09/09/2007

Et si les étrangers s'en allaient ?

« Ce qui me gêne dans cette affiche, ce n’est pas seulement le dessin, c’est que le texte, en dessous « Pour plus de sécurité », ça veut dire qu’on est dangereux ». Celui qui me fait cette remarque en passant devant une affiche taguée, une de plus, a 13 ans et demi et s’il se sent directement concerné c’est bien sûr qu’il est métis. Il n’est pas le seul dans son collège, qui accueille nombre d’internationaux : « On en a beaucoup parlé, me dit-il mes copains sont choqués et leurs parents aussi ».  Il m’a dit aussi, quelques minutes plus tard : « Tu crois qu’on va devoir s’en aller ? ». J’en veux personnellement, très fortement, aux responsables de l’UDC pour avoir instillé de telles questions dans l’esprit de mon fils. Je ne suis pas le seul.
Le Conseil d’Etat a bien fait de publier un communiqué réaffirmant le soutien de Genève à sa communauté internationale. Il aurait même pu le faire avec davantage d’éclat, parce que les dégâts sont considérables. Que le rapporteur de l’ONU s’émeuve ne fait ni chaud ni froid à l’UDC, au contraire, ils boivent du petit lait : N’est-ce pas la preuve que l’on n’est plus chez nous, chez nous ? Sauf que le Figaro, le Financial Times, des grands journaux étrangers pas vraiment gauchistes reportent le fait avec suffisamment de délectation pour nuire gravement à notre image en tant que ville internationale et en tant que place financière.
NOIRS, BLANCS & "GRIS"
Issus des marchés émergents, les clients de nos banques, comme les employés qui les suivent, sont de plus en souvent « gris » comme disent les jeunes fachos genevois de tout ce qui n’est pas complètement blanc. Que croyez vous qu’ils pensent d’affiches tellement premier degré ? Idem pour les touristes, nombreux en saisons estivale !
Si les Internationaux et les banques, qui assurent ensemble plus de la moitié de la prospérité et des emplois de la ville décident de s’en aller voir ailleurs, nous allons au devant d’une crise sans précédent. Or ils peuvent délocaliser très rapidement. Rajoutez y, grâce au MCG,  le départ des frontaliers pour faire bonne mesure et nous allons nous retrouver vraiment entre nous… Mais beaucoup plus pauvres qu’avant.
Genève a déjà connu deux fois la ruine de ses activités économiques et les Genevois d’alors ne pouvaient rien contre les coups du sort. Aujourd’hui, nous pouvons prouver que nous ne sommes pas racistes et que si les 1 ou 2 % d’étrangers coupables d’exactions doivent être punis, il est hors de question de stigmatiser les autres.
Cette solution s’appelle « Administrer une claque à l’UDC dans les urnes en octobre ». Mon fils me faisait aussi remarquer qu’en France, quand Le Pen avait failli être élu, il y avait eu d’énormes manifestations très pacifiques et que « beaucoup beaucoup de gens avaient ensuite voté contre lui ».
Les stratèges de l’UDC ne sont pas stupides, ils savaient pertinemment ce qu’il faisait en sortant l’affiche des moutons. Oskar Feysinger l’a dit sur Léman Bleu: « Le principal tort de l’UDC genevoise est d’avoir laissé se développer le MCG »… créé notamment par des gens exclus de l’UDC pour avoir collé des affichettes racistes. Une frange de la population est raciste, ici comme partout. L’UDC, l’a laissé filer pour se faire accepter de l’entente, en vain. Elle change donc de tactique électorale et décide de se réapproprier cette frange raciste.
 
VOTER MASSIVEMENT EN OCTOBRE
Il est temps de lui faire savoir qu’elle fait fausse route et que les racistes ne sont que des excités minoritaires. Sinon, tôt ou tard, les Genevois vont devoir apprendre à rester entre eux. Repliée sur elle-même, Genève sera très vite beaucoup moins drôle… et surtout beaucoup moins riche !
7 milliards de Francs sont injectés annuellement dans l’économie genevoise par les organisations internationales et payés intégralement par les gouvernements étrangers. Ailleurs, cela leur reviendrait très certainement moins cher et depuis quelques années, toutes les organisations font leurs comptes. Ce qui les retient, c’est essentiellement le fait que leurs cadres et leurs employés se sentent bien, ici. Cela passe, certes, par la sécurité et la qualité de la vie, mais la sécurité et la qualité de la vie pour tous, pas seulement pour les blancs. Quand aux banquiers, demandez leur ce que cela leur ferait de perdre la clientèle des marchés émergents…
DEUX MANDATS
L’UDC doit choisir, elle ne peut pas faire le grand écart entre les responsabilités économiques et les dérives populistes. Aux Etats-Unis, il leur a malheureusement fallu deux législatures, le temps de boire le calice jusqu’à la lie, pour admettre qu’ils avaient fait une énorme erreur, pire, une faute, en élisant Bush. Saurons nous être plus rapides qu’eux ?

Commentaires

Cher Monsieur,
votre analyse très pragmatique de la réalité des principales grandes villes de notre pays, de notre économie, de nos besoins est à votre honneur. On en viendrait à souhaiter que votre esprit analytique inspire quelque peu certains partis complètement à côté de la plaque.
Effectivement, si nous continuons à vouloir jeter tout le monde de ce pays, à utiliser des infimes pourcentages pour manipuler l'opinion... Nous allons vraiment traverser une période grave.
A nous les "Mac Job" !
Comme vous dites, il ne faut pas laisser la place aux dérives qui mèneront ce merveilleux pays à la catastrophe, il nous faut voter.
Rappelant au passage que les Suisses ne sont pas tous des moutons.
Je reste persuadé et je ne suis pas le seul qui le pense... cette fois s'en est de trop, qu'une ligne de non retour a été franchie par le parti de notre conseiller au DFJP.
Meilleures pensées,
Stéphane V.

Écrit par : Stéphane V. | 10/09/2007

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