20/08/2007

Fiscalité: réhabiliter le politique

Une fois encore, le PS tire à boulets rouges sur les propositions radicales de réforme fiscale. Pourtant le système en vigueur est inadapté au contexte de la société contemporaine, voire carrément catastrophique. En vertu de quel tabou faudrait-il s’abstenir d’y toucher ? Le fait que plusieurs de ses défauts d’aujourd’hui incombent aux radicaux d’hier n’est certes pas un argument recevable. D’abord errare humanum est, perseverare diabolicum… Vouloir remédier à des erreurs passées n’est certainement pas un défaut. Ensuite la plupart de ces mesures aujourd’hui contre-productives ou inadaptées pouvaient être hier efficaces et bienvenues. Le monde bouge, la société évolue. Les problèmes d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier et nous devons nous adapter profondément, rapidement et sans crainte aux réalités de l’heure.

Cela, les radicaux, parti d’entrepreneurs et d’indépendants savent faire. C’est leur pain quotidien, leur seul moyen de survie. Le PS, parti de fonctionnaires et d’employés salariés y est moins disposé. Tendanciellement son instinct le pousse au maintien du statu quo. Même si la maison brûle ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Qui aurait pu prévoir hier que nos biens de consommation seraient massivement fabriqués en Chine ou qu’un jeune gars doué en finances, tout seul avec son ordinateur et sans laisser de traces comptables, pourrait gagner 3 ou 4 fois plus qu’un professeur d’université ou qu’un ingénieur expérimenté ?

La fiscalité actuelle est néfaste parce que :

-              Elle est prélevée essentiellement sur le travail des gens d’ici, alors que nous consommons de plus en plus le fruit du travail des gens d’ailleurs. Ce qui renchérit tout ce qui est fabriqué ici.

-              Elle favorise l’automation et la robotisation (ce qui est très bien), qui seront cependant demain la principale concurrence au travail de nos enfants. Il faut financer l’Etat et les retraites autrement, et le plus tôt sera le mieux.

-              Nous sommes devenus une société de consommation. C’est sur la consommation que l’impôt doit désormais porter, ce qui permet aussi de lutter contre la pollution et les délocalisations, tout en respectant le libre échange.  

-              Il est relativement aisé d’échapper au fisc légalement (2600 fiduciaires y travaillent officiellement en Suisse) ou illégalement, particulièrement pour certaines activités. C’est d’ailleurs parfois une question de vie ou de mort professionnelle pour beaucoup d’indépendants, ou de détenteurs de revenus aléatoires (artistes, inventeurs, sportifs, créateurs d’entreprise etc…) qui peuvent gagner énormément une année et rien ou presque les années suivantes ou précédentes. Ce qui est totalement contradictoire avec l’imposition annuelle.

-              La chasse à la dissimulation fiscale mobilise des hordes de fonctionnaires et rend aussi désagréable que compliqué pour chacun le pensum annuel de la déclaration.

-              On ne chasse ainsi que les gagne-petit, car la concurrence fiscale internationale fait que les plus grosses fortunes, celles qui n’ont clairement plus rien à voir avec la classe moyenne, n’ont aucune difficulté à aller là où elles seront le moins imposées.

-              La société moderne, dans un monde archi-concurrentiel, a besoin d’être davantage réactive et souple. Elle doit donc favoriser l’indépendance et les petites structures. Evidemment, c’est contradictoire avec les intérêts du PS, qui vit de sa clientèle de fonctionnaires et d’employés.

-              Pour une entreprise, il devient plus rentable et plus facile, à partir d’un certain seuil, d’élaborer des stratégies d’évitement de l’impôt que d’accroître son chiffre d’affaires ou son bénéfice.

Bref, il faut réformer la fiscalité, c’est une évidence et la gauche se tire un auto goal en réclamant des hausses d’impôt : tout nouvel impôt basé sur des revenus officiels s’avère contreproductif. D’un autre côté, la fiscalité d’un Etat, c’est pire qu’un transatlantique à manœuvrer : force d’inertie et lenteur de réaction atteignent des sommets. Les nouveaux entrants dans l’Europe ont réussi leur réforme fiscale à la faveur de la révolution qu’a représentée la fin du communisme.

Tout remettre à plat pour repartir de zéro, en élaborant une fiscalité adaptée à la période, cela paraît une tâche immensément difficile. Les radicaux, fidèles à leur tradition  d’innovation sociale et politique, ont pourtant osé s’y lancer. Cela peut paraître suicidaire, tant le risque d’incompréhension est élevé, sans compter la facilité des adversaires a user d’arguments populistes et mensongers : en réalité, il y a longtemps que l’impôt ne fait plus tant payer les riches que les classes moyennes. Mais l’enjeu, c’est tout simplement l’avenir de notre société, sa capacité à évoluer dans un contexte changeant, globalisé, pollué, automatisé et externalisé, où les structures lourdes et peu réactives seront condamnées.

Il faut du courage pour oser se lancer dans un tel challenge et surtout pas d’idées toutes faites. Les radicaux ne s’avancent pas avec des remèdes clefs en main, loin de là. Ils proposent de discuter sans tabou d’une refonte globale qui s’étendra sur plusieurs années et qui d’ailleurs devra s’inscrire dans un contexte européen et mondial lui-même en constant bouleversement. C’est le rôle du politique que d’oser proposer de vraies réformes. Le monde change et la politique doit changer avec, sous peine de laisser penser qu’elle ne sert à rien. Il lui faut se réapproprier les moyens d’agir sur l’environnement au sens le plus large du terme : la nature, la société, l’économie... La fiscalité est le premier outil de la puissance publique. A elle de faire en sorte qu’il soit le mieux adapté et le plus efficace possible. Aujourd’hui, on en est loin.

Commentaires

Bien envoye! Permettez-moi quelques bemols. Le premier est que se sont les bourgeois qui ont instrumentalisé les differentes chasses fiscales et autre delire sur le blanchiement qui font qu'aujourd'hui ils n'y a plus personne pour servir les clients des administrations ou des banques car les forces ont ete devolues a la traque!
La Suisse s'ingénie a copier ce qui y a de pire chez les autres. On copie l'espionnite de la vie privée chere aux anglo-saxons, mais pas leur sens des libertes individuelles. On copie la France dans ce qu'elle a de plus detestable, sa gestapo fiscale, mais pas sa vision sociale, etc...
Si l'on veut tre pragmatique en matière de gestion financière, il faut agir sur les dépenses par des moyens de contrôle qui soient TOTALEMENT independants, c'est a dire non liés aux partis politiques! Ce combat est prioritaire car sinon les mêmes contrôlent tout. On voit bien a Geneve où toutes les affaires qui mouillent des politiques sont jugées par des politiques eux-même, élus par les mêmes partis! cherchez l'erreur doc!
ON nous a fait voter pour une cour des comptes mais une fois encore, ces rigolos proviennent des mêmes partis que ceux qu'ils sont chargés de controler, une grosse farce. Le malheur c'est que c'est une farce a 5'000'000 par an! Si on avait mis ce fric, actuellement jeté par les fenêtres, à soutenir les PME pour générer de l'emploi et de la richesse on aurait mieux fait! Malheureusement, une fois de plus, on copie la France dans ce qu'elle a de pire, une administration publique démentielle!
Le meilleur moyen de régénérer notre économie est de l'orienter vers l'écologie et d'arrêter de nous faire croire que celle-ci doit obligatoirement être suventionnée! Je rêve!OK avec ce que vous dites mais avant tout remettons les choses en place, aidons les petites structures qui rendent les gens indépendants. Se sont les indépendants qui génèrent le plus de richesse per capita, pas les administrations! Au lieu de les aider on les plombe, un non sens absolu, un de plus. On oublie actuellement qu'une société responsable doit reposer sur des individualités qui se préoccupent de la collectivité et non pas des collectivites qui pressurisent des individus!
I'm a lonely poor cow-boy.....
Maurice Saitou

Merci de vos remarques. Précisons toutefois que le parti radical n'a aucun représentant à la Cour des Comptes, même si ce n'est pas exprès... Cela dit, il est très dangereux de de condamner en bloc "les politiques". C'est vrai que la promiscuité genevoise peut être pernicieuse, mais les oppositions sont de plus en plus fortes entre partis, de même que les rivalités au sein d'un même parti et croyez moi, personne ne se fait de cadeau. Ce qui est une bonne régulation du système, car les écarts de chacun restent rarement secrets bien longtemps. L'inconvénient de ces tensions, c'est qu'il est plus difficile d'oeuvrer objectivement et sans passion au bien commun... Chaque médaille a son revers.
Je décèle également une contradiction entre l'idée qu'il faut aider les petites structures mais pas subventionner l'économie... ou l'écologie. Bref, je crois comprendre ce que vous vouslez dire, mais vous voyez que la politique. à savoir la gestion de la cité, n'est jamais simple...
Philippe Souaille

Écrit par : Maurice Saitou | 20/08/2007

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