07/08/2007

Le Faux vrai parler de l'UDC

Dans tout discours, il y a du clairement exprimé et du suggéré, comme dans la loi, il y a le texte et l’esprit. J'entends dire que l'UDC a au moins pour elle de parler ouvertement des problèmes. Ce n'est pas vraiment vrai… L'UDC adore suggérer, travailler sur le sous-entendu et le fantasme bien davantage que sur le concret, capitaliser sur le non-dit plutôt que d'exprimer clairement ses choix. C'est qu'il faut ratisser large pour espérer un jour être élu. Ainsi l'UDC s'en prend-elle volontiers aux « puissances extérieures » et aux "lois supranationales", sans les nommer précisément. Au point que j'ai moi-même compris "UE" là où Pierre Ruetschi, dans ces pages, lisait ONU…

.

En fait, c'est à ces deux ennemis virtuels à la fois que s'en prend l’UDC, sachant qu'ils ne répondront pas. A fortiori s'ils ne sont pas cités nommément. Du coup, on désigne une entité encore plus immatérielle : l'autre, l'étranger, le différent. De tout temps, l'ennemi extérieur a toujours été le premier recours de toutes les dictatures, de gauche et de droite et le moyen le plus commode d'escamoter les vrais problèmes, ceux dont la solution peut dépendre pour de bon des citoyens de l'intérieur.

Dans le cas de la Suisse, monter en exergue, comme le fait l'UDC, le comportement du pays durant la seconde guerre mondiale, pour y voir le symbole de l'indépendance contre la pression extérieure est particulièrement malvenu. Les autorités helvétiques de cette époque ont avant tout pactisé, collaboré, accepté les concessions les plus variées et somme toute la loi du plus fort. Non par esprit de résistance, mais de pragmatisme. L'alternative patriote et héroïque, façon Guillaume Tell aurait été de refuser ces pressions… avec les conséquences que l'on imagine : l'honneur sauf et le drapeau nazi sur le Palais fédéral.

C'est tout le contraire des rodomontades actuelles des ténors de l’UDC à l’encontre des puissances extérieures et des lois supranationales. Qui au demeurant n'ont rien à voir avec les méthodes de l’Axe à l’époque et professent même des idéaux opposés. Maintenant, peut-on penser que le discours UDC vise d'autres entités extérieures ? Non bien sûr. Nul n'imagine qu’il vise par exemple les Etats-Unis, qui sont pourtant aujourd’hui la seule vraie puissance mondiale exerçant partout sur la planète des pressions véritablement agressives, sur ses partenaires comme sur ses ennemis. La seule à avoir par exemple obtenu, sans que l’UDC s’en émeuve, des concessions significatives des banques suisses en matière de secret bancaire.

Face à cette puissance là, pourtant véritablement hégémonique et impérialiste à tous les sens du terme, l’UDC ne dit rien. Tout au contraire, son leader charismatique approuve, applaudit et visite à la moindre occasion.

Du point de vue d’un gardien des traditions d’autonomie et de souveraineté locale du peuple suisses, ne serait-il pas plus logique d’intégrer l’UE et de s'investir davantage dans l’ONU, qui fonctionnent sur le mode de la coopération, pour tenter d’y faire entendre plus fortement la voix de la décentralisation, du droit d’initiative, de tout ce qui fait la spécificité helvétique, tout en collaborant à l’élaboration collective des solutions aux grands problèmes mondiaux.

Des problèmes cruciaux, vitaux, même pour nous, qui ne se règleront certainement pas en restant isolé chacun à l'intérieur de ses frontières… Mais qui, très certainement, se résoudront mieux avec davantage de démocratie participative et locale. C'est faire entendre ce message, de l'intérieur, qui devrait être l'ambition de la Suisse, de tous les démocrates et du centre.  

 

 

Commentaires

Merci pour votre excellente analyse. Coopération et recherche de consensus, dans le sens d'une démarche visant à mieux comprendre les préoccupations d'autrui, sont les seules voies politiques dignes.

Écrit par : Philippe Glatz | 07/08/2007

Les commentaires sont fermés.