07/07/2007

Ou s'arrête la solidarité à gauche ?

Qu’est-ce qui vit du trafic de drogue (300 millions de dollars de revenus annuels d’après Wikipedia), du racket des populations paysannes, pauvres ou riches et pratique le rapt à grande échelle ? La maffia ? Perdu, ce sont les FARC, qu’un certain nombre de médias suisses, comme l’ats, s’obstinent à définir comme marxistes. Accessoirement cette guérilla ne respecte pas non plus les conventions de Genève, puisqu’en plus des enlèvements et du chantage, elle utilise des armes « sales » susceptibles d’occasionner les pires dommages aux populations civiles qu’elle pressure par ailleurs. J’ai pu m’en assurer en réunissant les témoignages des rares survivants du massacre de 119 femmes et enfants réfugiés dans leur église de Bellavista, dans un film diffusé par la TSR.

ORGANISATION TERRORISTE

L’Union Européenne qualifie cette organisation de terroriste, mais pas la Suisse qui, en la personne de sa Ministre des Affaires Etrangères, l’a toujours refusé. Pourtant, il s’agit bien d’une organisation criminelle qui terrorise les gens. La présence en Suisse de plusieurs personnes se réclamant (ouvertement ou non) des FARC – qui rappelons le, vivent du trafic de drogue – pourrait même finir par nuire au prestige de la place financière, qui fait énormément d’efforts et dépense beaucoup d’argent pour extirper tous les soupçons de blanchiment ayant longtemps entaché nos banques. Ces personnes sont en effet actives, organisent des meetings et des manifestations – notamment le 20 juillet prochain à Berne - disposent, racontent-elles de faux passeports et gèrent depuis notre pays leur communication extérieure et leur site internet. Avec quel argent ?

LE PRIX DU KILOG DE COCAINE 

Lors d’un récent meeting à Genève, soutenu par l’organisation d’extrême gauche Solidarités, on a pu ainsi entendre une véritable apologie des FARC, dans la bouche d’un journaliste français spécialiste de Castro, qui expliquait notamment que les FARC n’étaient pas des trafiquants de drogue, puisqu’elles se contentaient de prélever un « impôt révolutionnaire » sur le trafic. D’ailleurs, racontait-il : « Les FARC se contentent de vendre 15 000 dollars le kilog de cocaïne à Bogota, alors qu’il coûte 45 000 à Miami. Elles feraient donc de piètres trafiquants ! » Qu’un journaliste ne sache pas que c’est précisément au passage des frontières que se fait la culbute financière en matière de trafic de drogue me laisse fort songeur sur la pertinence de ses analyses. En plus, son grand copain de la Havane a semble-t-il un avis radicalement différent sur la question, puisqu’il y a quelques années, il fit condamner à mort et exécuter son meilleur général, héros de la lutte contre les alliés de l’apartheid en Angola,  coupable précisément d’avoir facilité le transit de la cocaïne colombienne (des FARC ?) à destination de Miami. Comme dans la mafia, il y a des parrains qui en croquent, et d’autres qui refusent d’y toucher…

DES COUSINS PARTOUT 

A ce même meeting, on a pu entendre la fille de Rodrigo Granda, récemment libérée par les FARC, raconter comment les FARC avaient été prévenues de l’arrestation de son père par des complicités au parquet du procureur. Cela signifie-t-il que la Justice colombienne est aux mains des FARC ? Non bien sûr. C’est pourtant le genre d’amalgames sur lequel s’appuie l’extrême gauche en Suisse pour impliquer l’Etat colombien dans les horreurs paramilitaires, comme le fait le jeune Benito Perez, journaliste du Courrier, dans un article récent. Perez qui n’était autre que le modérateur de ce fameux meeting. Alors c’est vrai que 20 élus (sur 265 députés et sénateurs), trop proches des paramilitaires, sont en prison et que la ministre des Affaires étrangères a du démissionner parce que deux de ces élus étaient son frère et son cousin. Le gouvernement colombien entend faire le ménage et c’est tant mieux. Mais Perez « oublie » qu’un autre cousin de la ministre, actuellement en prison à Miami (pour trafic de drogue) est… le Ministre des Affaires étrangères des FARC, plus connu sous le nom de Simon Trinidad, arrêté en Equateur où il menait les négociations avec la France et la famille Betancourt. On ne choisit pas sa famille et l’on n’en est pas responsable, qu’elle soit d’extrême droite… ou d’extrême gauche.

Lors de ce meeting, le conseiller national Pierre Vaneck, de Solidarités, a lu des extraits d’une lettre ouverte qu’il avait adressé à Micheline Calmy-Rey, dans laquelle il estimait (je cite de mémoire) que la nature de l’Etat colombien faisait courir les plus graves dangers au vaillant combattant de la liberté Rodrigo Granda (NR : le porte parole des trafiquants de drogue et des ravisseurs, que le méchant gouvernement colombien venait de libérer unilatéralement et qui se trouvait en sécurité dans un monastère catholique de Bogotà ). Il incombait donc au gouvernement suisse, d’après Vanek, de faire pression sur le gouvernement colombien pour assurer la survie du-dit.

Cette lettre paranoïaque, Vanek est parvenue à la faire parapher non seulement de ses copains d’extrême gauche, mais aussi de Ueli Leuenberger et surtout de Liliane Maury-Pasquier, qui, j’ose le croire, avait signé davantage pour être gentille qu’à l’issue d’une analyse poussée de la situation. A laquelle elle aurait néanmoins du procéder car lorsqu’elle signe une lettre à Calmy-Rey, elle influence probablement l’attitude de cette dernière – en tout cas c’est le but - dans une affaire impliquant plusieurs gouvernements et la vie ou la mort de plusieurs centaines de personnes. Sans compter les conséquences sur les flux mondiaux du trafic de cocaïne.

Vanek, ce soir-là, ne faisait pas trop le fier en lisant sa lettre, car il savait déjà qu’elle était nulle et non avenue, puisque le temps qu’il la fasse signer, Granda avait été mis dans un avion en partance pour La Havane. Ce dans l’unique but de faciliter la libération des otages, avec la vie desquels les FARC se livrent à un odieux chantage. Le gouvernement colombien rappelait ainsi qu’il est prêt à des concessions, mais pas à n’importe lesquelles. Notamment, il ne transigera pas sur la question des territoires démilitarisés, qui ferait courir au pays les plus graves dangers. L’immense majorité des colombiens, même de gauche, le suit dans cette démarche, la seule à même d’assurer la sécurité sur le long terme. Une petite minorité, essentiellement des familles d’otages (et l’on peut comprendre l’angoisse qui est la leur), est d’un avis différent. Ils réclament la vie sauve des leurs, à n’importe quel prix. Mais le gouvernement est lui responsable de la sécurité et de la vie de l’ensemble de ses citoyens, et accorder un territoire aux FARC serait une énorme absurdité stratégique. Lorsque les services de Mme Calmy Rey auront compris cela, ils auront fait un gros progrès dans la voie de la paix. 

A cet égard l’article d’aujourd’hui dans la Tribune dépeint assez bien la réalité si l’on sait lire entre les lignes : des centaines de milliers de manifestants approuvant le gouvernement (des millions selon les organisateurs, en tout cas de loin les plus grosses manifestations que la Colombie ait jamais connues) et quelques grandes banderoles pour rappeler la position des familles d’otages. Le besoin d’accord humanitaire est évident, mais pas s’il donne aux FARC les moyens de recommencer demain leurs exactions criminelles.

Un détail encore, en guise de conclusion : en refusant de pactiser avec la droite extrême, l’Entente s’évite le genre de déconvenue qui pend au nez de la gauche genevoise, lorsqu’elle ne sait plus tracer la limite avec son propre extrême : doit-elle soutenir l’extrême gauche démocratique, l’extrême gauche révolutionnaire, l’extrême gauche totalitaire ou même, pourquoi pas les organisations purement criminelles dès lors qu’elles se prétendent marxistes ?

05/07/2007

Merci John Dupraz

En renonçant à la course aux Etats pour ne pas déstabiliser l’Entente, John Dupraz a prouvé la grande qualité de son engagement politique. Contrairement à certains politiciens, il place l’intérêt général au dessus des ambitions personnelles, pourtant légitimes et très certainement fondées dans cette affaire. En tant que radical de fraîche date, je suis particulièrement heureux que ce genre d’hommes se retrouvent dans la formation politique que j’ai choisie. Après 30 ans de carrière consacrée à creuser le sillon de l’objectivité, de la connaissance des hommes et des mécanismes sociaux, mon entrée en politique ne pouvait se faire sous le signe de l’affairisme et de la connivence politicienne.

J’ai des principes donc et je ne suis de loin pas le seul au parti radical, c’est une excellente nouvelle. En l’occurrence, nous partions avec un sérieux handicap dans ce combat, le PDC genevois étant parvenu à répandre dans l’opinion publique l’idée que nous leur avions promis ce siège il y a 4 ans. Ce qui est faux, mais il est toujours très délicat de « retourner » une opinion publique. C’est compliqué, ça prend du temps, c’est tout un art. Je n’étais pas membre du parti radical à cette époque, mais ce que m’ont dit ceux qui étaient les acteurs d’alors (et je n’ai aucune raison d’en douter), c’est qu’ils avaient admis de bonne grâce qu’il était logique qu’un siège de Conseiller aux Etats revienne à Jean-Philippe Maître. A lui, en tant qu’homme d’Etat de grande qualité et d’immense expérience, pas au PDC dans l’absolu.

La vie et la mort en ont décidé autrement et c’est grand dommage.

L’histoire de Jean-Philippe Maître nous rappelle que tous les politiciens et politiciennes de ce canton dotés d'une stature d’hommes d’Etat ne sont pas forcément au parti radical et c’est tant mieux. Nous en possédons cependant un certain nombre, c’est même une vraie tradition chez nous et j’en suis fier. Reste qu’après ces péripéties, il nous faut prouver que l’Entente, bien que n’étant pas partie à point, saura faire mentir la fable et terminer devant la tortue rose-verte. On l’oublie parfois, la politique est d’abord une compétition entre politiciens, et pas toujours entre politiciens de bords opposés. Certains de nos partenaires auraient dit-on préféré le ticket chic qui se présente finalement à quelqu'autre qui eût été plus choc… Mais qui aurait pu faire de l’ombre à sa moitié féminine. Puisqu’on parle de cuisine électorale, entrons dans le détail: John Dupraz est la matérialisation d’une réalité genevoise méconnue : la force très réelle de l’électorat paysan qui vote groupé. En son absence, celui-ci va vraisemblablement se reporter sur le seul des candidats détenteur d’une légitimité à ses yeux, Robert Cramer.

L’écologiste est clairement l’homme fort de son ticket, même en l’absence de toute considération anatomique. Il va récupérer des voix de tous bords, contrairement à Liliane Maury-Pasquier dont les choix sont parfois ambigus et la signature galvaudée. J’y reviendrai dans une prochaine chronique. On peut également penser qu'une fois de plus, c'est sur le ticket de l’Entente que l’homme fort est une femme...

Ce qui pourrait bien offrir, au final, au libéral Renaud Gautier, le « dream-ticket » dont il rêvait à voix haute en ouverture de campagne : Martine Brunschwig-Graf et Robert Cramer, une paire issue de la sagesse des électeurs?  Ce serait la preuve qu'au-delà des partis et du rôle fondamental qu'ils ont à jouer, notamment lors des votations, les électeurs choisissent des hommes et des femmes pour la valeur et les compétences qu'ils leur reconnaissent, voire pour la sympathie qu'ils inspirent, davantage qu'en vertu de telle ou telle appartenance partisane. Une réalité que les états-majors, comme les militants, devraient garder en permanence à l'esprit lors de la composition de telles listes.  Tout comme ils devraient avoir à l'esprit qu'au dessus de l'intérêt, certes réel du parti, il y a l'intérêt de l'Entente (pour le centre et la droite gouvernementale), et surtout, au dessus. l'intérêt de Genève et des Genevois. Il me semble et John Dupraz nous le rappelle, que cette conscience là, on la retrouvee chez les radicaux plus souvent qu'ailleurs.