12/11/2007

La leçon vaudoise

Une fois de plus, l'alliance contre-nature de la droite avec la droite extrême s'est soldée par un échec cuisant dans le canton de Vaud.
Cela devrait faire réfléchir ceux qui prônent ce type d'alliances. Non seulement au sein de la droite, mais aussi au sein de la droite extrême.
Le problème est simple.
La droite extrême représente aujourd'hui 20% de l'électorat dans nos cantons lémaniques. Même en admettant qu'elle parvienne à grignoter encore quelques pour cent au sein des libéraux, voire des PDC (parmi les radicaux, à Genève, il semble que cela soit terminé) elle atteindra péniblement la moyenne suisse soit 30%. Mais en phagocytant les voix de la droite classique, pas en en gagnant un nouvel électorat.
Tout au contraire, au sein de la droite classique, un certain nombre d'électeurs préféreront toujours voter avec le centre gauche, les verts et la gauche pour barrer la route à l'aventure de la droite extrême. C'est ainsi et toutes les consignes de vote des partis n'y changeront rien.
A chaque fois qu'elle s'aligne sur les positions de l'UDC, la droite classique perd des électeurs. Parce que les positions spécifiques à la droite extrême déplaisent à la majorité de l'électorat et parce que la droite extrême s'ingénie à entretenir une image qui lui assure l'adhésion de son électorat, mais qui sert de repoussoir à la majorité des citoyens de ce pays.
Parce que la concordance avec une gauche raisonnable, on en connaît et l'on en mesure les inconvénients, mais on n'a pas du tout envie de connaître les inconvénients d'une gouvernance pilotée par la droite extrême.   
En jouant comme elle le fait avec la machine à perdre, l'UDC joue donc contre la mise en pratique de ces idées les plus raisonnables, celles qu'elle partage avec la droite classique. Elle fait le pari du jusqu'auboutisme, ce qui ne fait qu'entretenir la peur à son égard.
C'est son droit, mais à droite et au centre droit genevois, ceux qui n'ont pas encore ouvert les yeux feraient bien de se réveiller. Ce n'est pas dans un affrontement de blocs, droite contre gauche que l'on fera avancer les choses et le pays. C'est contraire à la tradition helvétique et de toute manière, ce type d'alliances offre la majorité au camp d'en face !
C'est en coopérant au centre avec les pragmatiques, au sein des partis de gauche et des écologistes, que l'on résoudra les problèmes concrets. Nous devons travailler avec ceux qui ont en ligne de mire l'intérêt commun et le sens de l'état en bandoulière. Pas avec ceux qui n'ont que la gloire de leur parti en tête et l'idéologie de l'extrême pour bagage.   

Commentaires

Nous avons donc des opinions convergentes, sauf que je doute beaucoup de la possibilité d'une coopération avec les partis d'une gauche trop étatiste et trop dogmatique. Aux élections nationales, celle-ci aussi a été sanctionnée par le peuple qui veut plus de liberté, moins de règlements sur tout comme rien et mieux d'Etat. Le vote UDC n'est pas que l'expression de craintes ou xénophobe, il traduit aussi, de la part des plus nombreux, un ras-le-bol vis-à-vis de ceux qui pensent que hors l'Etat il n'est point de salut.

Écrit par : Philippe Glatz | 12/11/2007

Monsieur Glatz
Vous avez sans doute raison. Mais la concordance c'est aussi de travailler par chantiers. Il y en a certains - mais pas tous - sur lesquels nous pouvons travailler avec le PS.
Oeuvrant aujourd'hui à la constitution de la Fédération en Suisse du Mo-Dem français, je me demandais s'il existait un équivalent helvétique des Gracques. Je pense que oui, mais malheureusement davantage en Suisse alémanique.
En revanche, nos écolos romands sont globalement beaucoup plus présentables que les verts français, parce qu'ils sont nombreux à avoir cette culture de l'entreprise. Même s'ils ont aussi une certaine tendance à la fonctionnarisation, dans le domaine culturel notamment.
Quand aux électeurs égarés à l'UDC, il me parait évident qu'un centre rassemblé, soudé sur ses valeurs et sur un programme précis n'aurait aucun mal à les reconquérir.
Il ne nous reste plus qu'à l'écrire... et à apprendre à choisir les meilleures candidatures, en fonction de chaque situation, indépendamment du parti d'origine. Mais là ça va être dur, dans chacun de nos partis, de mâter l'ambition personnelle au profit de l'intérêt général.

Écrit par : Philippe Souaille | 12/11/2007

Toutes les causes des maux actuels du Centre se retrouvent dans votre dialogue.

Le Centre est chose utile, d'un point de vue politique, voire nécessaire. Cependant, cette utilité n'a de sens que si le Centre adopte une pensée politique qui lui est propre, indépendante des deux blocs de gauche et de droite..

Les électeurs l'ont bien compris. Si l'UDC recueille des suffrages chez les anciens électeurs centristes, elle en prend aussi dans l'électorat de gauche. Depuis l'avancée de l'UDC à Genève en 2001, la gauche n'est plus majoritaire. C'est même le cas en Ville de Genève.

Toutefois, le Centre ne pourra subsister que s'il élabore à nouveau une doctrine qui lui est propre, et non s'il continue à faire du suivisme, au coup par coup ou de manière générale, en réduisant son discours politique à se positionner par rapport à la gauche et à la droite.

M. Pelli l'a bien compris : la survie du Parti radical passe par l'élaboration d'une position nationale pour les alliances, que chaque section cantonale devra respecter. L'échec de M. Favre dans le canton de Vaud comporte plusieurs causes. D'une part, il faut bien le dire, la campagne du tandem de droite était aussi mauvaise que celle du duo de gauche gagnant fut bonne : affiches ringardes, messages montrant trop les nombreuses convergences entre les candidats plutôt que de mettre en avant leurs quelques divergences pour mieux ratisser, etc. ; l'accumulation de nombreuses erreurs de "marketing" politique. D'autre part, les Radicaux, les troupes radicales, n'étaient mobilisés sur aucun projet commun à leur parti. Il y avait l'aile gauche, défavorable à l'alliance avec l'UDC, et l'aile droite, qui lui était favorable. Le Parti radical, au lieu de développer des idées qui lui étaient propres, a failli dans sa mission centriste : ne rassemblant pas sur des idées communes, il s'est divisé et a montré ses divisions. C'est le comble pour un parti du Centre, censé sauver la planète de la polarisation : se retrouver lui-même complètement polarisé !

Le même danger guette le vieux grand Parti à Genève. De nombreux radicaux me confient leurs doutes, ne perçoivent plus ce qu'il pouvait y avoir de rassembleur et donc de novateur dans leur formation et considèrent que la survie de leur parti passe par des alliances avec l'UDC. D'autres, certainement, voudraient plus collaborer avec la gauche. Bref, à Genève aussi, les Radicaux se polarisent. parce qu'aucune pensée politique commune et originale ne germe en leur sein. Le parti se fragmente, n'ayant plus de pensée "maison" ; les idées politiques sont toutes importées, chaque action ne procède plus d'une réflexion propre, mais d'un simple positionnement à droite ou à gauche.

Ce suivisme, à terme sera de plus en plus destructeur, comme sera aussi destructeur le choix d'aller plutôt collaborer avec la droite ou avec la gauche. M. Souaille ne comprend pas qu'en suivant la voie de la collaboration avec la gauche (qui de toute manière ne sera bientôt plus un choix appartenant aux sections cantonales), son parti perdra la moitié du maigre électorat qui lui reste, bien ancrée au Centre droite...

Écrit par : Soli Pardo | 13/11/2007

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