11/10/2007

Politique spectacle et téléréalité

Décidemment, les tabous sautent les uns après les autres, dans cette campagne électorale que d’aucuns s’évertuent désespérément à rendre « plus sexy ». D’aucuns signifie ici un regroupement contre nature, entre les provocateurs populistes de l’UDC ou de l’extrême-gauche et les professionnels de la communication, genre plus Bobo tu meurs, dont le scandale et le spectaculaire forment le pain quotidien.

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On les retrouve aussi bien chez le géant orange, où l’on fait poser les politiciens en sous-vêtements – enfin ceux qui acceptent – qu’à la Tour de la Télévision, où l’on est parvenu, grande première, à transformer le débat politique national en émission de téléréalité. Tout aussi populaire et tout autant bidonnée.

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Hier soir, à l'enseigne d’Infrarouge, la TSR nous a offert six faux vrais sondages téléphoniques, réalisés à chaud, sur le principe de l’élimination chère à ses émissions favorites. Rappelons tout de même que ce qui fait la pertinence d’un sondage, c’est moins le nombre des répondants que leur représentativité. En clair, si vous n’interrogez que des catholiques, ou que des skieurs, ou que des paysans, vous n’obtiendrez pas les mêmes réponses sur un certain nombre de questions, même si vous en interrogez beaucoup.

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Or que fait la TSR? Elle n’interroge que les gens qui regardent TSR1 à ce moment là, et encore, sans les appeler mais en leur demandant d’appeler eux-mêmes, sur un numéro payant qui plus est. Il n’y a pas de petit profit.

Les questions sont simplifiées au maximum,  sur des thèmes d’une grande complexité liés – ou non – à la campagne en cours.

Or qui regarde la TSR à cette heure là, sinon ceux qui n’ont rien d‘autre de mieux à faire (concert, cinéma, boulot, théâtre, dîner au restau, bière au bistrot, bowling, partie fine sous la couette ou chaînes françaises et étrangères) et ceux qui sont vraiment accros à la politique, comme moi ?

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On le sait, dans ce pays, la moitié des gens ne votent jamais et un tiers de ceux qui votent le font très rarement. Ce sous-ensemble, les votants, ne colle pas forcément, heureusement, avec le sous-ensemble de ceux qui regardent la télé à ce moment et décrochent leur téléphone. Sans compter qu’on peut s’organiser pour truquer les résultats, si l’on passe le mot aux militants.

Même si j’aurais plusieurs fois voté dans le même sens, considérées en bloc, ces réponses font froid dans le dos. Gauche et droite extrémistes s'y retrouvent réunies par la peur, la grande peur millénariste attisée par les médias devant les bouleversements considérables de notre monde moderne. L’effet de serre, la bombe atomique, l’intégrisme islamique…

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Ces problèmes existent et ils peuvent être gravissimes, je viens même de leur consacrer un bouquin entier, mais les réponses à apporter ne tiennent pas dans une question en 3 mots.
Les minarets par exemple. C’est vrai que c’est le symbole de l’expansion d’un Islam conquerrant, et que ce n’est pas habituel dans nos paysages urbains ou bucoliques. Je ne suis personnellement pas enclin à laisser un ou deux minarets s’élever dans chaque village, dès lors qu’il s’y trouve quelques musulmans au milieu de majorités d’autres religions, comme on le voit en Afrique, ou dans les Balkans. Mais il existe chez nous des lois très efficaces sur les constructions et la protection des sites, qui suffisent amplement à régler ce problème.
Je n’aimerais pas non plus qu’il s’élève partout des cheminées d’usine, ou des pylônes de remontées mécaniques, même si j’adore le ski. Ou des temples raéliens ou des statues géantes de boudha, pas plus que des flèches de cathédrale ou des pyramides maçonniques… Mais il ne sert à rien d’inscrire dans la constitution un précepte discriminatoire à l’égard d’une religion en particulier, alors que nos lois actuelles parviennent à régler ce qui n'est pas un problème.
Sur d’autres points, sans doute serait-il utile de concevoir de nouvelles lois ou de renforcer des lois existantes, par exemple sur les mariages forcés, mais là curieusement, on n’entend guère l’UDC, qui préfère s’attacher aux symboles qu’au fond. C’est plus facile et ça paie mieux, électoralement.

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On a pu le constater en matière de sécurité où, durant quatre années de législature, ses deux conseillers fédéraux ont été aux manettes, freinant plutôt qu’activant des réformes nécessaires. La raison est toute simple : l’insécurité, à fortiori lorsqu’elle implique des étrangers, c’est le pain quotidien des populistes, le thème qui rapporte le plus de voix. Il serait suicidaire pour eux d’y apporter des réponses efficaces.

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Mieux vaut garder le chancre ouvert. C’est là que les chantres de la démagogie rejoignent les têtes pensantes du petit écran : tous ensemble se nourrissent du scandale et des peurs du peuple. C’est leur business et ils n’ont aucun intérêt à ce que ces angoisses s’apaisent.
Imaginez une campagne électorale toute calme, sans intérêt ? Un drame pour la TSR car la concession lui ferait obligation d’en parler, tout en connaissant l’hémorragie que cela déclencherait sur ses taux d’écoute. Il est bon de se le rappeler.   

Commentaires

Bravo pour votre billet, mais nous sommes vraisemblablement des vieux chnouks qui rêvons encore que la politique peut être noble et puisse ne pas réduite à une émission de télé-achat. Lire à ce propos mon billet de ce matin http://jfmabut.blog.tdg.ch. Bien à vous. Jean-François Mabut

Écrit par : Jean-François Mabut | 11/10/2007

Le numéro n'est pas si surtaxé que ça....

20 centimes....

Écrit par : Luner | 12/10/2007

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