30/08/2007

Mouton noir et démocrate

Monsieur Pardo, 

 Vous n’avez rien contre les noirs lorsqu’ils jouent au football et c’est tant mieux. Le problème c’est que sur l’affiche de votre parti, trois petits moutons blancs flanquent à la porte, de manière assez brutale, un petit mouton noir. Parmi ceux qui restent dans le pays, il n’y a aucun mouton noir. Et hormis le fait qu’il est noir, rien ne distingue l’exclu des autres. Donc pour tout le monde, au premier degré, votre affiche veut dire « flanquons les noirs hors du pays » et forcément, il y a un moment où vous mentez. Quand vous parlez de foot ou quand vous comptez les moutons. L’un ou l’autre, il faut choisir et ne pas prendre l’électeur pour un abruti qu’on manipule ou qu'on endort.

Je vous l’accorde, une affiche doit être simple, voire simpliste et un mouton noir, tout le monde sait ce que cela veut dire. Ou plus exactement tout le monde sait que le terme est ambigu : dans une famille ou un groupe, c’est celui qui dérange, qui est différent... Mais qui est membre du groupe. Le symbole de la minorité visible, ou encore celui que tout désigne comme bouc émissaire…

 

Croyez vous franchement, Monsieur, que pour tous les enfants noirs ou métis de ce pays, qui seront demain des footballeurs, mais aussi des médecins, des financiers ou des ingénieurs respectés, il soit très intelligent de leur coller un complexe supplémentaire sur le dos ? Pensez-vous qu’en étalant de telles images sur nos murs, vous contribuez à faire d’eux des citoyens responsables ou bien est-ce que vous les acculez dans une situation de rejet – y compris vis-à-vis de leurs petits camarades blancs - qui a toutes les chances de faire d’eux des rebelles, ou pire, des dealers ? Pourquoi donc en rajouter, comme s’ils n’avaient pas suffisamment d’obstacles à vaincre dans ce pays, avec les Bignasca et consorts ?

 

Vous nous menacez, Monsieur, de l’apocalypse référendaire si nous ne nous engageons pas à reconduire votre champion au Conseil Fédéral. Plus même, vous menacez de faire élire la gauche à la place des candidats de centre droit si nous ne nous alignons pas sur vos positions. C’est déjà ce qui nous vaut votre candidature, si j’en crois les gazettes. C’est un langage de racketteur et de maître chanteur, pas de politicien, avec lequel, pourtant, en tant que radical, je pensais partager certaines valeurs, en matière de libéralisme économique notamment. La lecture du dernier numéro de Bilan m'apprend qu'il n'en est rien, que même sur le terrain économique, votre libéralisme n'est que de façade. Sur la plupart des autres terrains, je savais déjà nos valeurs fort différentes, voire carrément opposées.

 

Seuls, nous autres radicaux ne sommes pas majoritaires, M. Pardo, mais vous non plus et vous ne le serez jamais. Il y trop de haines et de conservatisme étroit dans votre démarche. Quand on pense que votre lider maximo, non seulement n’utilise pas internet, laissant cela à ses serviteurs, mais qu’en plus il néglige les questions de sécurité liées au réseau, préférant se consacrer à la chasse au mouton noir qu’à celle du terroriste international ou du maffieux, j’ai le plus grand mal à vous suivre.

 

L’Entente ne doit vous signer ni chèque en blanc ni reconnaissance de dette. On ne cède pas au chantage. Nous pouvons nous retrouver d'accord sur quelques thèmes, tandis que sur d’autres, les écologistes sont nos alliés naturels ou même les socialistes. Cela s’appelle la concordance et c’est à géométrie variable. Les radicaux sont peut-être un petit parti, mais on les retrouve dans quasiment toutes les majorités de circonstance qui depuis plus d’un siècle et demi font avancer ce pays et l’ont fait ce qu’il est. Sauf que par certaines de vos attitudes, vous semblez faire exprès de devenir infréquentables. Serait-ce un calcul politique typiquement blocherien : Moi et rien que moi, ou sinon le chaos ?

 

En vérité, ce pays, vous n'avez aucune envie de le faire avancer. Vous rêvez juste de figer la Suisse dans un environnement disparu, mélange d’après guerre et de 1291. Réveillez-vous M. Pardo, le temps passé ne reviendra pas, pire même, le temps perdu ne se rattrapera plus. Il faut s’adapter et vite car l’heure est plus grave qu’il n’y paraît et la situation internationale passablement tendue. Croire que la neutralité affichée peut nous préserver de tous ces dangers n’est qu’une illusion coupable. Laisser la gauche, elle-même apparentée à l’extrême-gauche, prendre la main, pour quelques années cruciales, sur des questions aussi essentielles que l’économie ou les finances publiques alors qu’il y a urgence, c’est un crime contre la Suisse et les Suisses que vous prétendez défendre. Vous faites passer votre parti – ou plutôt une tendance de votre parti, car personne n'a rien à reprocher à M. Schmidt - avant vos semblables, c’est votre droit. Mais ce n’est pas une attitude responsable et je doute que cela soit celle de la majorité de vos électeurs, qui ne vous appartiennent pas.

 

Vous qui prônez tant la souveraineté du peuple, apprenez donc à tenir compte de cette réalité incontournable: la majorité, en Suisse, se recompose au gré des thèmes à traiter. C'est ainsi et vous n'y pouvez rien, mais vous ne pouvez pas l'admettre. La concertation n'est franchement pas votre truc. Vous rêvez de faire passer en bloc tout votre programme. Alors vous tentez un putsch démocratique en essayant de nous contraindre à nous aligner sur vos positions qui sont certes fortement représentées dans le pays mais clairement minoritaires, car ce sont des positions bornées et essentiellement réactionnaires, alors que le pays n'est pas stupide. Respectez le jeu de la démocratie M. Pardo et laissez les majorités s'exprimer comme elles l'entendent.

 

Encore un mot, à Monsieur Bertinat cette fois,

Naturalisé d'assez fraîche date, mais parlant le français au moins aussi bien que vous, permettez-moi de vous signaler que votre petite histoire ne tient pas debout. Pour être naturalisé, même en ville de Genève, il faut remplir des papiers, un dossier assez complet, donc savoir lire et écrire en français, ou alors se faire aider d'un avocat, ce qui se paie assez cher.

Croyez-vous vraiment que quelqu'un qui fait la démarche de la naturalisation puisse être assez ignorant pour penser qu'une lettre l'informant de son parcours puisse lui annoncer son expulsion ? Ou que quelqu'un qui, ne comprenant pas le français, a les moyens de recourir à un avocat, se précipite dans la rue pour demander de l'aide à un quidam lambda sur un tel sujet ?  De plus je serai curieux de savoir de quelle lettre il s'agit, parce qu'à la fin de la procédure, on en reçoit plusieurs, de services différents, annonçant le résultat positif successif des différentes phases : confédération, canton, commune, prestation de serment, carte d'identitié, assurances sociales etc...

Des witz sur les étrangers, il s'en raconte dans tous les pays. En général, ça détend l'athomosphère, et mes copainrs blacks m'ont raconté les meilleurs sur les noirs (rassurez-vous, ils en ont aussi quelques unes d'assez salées sur les blancs), tout comme les meilleurs histoires juives sont racontées par des juifs.

Il y a cependant bien longtemps qu'un politicien n'avait pas tenté de faire passer un witz pour une histoire vraie. En fait ça remonte à l'époque où des gens au pouvoir ont, entre autres saloperies commencé à enlever leur nationalité à des naturalisés qu'ils ne trouvaient pas assez ceci ou pas assez cela. Dans mon pays d'origine, la France, c'était en 1940-41...

 

24/08/2007

La vitesse peut-elle être verte ?

Ce matin sur la première, Simon Matthey-Doret posait une excellente question: la vitesse est-elle une addiction? Lui-même est un fou de vitesse, mais sur deux planches : il fut souvent le meilleur représentant suisse au championnat du monde de ski des journalistes, battu seulement par des champions tout juste retraités du cadre A croate, qui étrennaient des cartes de presse toutes neuves. En plus il fait la même chose en ski de fond. Respect donc.
Pour une fois j'étais d'accord avec un psychologue sur la question. Celui qu'il interrogeait: expliquait que nous sommes programmés pour exprimer une certaine dose d'agressivité et la vitesse est l'un des moyens d'exprimer celle-ci et d'en ressentir les flux hormonaux bienfaisants qui en découlent.
Problème, la vitesse est dangereuse, particulièrement sur route ouverte. La dangerosité de celle-ci dépend évidemment de tas de facteurs fort divers, de l'état des pneus et de la chaussée à la densité du trafic, mais la loi n'entre pas dans ces subtilités et se montre même de plus en plus stricte au fur et à mesure que la densité générale du trafic justement s'accroît. Ce qui me vaut présentement de circuler à vélo et en tram pour quelques trop longues semaines. C'est toujours mieux que ce boss d'une grosse société genevoise qui doit payer 33 000 Francs d'amende pour avoir voulu attraper un feu vert qui ne lui était pas destiné. Dans les deux cas, il n'y avait ni alcool, ni accident et des routes dégagées, mais c'est la loi.
Dont acte. Cela m'a permis de découvrir qu'il n'était pas facile de trouver des sacoches (pour ramener les commissions), que du coup celles-ci valaient très cher, mais qu'elles ne pouvaient pas se fixer définitivement sur le vélo. Donc à emporter à chaque fois. Pas très pratique. Pas plus que d'arriver transpirant à un rendez-vous. Par contre, je peux mettre mon vélo dans le train régional (j'habite à 6 km du centre) et ça c'est très bien. Merci Unireso. De toute manière, pour fixer des sacoches, il faut un porte-bagages, et les VTT n'en ont pas. Pas plus que de garde-boue et d'éclairage… Et ça c'est nettement plus grave. Ce qui me ramène au goût de la vitesse et du risque, voire de la transgression, caractéristique des jeunes mâles, quelle que soit leur origine ou leur niveau de culture.
Ne diffèrent que les moyens utilisés pour les canaliser. Chez les écolos, ce ne peut pas être la bagnole, alors c'est le vélo. Le nombre d'excentricités fondamentalement dangereuses – et généralement illégales mais peu réprimées - que commettent quantité de jeunes machos cyclistes et vert foncé est proprement hallucinant. C'est moins dangereux au guidon d'un vélo qu'à celui d'une moto ou derrière un volant, mais c'est la même logique. J'ai un copain piéton (et cycliste militant à ses heures) qui a été envoyé dans les pommes, sur un trottoir, par un de ces cinglés. Certes, si cela avait été un motard, il serait mort, mais les motos fréquentent rarement les trottoirs…

Le psychologue de la radio, donc, disait que si la vitesse motorisée n'était plus là pour servir d'exutoire, les jeunes hommes en trouveraient d'autres, pas forcément moins dangereux pour eux… ni pour la société. La création d'un circuit fermé comme il en existe ailleurs lui paraissait une excellente idée, mais la pression écologique risquait fort de l'empêcher. Ce qui me fait penser au dossier de l'Hebdo cette semaine sur les politiciens écologistes de droite en Suisse. Dossier à charge qui confond le symbole et le fond. L'image et le contenu réel. Les verts sont en effet passés maîtres dans l'art d'utiliser les images médiatiques et les peurs populaires. Tout comme l'UDC, mais évidemment pas dans le même sens. En termes politiques, ça paie cash. Or répétons-le une fois encore, la principale cause du réchauffement climatique d'origine humaine (car il y en a d'autres sur lesquelles nous n'avons aucune prise, comme les variations orbitales de la Terre autour du soleil), ce n'est pas le nucléaire, qui n'y est pour rien, ni les transports (20% seulement) mais bien le chauffage et la production thermique d'électricité. Or là-contre, les verts font beaucoup moins que les radicaux, genevois en particulier. Quand aux socialistes, dixit Leuenberger, ils veulent une centrale à gaz ! Par ailleurs, parmi les radicaux tous ne sont pas opposés à l'idée d'une taxe sur les carburants. A titre personnel, je trouve même l'idée excellente, à condition que le produit de la taxe ne soit pas redistribué à la population, comme dans le projet démagogique rose-vert, mais consacré intégralement à la recherche et au développement d'énergies propres ici et au nettoyage des schémas de production dans les pays pauvres qui ne peuvent pas se payer le luxe de la dépollution, car c'est bien d'un luxe qu'il s'agit.

Quand au circuit, quelques excités qui tournent en rond à fonds les manettes, ça pollue, mais de manière infinitésimale comparée aux déplacements de masse pendulaires. Sauf que justement, c'est une question de symbole. Alors d'accord, imaginons de petits bolides électriques, chargés même à l'énergie solaire. Sur un circuit fermé le manque d'autonomie n'est pas un problème, le silence n'embêterait pas les voisins et les accélérations de l'électricité peuvent rendre la chose tout à fait amusante sur un parcours bien sinueux. Chiche, on crée une coupe de suisse en voiture électrique ?

21/08/2007

Otages: une mode sale

J’ai vu récemment sur TPS un film d’enlèvement, un de plus. Excellent au demeurant, avec Robert Redford, Helen Mirren et Willem Dafoe. On y voit fort bien le dilemme de l’autorité publique, coincée par la nécessité de préserver la sécurité de tous ses citoyens, donc d’abord de la majorité d’entre eux, ce qui implique pour elle de tout mettre en place pour que le crime ne paie pas. L’arrestation des méchants est forcément prioritaire, car cela demeure le meilleur moyen d’empêcher que le crime ne se reproduise à l’infini. Pour la famille et les proches évidemment, l’objectif est différent : ils sont prêts à payer très cher pour ramener le kidnappé.

C dans l’air, excellente émission d’Yves Calvi et Jérôme Bellay sur France 5, passe ces jours ci « Colombie, le pays aux 30 000 otages ».  Un reportage très complet montrant que la logique est exactement la même pour les enlèvements à caractère politique ou parapolitique : quelles que soient leur motivation profonde ou la justesse de la cause qu’ils prétendent défendre, ils demeurent une activité purement criminelle. De Colombie en Afghanistan, en passant par la Lybie, le rapt et la rançon sont devenus une mode qui ne peut que se développer toujours davantage, tant que notre civilisation du confort et de la facilité n’aura pas compris qu’il lui faut mettre des barrières claires.

Pour le coup, il s’agit bien d’une guerre, contre la barbarie et comme dans toute guerre, il y a forcément des pertes. Les personnes enlevées sont comme des soldats en mission et il faut faire tout notre possible pour les tirer de là, mais pas n’importe quoi. Notamment, il ne faut certainement pas céder aux demandes des ravisseurs lorsque celles-ci sont de nature à les renforcer. A chaque fois que nous cédons de manière inconsidérée, nous multiplions les risques de nouvelles prises d’otage. C’est d’une froideur mathématique.

Bien sûr, les personnes enlevées ne sont pas vraiment des soldats, encore que certains cas soient à la limite de l’inconscience ou de la provocation. Entre des infirmières bulgares parties travailler dans des hôpitaux et une Ingrid Betancourt traversant sciemment (et dûment prévenue) une zone à haut risque, ou des évangélistes sud-coréennes s’aventurant sans protection dans les zones tribales du talibanistan, il y a de grosses différences. Comme entre un soldat d’élite, aimant se porter volontaire pour les missions dangereuses et de simples conscrits, envoyés au casse pipe sans leur demander leur avis. N’empêche que dans tous les cas, l’autorité ne peut pas se permettre de faire l’impasse sur sa mission principale. Si elle ne fait pas son possible pour empêcher la reproduction du crime, celui-ci aura toutes les chances de se reproduire, dans un parfait cercle vicieux.

C’est cela qu’il faut rompre. Quitte à honorer et dédommager les familles des victimes que l’intransigeance nécessaire n’aura pas permis de sauver, même si cela, malheureusement ne leur rendra pas leurs proches.

Chavez aujourd'hui, bête de scène aussi redoutable que Sarkozy (et jusqu'à preuve du contraire, aussi peu compétent en gestion concrête) se mêle à son tour de sauver les otages. Tant mieux s'il parvient à quelque chose, en proposant par exemple d'héberger les FARC dans des camps de vacances au Venezuela. Cela fait un moment qu'il rêve de réussir ce coup là et les colombiens sont tout disposés à lui laisser cette gloire s'il parvient à leur tirer cette très grosse épine du pied. Le problème, c'est que cela ne peut pas être au prix de concessions suicidaires pour l'Etat et les collectivités colombiennes.

L'acceptation par le président Uribe d'une mission de bons offices auprès des FARC de la principale députée de gauche colombienne paraît nettement plus porteuse d'espoirs. Parce qu'elle repose sur des solutions internes et qu'elle porte en elle la caution de toute la classe politique colombienne, aujourd'hui massivement légaliste. Les FARC sauront elles saisir cette chance de rentrer dans la légalité et dans le combat politique pacifique ?  Une chose est sûre, ce n'est pas à elles, qui ont mené des activités criminelles à plus d'un titre, de poser leurs conditions, même si la "realpolitik" implique de les considérer avec mansuétude, pour obtenir la fin des hostilités, comme ce fut le cas avec les paramilitaires d'extrême droite. 

20/08/2007

Fiscalité: réhabiliter le politique

Une fois encore, le PS tire à boulets rouges sur les propositions radicales de réforme fiscale. Pourtant le système en vigueur est inadapté au contexte de la société contemporaine, voire carrément catastrophique. En vertu de quel tabou faudrait-il s’abstenir d’y toucher ? Le fait que plusieurs de ses défauts d’aujourd’hui incombent aux radicaux d’hier n’est certes pas un argument recevable. D’abord errare humanum est, perseverare diabolicum… Vouloir remédier à des erreurs passées n’est certainement pas un défaut. Ensuite la plupart de ces mesures aujourd’hui contre-productives ou inadaptées pouvaient être hier efficaces et bienvenues. Le monde bouge, la société évolue. Les problèmes d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier et nous devons nous adapter profondément, rapidement et sans crainte aux réalités de l’heure.

Cela, les radicaux, parti d’entrepreneurs et d’indépendants savent faire. C’est leur pain quotidien, leur seul moyen de survie. Le PS, parti de fonctionnaires et d’employés salariés y est moins disposé. Tendanciellement son instinct le pousse au maintien du statu quo. Même si la maison brûle ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Qui aurait pu prévoir hier que nos biens de consommation seraient massivement fabriqués en Chine ou qu’un jeune gars doué en finances, tout seul avec son ordinateur et sans laisser de traces comptables, pourrait gagner 3 ou 4 fois plus qu’un professeur d’université ou qu’un ingénieur expérimenté ?

La fiscalité actuelle est néfaste parce que :

-              Elle est prélevée essentiellement sur le travail des gens d’ici, alors que nous consommons de plus en plus le fruit du travail des gens d’ailleurs. Ce qui renchérit tout ce qui est fabriqué ici.

-              Elle favorise l’automation et la robotisation (ce qui est très bien), qui seront cependant demain la principale concurrence au travail de nos enfants. Il faut financer l’Etat et les retraites autrement, et le plus tôt sera le mieux.

-              Nous sommes devenus une société de consommation. C’est sur la consommation que l’impôt doit désormais porter, ce qui permet aussi de lutter contre la pollution et les délocalisations, tout en respectant le libre échange.  

-              Il est relativement aisé d’échapper au fisc légalement (2600 fiduciaires y travaillent officiellement en Suisse) ou illégalement, particulièrement pour certaines activités. C’est d’ailleurs parfois une question de vie ou de mort professionnelle pour beaucoup d’indépendants, ou de détenteurs de revenus aléatoires (artistes, inventeurs, sportifs, créateurs d’entreprise etc…) qui peuvent gagner énormément une année et rien ou presque les années suivantes ou précédentes. Ce qui est totalement contradictoire avec l’imposition annuelle.

-              La chasse à la dissimulation fiscale mobilise des hordes de fonctionnaires et rend aussi désagréable que compliqué pour chacun le pensum annuel de la déclaration.

-              On ne chasse ainsi que les gagne-petit, car la concurrence fiscale internationale fait que les plus grosses fortunes, celles qui n’ont clairement plus rien à voir avec la classe moyenne, n’ont aucune difficulté à aller là où elles seront le moins imposées.

-              La société moderne, dans un monde archi-concurrentiel, a besoin d’être davantage réactive et souple. Elle doit donc favoriser l’indépendance et les petites structures. Evidemment, c’est contradictoire avec les intérêts du PS, qui vit de sa clientèle de fonctionnaires et d’employés.

-              Pour une entreprise, il devient plus rentable et plus facile, à partir d’un certain seuil, d’élaborer des stratégies d’évitement de l’impôt que d’accroître son chiffre d’affaires ou son bénéfice.

Bref, il faut réformer la fiscalité, c’est une évidence et la gauche se tire un auto goal en réclamant des hausses d’impôt : tout nouvel impôt basé sur des revenus officiels s’avère contreproductif. D’un autre côté, la fiscalité d’un Etat, c’est pire qu’un transatlantique à manœuvrer : force d’inertie et lenteur de réaction atteignent des sommets. Les nouveaux entrants dans l’Europe ont réussi leur réforme fiscale à la faveur de la révolution qu’a représentée la fin du communisme.

Tout remettre à plat pour repartir de zéro, en élaborant une fiscalité adaptée à la période, cela paraît une tâche immensément difficile. Les radicaux, fidèles à leur tradition  d’innovation sociale et politique, ont pourtant osé s’y lancer. Cela peut paraître suicidaire, tant le risque d’incompréhension est élevé, sans compter la facilité des adversaires a user d’arguments populistes et mensongers : en réalité, il y a longtemps que l’impôt ne fait plus tant payer les riches que les classes moyennes. Mais l’enjeu, c’est tout simplement l’avenir de notre société, sa capacité à évoluer dans un contexte changeant, globalisé, pollué, automatisé et externalisé, où les structures lourdes et peu réactives seront condamnées.

Il faut du courage pour oser se lancer dans un tel challenge et surtout pas d’idées toutes faites. Les radicaux ne s’avancent pas avec des remèdes clefs en main, loin de là. Ils proposent de discuter sans tabou d’une refonte globale qui s’étendra sur plusieurs années et qui d’ailleurs devra s’inscrire dans un contexte européen et mondial lui-même en constant bouleversement. C’est le rôle du politique que d’oser proposer de vraies réformes. Le monde change et la politique doit changer avec, sous peine de laisser penser qu’elle ne sert à rien. Il lui faut se réapproprier les moyens d’agir sur l’environnement au sens le plus large du terme : la nature, la société, l’économie... La fiscalité est le premier outil de la puissance publique. A elle de faire en sorte qu’il soit le mieux adapté et le plus efficace possible. Aujourd’hui, on en est loin.

07/08/2007

Le Faux vrai parler de l'UDC

Dans tout discours, il y a du clairement exprimé et du suggéré, comme dans la loi, il y a le texte et l’esprit. J'entends dire que l'UDC a au moins pour elle de parler ouvertement des problèmes. Ce n'est pas vraiment vrai… L'UDC adore suggérer, travailler sur le sous-entendu et le fantasme bien davantage que sur le concret, capitaliser sur le non-dit plutôt que d'exprimer clairement ses choix. C'est qu'il faut ratisser large pour espérer un jour être élu. Ainsi l'UDC s'en prend-elle volontiers aux « puissances extérieures » et aux "lois supranationales", sans les nommer précisément. Au point que j'ai moi-même compris "UE" là où Pierre Ruetschi, dans ces pages, lisait ONU…

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En fait, c'est à ces deux ennemis virtuels à la fois que s'en prend l’UDC, sachant qu'ils ne répondront pas. A fortiori s'ils ne sont pas cités nommément. Du coup, on désigne une entité encore plus immatérielle : l'autre, l'étranger, le différent. De tout temps, l'ennemi extérieur a toujours été le premier recours de toutes les dictatures, de gauche et de droite et le moyen le plus commode d'escamoter les vrais problèmes, ceux dont la solution peut dépendre pour de bon des citoyens de l'intérieur.

Dans le cas de la Suisse, monter en exergue, comme le fait l'UDC, le comportement du pays durant la seconde guerre mondiale, pour y voir le symbole de l'indépendance contre la pression extérieure est particulièrement malvenu. Les autorités helvétiques de cette époque ont avant tout pactisé, collaboré, accepté les concessions les plus variées et somme toute la loi du plus fort. Non par esprit de résistance, mais de pragmatisme. L'alternative patriote et héroïque, façon Guillaume Tell aurait été de refuser ces pressions… avec les conséquences que l'on imagine : l'honneur sauf et le drapeau nazi sur le Palais fédéral.

C'est tout le contraire des rodomontades actuelles des ténors de l’UDC à l’encontre des puissances extérieures et des lois supranationales. Qui au demeurant n'ont rien à voir avec les méthodes de l’Axe à l’époque et professent même des idéaux opposés. Maintenant, peut-on penser que le discours UDC vise d'autres entités extérieures ? Non bien sûr. Nul n'imagine qu’il vise par exemple les Etats-Unis, qui sont pourtant aujourd’hui la seule vraie puissance mondiale exerçant partout sur la planète des pressions véritablement agressives, sur ses partenaires comme sur ses ennemis. La seule à avoir par exemple obtenu, sans que l’UDC s’en émeuve, des concessions significatives des banques suisses en matière de secret bancaire.

Face à cette puissance là, pourtant véritablement hégémonique et impérialiste à tous les sens du terme, l’UDC ne dit rien. Tout au contraire, son leader charismatique approuve, applaudit et visite à la moindre occasion.

Du point de vue d’un gardien des traditions d’autonomie et de souveraineté locale du peuple suisses, ne serait-il pas plus logique d’intégrer l’UE et de s'investir davantage dans l’ONU, qui fonctionnent sur le mode de la coopération, pour tenter d’y faire entendre plus fortement la voix de la décentralisation, du droit d’initiative, de tout ce qui fait la spécificité helvétique, tout en collaborant à l’élaboration collective des solutions aux grands problèmes mondiaux.

Des problèmes cruciaux, vitaux, même pour nous, qui ne se règleront certainement pas en restant isolé chacun à l'intérieur de ses frontières… Mais qui, très certainement, se résoudront mieux avec davantage de démocratie participative et locale. C'est faire entendre ce message, de l'intérieur, qui devrait être l'ambition de la Suisse, de tous les démocrates et du centre.  

 

 

04/08/2007

Vous avez dit Développement durable ?

Toute activité humaine, dès lors qu'elle sort d'un cadre strictement animal, ou plus exactement dès qu'elle dépasse le stade de la cueillette et de la chasse avec des moyens rudimentaires est en contradiction avec l'écologie. C'est ainsi et l'on n'y peut rien : l'agriculture, dès son invention,  modifie profondément les cycles écologiques des lieux où elle s'exerce, par son emprise au sol, sa sélection des espèces, sa production de déchets etc… L'industrie, l'urbanisation, la production d'énergie où les transports n'ont fait qu'accentuer le phénomène.
En réalité, toute espèce animale ou végétale tend naturellement à occuper le maximum d'espace et de temps, au détriment des autres et modifie ainsi son environnement. C'est vrai d'une termitière comme d'un troupeau de bisons. La force de la nature est de généralement parvenir à contrer ses efforts par une profusion de facteurs divers, parmi lesquels le développement de prédateurs et la raréfaction inverse des proies tiennent les places essentielles.
L'être humain précisément a su dépasser ce stade en s'affranchissant des prédateurs et en devenant omnivore et même davantage. Il a appris à s'adapter mieux et surtout plus rapidement que son environnement. L'intelligence a triomphé du hasard et de la nécessité. Mais la nature n'a pas dit son dernier mot et nous risquons en permanence de nous heurter aux limites générées par notre propre expansion.
D'où l'invention du concept de développement durable qui consiste essentiellement à déterminer en permanence jusqu'où l'on peut aller sans épuiser la ressource et comment faire pour en développer de nouvelles sans déclencher de catastrophes. Dans ce contexte, l'écologie peut recouvrir deux attitudes, radicalement opposées.
La logique de la première, dite fondamentale, prétend contenir l'être humain dans ses limites strictement animales, pour l'empêcher de nuire à son environnement comme il le fait depuis la nuit des temps.  Cela entraîne le refus du progrès et de la technologie, de la croissance démographique et in fine, de tout ce qui fait l'humanité.
La seconde, plus pragmatique, conçoit l'écologie comme une technologie chargée de déterminer comment exploiter au mieux la nature et l'environnement sans déclencher de cataclysme, ou le cas échéant, comment contenir les conséquences des cataclysmes déjà déclenchés.

Dans la première acception, l'être humain est clairement l'ennemi, dans la deuxième, il est le but. Les fondamentalistes sont évidemment nombreux dans les partis écologiques, certains n'ayant même pas compris les tenants et les aboutissants de leur logique. Le radicalisme au contraire, traditionnellement défiant des idéologies, prône une écologie pragmatique, pour la mettre en pratique tous les jours. Chacun agira en effet plus utilement dans sa sphère d'influence en ciblant des réalisations concrètes qu'en poursuivant des objectifs idéologiques.

 La voiture par exemple est un fantastique outil de liberté individuelle et familiale, qui malheureusement pollue. Il faut d'urgence mettre au point des technologies nouvelles, pour la motoriser sans pollution. Il s'agit d'un effort industriel, mondial. Localement, tout ce que l'on peut faire, c'est y inciter par des lois et des réglementations fiscales ou en soutenant de jeunes chercheurs.

Malgré cela, les écologistes du premier type s'escriment en permanence contre la voiture en tant que concept. Savoir comment elle est motorisée ne les intéresse guère, c'est l'objet même qu'ils veulent voire disparaître, car c'est l'une des bases de notre civilisation. Ils en parlent bien davantage que des progrès à faire dans le bâtiment. Or dans nos contrées, 50% de l'effet de serre d'origine humaine est du au bâti (et aux habitations en premier lieu) tandis que les transports n'en sont responsables que pour 20% seulement, dont 2% pour le transport aérien. 

 Pourtant, en matière de bâtiment, des technologies hyper performantes sont déjà disponibles et leur mise en œuvre dépend uniquement d'efforts locaux. Le nouveau président du parti radical genevois, Hughes Hiltpold est un jeune architecte très versé dans ces technologies. Il a notamment dirigé la construction du bâtiment de l'OMM qui se trouve être l'immeuble de bureau le plus progressiste à Genève en la matière. Quand à Thomas Buchi, candidat au National, ancien Président du groupe radical au Grand Conseil, c'est un spécialiste réputé de ces questions. En tant que patron d'une entreprise internationale de charpenterie à la pointe de la technologie, il construit des immeubles d'habitation qui ne nécessitent aucun apport d'énergie extérieure.
Cherchez l'erreur. De quel côté se trouve l'efficacité ?

02/08/2007

Comment l'UDC réécrit l'histoire

Amusant, le petit texte cité par M. Bertinat dans son blog du premier août. Le député UDC y voit l'occasion de déplorer qu'en 41, les autorités fédérales étaient unies, contrairement à aujourd'hui... La faute à qui ? Rappelons qu'au Grütli, il y avait Mme Calmy Rey, socialiste mais aussi Mme Egerszegi, radicale... Seules les femmes de l'UDC n'ont pas voulu y aller.

Ceci dit, la réalité n'est pas celle que dépeint, ou plutôt intérprète M.Bertinat. Le bon curé qu'il cite l'écrit lui-même: la discorde semblait avoir disparu... Semblait et semblait seulement, car en réalité, les tensions n'étaient qu'étouffées, entre partisans et adversaires d'une attitude plus ou moins conciliante à l'égard de l'Axe, tandis que les communistes se réveillaient à peine du pacte Molotov Ribbentrop.

L'UDC d'alors dirigeait déjà l'intérieur et les affaires militaires et jouait clairement (avec le radical vaudois Pilet-Golaz, reconnaissons-le) le jeu d'un rapprochement avec l'Allemagne nazie, au nom du réalisme pragmatique face à la pression extérieure. Une pression nazie, qui rappelons-le une fois de plus, n'avait strictement rien à voir dans son esprit et sa forme avec l'Union europèenne que nous connaissons. C'est d'ailleurs le faible niveau actuel de cette pression qui permet la discordance des voix. Si la menace était rèelle, nul doute que le pays ferait taire ses divisions. Pour se défendre ou comme en 41, pour accepter les conditions inéluctables du plus fort. La tentative d'amalgame tentée par l'UDC en la matière s'avère donc particulièrement ignomineuse

 

01/08/2007

Surfer au Grütli

Je viens de passer mes vacances dans une maison bleue... blottie au pied de la dune, sur la côte basco-landaise, au bout de la plage et des rouleaux à surf. Les gens qui vivent là n'ont pas d'internet et pour utiliser son natel, il faut sortir de la maison, courir vers le portail...

D'habitude, même au fin fond de la jungle équatorienne, je me débrouille pour trouver un cybercafé au moins une fois par semaine, mais là j'ai tenu 16 jours… Au retour, ma boîte de courriels était tellement pleine qu'elle avait rendu l'âme: j'avais perdu cinq jours de messages. Me voilà passible d'une condamnation pour crime de lèse modernité. Mais cela fait tellement de bien.
Retour à Genève et à la réalité pour le premier août, où l'on ne parle que des violences de l'extrême gauche lors de la manif des squatters et de celles que n'a pas pu commettre l'extrême droite au Grütli pour empêcher notre Présidente de s'y exprimer…
Preuve s'il en fallait de l'utilité des forces de police pour protéger la démocratie. Tolérance, liberté d'expression et haine de la violence ne doivent pas conduire à laisser commettre des actes dépassant nettement le seuil de la soupape admissible. Certes, il faut bien que jeunesse se passe, mais pas à n'importe quel prix. Je me souviens de l'état de choc d'une amie, clairement de gauche, qui avait assisté, de l'intérieur du bâtiment, aux bris de vitre subies par l'OMM durant le G8. Elle était ébahie par le stoïcisme et le sang froid des policiers qui recevaient sans broncher, attendant les ordres,  toutes sortes de projectiles émanant des excités des blacks blocks, y compris des sacs d'excréments.
Si l'on ne veut pas que resurgissent les vieux démons de la violence aveugle et meurtrière, il faut d'urgence rappeler les règles du jeu : qui contrevient à la loi de manière violente s'expose à une réponse immédiate et appropriée. Et la loi ce sont les instances élues qui l'écrivent, la disent et l'appliquent. Si l'on n'est pas content, on peut tenter d'en changer, aux prochaines élections.
Cela implique bien sûr de donner à la police les moyens de son action. On n'interpelle pas aisément une cinquantaine d'excités décidés à en découdre, mais c'est possible. Une ville comme Genève doit pouvoir se le permettre. Il a fallu que des mécènes privés se mêlent de financer la sécurité de la prairie du Grütli pour que Mme Calmy-Rey puisse s'y exprimer. Devra-t-on à Genève confier la sécurité de nos rues à des agences de sécurité les jours de manif ? Cela ne serait certainement pas une avancée de la démocratie. Quand à perpétuer la gabegie qui a trop longtemps dominé, ce serait le plus sûr moyen de mener au gouvernement des mouvements populistes qui n'ont rien à y faire.