05/07/2007

Merci John Dupraz

En renonçant à la course aux Etats pour ne pas déstabiliser l’Entente, John Dupraz a prouvé la grande qualité de son engagement politique. Contrairement à certains politiciens, il place l’intérêt général au dessus des ambitions personnelles, pourtant légitimes et très certainement fondées dans cette affaire. En tant que radical de fraîche date, je suis particulièrement heureux que ce genre d’hommes se retrouvent dans la formation politique que j’ai choisie. Après 30 ans de carrière consacrée à creuser le sillon de l’objectivité, de la connaissance des hommes et des mécanismes sociaux, mon entrée en politique ne pouvait se faire sous le signe de l’affairisme et de la connivence politicienne.

J’ai des principes donc et je ne suis de loin pas le seul au parti radical, c’est une excellente nouvelle. En l’occurrence, nous partions avec un sérieux handicap dans ce combat, le PDC genevois étant parvenu à répandre dans l’opinion publique l’idée que nous leur avions promis ce siège il y a 4 ans. Ce qui est faux, mais il est toujours très délicat de « retourner » une opinion publique. C’est compliqué, ça prend du temps, c’est tout un art. Je n’étais pas membre du parti radical à cette époque, mais ce que m’ont dit ceux qui étaient les acteurs d’alors (et je n’ai aucune raison d’en douter), c’est qu’ils avaient admis de bonne grâce qu’il était logique qu’un siège de Conseiller aux Etats revienne à Jean-Philippe Maître. A lui, en tant qu’homme d’Etat de grande qualité et d’immense expérience, pas au PDC dans l’absolu.

La vie et la mort en ont décidé autrement et c’est grand dommage.

L’histoire de Jean-Philippe Maître nous rappelle que tous les politiciens et politiciennes de ce canton dotés d'une stature d’hommes d’Etat ne sont pas forcément au parti radical et c’est tant mieux. Nous en possédons cependant un certain nombre, c’est même une vraie tradition chez nous et j’en suis fier. Reste qu’après ces péripéties, il nous faut prouver que l’Entente, bien que n’étant pas partie à point, saura faire mentir la fable et terminer devant la tortue rose-verte. On l’oublie parfois, la politique est d’abord une compétition entre politiciens, et pas toujours entre politiciens de bords opposés. Certains de nos partenaires auraient dit-on préféré le ticket chic qui se présente finalement à quelqu'autre qui eût été plus choc… Mais qui aurait pu faire de l’ombre à sa moitié féminine. Puisqu’on parle de cuisine électorale, entrons dans le détail: John Dupraz est la matérialisation d’une réalité genevoise méconnue : la force très réelle de l’électorat paysan qui vote groupé. En son absence, celui-ci va vraisemblablement se reporter sur le seul des candidats détenteur d’une légitimité à ses yeux, Robert Cramer.

L’écologiste est clairement l’homme fort de son ticket, même en l’absence de toute considération anatomique. Il va récupérer des voix de tous bords, contrairement à Liliane Maury-Pasquier dont les choix sont parfois ambigus et la signature galvaudée. J’y reviendrai dans une prochaine chronique. On peut également penser qu'une fois de plus, c'est sur le ticket de l’Entente que l’homme fort est une femme...

Ce qui pourrait bien offrir, au final, au libéral Renaud Gautier, le « dream-ticket » dont il rêvait à voix haute en ouverture de campagne : Martine Brunschwig-Graf et Robert Cramer, une paire issue de la sagesse des électeurs?  Ce serait la preuve qu'au-delà des partis et du rôle fondamental qu'ils ont à jouer, notamment lors des votations, les électeurs choisissent des hommes et des femmes pour la valeur et les compétences qu'ils leur reconnaissent, voire pour la sympathie qu'ils inspirent, davantage qu'en vertu de telle ou telle appartenance partisane. Une réalité que les états-majors, comme les militants, devraient garder en permanence à l'esprit lors de la composition de telles listes.  Tout comme ils devraient avoir à l'esprit qu'au dessus de l'intérêt, certes réel du parti, il y a l'intérêt de l'Entente (pour le centre et la droite gouvernementale), et surtout, au dessus. l'intérêt de Genève et des Genevois. Il me semble et John Dupraz nous le rappelle, que cette conscience là, on la retrouvee chez les radicaux plus souvent qu'ailleurs. 

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