28/10/2007

Adrénaline

Merci Marina Wutholen. Elle m’a invité sur son plateau de "Genève à chaud" pour parler de mon livre et m’a posé les bonnes questions. Normal, elle a fait sa thèse universitaire sur l’Etat mondial, sujet principal de mon bouquin, « L’Utopie Urgente ». Sauf que sa première question m’a désarçonné. L'idée de résumer quelques dizaines de pages en quelques secondes m'a scotché. J’aurais pu parler subsidiarité, répartition horizontale des compétences, autonomie des régions… J’ai bredouillé quelques banalités sur une assemblée démocratique. Heureusement, j’ai fini l’interview beaucoup mieux que je ne l’avais commencée.

Il y a plus de trente ans, j’étais un honnête tribun. Je maîtrisais le verbe et les foules lycéennes. Puis je me suis spécialisé dans l’écrit. Notamment à la Tribune de Genève. Mes neurones se sont habitués à ces temps de réflexion qu’autorisent la plume et davantage encore le traitement de texte. Ce qu'il faut pour ordonner le flot de la complexité du monde, pour se relire et peaufiner. Sauf que dans ce monde de l’instant, je dois réapprendre à réagir instantanément, sinon je suis mort, médiatiquement parlant. Ce qui serait fort dommage pour les idées que je défends.

Durant trente ans, je me suis caché des objectifs, j’ai tout fait pour ne pas apparaître en photo, ni à l’écran. La petite renommée de ma signature suffisait à mon ego. Et encore, lors de la sortie en salles du film Ashakara que j’avais écrit et produit, je me suis même oublié sur l’affiche. Aujourd’hui, je suis passé de l’ombre à la lumière, parce que dans ce monde de l’image, il est impossible d’y échapper si l’on veut faire avancer les choses. Alors autant y aller carrément et se donner les moyens d’être efficace. Je l'ai fait par l'écrit, en m'attachant à rendre attrayant et même amusants des propos complexes. On me dit que j'y suis parvenu. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi savoir se vendre.

Devant un micro, cela signifie maîtriser son stress et son débit, ne pas hésiter à ramener la réponse là où on le souhaite, même lorsque la question ne s’y prête qu’à moitié. Cela implique d’avoir réfléchi à la manière de synthétiser son propos, d’aller à l’essentiel… Plus facile à écrire qu’à réaliser en direct, même pour un fan d'improvisation. Il faut connaître ses gammes sur le bout des doigts pour pouvoir s'y risquer, mais mon bouquin, j'en connais les idées par cœur. Le talent oratoire c'est autre chose.

Lorsque je travaillais à la télévision, j'en connaissais plus d'un qui s'envoyait systématiquement un whisky ou deux ballons de rouge avant de passer à l'antenne. Histoire de se désinhiber, de contrer le trac. Pour ceux dont c'était le métier quotidien, les conséquences à long terme étaient lourdes. C'était pareil à la radio, mais bien sûr, depuis quinze ans, les choses ont du s'améliorer. Du moins je le souhaite à mes jeunes collègues.

L'adrénaline qui monte, il faut apprendre à la maîtriser. C'est impératif, sinon vous n'existez plus dans ce monde de communication, qui comme tout le reste, profite à tous de manière très inégalitaire.

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