15/10/2007

Qui vote quoi ?

Pour une fois, les sondeurs ont fait du bon boulot. L'enquête gfs dévoilée ce matin dans le Temps détaille, parti par parti, les intentions de vote en fonction du profil socio-économique, du sexe, de l'âge, etc…Il n'y manque que les variations d'un canton à l'autre, pourtant essentielles dans les élections en cours, mais il est vrai que cela coûterait très cher de les évaluer.
Pas de grosses surprises, dans ces résultats, mais la confirmation scientifique d'intuitions élémentaires. L'UDC par exemple parvient à être surreprésentée dans les couches les plus populaires (moins de 3000 Francs par mois), les moins bien éduquées et les plus âgées (plus de 65 ans). C'est paradoxal pour un parti qui s'en prend tous les jours aux acquis sociaux, mais le discours sur la sécurité fait mouche auprès de cet auditoire là, qui apparemment se paie de mots et de symboles davantage que de réalité.
Le PS est hyper-représenté chez les fonctionnaires universitaires, les radicaux chez les cadres bien éduqués dans la tranche de revenus supérieure, le PDC chez les employés qualifiés et à la campagne etc…
En fait on peut dresser des portraits robots:
Retraité modeste, voire très modeste, plutôt campagnard, peut-être aigri par une dure vie de labeur et frappé de plein fouet par les phénomènes de paliers qui pénalisent le travail dans les catégories de revenu inférieures, vous votez UDC.
Femme universitaire de moins de 40 ans, travaillant à temps partiel dans la fonction publique ou au chômage, disposant de revenus moyens, vous votez PS.
Paysan catholique ou employé qualifié d'une petite ville, disposant de revenus moyens inférieurs, vous votez PDC.
Cadre masculin, profitant de l'aura et des revenus que vous assurent vos responsabilités, mieux informés que la moyenne, vous votez radical.

 

Il ne manque que les verts, dans ce tableau, dont on peut supposer qu'ils mordent essentiellement sur l'électorat des socialistes, des radicaux et des démocrates chrétiens, selon qu'ils sont fonctionnaires, cadres et indépendants ou paysans. L'UDC ayant également largement pioché, ces dernières années, dans l'électorat populaire du PS et des partis du centre.

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Le plus intéressant dans ce tableau, c'est de constater que si pour les partis du centre et dans les couches les mieux éduquées de la population, les choix politiques correspondent objectivement aux intérêts de la catégorie sociale concernée, ce n'est pas vrai pour tout le monde:
Le PS défend effectivement les intérêts des fonctionnaires, contre ceux des travailleurs du privé, qui ploient sous le poids des coûts de l'Etat.
Les radicaux et le PDC défendent les intérêts des classes moyennes (surtout les radicaux ;-)), qui d'ailleurs se confondent avec ceux de la société en général.

Pour l'UDC en revanche il y a une déconnection totale, e parti de M. Blocher n'ayant jamais été le défenseur des pauvres, fussent-ils retraités. Tout au plus peut-on s'attendre à ce que les ex-agrariens diminuent les dépenses d'assistance dont bénéficient d'autres catégories que celles des petits retraités ayant trimé toute leur vie. Cela réduira une injustice flagrante, certes, mais sans augmenter forcément la sécurité (surtout si cette politique est menée sans discernement) et surtout sans améliorer d'un iota le sort des dits retraités qui n'en toucheront pas davantage pour autant.

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C'est ce que l'on appelle de la démagogie, tout comme le refus de l'UDC d'entrer en matière sur l'allongement de la durée du travail, alors que le problème du financement de l'AVS va se poser tôt ou tard…  Mais M. Blocher, contrairement à M. Couchepin,  n'a pas le souci de l'intérêt du pays à long terme. Il a juste celui de sa réélection à lui, parce que cela seul l'intéresse et qu'il se fait vieux. Tout comme ses électeurs d'ailleurs, l'UDC étant sous-représentée chez les jeunes.

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Le paradoxe blocherien prouve cependant qu'une bonne communication peut permettre de sortir du cadre strict de ses électeurs légitimes. Le problème, pour le centre aujourd'hui et demain, c'est de parvenir à communiquer efficacement, y compris auprès des couches les moins favorisées de la population, sans pour autant renier ses valeurs essentielles. Sacré challenge !     

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