30/08/2007

Mouton noir et démocrate

Monsieur Pardo, 

 Vous n’avez rien contre les noirs lorsqu’ils jouent au football et c’est tant mieux. Le problème c’est que sur l’affiche de votre parti, trois petits moutons blancs flanquent à la porte, de manière assez brutale, un petit mouton noir. Parmi ceux qui restent dans le pays, il n’y a aucun mouton noir. Et hormis le fait qu’il est noir, rien ne distingue l’exclu des autres. Donc pour tout le monde, au premier degré, votre affiche veut dire « flanquons les noirs hors du pays » et forcément, il y a un moment où vous mentez. Quand vous parlez de foot ou quand vous comptez les moutons. L’un ou l’autre, il faut choisir et ne pas prendre l’électeur pour un abruti qu’on manipule ou qu'on endort.

Je vous l’accorde, une affiche doit être simple, voire simpliste et un mouton noir, tout le monde sait ce que cela veut dire. Ou plus exactement tout le monde sait que le terme est ambigu : dans une famille ou un groupe, c’est celui qui dérange, qui est différent... Mais qui est membre du groupe. Le symbole de la minorité visible, ou encore celui que tout désigne comme bouc émissaire…

 

Croyez vous franchement, Monsieur, que pour tous les enfants noirs ou métis de ce pays, qui seront demain des footballeurs, mais aussi des médecins, des financiers ou des ingénieurs respectés, il soit très intelligent de leur coller un complexe supplémentaire sur le dos ? Pensez-vous qu’en étalant de telles images sur nos murs, vous contribuez à faire d’eux des citoyens responsables ou bien est-ce que vous les acculez dans une situation de rejet – y compris vis-à-vis de leurs petits camarades blancs - qui a toutes les chances de faire d’eux des rebelles, ou pire, des dealers ? Pourquoi donc en rajouter, comme s’ils n’avaient pas suffisamment d’obstacles à vaincre dans ce pays, avec les Bignasca et consorts ?

 

Vous nous menacez, Monsieur, de l’apocalypse référendaire si nous ne nous engageons pas à reconduire votre champion au Conseil Fédéral. Plus même, vous menacez de faire élire la gauche à la place des candidats de centre droit si nous ne nous alignons pas sur vos positions. C’est déjà ce qui nous vaut votre candidature, si j’en crois les gazettes. C’est un langage de racketteur et de maître chanteur, pas de politicien, avec lequel, pourtant, en tant que radical, je pensais partager certaines valeurs, en matière de libéralisme économique notamment. La lecture du dernier numéro de Bilan m'apprend qu'il n'en est rien, que même sur le terrain économique, votre libéralisme n'est que de façade. Sur la plupart des autres terrains, je savais déjà nos valeurs fort différentes, voire carrément opposées.

 

Seuls, nous autres radicaux ne sommes pas majoritaires, M. Pardo, mais vous non plus et vous ne le serez jamais. Il y trop de haines et de conservatisme étroit dans votre démarche. Quand on pense que votre lider maximo, non seulement n’utilise pas internet, laissant cela à ses serviteurs, mais qu’en plus il néglige les questions de sécurité liées au réseau, préférant se consacrer à la chasse au mouton noir qu’à celle du terroriste international ou du maffieux, j’ai le plus grand mal à vous suivre.

 

L’Entente ne doit vous signer ni chèque en blanc ni reconnaissance de dette. On ne cède pas au chantage. Nous pouvons nous retrouver d'accord sur quelques thèmes, tandis que sur d’autres, les écologistes sont nos alliés naturels ou même les socialistes. Cela s’appelle la concordance et c’est à géométrie variable. Les radicaux sont peut-être un petit parti, mais on les retrouve dans quasiment toutes les majorités de circonstance qui depuis plus d’un siècle et demi font avancer ce pays et l’ont fait ce qu’il est. Sauf que par certaines de vos attitudes, vous semblez faire exprès de devenir infréquentables. Serait-ce un calcul politique typiquement blocherien : Moi et rien que moi, ou sinon le chaos ?

 

En vérité, ce pays, vous n'avez aucune envie de le faire avancer. Vous rêvez juste de figer la Suisse dans un environnement disparu, mélange d’après guerre et de 1291. Réveillez-vous M. Pardo, le temps passé ne reviendra pas, pire même, le temps perdu ne se rattrapera plus. Il faut s’adapter et vite car l’heure est plus grave qu’il n’y paraît et la situation internationale passablement tendue. Croire que la neutralité affichée peut nous préserver de tous ces dangers n’est qu’une illusion coupable. Laisser la gauche, elle-même apparentée à l’extrême-gauche, prendre la main, pour quelques années cruciales, sur des questions aussi essentielles que l’économie ou les finances publiques alors qu’il y a urgence, c’est un crime contre la Suisse et les Suisses que vous prétendez défendre. Vous faites passer votre parti – ou plutôt une tendance de votre parti, car personne n'a rien à reprocher à M. Schmidt - avant vos semblables, c’est votre droit. Mais ce n’est pas une attitude responsable et je doute que cela soit celle de la majorité de vos électeurs, qui ne vous appartiennent pas.

 

Vous qui prônez tant la souveraineté du peuple, apprenez donc à tenir compte de cette réalité incontournable: la majorité, en Suisse, se recompose au gré des thèmes à traiter. C'est ainsi et vous n'y pouvez rien, mais vous ne pouvez pas l'admettre. La concertation n'est franchement pas votre truc. Vous rêvez de faire passer en bloc tout votre programme. Alors vous tentez un putsch démocratique en essayant de nous contraindre à nous aligner sur vos positions qui sont certes fortement représentées dans le pays mais clairement minoritaires, car ce sont des positions bornées et essentiellement réactionnaires, alors que le pays n'est pas stupide. Respectez le jeu de la démocratie M. Pardo et laissez les majorités s'exprimer comme elles l'entendent.

 

Encore un mot, à Monsieur Bertinat cette fois,

Naturalisé d'assez fraîche date, mais parlant le français au moins aussi bien que vous, permettez-moi de vous signaler que votre petite histoire ne tient pas debout. Pour être naturalisé, même en ville de Genève, il faut remplir des papiers, un dossier assez complet, donc savoir lire et écrire en français, ou alors se faire aider d'un avocat, ce qui se paie assez cher.

Croyez-vous vraiment que quelqu'un qui fait la démarche de la naturalisation puisse être assez ignorant pour penser qu'une lettre l'informant de son parcours puisse lui annoncer son expulsion ? Ou que quelqu'un qui, ne comprenant pas le français, a les moyens de recourir à un avocat, se précipite dans la rue pour demander de l'aide à un quidam lambda sur un tel sujet ?  De plus je serai curieux de savoir de quelle lettre il s'agit, parce qu'à la fin de la procédure, on en reçoit plusieurs, de services différents, annonçant le résultat positif successif des différentes phases : confédération, canton, commune, prestation de serment, carte d'identitié, assurances sociales etc...

Des witz sur les étrangers, il s'en raconte dans tous les pays. En général, ça détend l'athomosphère, et mes copainrs blacks m'ont raconté les meilleurs sur les noirs (rassurez-vous, ils en ont aussi quelques unes d'assez salées sur les blancs), tout comme les meilleurs histoires juives sont racontées par des juifs.

Il y a cependant bien longtemps qu'un politicien n'avait pas tenté de faire passer un witz pour une histoire vraie. En fait ça remonte à l'époque où des gens au pouvoir ont, entre autres saloperies commencé à enlever leur nationalité à des naturalisés qu'ils ne trouvaient pas assez ceci ou pas assez cela. Dans mon pays d'origine, la France, c'était en 1940-41...

 

Commentaires

en fait ces messieurs de l'udc ne veulent qu'interdire et interdire encore plus et plus de choses. Arretons de croire que de tout interdire nous rendra la vie meilleur, plus sure. Les lois ne protegent jamais des cons, des mechants, des malades, des drames, de la vie, mais nous cloisonnent. Pourquoi on interdirait pas le cancer, le sida, le suicide (quoi qu'il est deja interdit), les accident de voiture, la vieillesse, les vaches, les pigeons, la foudre... vive les chiens, vive les cons et n'oubliez pas de respirer tant qu'il en est encore temps...

Écrit par : denise_park | 30/08/2007

Bien dis monsieur Souaille.

Écrit par : Willy | 30/08/2007

Je trouve l'argumentation de M. Souaille très convaincante et j'espère que d'autres personnalités de droite et de gauche se prononceront de manière aussi nette pour dénoncer ce qui, précisément, ne va pas dans le discours de l'UDC.

Écrit par : Jacques Hermand | 30/08/2007

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