07/06/2007

Genève, son jet d'eau et ses soviets

Vive la RSSG (République socialiste des soviets genevois) !
Cela s'est déroulé sans que l'on s'en rende compte. Les soviets ont pris le pouvoir en Ville de Genève et désormais, c'est leur dictature qui fait la loi. Ceci n'est pas une mauvaise plaisanterie, ni une nouvelle de science-fiction. La preuve en est une récente décision de la majorité de gauche au Conseil Municipal, qui a décidé de classer sans suite la pétition signée par 850 habitants de Saint-Jean qui s'opposaient au réaménagement de la rue du Beulet, supprimant nombre de places de parking, au motif que "la dite pétition court-circuite le travail et l'approbation du Forum Saint-Jean Charmilles, structure de démocratie participative à disposition des habitants du quartier".
Pour bien comprendre l'ampleur du scandale, il faut savoir que :

 

1)      le Forum Saint-Jean Charmilles est financé par la ville, plus précisément par une subvention du département des affaires culturelles (quel rapport ?)  de Patrice Mugny et que ses animateurs, professionnels, sont très clairement marqués à gauche, voire à l'extrême gauche.
2)      Il s'y organise des débats, à la Maison de quartier, auxquels les habitants peuvent assister... Mais à des heures où bien des honnêtes travailleurs et travailleuses préfèrent se reposer en famille, dîner ou aller se coucher, plutôt que de participer à des discussions souvent intéressantes, parfois oiseuses, mais dont jamais il n'a été dit qu'il s'y prendrait des décisions concernant l'avenir du quartier. Tout au contraire, lors d'un débat public  où je me retrouvais seul représentant de la droite et du centre face à M. Mugny et Mmes Kunzler et Salerno, les animateurs ont clairement affirmé qu'il ne s'y était jamais voté de décision officielle et que ce n'était pas le but. 
3)      Pas de décision officielle donc, mais une réunion parmi beaucoup d'autres  au cours de laquelle la douzaine de personnes présentes ce soir là (sur plusieurs centaines d'habitants) ont voté à 7 contre 5 le soutien aux mesures d'aménagement du quartier destinées à restreindre le trafic automobile et les places de parking.  Ce qui dans le PV de séance est décrit comme "une large majorité" (mais sans les chiffres) et repris ensuite dans la propagande officielle de la ville à l'époque de M. Ferrazzino, comme "décidée à une large majorité des habitants". Ou comment on réécrit l'histoire, dans la République Socialiste des Soviets Genevois.

 

Alors bien sûr, on peut être d'accord ou pas sur le fond avec la pétition, signée tout de même par 850 personnes, car le moins que l'on puisse dire est que l'automobile est sur la sellette. Elle pollue et il faut trouver rapidement d'autres moyens de la motoriser, mais elle est aussi un fantastique outil de liberté et même M. Pagani reconnait qu'il faut trouver des solutions au parking des habitants, solutions pas du tout évoquées dans le cas du Beulet. De plus, quand bien même il s'agirait d'interdire la bagnole pour des raisons écologiques ou autres, la moindre des choses serait de le faire de manière démocratique, en respectant des règles convenues à l'avance. Pas au travers de tests aléatoires dépourvus de base légale et de droit de recours, selon des procédures floues et plus qu'aisément manipulables. Même les soviets de 1917 avaient davantage de légitimité que ces avatars fantaisistes mis en place par l'ancien Conseil administratif avec le soutien de l'ancien Conseil Municipal. Il est fort dommage que le nouveau conseil municipal choisisse de les confirmer…

02/06/2007

La Bipolarisation est dépassée

En Suisse, comme en France et ailleurs, la bipolarisation est sur le devant de la scène, qu'on la réclame ou qu'on souhaite s'en débarrasser. Elle présente en effet avantages et inconvénients, mais au-delà, elle pourrait bien surtout s'avérer simplement dépassée.

La bipolarisation clarifie certes le jeu démocratique, mais l'éventail gauche droite utilisé depuis la révolution française a pris un sérieux coup de vieux avec la chute du mur de Berlin et l'irruption brutale de nouveaux problèmes devenus rapidement aussi cruciaux que les questions économiques, pour l'avenir de nos sociétés : l'environnement, l'énergie, les migrations, les nationalismes, les tensions religieuses, l'éducation et la morale publique... entre autres

Pour toutes ces questions fondamentales, les clivages découpent les opinions publiques indépendamment de la traditionnelle fracture droite gauche. Les géographies ainsi superposées sont parfois très proches et parfois fort divergentes. Or, la démocratie a besoin de pouvoir disposer de majorités claires sur chacun de ces sujets pour fonctionner harmonieusement. Vouloir les atteindre à travers le jeu des partis traditionnellement soumis au référencement gauche droite suscite rancoeurs et arrangements à la petite semaine, fort préjudiciables à l'image générale de la politique. Mieux vaudrait oser travailler clairement à la composition de majorités spécifiques et diverses sur chacune de ces questions.

On peut objecter que les lignes de clivage parfaitement indépendantes de la répartition économique ont toujours existé. C'est vrai, mais pas aussi nombreuses et surtout pas porteuses de tension aussi fortes, aussi vitales qu'aujourd'hui. Car enfin, à quoi sert de répartir plus harmonieusement nos richesses nationales (dont le mode de répartition est l'unique enjeu réel du dilemme droite gauche) si le climat devient invivable, si les guerres de religion ressurgissent, si nous tombons en panne d'énergie ou si des hordes de gueux affamés meurent en masse à nos frontières. Nous ne vivons pas sur une île et toutes ces catastrophes auront des répercussions immédiates sur nos modes de vie. La politique étant l'art de gérer les affaires de la cité, c'est à gérer cela qu'il faut nous préparer, en adaptant au besoin nos structures de fonctionnement démocratique.

Nous avons de grandes chances en Suisse : la démocratie directe et la représentation proportionnelle facilitent la constitution de majorités de circonstances. Au lieu de s'arc-bouter sur des pôles d'opposition droite-gauche, mieux vaut travailler sur les regroupements transversaux. Ils représentent l'avenir, comme il revient au peuple de trancher, après des débats nourris, des grandes orientations qu'il entend voire suivre sur ces différents thèmes. C'est la position qu'a défendue récemment Fulvio Pelli, en proposant des convergences au coup par coup aux divers partis de gouvernement et cela n'a rien d'une posture électoraliste. C'est une proposition de fonds, visant à moderniser notre jeu politique commun. Il n'est d'ailleurs pas indifférent qu'Antonio Hodgers, sur le blog Monélection.ch de la radioromande, propose des sous-apparentements entre les Verts et le mouvement Ecologie Libérale, qui soit dit en passant, sur Genève, semble en parfaite osmose avec le parti radical.

L'environnement n'est toutefois pas la seule matière ouvrant lieu à ces recompositions de circonstance. Si l'alliance à droite sur l'économie a tout son sens, les clivages en matière internationale et d'ouverture au monde sont notoirement différents. Il en va de même des politiques d'intégration... Osons débattre de manière ouverte, dégager clairement convergences et divergences, et nous pourrons avancer beaucop plus vite dans la recherche des solutions, de manière aussi beaucoup plus claire pour les électeurs qui tôt ou tard devront trancher.