24/08/2007

La vitesse peut-elle être verte ?

Ce matin sur la première, Simon Matthey-Doret posait une excellente question: la vitesse est-elle une addiction? Lui-même est un fou de vitesse, mais sur deux planches : il fut souvent le meilleur représentant suisse au championnat du monde de ski des journalistes, battu seulement par des champions tout juste retraités du cadre A croate, qui étrennaient des cartes de presse toutes neuves. En plus il fait la même chose en ski de fond. Respect donc.
Pour une fois j'étais d'accord avec un psychologue sur la question. Celui qu'il interrogeait: expliquait que nous sommes programmés pour exprimer une certaine dose d'agressivité et la vitesse est l'un des moyens d'exprimer celle-ci et d'en ressentir les flux hormonaux bienfaisants qui en découlent.
Problème, la vitesse est dangereuse, particulièrement sur route ouverte. La dangerosité de celle-ci dépend évidemment de tas de facteurs fort divers, de l'état des pneus et de la chaussée à la densité du trafic, mais la loi n'entre pas dans ces subtilités et se montre même de plus en plus stricte au fur et à mesure que la densité générale du trafic justement s'accroît. Ce qui me vaut présentement de circuler à vélo et en tram pour quelques trop longues semaines. C'est toujours mieux que ce boss d'une grosse société genevoise qui doit payer 33 000 Francs d'amende pour avoir voulu attraper un feu vert qui ne lui était pas destiné. Dans les deux cas, il n'y avait ni alcool, ni accident et des routes dégagées, mais c'est la loi.
Dont acte. Cela m'a permis de découvrir qu'il n'était pas facile de trouver des sacoches (pour ramener les commissions), que du coup celles-ci valaient très cher, mais qu'elles ne pouvaient pas se fixer définitivement sur le vélo. Donc à emporter à chaque fois. Pas très pratique. Pas plus que d'arriver transpirant à un rendez-vous. Par contre, je peux mettre mon vélo dans le train régional (j'habite à 6 km du centre) et ça c'est très bien. Merci Unireso. De toute manière, pour fixer des sacoches, il faut un porte-bagages, et les VTT n'en ont pas. Pas plus que de garde-boue et d'éclairage… Et ça c'est nettement plus grave. Ce qui me ramène au goût de la vitesse et du risque, voire de la transgression, caractéristique des jeunes mâles, quelle que soit leur origine ou leur niveau de culture.
Ne diffèrent que les moyens utilisés pour les canaliser. Chez les écolos, ce ne peut pas être la bagnole, alors c'est le vélo. Le nombre d'excentricités fondamentalement dangereuses – et généralement illégales mais peu réprimées - que commettent quantité de jeunes machos cyclistes et vert foncé est proprement hallucinant. C'est moins dangereux au guidon d'un vélo qu'à celui d'une moto ou derrière un volant, mais c'est la même logique. J'ai un copain piéton (et cycliste militant à ses heures) qui a été envoyé dans les pommes, sur un trottoir, par un de ces cinglés. Certes, si cela avait été un motard, il serait mort, mais les motos fréquentent rarement les trottoirs…

Le psychologue de la radio, donc, disait que si la vitesse motorisée n'était plus là pour servir d'exutoire, les jeunes hommes en trouveraient d'autres, pas forcément moins dangereux pour eux… ni pour la société. La création d'un circuit fermé comme il en existe ailleurs lui paraissait une excellente idée, mais la pression écologique risquait fort de l'empêcher. Ce qui me fait penser au dossier de l'Hebdo cette semaine sur les politiciens écologistes de droite en Suisse. Dossier à charge qui confond le symbole et le fond. L'image et le contenu réel. Les verts sont en effet passés maîtres dans l'art d'utiliser les images médiatiques et les peurs populaires. Tout comme l'UDC, mais évidemment pas dans le même sens. En termes politiques, ça paie cash. Or répétons-le une fois encore, la principale cause du réchauffement climatique d'origine humaine (car il y en a d'autres sur lesquelles nous n'avons aucune prise, comme les variations orbitales de la Terre autour du soleil), ce n'est pas le nucléaire, qui n'y est pour rien, ni les transports (20% seulement) mais bien le chauffage et la production thermique d'électricité. Or là-contre, les verts font beaucoup moins que les radicaux, genevois en particulier. Quand aux socialistes, dixit Leuenberger, ils veulent une centrale à gaz ! Par ailleurs, parmi les radicaux tous ne sont pas opposés à l'idée d'une taxe sur les carburants. A titre personnel, je trouve même l'idée excellente, à condition que le produit de la taxe ne soit pas redistribué à la population, comme dans le projet démagogique rose-vert, mais consacré intégralement à la recherche et au développement d'énergies propres ici et au nettoyage des schémas de production dans les pays pauvres qui ne peuvent pas se payer le luxe de la dépollution, car c'est bien d'un luxe qu'il s'agit.

Quand au circuit, quelques excités qui tournent en rond à fonds les manettes, ça pollue, mais de manière infinitésimale comparée aux déplacements de masse pendulaires. Sauf que justement, c'est une question de symbole. Alors d'accord, imaginons de petits bolides électriques, chargés même à l'énergie solaire. Sur un circuit fermé le manque d'autonomie n'est pas un problème, le silence n'embêterait pas les voisins et les accélérations de l'électricité peuvent rendre la chose tout à fait amusante sur un parcours bien sinueux. Chiche, on crée une coupe de suisse en voiture électrique ?

Commentaires

Bonjour Philippe,
Une taxe sur les carburants... peut-être.
Une taxe acceptable et logique comme 25 USD/tonne de CO2 émis soit 9 cts/litre et même pourquoi pas un taux fluctuant basé sur la bourse du CO2...à réfléchir car cela voudrait dire que le consommateur réglerait lui-même la facture de CO2 émis par son véhicule.
Une taxe dont on en ferait bon usage comme une affectation pour la recherche sur les énergies renouvelables...là je suis franchement intéressé!

Écrit par : Francois Haldemann | 24/08/2007

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