29/10/2007

Tchad: où est le crime ?

En présence d'évènements internationaux saugrenus, la première question à se poser, c'est "à qui profite le crime". Pas en apparence, car les provocations sont fréquentes, mais en réalité. Mais dans le cas des enfants du Tchad, la bonne question semble plutôt "Où est le crime ?".
Je ne sais rien de l'Arche de Zoé, en revanche je connais personnellement Hervé Chabalier, le patron de Capa, qui a envoyé une de ses équipes dans cette galère. C'est un grand humaniste, souvent prêt à aider et c'est aussi un grand connaisseur de l'Afrique où il a passé toute sa jeunesse.
Il n'aurait pas envoyé trois journalistes dans un coup foireux. Quand à l'ONG incriminée, si l'on veut commettre un acte délictueux, genre enlever une centaine d'enfants pour les livrer à l'esclavage (ce qui se pratique régulièrement dans cette région d'Afrique) ou à des réseaux pédophiles, on n'embarque pas une équipe de télévision…
Je connais bien le Tchad aussi et son président Idriss Déby, pour y avoir tourné un film sur les élections présidentielles il y a une dizaine d'années. Auxquelles son principal opposant, résident genevois car ancien directeur du BIT, avait finalement été empêché de se présenter. J'ai une interview du secrétaire général du parti de Déby qui me déclare, droit dans les yeux, face caméra, que oui, son Président a des caisses noires, comme tous les chefs d'Etat de la planète n'est-ce pas, et oui, il sort bien la nuit, mitraillette à la main, entouré de sa garde présidentielle, pour tirer de chez eux les opposants politiques et les exécuter… Car ce sont des bandits et qu'il faut bien que le bras de la justice passe…
Hervé, je tiens la cassette à ta disposition en cas de besoin.
Je ne sais pas si ces cent gamins sont des orphelins ou non. La vérité c'est qu'en Afrique, dans chaque village, vous trouvez des gens prêts à vous faire cadeau de leurs enfants, parce qu'ils peinent à les nourrir, ou au mieux parviennent à leur servir la pâte une fois par jour, avec un peu de sauce le dimanche. Ou le vendredi. Avoir un enfant "sauvé", exfiltré vers le pays des riches, ou même simplement la grande ville, c'est une chance inespérée pour un père ou une mère. Ce dont profite effectivement des margoulins pour les revendre à des bourgeois locaux qui les utilisent comme petit personnel taillable et corvéable à merci, ou même à des réseaux soudanais qui les transforment pour de bon en esclaves dans la péninsule arabique, parfois même mutilés comme au moyen-âge.
Je serai curieux de savoir combien de "petites bonnes" il y a à N'Djamena pour entretenir la concession familiale d'Idriss Déby. Les enfants de l'Arche de Zoé auraient très certainement connu une vie meilleure, bien meilleure dans des familles européennes. En Afrique, tout le monde s'en fiche, ou presque, c'est quasiment une tradition locale et la vie ne vaut rien. Sauf que l'opération a capoté pour de mystérieuses raisons. J'en vois deux possibles:
a)                 Un potentat local a senti passer l'occasion d'arrondir ses fins de mois. Il a exigé une dîme que l'ONG a refusé de payer et il a enclenché la machine. Cela peut même être un tout petit rouage qui a joué les grains de sable, si l'ONG n'a pas su payer à temps le chef du grain de sable. Et puis la machine s'est emballée
b)                 Il y avait sur place, parmi les militaires français en poste à Abéché ou parmi le personnel diplomatique à N'djamena un responsable, petit ou grand, que cela défrisait de voir ainsi introduit en France une centaine d'enfants noirs alors que lui passe son temps, avec toute sa conviction et même un peu plus, à refuser des visas pour tous ces africains crève la faim… Il a fait ce qu'il fallait pour enclencher la machine démoniaque de l'administration tchadienne.
Connaissant le poids de la France au Tchad, je penche plutôt pour la deuxième hypothèse, ou peut-être une combinaison des deux. Peut-être même avec une intervention politique de haut niveau venue de Paris, sur le thème, "halte à l'immigration déguisée…" La France fait ce qu'elle veut à N'Djamena. Déby n'est-il pas arrivé au pouvoir, flanqué d'un officier du SDECE français en guise d'ordonnance, parce que son prédécesseur, Hissène Habré, avait signé des contrats pétroliers avec les étasuniens ? L'après-midi du matin où Déby a pris N'djamena, il dénonçait les contrats pétroliers et signait avec les Français. Accessoirement, alors qu'il est du nord et que les puits sont au Sud, il s'est arrangé pour que les principaux dirigeants et ingénieurs du pétrole formés depuis son arrivée au pouvoir soient tous de son ethnie zaghaoua, plus réputée jusqu'alors pour la redoutable vaillance de ses guerriers que pour leur bosse du commerce ou des maths.  

Commentaires

la presomption d'innocence face au declarations hallucinante du president du tchad, et ce gros soutien en France, wow, les moralisateurs en france, sont remarquables, beau soutien de ressortissants francais, ils ont peut etre fait une connerie, mais les plus gros cons dans l'histoire, je me demande, un livre a lire EN URGENCE
http://www.travailleravecdescons.com

REPONSE:
Je ne crois pas qu'il s'agisse d'une connerie involontaire. C'est plus grave que cela. Voilà comment j'imagine les choses. Toute ressemblance avec un cas réel étant évidemment purement fortuit...
"- Chef, j'ai un groupe d'humanitaires, là qui ont besoin de 109 visas pour des mômes qu'ils veulent ramener en France
- Qu'est-ce que c'est que ce cirque. Appelez Paris.
- Paris dit qu'il n'est pas question de leur filer 100 visas pour des africains en ce moment. Alors on fait quoi ?
- Eh bien on refuse.
- Oui mais ils ont une équipe de télé avec eux, ils disent que si on refuse, ils montrent les images en France, et ils font un scandale médiatique...
- Ah, ils veulent jouer aux cons... On va leur montrer... Appelez les tchadiens !"


Écrit par : clement | 29/10/2007

Ce que vous écrivez paraît très juste mais il en ressort cependant une certaine unilatéralité. Le but de cette opération parait être davantage de soutenir les efforts de couples européens pour adopter des enfants qu'une solution aux problèmes des enfants africains eux-mêmes. Le fait qu'aucun organisme officiel (UNICEF ou autre) ne soutienne cette opération devrait aussi être souligné.

REPONSE
Vous avez raison, mais la solution aux problèmes des enfants africains en Afrique passe par une prise en charge globale et résolue du problème de la pauvreté dans le monde et l'on en est très très loin. C'est affligeant de voir la passivité de nos populations et de nos gouvernements face aux objectifs du millénaire par exemple.

Chabalier, qui a envoyé ses journalistes dans cette galère en est le premier conscient. Comme moi et d'autres, il passe une partie de son temps à essayer de faire parler de ce problème, en vain, quitte à trouver des pis-allers. Celui-ci en était un, mais une fois encore, on aboutit au contraire: l'attention se focalise sur les européens emprisonnés, et l'on oublie une fois de plus la misère quotidienne de millions d'enfants... et d'adultes dans toute la région.

Écrit par : Géo | 29/10/2007

Comme vous l'écrivez, vous n'en savez rien de l'Arche de Zoé, mais vous écrivez tout un article sur le sujet...soyez sérieux, informez-vous d'abord et écrivez ensuite....on payrle d'enlevement d'enfant...ca vous parle ??? d'enfant qui ont encore des parents vivants...il y a même une famille francaise qui a déposé plainte pénale...tout de même....de la part d'un Radical....

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 02/11/2007

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