18/09/2007

Du mensonge en politique

Le mensonge par omission est assez fréquent en politique, où chacun tend à passer sous silence ce qui ne l'arrange pas. Mais le mensonge pur et simple c'est plus rare. Comme le socialiste Christian Levrat qui sur la Radio romande ose prétendre que l'échec de la 3ème voie est du aux radicaux, alors que c'est son ministre, Leuenberger qui a fait échouer le projet au Conseil Fédéral contre la volonté de Couchepin et Merz… et de Calmy-Rey, qui pour une fois était du bon côté. Par ailleurs, c'est le radical argovien Pfisterer qui a trouvé les solutions permettant de financer la fin de Rail 2000, en dépit des dépassements pharaoniques du Gothard, couverts par ce même Leuenberger…

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Des mensonges, il y en a des petits et des très très gros. Un Conseiller Fédéral s'est dernièrement laissé aller en public à croquer un Pinocchio au nez démesurément allongé. On peut se demander de qui dressait-il ainsi le portrait ? J'ai ma petite idée sur la question. Si vous aviez de gros ennuis avec la justice, pour un cas disons complexe, donc discutable et que vous soyez un notable, copain d’armée du patron de la Justice, copain de classe de sa femme, et meilleur pote et voisin de son fidèle lieutenant et aboyeur principal, vous ne lui passeriez pas un coup de fil, pour voir s’il ne pourrait pas vous aider, ou vous conseiller ? Moi si. En tout cas j’essaierai et en cas d’échec, je tenterai de joindre sa femme. Ou son fidèle lieutenant.

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Et si j’étais Ministre de la Justice et qu’un de mes copains d’armée dans une telle situation m’appelle ? Soit je serais un couard et je me défilerais, donnant consigne partout de l’éconduire, soit si je n’étais pas un couard, je lui répondrais, au moins une fois, pour lui expliquer diplomatiquement que dans ma position il serait tout à fait inconvenant d’agir. Dans tous les cas, je me garderais bien de toute intervention à l’égard du Procureur de la Confédération, chargé du cas de mon ami. Et je ne changerai pas d'avis d'abord en demandant d'être mis à l'écart du dossier, puis en en réclamant les pièces… Remarquez, je ne suis ni chef d’une énorme entreprise bâtie de mes mains, ni chef charismatique d’un parti d’idolâtres, ni Conseiller Fédéral.

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Je pourrais aussi, si j’étais affligé d’un ego disproportionné et habité de plusieurs haines féroces (qualifiées d’obsessions maladives par certains politiciens) à l’égard de l’Europe, de l’ONU, de l’administration et plus généralement de ces organismes internationaux qui s’en prennent au secret bancaire qui protège mes copains, je pourrais aussi imaginer de faire introduire la protection absolue du secret bancaire dans la constitution. Ce serait un manteau recouvrant toutes sortes de trafics, mais après tout, à part l’argent et le pouvoir, qu’est-ce qu’il y a de vraiment intéressant dans la vie ? Je pourrais même, comme par hasard, attaquer ce salopard de petit procureur qui ne veut rien comprendre et lui mener la vie tellement impossible qu’il finisse par s’en aller moyennant une confortable indemnité. Après tout, qu’est-ce que je risque ? Pas grand-chose à vrai dire, même si le lien de cause à effet était supputé, comment le prouver ? La présomption d’innocence jouera forcément en ma faveur. De fait à moins qu’un bougre d’abruti se fasse pincer en Allemagne avec des documents compromettants – mais pas probants - dans sa serviette quel risque j’ai que cette compromission éclate au grand jour 1% , 0,01 % , 0,001% ?

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Plusieurs études l’ont prouvé, l’obstacle principal au passage à l’acte, en matière de crime comme d’excès de vitesse, c’est moins la gravité de la sanction que la probabilité d’être pris. Quand à l’aspect moral des choses, à savoir « je ne ferai jamais cela parce que ce n’est pas bien », vous remarquerez que dans cette affaire, personne ne l’invoque. Je ne l’ai pas entendu une seule fois. Comme si tout le monde pressentait que pour arriver à ses fins, la personne incriminée était prête à tout, ou en tout cas à beaucoup, ce que pourrait laisser présager sa réussite spectaculaire, économique puis politique, dans un monde pas précisément tendre.

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Tout ceci ne fait pas une preuve, à peine un faisceau de présomptions, et en l’absence d’aveu, ce  n’est juridiquement pas recevable. En droit, le doute doit profiter à l’accusé. En matière d’élection en revanche, il en va tout autrement. Il me semble que c’est le principe de précaution qui prime, d’autant que nous avons le choix. Comme l’a relevé Pascal Couchepin, personne n’est irremplaçable et ne l’élisant pas, lui ou au travers de sa formation, on ne le condamne pas, on se contente de ne pas l'élire. C’est tout et c’est suffisant.

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Accessoirement, dans les grandes républiques voisines, lors de pareilles suspicions de scandales ou de coups tordus politiques, on a vite fait de saisir la justice, d'investiguer pour de bon, de perquisitionner au plus haut niveau de l'Etat. En Suisse non… Sauf quand cela concerne les ennemis du Ministre de la Justice, qui fut le premier à introduire ces méthodes policières et osons le terme, totalitaires, en politique, non sans duplicité. Lors de la fuite sur l’arrêt du subventionnement aux offices de tourisme (faute tout de même mineure), n'avait-il pas actionné le Ministère Public, réveillé et fait perquisitionner des politiciens et des journalistes à l’aube, puis retiré officiellement sa plainte personnelle… tout en laissant le Ministère Public poursuivre la tâche? Des méthodes qu’il s’est évidemment bien gardé de s’appliquer à lui-même  lors de la fuite Swisscom qui coûta pourtant fort cher à l'entreprise et donc à la Confédération.

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Deux poids deux mesures, cela semble sa règle de conduite. Lui et les autres. Pas très helvétique tout ça ! Si sa définition de la Suisse, c’est un peuple isolé, coupé du monde, tout entier sous sa coupe, ce n’est pas la mienne et vive les règles internationales et autres conventions des droits de l’homme qui sont là précisément pour contrôler ce genre de dérapages.

Commentaires

Cher Monsieur Souaille, vous faites une découverte intéressante! La Suisse possède son lot de politiciens menteurs, de fonctionnaires aux ordres, de ministres fuyant leurs responsabilités, d'un certain parti hurlant au complot... Le paysage politique est rempli de ces petites ou grandes lâchetés, abandons ou fuites...

La Suisse est un pays comme les autres, c'est bien ce que les obsessions maladives de certain ministre de la Justice et de ses coreligionnaires en politique se refusent à voir.

Écrit par : Rob Degudy | 18/09/2007

"Le mensonge par omission est assez fréquent en politique, où chacun tend à passer sous silence ce qui ne l'arrange pas. Mais le mensonge pur et simple c'est plus rare"

Philippe, nou ne devons pas habiter la même planète !
Juste pour dire!... Chez moi, c'est quand ils disent la vérité que les politiciens rougissent!

Écrit par : L'anar de droite | 18/09/2007

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