18/04/2007

Quelque chose de pourri au royaume de Culture

Quelque chose de pourri au royaume de la Culture

 

Soirée d'inauguration du festival Black Movie. Salle comble, sur invitation. Après un excellent film fantastique coréen (mon fils de 13 ans a adoré), allocution des autorités, en l'occurrence MM Moutinot et Mugny. Discours convenus, impression désagréable que tout ce bazar est organisé pour leur permettre de se montrer devant la fine fleur de leur électorat. Allocution des présidentes de la manifestation, jeunes femmes fort sympathiques qui se plaignent de l'énorme boulot à fournir. Il faut non seulement trouver les films aux quatre coins du monde, mais convaincre leurs producteurs de les envoyer à l'œil, parce que le festival est fauché.
Applaudissements. "Mesdames et Messieurs (au bas mot 800 personnes), vous êtes priés de bien vouloir passer au buffet dînatoire exotique. " Boissons et mets délicieux à volonté, mes compliments au traiteur. Avec les serveurs et le champ', il y en a vraisemblablement pour plusieurs dizaines de milliers de Francs. De qui se moque-t-on ?
Au premier chef des pauvres producteurs et réalisateurs du monde entier, dont on exploite le travail sans vergogne et dont je me sens vraiment solidaire pour l'avoir vécu. Et puis ensuite, tout de même, des contribuables genevois qui n'ont jamais demandé à payer pour que la gauche canapé genevoise s'empiffre à ses frais quelques soirs par année.
Black Movie, comme son nom l'indique était destiné à montrer des films de la diaspora africaine. Etait, parce qu'il n'en montre plus. Lorsque ses initiatrices ont rendu les plaques, la logique aurait voulu qu'il disparaisse, mais il touchait des subventions publiques. Il aurait été dommage de les laisser perdre. C'eût été gâcher le métier. D'autres ont donc repris le bébé, comme si cela allait de soi, mais en en changeant l'esprit sans prendre le risque de changer le nom. Des fois que cela  remette en cause les subventions.
Il y a 30 ans, je fus par ma plume, dans ces colonnes, l'un des principaux soutiens au Bois de la Bâtie, symbole de ce que l'on appelait alors "contre-culture". J'ai défendu l'idée d'une couverture de déficit pour un festival qui permettait à tous les créateurs et interprètes locaux de s'exprimer publiquement. Il s'agissait de quelques dizaines de milliers de Francs par an pour un festival vitrine de la Genève souterraine, qui réunissait plusieurs dizaines de milliers de spectateurs en marge de la culture officielle.
Aujourd'hui on parle de millions pour des productions culturelles au succès public aléatoire et même de centaines de millions pour l'ensemble de la culture. Pourquoi Genève dépense-t-elle autant alors que c'est à Lausanne qu'il faut aller au théâtre ? Nos impôts ont-ils pour but de permettre à un petit groupe d'artistes autoproclamés et de professionnels de la culture des petits copains de vivre selon nos normes genevoises, qui je le rappelle sont les plus luxueuses au monde ?
Nos artistes subventionnés n'ont même plus besoin de s'exporter ou d'augmenter leur audience pour vivre et l'on s'étonne du nombre de Belges ou de Québécois qui réussissent à Paris tandis que les Suisses y sont de plus en plus rares…. Genève a réussi ce paradoxe de fonctionnariser la culture. Bien des personnes qui vivotaient dans le privé s'offrent aujourd'hui de confortables salaires dans les départements culturels doublons de la Ville et de l'Etat. En montant au créneau pour les défendre, les artistes renvoient l'ascenseur: s'ils ne signent pas les listes de pétition, ils craignent de se faire refuser la prochaine subvention. C'est du Mccarthysme de gauche.
Oui, décidemment, il y a quelque chose de pourri au royaume de la culture. Ce qui exprimé de manière plus rock'n roll, se dit "Wouh wouh, that's smell…"
L'aide au développement applique un principe simple: un projet n'est jamais aidé plus de 3 ans de suite, parce qu'il doit devenir viable seul. Ne devrait-on pas réfléchir à l'idée pour la culture?

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