02/06/2007

La Bipolarisation est dépassée

En Suisse, comme en France et ailleurs, la bipolarisation est sur le devant de la scène, qu'on la réclame ou qu'on souhaite s'en débarrasser. Elle présente en effet avantages et inconvénients, mais au-delà, elle pourrait bien surtout s'avérer simplement dépassée.

La bipolarisation clarifie certes le jeu démocratique, mais l'éventail gauche droite utilisé depuis la révolution française a pris un sérieux coup de vieux avec la chute du mur de Berlin et l'irruption brutale de nouveaux problèmes devenus rapidement aussi cruciaux que les questions économiques, pour l'avenir de nos sociétés : l'environnement, l'énergie, les migrations, les nationalismes, les tensions religieuses, l'éducation et la morale publique... entre autres

Pour toutes ces questions fondamentales, les clivages découpent les opinions publiques indépendamment de la traditionnelle fracture droite gauche. Les géographies ainsi superposées sont parfois très proches et parfois fort divergentes. Or, la démocratie a besoin de pouvoir disposer de majorités claires sur chacun de ces sujets pour fonctionner harmonieusement. Vouloir les atteindre à travers le jeu des partis traditionnellement soumis au référencement gauche droite suscite rancoeurs et arrangements à la petite semaine, fort préjudiciables à l'image générale de la politique. Mieux vaudrait oser travailler clairement à la composition de majorités spécifiques et diverses sur chacune de ces questions.

On peut objecter que les lignes de clivage parfaitement indépendantes de la répartition économique ont toujours existé. C'est vrai, mais pas aussi nombreuses et surtout pas porteuses de tension aussi fortes, aussi vitales qu'aujourd'hui. Car enfin, à quoi sert de répartir plus harmonieusement nos richesses nationales (dont le mode de répartition est l'unique enjeu réel du dilemme droite gauche) si le climat devient invivable, si les guerres de religion ressurgissent, si nous tombons en panne d'énergie ou si des hordes de gueux affamés meurent en masse à nos frontières. Nous ne vivons pas sur une île et toutes ces catastrophes auront des répercussions immédiates sur nos modes de vie. La politique étant l'art de gérer les affaires de la cité, c'est à gérer cela qu'il faut nous préparer, en adaptant au besoin nos structures de fonctionnement démocratique.

Nous avons de grandes chances en Suisse : la démocratie directe et la représentation proportionnelle facilitent la constitution de majorités de circonstances. Au lieu de s'arc-bouter sur des pôles d'opposition droite-gauche, mieux vaut travailler sur les regroupements transversaux. Ils représentent l'avenir, comme il revient au peuple de trancher, après des débats nourris, des grandes orientations qu'il entend voire suivre sur ces différents thèmes. C'est la position qu'a défendue récemment Fulvio Pelli, en proposant des convergences au coup par coup aux divers partis de gouvernement et cela n'a rien d'une posture électoraliste. C'est une proposition de fonds, visant à moderniser notre jeu politique commun. Il n'est d'ailleurs pas indifférent qu'Antonio Hodgers, sur le blog Monélection.ch de la radioromande, propose des sous-apparentements entre les Verts et le mouvement Ecologie Libérale, qui soit dit en passant, sur Genève, semble en parfaite osmose avec le parti radical.

L'environnement n'est toutefois pas la seule matière ouvrant lieu à ces recompositions de circonstance. Si l'alliance à droite sur l'économie a tout son sens, les clivages en matière internationale et d'ouverture au monde sont notoirement différents. Il en va de même des politiques d'intégration... Osons débattre de manière ouverte, dégager clairement convergences et divergences, et nous pourrons avancer beaucop plus vite dans la recherche des solutions, de manière aussi beaucoup plus claire pour les électeurs qui tôt ou tard devront trancher.

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