18/05/2007

L'Esprit de Genève et le marketing

L'Esprit de Genève et le Marketing
Contrairement à ce que certains semblent croire jusque dans ces pages, l'Esprit de Genève n'est pas un produit que l'on peut vendre comme une savonnette.  C'est une idée, une manière d'être et d'oser, une attitude consistant à faire face aux souffrances du monde en proposant des remèdes originaux. Des solutions nouvelles, souvent transactionnelles, qui peuvent à l'occasion s'opposer à la logique des puissants et pas seulement se positionner habilement dans le lit du vent.
L'histoire est faite d'échecs, de demi-réussites et de progrès considérables ayant entraîné de prodigieux désagréments. Il en va ainsi de la marche du monde et Genève n'échappe pas miraculeusement à la règle. Les philosophes et Necker ont anticipé la Révolution Française, Dunand a inventé la Croix-Rouge, la Société des Nations s'est enracinée ici, les accords de Genève (et ceux d'Evian) ont mis fin aux guerres coloniales françaises… Mais 89 a engendré la terreur, Dunand est mort dans la misère, la SDN s'est brisée sur le conflit sino-japonais, les Etasuniens ont été s'empêtrer au Vietnam et Al Qaïda est en Algérie… N'empêche que bien évidemment, il fallait faire ce qui a été fait et le déroulement des affaires du monde, sans cela, aurait pu être bien pis.

Aujourd'hui on invoque l'Esprit de Genève à tort et à travers. Les gauchistes pour se donner de l'importance en se mêlant de toutes les affaires du monde, les affairistes pour s'enrichir avec ses misères, la Fondation pour Genève en vue d'assurer le train de vie de la région… Mais tout le monde le fait à courte vue. Où sont les visions, les idées des grands penseurs qui depuis ce bout du lac ont ensemencé le monde, en commençant généralement par l'Hexagone?

"Le Monde est un immense tas de merde, disait le beatnick Allen Guinsberg, et pour le changer, il faut la prendre à pleines mains". Las, la vision étriquée dominante aujourd'hui consiste à faire de Genève une capitale des droits de l'homme et des ONG et rien que de ça, accordant l'exclusivité de la vraie politique à New York. C'est là un singulier abandon de nos responsabilités. Les affaires du  Monde ont un urgent besoin de démocratie, et les ONG ne sont pas démocratiques. Elles représentent au mieux des lobbys, au pire elles-mêmes. Il est très bien qu'elles existent et aiguillonnent le pouvoir politique mais qui paie commande. Or, quand de riches fondations de droit privé en viennent à décider quel programme de santé il faut soutenir et que parallèlement, les programmes de santé publique sont réduits pour cause de restriction de budgets, nous avons, le monde a, un énorme problème.

La charité des riches dames patronnesses, c'était très bien au XIXème siècle, mais depuis on a inventé des formes de solidarité beaucoup plus performantes et efficaces socialement. Au lieu de chercher à retourner à l'époque de Zola et de Germinal, tentons d'appliquer au monde les recettes qui ont généré la cohésion sociale de nos sociétés occidentales.

Pour cela, il faut plus de gouvernance mondiale. Elle ne se construira pas toute seule. Elle prendra des formes originales qui restent à inventer, mais ce n'est certainement pas en partant du principe que l'ONU est irréformable que l'on y arrivera.
Genève a son mot à dire, car elle constitue un fabuleux laboratoire d'idées. Des dizaines de milliers de hauts fonctionnaires de tous les pays s'y réunissent, s'y côtoient tous les jours et forment, bien davantage qu'à New York, l'embryon d'un gouvernement du monde, dont les Organisations spécialisées, qui ont leur siège ici, sont les ministères. C'est en osant promouvoir des idées fortes et réellement démocratiques que Genève justifiera l'honneur insigne (et fortement rémunérateur) qui lui est fait. Des principes démocratiques, c'est-à-dire ancrés dans le suffrage populaire, contrairement aux arrangements d'officines ou aux manipulations d'opinion publique que représentent au mieux les ONG.
Certes les droits de l'être humain sont fondamentaux, mais le premier de tous c'est de pouvoir gagner de quoi vivre et de quoi faire vivre décemment sa famille, dans un environnement en paix. Ce qui est juste impossible pour plus de la moitié des êtres humains.  De cela, le monde et toutes les ONG ne se préoccupent pas assez. Parce que le fait divers tragique est plus spectaculaire que le dénuement quotidien et parce que changer le monde, c'est trop difficile et c'est utopique.
Or c'est précisément cela, l'Esprit de Genève : faire en sorte que l'utopie d'aujourd'hui devienne la réalité de demain. En combattant contre les moulins s'il le faut, parce qu'il en restera des traces, pour les générations suivantes. Alors de grâce, Messieurs les retraités illustres et leurs amis aux ressources considérables, ne jouez pas petits bras, osez rejoindre la volonté populaire. Un sondage international le montre : les gens veulent d'avantage de gouvernance mondiale et de concordance internationale. C'est cela qu'il faut viser à mettre en place, pas une ONG de plus.

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