21/08/2007

Otages: une mode sale

J’ai vu récemment sur TPS un film d’enlèvement, un de plus. Excellent au demeurant, avec Robert Redford, Helen Mirren et Willem Dafoe. On y voit fort bien le dilemme de l’autorité publique, coincée par la nécessité de préserver la sécurité de tous ses citoyens, donc d’abord de la majorité d’entre eux, ce qui implique pour elle de tout mettre en place pour que le crime ne paie pas. L’arrestation des méchants est forcément prioritaire, car cela demeure le meilleur moyen d’empêcher que le crime ne se reproduise à l’infini. Pour la famille et les proches évidemment, l’objectif est différent : ils sont prêts à payer très cher pour ramener le kidnappé.

C dans l’air, excellente émission d’Yves Calvi et Jérôme Bellay sur France 5, passe ces jours ci « Colombie, le pays aux 30 000 otages ».  Un reportage très complet montrant que la logique est exactement la même pour les enlèvements à caractère politique ou parapolitique : quelles que soient leur motivation profonde ou la justesse de la cause qu’ils prétendent défendre, ils demeurent une activité purement criminelle. De Colombie en Afghanistan, en passant par la Lybie, le rapt et la rançon sont devenus une mode qui ne peut que se développer toujours davantage, tant que notre civilisation du confort et de la facilité n’aura pas compris qu’il lui faut mettre des barrières claires.

Pour le coup, il s’agit bien d’une guerre, contre la barbarie et comme dans toute guerre, il y a forcément des pertes. Les personnes enlevées sont comme des soldats en mission et il faut faire tout notre possible pour les tirer de là, mais pas n’importe quoi. Notamment, il ne faut certainement pas céder aux demandes des ravisseurs lorsque celles-ci sont de nature à les renforcer. A chaque fois que nous cédons de manière inconsidérée, nous multiplions les risques de nouvelles prises d’otage. C’est d’une froideur mathématique.

Bien sûr, les personnes enlevées ne sont pas vraiment des soldats, encore que certains cas soient à la limite de l’inconscience ou de la provocation. Entre des infirmières bulgares parties travailler dans des hôpitaux et une Ingrid Betancourt traversant sciemment (et dûment prévenue) une zone à haut risque, ou des évangélistes sud-coréennes s’aventurant sans protection dans les zones tribales du talibanistan, il y a de grosses différences. Comme entre un soldat d’élite, aimant se porter volontaire pour les missions dangereuses et de simples conscrits, envoyés au casse pipe sans leur demander leur avis. N’empêche que dans tous les cas, l’autorité ne peut pas se permettre de faire l’impasse sur sa mission principale. Si elle ne fait pas son possible pour empêcher la reproduction du crime, celui-ci aura toutes les chances de se reproduire, dans un parfait cercle vicieux.

C’est cela qu’il faut rompre. Quitte à honorer et dédommager les familles des victimes que l’intransigeance nécessaire n’aura pas permis de sauver, même si cela, malheureusement ne leur rendra pas leurs proches.

Chavez aujourd'hui, bête de scène aussi redoutable que Sarkozy (et jusqu'à preuve du contraire, aussi peu compétent en gestion concrête) se mêle à son tour de sauver les otages. Tant mieux s'il parvient à quelque chose, en proposant par exemple d'héberger les FARC dans des camps de vacances au Venezuela. Cela fait un moment qu'il rêve de réussir ce coup là et les colombiens sont tout disposés à lui laisser cette gloire s'il parvient à leur tirer cette très grosse épine du pied. Le problème, c'est que cela ne peut pas être au prix de concessions suicidaires pour l'Etat et les collectivités colombiennes.

L'acceptation par le président Uribe d'une mission de bons offices auprès des FARC de la principale députée de gauche colombienne paraît nettement plus porteuse d'espoirs. Parce qu'elle repose sur des solutions internes et qu'elle porte en elle la caution de toute la classe politique colombienne, aujourd'hui massivement légaliste. Les FARC sauront elles saisir cette chance de rentrer dans la légalité et dans le combat politique pacifique ?  Une chose est sûre, ce n'est pas à elles, qui ont mené des activités criminelles à plus d'un titre, de poser leurs conditions, même si la "realpolitik" implique de les considérer avec mansuétude, pour obtenir la fin des hostilités, comme ce fut le cas avec les paramilitaires d'extrême droite. 

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