17/09/2007

Un centre fort et unitaire

Vu de l’Université d’été du Mo-Dem, le Mouvement Démocrate de François Bayrou, l’avenir du Centre en politique paraît un peu flou. Figure historique du ni  droite ni gauche ou plutôt du et droite et gauche, véritable refondateur du concept

le sénateur radical français Jacques Pelletier 

est d'ailleurs décédé le week-end précédent, usé par des décennies de combat politique visant à faire exister dans l'Hexagone une force politique digne de ce nom qui ne soit pas inféodée, pieds et poings liés, à l’une ou l’autre des grandes idéologies. Ancien ministre dans des gouvernements de droite et de gauche, notamment de la francophonie et de la Coopération, il avait été le premier Médiateur de la République, fonction fort intéressante et utile à la population puisqu’elle permet à l’individu de recourir contre une décision administrative qui lui paraît inique ou injustifiée. Mais fonction assez représentative de ce qu’est le Centre en France, souvent réduit au rôle de lubrifiant entre les deux grands concepts laminant qui s’affrontent, de gauche et de droite.

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Le temps d’une élection, François Bayrou est presque parvenu à faire exploser le carcan et il lui faut maintenant transformer l’essai, ce qui ne sera pas facile, car il doit apprendre à faire cohabiter des gens de culture et d’origine fort différentes. Une grosse part de ses troupes paraît constituée de petits entrepreneurs et de cadres acquis à la liberté d’entreprise, sensibles aux questions sociales et écologiques. Ceux-là, qu’ils viennent de l’UDF, de la gauche ou des verts, n’auront aucune peine à travailler ensemble. Mieux même, ils sont sans doute le fer de lance et le sel du mouvement, sa principale force de proposition, bouillon de culture d’où émerge à la fois une critique lucide de la non-politique sarkozyenne en la matière et des propositions aussi concrètes que réalistes. La haute teneur des débats qui se sont déroulés sur ces thèmes a prouvé la maturité du mouvement : comment émerger de la mondialisation au lieu de la combattre, comment doper la production en France et non pas la consommation (car aujourd’hui toute augmentation de la consommation sert d’abord à creuser le déficit du commerce extérieur)… Les centristes sont là et bien là où on les attend, capables de dresser sans œillères le constat le plus juste et d’imaginer les solutions permettant d’en sortir, non seulement en théorie, mais en pratique puisque la CFDT participait brillamment au débat.

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Les quelques rares hurluberlus alter mondialistes qui sont intervenus à contre-courant ont du rapidement admettre qu’ils s’étaient trompés de forum et vraisemblablement de mouvement politique. Evidemment, le berger aimerait bien conserver toutes ses ouailles. Follement ambitieux, François Bayrou rêve même de se débarrasser du corpus centriste un peu étriqué pour endosser le costume de leader d’un grand parti, à l’image dit-il des Démocrates aux Etats-Unis ou du Congrès en Inde. Cela paraît très difficile en France, où la défiance à l’égard de l’économie de marché demeure extraordinairement présente et forte à gauche. Ce n’est pourtant pas forcément impossible, lorsqu’en parfait synchronisme, le leader socialiste joue les tribuns unitaires échevelés aux côtés de Besancenot sur l’estrade de la fête des communistes. Le populisme à gauche pourra-t-il résister encore longtemps à l’épreuve des faits ?

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L’autre grand thème de débat fut l’application de la démocratie, à l’intérieur et à l’extérieur du parti. Les experts réunis sur l’estrade, engoncés dans leurs habituelles certitudes franco-françaises, semblaient cette fois nettement moins compétents et créatifs que ce qui émergeait de la salle… Celle-ci semblait avoir en bonne partie les yeux rivés sur la Suisse, les référendums d’initiative populaire, la proportionnelle et la fédération d’entités régionales autonomes. Jean-Marie Cavada, organisateur de ces journées a pris note et promis l’organisation de commissions de réflexion sur ces thèmes en prévision du prochain congrès fondateur, qui se tiendra en novembre, François Bayrou ayant rappelé que la démocratie réclamée à l’extérieur, le parti devait commencer par l’appliquer à l’intérieur, en toute transparence.

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A noter que s'il demande aux membres du Mo-Dem venu des horirzons les plus divers de rester fiers de leurs origines politiques et d'avoir cru en des idéaux différents, car il y voit une forme d'enrichissement, François Bayrou s'est aussi exprimé contre l'existence de courants internes. Chacun, dit-il doit rester libre individuellement et il ne sert à rien de concentrer ses efforts sur les rivalités intérieures quand il y a tant de combats à mener à l'extérieur. Une attitude à méditer en Suisse, dans les débats de l'Entente.   

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