bureaux, pour concentrer l’activité là où les déplacements seront le plus réduits. Mais voilà, personne ne veut d’une densification à côté ou au-dessus de chez soi… De même que nous avons tous du mal à comprendre qu'il n'est pas possible de n'avoir toujours que les avantages  en évitant les inconvénients. Or que ce soit dans la vie quotidienne, individuellement, ou dans la gestion des affaires publiques, rien n'est jamais parfait. Aucune mesure, la plus utile soit-elle ne peut prètendre être exempte de défauts.

Curieux tout de même, dans la logique écologiste, que l’argument utilisé pour le déplacement des légumes ne le soit pas pour ceux des gens, pourtant autrement plus polluants… De la démagogie, je vous dis. Vous en voulez la preuve ? Dans mon dernier film, « Genevois Pluriels », plus précisément dans sa 2ème partie « La Ville frontière », qui sort ces jours en dvd dans le commerce (et sera visible sur grand écran au Grütli – Fonction Cinéma – les 23, 26 et 27, puis le W.E. de l’Escalade), je suggère une mesure qui bien que potentiellement très efficace, ne sera sans doute reprise par aucun parti politique. Pas même par les écologistes. Cae elle est carrément anti-électoraliste...

Il s’agit de supprimer toutes les déductions fiscales pour les trajets domicile-travail. Qu’elles soient effectuées en voiture ou en transport public. Dans un contexte où l’Etat se demande comment il finira ses fins de mois l’an prochain, il y aurait là de quoi dégager une bonne moitié du déficit prévu… Plutôt que d’augmenter les impôts, ce qui risque de devoir se produire tôt ou tard si la crise se prolonge (au même titre que les prestations seront réduites et que les fonctionnaires devront se serrer la ceinture), on aurait là une mesure logique et responsable.

Il n’est en effet pas très juste que le choix de s’éloigner de son lieu de travail – écologiquement néfaste - soit compensé fiscalement. Tandis que le choix de s’en rapprocher, qui coûte généralement en loyer plus élevé, ne l’est pas. Il est évident que cette mesure doit s’appliquer également aux frontaliers (qu’ils soient suisses ou français), mais pas qu’aux frontaliers.   Le gain permettrait dans un premier temps de contenir le déficit de l’Etat, puis dès la croissance revenue, de financer l'achèvement des travaux d'infrstructure nécessaires à Genève. Réseaux de trams et RER, mais aussi une traversée, qui détournerait du centre-ville les véhicules qui n’ont rien à y faire… Et permettrait d’améliorer les conditions de transport pour tous, à défaut de les subventionner fiscalement !

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12.11.2011

La solution aux problèmes de la région: un Franc indexé à l'euro à 1.60

Le débat suscité par l'avant première de mes deux films Genevois Pluriels (*) est passionnant. Comment faire pour résoudre les problèmes de bon voisinage et améliorer la cohabitation des deux côtés de la frontière? Au lieu de se résorber, malgrés les déclarations de bonnes intentions, les disparités vont en s'accroissant, à tel point que l'on peut penser que c'est peine perdue. Ce n'est pas un hasard si le Conseil d'Etat semble s'engouffrer dans une démarche pro-active en direction de Lausanne, parfaitement justifiée par ailleurs, à condition de ne pas oublier la région pour autant. Il serait dommage qu'il ne s'agisse là que d'un énième abandon par Genève de son arrière pays, comme ce fut le cas déjà en 1815 et 1860, pierre d'achoppement à l'époque entre radicaux régionalistes et libéraux isolationnistes...

Si Berne voulait bien, il y aurait aujourd'hui, une solution simple pour remettre les pendules à l'heure. Pas bon marché, à priori, mais à moyen terme, il est probable que tout le monde y gagnerait. Il suffit de revenir au taux de change en vigueur à l'époque de la création de l'euro, soit environ 1,60 CHF pour 1 € (1.61 en fait) et de s'y tenir. Les prix dans le Genevois français remonteraient, ce qui réjouirait d'aise le commerce genevois. L'attractivité des salaires helvétiques perdrait un peu de sa superbe, ce qui oxygènerait le marché de l'emploi pour les résidents genevois. L'attractivité de l'immobilier frontalier serait également réduite... Tandis que les frontaliers, suisses ou français, ayant pris des crédits immobiliers en Francs suisses (la majorité) verrait la valeur de leur bien regagner du terrain sur les sommes à rembourser. Les banques ayant prêtées feraient la grimace, mais qui va les plaindre ?  En échange, les frontaliers, suisses et français, feraient nettement moins figure de rois du pays, mais comme ils ne doivent ces privilèges qu'au simple fait de leur statut frontalier, cela rétablirait l'équité et réduirait les tensions sociales.

La valeur de la monnaie dépend en principe de son économie, sauf pour le Franc Suisse qui depuis des décennies, n'est qu'un yoyo suivant les vagues de la spéculation financière et de l'attractivité qu'exercent encore nos coffres sur de larges pans des fortunes mondiales. Pour mémoire, un Nouveau franc français valait pile (et face) un franc suisse à sa création en 1960. En quarante ans la valeur du Franc suisse avait été multipliée par 4, bien que les économies se développeent grosso modo en parrallèle, avec toujours un léger avantage à la Suisse. Or s'il est prestigieux d'avoir une monnaie forte et agréable de pouvoir se payer des palaces à l'étranger, pour l'économie réelle, c'est une contrainte énorme. D'où l'existence de dévaluations pour relancer les économies en mal de compétitivité, ou même dans le cas de la Chine, une monnaie sciemment et méthodiquement sous-évaluée, facteur clé de son succès. On glose énormément sur les salaires de misère chinois ou vietnamiens, mais à l'intérieur, les prix sont en rapport et les gens ne vivent pas si mal que cela... Tant qu'ils ne sortent pas ou n'ont pas besoin de produits importés.

Le problème, c'est que pour faire baisser le Franc, il faudrait faire tourner la planche à billets. Ce qui aurait certainement des conséquences néfastes (aucun remède n'est exempt d'effets secondaires). Cependant, cela réduirait le coût réel de la dette publique, on le sait plutôt élevée à Genève.   En valeur absolue par habitant elle est même comparable à celle de la France (26 600 Francs de dette à Genève, sans compter la dette fédérale) pour 26 600 euros de dette en France. Sauf que le calcul est faussé à Genève, si l'on ne tient pas compte du fait que plus de la moitié de la population active réside hors du canton. Ce qui montre bien l'importance fondamentale de la région. D'ailleurs si l'on ne tenait compte que du PIB genevois par habitant en négligeant les résidents vaudois ou français, on obtiendrait plus de 90 000 francs par habitant, de très loin le PIB/h le plus élevé du monde !

En faisant tourner la planche à billets, comme elle a d'ailleurs déjà commencé à le faire, la BNS tendrait dangereusement vers le modèle étasunien du jeu de l'avion, mais paradoxalement, elle se rapprocherait aussi des besoins de l'économie réelle en se détachant de sa dépendance à la finance et aux spéculations. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. En tout cas pas éternellement. Il arrive un moment où il faut faire des choix. Réduire les différences entre le pays et son environnement me parait un bon moyen d'atténuer les déséquilibres et les facteurs de déstabilisation.

(*) : Genevois Pluriels (La Ville frontière), qui sort la semaine prochaine en DVD (dans tous les bons magasins) et la semaine suivante en salle (Fonction cinéma au Grütli les 23,26 et 27 dans un premier temps) dresse un état des lieux de la région et de ses problèmes. Il en interviewe également les principaux intervenants. En plus d'en reconstituer les principaux épisodes historique, dans un film d'introduction: "Comment l'Esprit vint à Genève".

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08.11.2011

CEVA, influences régionales: la pensée tortillante de Dr Law & Mr Promo

Amusant, le blog de Me Poggia ce matin, qui s'en prend une fois de plus au CEVA et aux frontaliers, en dénonçant... les surcoûts et le fait qu'il manque toujours 3% du financement français, soit environ 10 millions.

Parlant de financements, il oublie bien sûr de mentionner qu'il est directement responsable d'une partie de ces surcoûts, et de manière totalement inutile puisqu'ils découlent directement des retards qu'il a lui-même imposé au projet par ses recours successifs. Recours, qui au final auront surtout servi à renchérir le projet, à embêter tout le monde... et à Me Poggia à se faire de la pub, ce qui lui est interdit comme avocat, mais pas comme politicien. Dans ce cas, c'est même l'essentiel du job... Dr Law & Mr Promo...

Concernant le petit morceau de financement manquant, Me Poggia se réfère aux déclarations anti-CEVA de Bernard Accoyer, qui est Maire d'Annecy et président de l'Assemblée Nationale, ce que Me Poggia met en avant. Evidemment, devenir maire de Genève ou président du Conseil National, Me Poggia, cela le fait d'autant plus rêver qu'il y a peu de chances que cela lui arrive, mais Bernard Accoyer c'est surtout le député-Maire d'une ville qui depuis quelques siècles se vit en rivale de Genève. Et que l'agglo franco-valdo-genevoise fache tout rouge, alors même que ce qu'elle aurait de mieux à faire serait d'y entrer pour faire entendre sa voix...

Mettez-vous à sa place, vous êtes le patron d'une petite ville charmante et "successfull", préfecture de département, et vous voyez la moitié de votre département qui fait les yeux doux à la grande ville du pays voisin... Avec en plus un glissement à gauche des grandes communes concernées, alors que vous êtes de droite... Il y a de quoi vous mettre sur les pattes de dérrière. Prendre les déclarations de ce Monsieur pour argent comptant, dans ce contexte, c'est un peu comme si sur le CEVA ou les frontaliers, les Français n'écoutaient que Poggia, au prétexte qu'il est conseiller national...

La France ne connait pas la démocratie semi-directe, mais c'est tout de même un pays démocratique, avec des débats et des rapports de force. On l'a vu lors de la création de l'ARC, qui regroupe les communes françaises de l'agglomération en syndicat mixte, qu'Annecy et Bourg-en-Bresse, au dernier moment, ont tenté de faire capoter, début 2010. Mais l'appui d'Etienne Blanc, député maire UMP de Divonne et chargé de mission ministérielle sur les zones frontalières, celui de Jean-Jacques Queyranne, Président PS de la région Rhône-Alpes et de Pierre Lellouche, alors Ministre UMP aux affaires européennes, chargé des zones frontalières, fut décisif.

Rebelotte, lors du vote à l'assemblée d'une dérogation dans la loi sur les collectivités locales, pour permettre à l'ARC, entité publique d'une agglo-transfrontalière à moitié française seulement, de bénéficier des mêmes avantages et prérogatives que si elle était entièrement française... Les députés d'Annecy ont tenté de faire capoter le projet, finalement accepté, grâce aux députés de la région frontalière, tous partis confondus, et au passage par le Sénat...

M. Accoyer a le droit d'exprimer ses opinions et ses priorités. Elle ne sont pas forcément celles de tous, pas même celles des décisions qui seront prises.  La majorité des habitants du nord de la Haute-Savoie souhaite le CEVA A commencer par l'agglomération d'Annemasse, qui a déjà beaucoup investi en ce sens, mais aussi tout le Chablais, pour qui ce sera un désenclavement ferroviaire bienvenu. Ce qui n'empêche pas que le Chablais soit aussi désenclavé par la route, les deux sont complémentaires, et les deux sont financièrement possibles.

Même en France, en termes de budgets publics, 10 MILLIONS NE SONT PAS UNE SOMME ENORME. C'EST PROBABLEMENT MOINS QUE CE QUE LES RECOURS INUTILES DE Me POGGIA AURONT COÛTE AUX CONTRIBUABLES GENEVOIS... On peut trouver la chose amusante, ou se demander s'il est très moral de construire sa carrière politique sur les antagonismes en les attisant, plutôt que de chercher à les réduire en améliorant la gestion commune. Les deux politiciens auxquels je pense en disant cela, Me Poggia à Genève et Antoine Vielliard côté français, ont tous deux des convictions religieuses. Pas les mêmes certes, mais qui toutes deux condamnent ce genre d'attitude... Ils devraient essayer d'y penser plus souvent.

Ces dix millions font et feront l'objet de négociations serrées entre les élus locaux et ceux d'Annecy, avec la Région Rhone-Alpes et l'Etat en arbitres. C'est tout à fait indépendant des couleurs politiques. La gauche est évidemment encore plus en faveur des projets structurants de transport publics, mais la droite responsable est loin d'être contre. Il en va de l'intéret collectif. La discussion portera aussi sur la répartition des fonds frontaliers, dont l'enveloppe globale fait elle-même l'objet de tractations entre Genève et ses partenaires français.

On retrouve là une fois encore ce que j'exprimais dans mes derniers blogs: l'effet néfaste des circonscriptions électorales qui amène les élus à se comporter en lobbyistes de leurs bouts de terrain plutôt qu'en garants de l'intérêt général. Même si l'intérêt général est aussi fait de la somme des intérêts particuliers, dont il importe donc au plus haut point de tenir compte.

Toutes ces questions de l'avenir des relations régionales, vous les retrouverez dans le film "Genevois Pluriels", vendu en DVD dès la semaine prochaine - notamment dans les grandes surfaces. Vous en saurez davantage en consultant le site du film.

 

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