29/11/2007

TV5 en danger

Le rapport que vient de rendre Georges Marc Benhamou à Nicolas Sarkozy préconise le regroupement de France 24, CFi et TV5 en une seule entité.

Il peut sembler y avoir une logique, mais cest une fois encore le triomphe du copinage, de la poudre aux yeux et du nationalisme. En plus, cette fusion, qui réduirait forcément l'importance des pays francophones dans la nouvelle entité, est défendue par certains comme une volonté de mieux défendre la langue française. Drôle d'idée que de la défendre en s'aliénant ceux qui la parlent !

La France toute seule, c'est moins d'un pour cent de la population du globe. Autant dire rien. Avec la Suisse, le Canada, la Belgique et les pays d'Afrique francophone, l'entité devient un peu plus présentable. Démolir cela est une énorme stupidité. D'autant qu'en plus, les vraies raisons sont ailleurs.

Il s'agit d'abord de déconstruire ce qu'avait réalisé Jacques Chirac, à savoir une chaîne d'info mondiale indépendante, 24 heures sur 24. Ensuite, de réduire le poids de l'audiovisuel public dans le système francophone, pour offrir aux patrons privés, copains de Sarkozy faut-il le rappeler, un réseau mondial en ordre de marche pour une bouchée de pain...    

Car la pub, (mondiale donc) va monter en puissance sur la TV5 nouvelle. Pourquoi pas, mais à condition que ceux qui vont récolter la mise en paient le prix. Or les chiffres qui circulent à Paris sont édifiants. TF1 aurait mis 18 000 euros en matériel dans France 24 et sa participation serait aujourd'hui valorisée à 12 millions...

Connaissant la facilité avec laquelle ont peut faire jongler les chiffres dans l'audiovisuel, je suggère aux partenaires non français de tv5 de refaire soigneusement les calculs amenant à prouver qu'ils ne financeraient que 16% du budget total de la chaîne. Et à ne pas hésiter, comme le font les français, à valoriser au prix fort leurs contributions en nature, émissions et autres.  

 

Gratuits: lire ou ne pas lire ?

Intéressante la décision de la Ville de Sion de réduire le nombre de cassettes à journaux gratuits. Il n'y en aura plus qu'autour de la gare, et les privés qui voudraient en abriter sur leurs terrains devront payer une taxe.

L'idée c'est que les gratuits sont jetés partout et que ça pollue. Ce qui est vrai. Accessoirement, ils concurrencent dangereusement les journaux payants et leur style est davantage racoleur qu'intello.
Sauf que d'un autre côté, ils amènent à la lecture nombre d'ados qui sinon se contenteraient de leurs (trop) nombreux petits écrans… Même s'il faut parfois bien chercher, entre deux ébats de Britney Spears, ils peuvent y trouver de vraies infos, écrites avec de vraies lettres et de vrais mots et oh miracle, ils les lisent !

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Les gratuits font donc œuvre également de salubrité publique et s'il n'étaient pas gratuits, les jeunes ne les liraient pas. La solution viendra peut-être de ces nouveaux futurs écrans hyper plats, conçus pour être aussi agréable à lire qu'une page de bouquin. Mais il faudra gérer la question des droits, qui pour l'heure reste ouverte, qu'il s'agisse de musique, de films ou de livres.

Actuellement, c'est la pub qui paie les gratuits. On pourrait imaginer la mise à disposition gratuite, assumée par la collectivité, d'une info minimale. Pour en savoir plus, ou pour avoir de l'info spectacle, il faudrait payer…

28/11/2007

Démocrates en mouvement

Depuis que je suis Président de la Fédération suisse du Mouvement Démocrate de François Bayrou, journalistes et démocrates-chrétiens me posent tous la même question. A fortiori les journalistes démo-chrétiens : Le fait qu'un radical prenne la tête d'un mouvement démocrate chrétien est-il une tentative d'OPA ?
Evidemment, non, d'autant que l'UDF n'était pas uniquement démocrate chrétien, mais le fruit d'un mariage mené par Bayrou entre démocrates chrétiens et radicaux. De surcroît, le Mo-Dem est l'UDF en expansion. Brutale : de 6 à 19% et pour ce qui concerne les militants actifs en Suisse, de 15 à 160 ! Sans compter les sympathisants, puisque Bayrou fit 24% en Suisse aux présidentielles. Une expansion dont, leur question le prouve, ils n'ont pas bien compris la nature.
Il serait faux de penser que c'est juste de la politique franco-française avec ces excès, sans application possible en Suisse. L'excellent Robert Ducret déclarait hier encore sur Léman Bleu que d'additionner le PRD et le PDC donnerait moins que la somme des deux. Dont acte, mais il ne s'agit pas que de les additionner.
La politique est étranglée par un carcan étriqué, coincée dans des moules du XIXème siècle. La plupart des militants la vivent dans une logique de clans. En Suisse, l'affiliation est même souvent héréditaire. Mais la masse des citoyens ne s'y retrouve plus. Beaucoup votent à contrecoeur et la majorité ne vote pas.
La grande force de Bayrou et du Mouvement Démocrate est d'avoir ramené à la politique des gens qui ne votaient plus, en leur offrant l'espoir d'autre chose. Un peu comme les éruptions populistes, sauf qu'il s'agit de propositions intelligentes, articulées, documentées et réalistes où l'étranger n'est jamais l'ennemi. Si elles réhabilitent le rêve, c'est qu'elles sont dictées par le pragmatisme et le désir de bien faire plutôt que par l'idéologie.

La Fédération suisse va ainsi faire une proposition, au Congrès fondateur de Villepinte, émanant d'un de nos membres italiens, car nous sommes aussi un parti européen et nous en sommes fiers. Il s'agit de légitimer des expériences de vote ordinal, qui permettent aux électeurs d'exprimer non plus un simple choix binaire, mais un classement de plusieurs valeurs. Charge ensuite aux logiciels de dépouillement d'en tirer la substantifique moelle. Il y a bien du travail, pour éviter les biais et les magouilles mais on arriverait ainsi à des prises de décisions tenant mieux compte des appréciations de chacun.

Cette prise de température ralentit le processus décisionnel, mais l'adhésion que suscite la décision prise ainsi évite tant de conflits et de frustrations que cela en vaut la peine.

Alors quoi, OPA du PRD, ou non ? Il y a, parmi les  membres du Mouvement Démocrate en Suisse, des pragmatiques venus du rose au bleu soutenu, radicaux et libéraux, en passant par le vert et l'orange. Ce qui ressemble très exactement à l'actuel gouvernement du Canton de Genève. Leurs seuls points communs sont leurs goûts pour la réflexion et les valeurs humanistes. Cela me semble amplement suffisant pour faire de la politique et j'entend bien tout faire pour maintenir unie cette hétérogénéité salvatrice.

27/11/2007

L'OEIL DE MOSCOU

Le patron de la droite extrême genevoise m'attaque à nouveau en choisissant le terrain de l'insulte et du slogan plutôt que celui de l'analyse politique. Question de compétences, sans doute. Je ne l'y suivrai pas plus que dans ses menaces obsessionnelles de poursuites judiciaires.
Tout lecteur normalement constitué l'aura compris : j'ai écrit que la vie humaine ne valait rien ou presque en Afrique pour le déplorer. C'est un constat, dont l'Occident est le principal responsable, en pillant les richesses de ce continent sans lui accorder les moyens de son développement.
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Il ne sert à rien de se pâmer sur les sensualités de Senghor, si c'est pour amputer de moitié l'aide cantonale au développement comme l'a exigé (et obtenu au terme d'un chantage odieux), la droite extrême à Genève. Ce jour là, j'ai envoyé l'équivalent de deux jours de salaire à Genève Tiers Monde.
A noter que le protectionnisme agricole, dont l'UDC reste aujourd'hui le dernier défenseur constitue l'autre grand moyen d'enrayer le développement de l'Afrique. Quand aux enfants de l'Arche de Zoé, j'ai suffisamment œuvré pour l'Afrique et les Africains pour me permettre de m'exprimer librement, comme en toutes circonstances  :
-          C'est une forme de racisme parmi certains représentants français qui a conduit à ce cafouillage grotesque.
-          C'est la misère des conditions de vie locale, même en l'absence de guerre, qui conduit les parents à se séparer de leur progéniture. 
-          Les zozos qui se sont enfermés tous seuls dans ce piège sont sans doute des branquignols, mais  certainement ni des trafiquants d'organe, ni des pédophiles.
-          Sarkozy a mis ses gros sabots dans le plat, mais Deby est un criminel avéré, qui parfois assassine les gens avec la complicité de sa justice et parfois préfère le faire de nuit, mitraillette à la main, avec les hommes de sa garde. Le Secrétaire Général de son parti unique (à l'époque) me l'a confirmé.

-          Depuis 17 ans, les hommes de Déby se livrent à un génocide discret au sud du Tchad, pour s'emparer des régions pétrolières aux dépens des ethnies autochtones. Cette région de savane peu peuplée compte pour une bonne partie des 25 000 assassinats imputés à Déby. J'ai découvert en 96 ce qui restait de villages dont hommes, femmes, enfants et vieillards avaient été massacrés dans l'indifférence générale.

Des enfants non pas envoyés dans des familles en Europe, mais égorgés devant leur mère violée. Et le monde s'en fout. Parce que la vie en Afrique a bien moins de prix que quelques gallons de pétrole. Du pétrole que les Français avaient repris aux Etasuniens grâce à Déby et qu'il vient de revendre aux Chinois. Ce qui explique énormément de choses. 
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UNITE MOSCOVITE
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A part ça, je ne suis pas le porte-parole du parti radical genevois, qui cela étant est allié à l'Entente et non à l'UDC. Je suis le rédacteur en chef du Genevois.
Heureusement pour M. Leyvrat au Grand Conseil, les radicaux n'affichent  pas toujours la même unité moscovite que certains. Unité à géométrie variable, même à l'UDC, si l'on en croit la réélection probable de M. Schmidt.
J'ai souligné une évidence, à savoir que les électeurs n'appartiennent à aucun parti et que la droite extrême est un excellent allié si l'on désire perdre dans les élections majoritaires... Sauf si elle ne fait qu'appuyer les candidats du centre. Ce que l'on pourrait appeler le programme Sarkozy.
Pour conserver ses deux sièges au Conseil Fédéral, l'UDC ne doit-elle pas recourir à un candidat tellement présentable qu'il est en désaccord profond avec la ligne officielle de son parti ?
J'ajouterai que je ne crois pas qu'il appartienne au Président d'un autre parti de préjuger de ce que sera l'avis démocratique – donc discuté - des radicaux après leur prochaine assemblée des délégués, en matière d'alliances ou de quoi que ce soit d'autre.

26/11/2007

La fièvre monte à la Guajira

La Guajira, c'est une péninsule de la Mer des Caraïbes marquant la frontière entre le Venezuela et la Colombie, deux pays frères et potentiellement puissants, issus tous deux de la Gran Colombia, créée par Simon Bolivar, un Colombien né au Venezuela…
Deux pays très proches et interdépendants: 6 milliards de dollars d'échanges commerciaux annuels, très largement en faveur de la Colombie qui exporte tous les produits de première nécessité que les Vénézueliens ne produisent plus.
Ils ne les produisent plus pour deux raisons, qui sont la manne pétrolière et le néo-socialisme de Chavez.
1)         Le pétrole dope artificiellement l'économie vénézuelienne, exactement comme l'or des Amériques a brutalement enrichi puis assoupi pour longtemps la Péninsule ibérique à la Renaissance.
2)         Chavez répète malheureusement toutes les erreurs des gouvernements socialistes depuis 1917. Il développe l'instruction et la santé, ce qui est bien, mais sans se préoccuper des infrastructures.
Ainsi il a laissé s'effondrer le pont autoroutier qui reliait sa capitale à l'aéroport. Résultat 4 heures de 4x4 dans les fondrières des favelas, au lieu d'une demie-heure auparavant. Bonjour la pollution. 
Alimentée par le pétrole, la corruption bat son plein et la gabegie règne.
Chavez a décidé que l'eau et le lait seraient partagés par tous, ce qui est bien, mais sans parvenir à augmenter la production ! Il y a donc désormais des coupures d'eau à toute heure du jour à Caracas et le lait est acheté aux Colombiens. Qui pendant ce temps là, connaissent un taux de croissance de 8%.
La brusque remontée des tensions entre les deux présidents, pendant que le nain frénétique se promène en Chine, aboutit à un gel que l'on espère momentané des relations. Il est clair que sur le plan économique, la Colombie perd des débouchés importants, mais le Venezuela se retrouve avec une crise d'approvisionnements.
Des magasins vides, ce n'est pas l'idéal lorsque l'on demande au peuple l'approbation d'un référendum constitutionnel qui donnerait à Chavez les pleins pouvoirs à vie… Quand à utiliser l'arme traditionnelle des dictateurs, à savoir déclarer la guerre à l'étranger pour détourner l'attention des crises intérieures, on espère que Chavez n'en est pas réduit à ces extrémités.
Reste la question des otages, cause initiale de l'incident. On voit là les limites de la politique spectacle, chère à Chavez autant qu'à Sarkozy (qui entre parenthèses, pour son ouverture, ne choisit jamais les meilleurs, mais toujours les plus médiatiques ou les mieux médiatisables).
Chavez a brassé beaucoup d'air, fait beaucoup d'annonces, mis en difficultés à plusieurs reprises le gouvernement colombien, mais sans jamais ramener rien de concret. Aucune avancée réelle dans le processus de négociation. Par contre il a en permanence cherché à asseoir sa crédibilité et celle des FARC, qui de bourreaux, c'est-à-dire de ravisseurs finissent par apparaître victimes.
Toute l'opération ressemble non plus à une médiation, mais à une tentative de manipulation de l'opinion publique, dans laquelle le Gouvernement démocratiquement élu d'un pays devient le méchant parce qu'il refuse de céder une partie de son territoire à des racketteurs assassins et trafiquants de drogue.      

Or la question N°1 en Colombie n'est pas de libérer les otages actuels, aussi célèbres soient-ils mais de faire en sorte qu'il n'y ait plus d'enlèvements. Ce qui signifie que la libération des otages actuels, certes éminemment souhaitable, ne peut pas se payer au prix d'un renforcement des capacités militaires ou territoriales des FARC. Chavez aurait gagné la partie s'il était parvenu à sortir les FARC du jeu en les accueillant au Venezuela, mais visiblement, Marulanda et ses guérilleros ne l'entendaient pas ainsi.

Dommage pour la paix. 

25/11/2007

ZH + SG + VD + NE = 0 UDC

Zurich et Saint-Gall, après Lausanne et Neuchâtel, viennent d'en faire la démonstration éclatante. L'UDC, tant qu'elle persistera dans la provocation blochérienne,  n'a aucune place dans une élection majoritaire. Et pour ceux qui en doutaient encore, s'allier avec un épouvantail apparaît clairement comme le meilleur moyen de perdre et donc de repousser les réformes nécessaires. La démocratie helvétique, qui laisse une large place à la proportionnelle, digère mal un système de blocs et d'alternance.

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DU CENTRE & DEMOCRATIQUE ?

Un parti qui s'intitule "du centre " tout en insultant le concept et en lui déniant tout avenir politique ne peut pas séduire la majorité des électeurs. Quand à s'appeler démocratique cela reste à prouver, tant il est vrai que leur nouveau président genevois, par exemple, exige à longueur de blog que ses ennemis politiques ou les journalistes rendent des comptes devant la justice. On frémit à l'idée de ce que cela donnerait si d'aventure ils arrivaient au pouvoir.

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Tabler comme ils le font sur la peur du communisme pour faire avancer les choses est juste une attitude dépassée par les faits et la réalité. Personne ne parviendra à faire croire à la majorité des Suisses que Cramer ou Calmy-Rey sont des communistes. N'en déplaise à ceux qui se pâment à l'évocation des affrontements virils des années 30, il n'y a plus, il n'y a jamais eu de solution miracle de gauche ou de droite.

 PRAGMATISME vs IDEOLOGIE

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Le libéralisme seul et sans entrave est une jungle et l'étatisme à tous crins a amplement prouvé son inefficacité. C'est avec des solutions concrètes bâties sur le pragmatisme plutôt qu'avec des remèdes théoriques basés sur l'idéologie que l'on résoudra les problèmes. Ce qui implique de travailler avec tous les démocrates de bonne volonté.

Les votations cantonales pour lesquelles je viens de recevoir mon enveloppe en sont la preuve.

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La loi sur le chômage, par exemple rassemble le Conseil d'Etat autour d'un consensus fort. C'est la meilleure solution pour enrayer les pièges du chômage de longue durée et pour continuer d'accompagner les cas à problème, en dépit de la suppression imposée par Berne des emplois temporaires. Il n'y a pas d'autre solution si Genève veut continuer à respecter les lois fédérales… Seuls des extrémistes peuvent s'y opposer, et le seul parti du Grand Conseil qui soit dans ce cas (contre la volonté de ses Conseillers d'Etat) est très divisé sur la question. A tel point qu'ils ont changé d'avis plusieurs fois.

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CLASSES MOYENNES & MILLIARDAIRES

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De même, seuls des extrémistes peuvent défendre les initiatives fiscales 130 et 131 dans le contexte actuel. D'abord parce que les classes moyennes paient trop d'impôt, et par classes moyennes j'entends tous ceux qui vivent des revenus de leur travail, même avec des salaires de 200 ou 300 000 francs annuels par foyer. Dans cet ordre de grandeur, la différence d'avec les plus bas revenus est en effet généralement justifiée par des niveaux d'étude ou des investissements en temps et en responsabilités qui sont considérables.

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On peut, on doit discuter en revanche des revenus des hyper riches, les milliardaires et assimilés, qui sont les seuls dont les revenus explosent et qui profitent à plein des différents plafonnements. Tout en disposant des pouvoirs occultes considérables que leur assurent leurs revenus immenses. Mais tant qu'il n'y aura pas d'accord international unanime sur la question, toute tentative de les imposer davantage est malheureusement vouée à l'échec. Dès lors, le canton doit tirer son épingle du jeu dans un contexte de concurrence intercantonale et internationale. Et donc leur offrir une fiscalité avantageuse qui nous rapporte (très) gros, même si pour eux, ce n'est qu'une petite partie de ce qu'ils gagnent.

22/11/2007

On leur tend la main, ils vous coupent le bras

Etonnant, ce retour en vogue des roitelets en tous genres.

Celui d'Espagne a sans doute eu raison d'apostropher Chavez qui n'est guère un modèle de démocratie. Contrairement à Juan Carlos, qui à deux reprises, par son engagement direct, a permis à son pays de s'affranchir du franquisme et de ses nostalgiques.
Le Prince de Savoie se sent pousser des ailes et réclame un sacré paquet d'argent à l'Italie de ses ancêtres. Qui rappelons-le avait banni sa famille pour sa proximité avec le fascisme de Mussolini et les risques que sa seule présence entraînait pour la stabilité du pays. Les démocrates italiens ont cru bon de faire une croix sur le passé, jugeant le retour des Savoie désormais sans danger. Apparemment ils se sont trompés, puisque le Prince a trouvé une manière fort originale de s'assurer d'une liste civile aux frais de la princesse…
Sarko 1er , lui double carrément la sienne, ce qui lui évitera d'avoir à quémander des vacances chez ses copains milliardaires. Ou d'engager ses assistants personnels (dont le nombre a triplé à l'Elysée) sur des budgets d'emplois fictifs. Chose pour laquelle il encourage les les poursuites à l'encontre de son prédécesseur. Ce qui ne changera rien au fait que l'un entrera dans l'Histoire avec la stature d'un seigneur de la scène internationale et l'autre en tant que caniche nain hyperactif.
Le roitelet de l'OMPI, dont j'évoquais les aléas de date de naissance dans mon livre, a fini par être limogé. Tout en conservant son salaire, d'au moins 20 000 par mois après impôt, jusqu'en 2009. Je n'ai rien personnellement contre des salaires annuels de plusieurs centaines de milliers de Francs lorsqu'ils sont justifiés. Mais là, cela ne fait pas honneur au système onusien, qui mérite mieux…
Mon livre, justement, ça fait un moment que je ne vous en ai pas parlé. Demain vendredi, je dédicace l'Utopie Urgente (éd. Slatkine) de 12h à 19h, à l'Athénée dans le cadre d'une Journée portes ouvertes de la Société des Arts. Il y aura moi et d'autres auteurs Genevois, plus des musiciens, des petits fours, l'apéro, des peintres et des visites guidées. Bienvenue.

20/11/2007

Bureaucratie à la sauce helvétique

Dans le blog juste en dessous, l'excellent Pascal Décaillet s'en prend à l'Union européenne en opposant deux choses, la démocratie et la bureaucratie, qui ne sont pourtant en rien liées par une quelconque relation de cause à effet.

D'ailleurs, si l'UE cherche à réduire sa bureaucratie, ce qui est tout à son honneur, ce n'est pas qu'elle en a trop. Bien sûr, on en a toujours trop, mais des études comparatives internationales ont prouvé que le coût de la machine adminisrative européenne, en regard des prestations fournies au citoyen, était le plus favorable au monde, et ce en dépit du boulet que représente les frais de traduction dans plus d'une vingtaine de langues. Aucun pays ne fait mieux et surtout pas la Suisse, dont la superposition des administrations communales cantonales, intercantonales et fédérales n'est pas toujours optimale.

Il se trouve que c'est précisément le coût de la démocratie. Pour être proche du peuple, il faut décentraliser, donc multiplier les guichets et les administrations. Mais encore une fois, il est toujours possible d'optimiser et c'est ce que cherche à faire l'UE. La Suisse aussi, et le Canton de Genève, qui devrait redéfinir les contours de ses administrations à travers la constituante.

Si vous le souhaitez. M. Décaillet, je peux vous donner les coordonéées genevoises de quelques anciens très hauts fonctionnaires européens qui pourrront éclairer votre lanterne sur ce sujet. peut-être dans l'une de vos émissions ? 

16/11/2007

Le Goût de Bouchon des Verts

Etonnante, la lettre ouverte d'Antonio Hodgers ce matin dans la Tribune. D'abord il commence par expliquer que les automobilistes sont bloqués dans les bouchons par d'autres automobilistes et pas par des écologistes. Sauf que ce sont bel et bien des écologistes, ou leurs alliés, qui font en sorte depuis vingt ans
1) de restreindre systématiquement l'espace public à disposition des véhicules 
2) d'entraver la fluidité du trafic par toutes sortes de mesures
3) d'empêcher toute construction de route nouvelle (ou de parking souterrain) y compris à Genève la traversée de la Rade ce qui rabat au centre ville des flots de véhicule qui n'ont rien à y faire.
Un peu plus loin il explique : "Un investissement massif dans les infrastructures adéquates est nécessaire". Il ne parle évidemment toujours pas de Traversée de la Rade (ne rêvons pas), mais de développement des Transports en Commun. Pas de problème, j'approuve. je suis d'ailleurs pour une Traversée incluant les transports publics.
Puis Hodgers détaille "l'instrument le plus efficace pour parvenir à ce résultat". On s'attend à une recette miracle permettant de financer ces investissements lourds ou de lever les oppositions prévisibles, mais non il se limite à exiger "la réduction du nombre de places de parking disponibles"... Que voilà un bel investissement massif ! 
Ce faisant, il rappelle qu'au delà du discours sur le réchauffement climatique, les verts en veulent à la voiture en tant que telle, qu'elle pollue ou non, en tant qu'outil de liberté individuelle et probablement, surtout en tant que signe extérieur de réussite sociale.
Je ne les suivrai pas sur ce terrain. Autant je pense que la voiture doit être conçue de la manière la moins polluante possible, tandis que la population sans voiture doit pouvoir disposer de transports publics efficaces, autant je crois que le libre choix doit rester une option fondamentale.
Mieux vaudrait encore un péage urbain qu'une limitation accrue du nombre de parkings qui accroit la pollution et la suroccupation artificielle de l'espace public: les véhicules tournent en vain en quête de places, alors qu'il vaudrait bien mieux les sortir des rues dès qu'ils ne servent plus.   

14/11/2007

Mère de 10 000 enfants

J'ai fait la connaissance hier soir d'une femme remarquable, comme on en voit peu dans sa vie.
Marguerite Barankitse donnait une conférence dans le cadre des dialogues de Genève menés par Jean Freymond.
Cette burundaise d'origine tutsie a sauvé 10 000 enfants au cours des massacres qui ont ensanglanté son pays et les Etats voisins depuis 14 ans. Avec des recettes toutes simples, elle est même parvenue à faire de chacun d'eux des ambassadeurs de la paix et de l'amitié entre les peuples.
Son credo tient en quelques mots: amour, équilibre, justice et bonté.
Elle est chrétienne, mais à sa manière et sans la moindre once de sectarisme. Comme elle le dit elle-même, on n'a que faire de paradis au ciel, c'est sur terre qu'il faut construire une vie meilleure. Un langage qu'un athée tel que moi ne peut qu'approuver. Surtout lorsqu'il s'accompagne de réalisations hors du commun.
Nul doute que c'est sa foi qui lui a permis de déplacer les collines de son Burundi natal pour y construire plus de 500 maisons afin d'y abriter ces enfants. Sa foi, assortie d'un caractère et d'une intelligence d'une trempe exceptionnelle. Responsabiliser les bourreaux pour qu'ils prennent en charge les enfants de leurs victimes, il fallait oser. Or apparemment ça marche et toujours dans le respect de l'ethnie et des croyances de l'autre.

Il existe un livre sur elle, paru chez Albin Michel :  "La haine n'aura pas le dernier mot, Maggy, la femme aux 10.000 enfants" de Christel Martin.

Son message m'a fait réfléchir à la vanité de nos petites haines politiques si confortablement genevoises. J'étais prêt à pardonner même à ceux qui coupent dans les budgets de l'aide au développement...

Ceci dit, il n'y avait que des représentants de la Genève Internationale à cette conférence et aucun vrai Genevois, hormis trois journalistes. C'est grand dommage, cette dichotomie entre deux mondes, car "Maggy" est sans doute la personne la plus lumineuse et originale qui se soit exprimée à Genève cette année.
Il y a tout de même un organisme qui tente de faire le lien entre ces deux parties de notre ville, c'est le Mouvement pour Genève, qui tient ce soir conférence avec Walter Fust, le patron de la DDC pour questionner l'avenir de l'aide au développement, à 20 heures à la salle Point-Favre, à Chêne-Bourg. J'y serai.      

12/11/2007

La leçon vaudoise

Une fois de plus, l'alliance contre-nature de la droite avec la droite extrême s'est soldée par un échec cuisant dans le canton de Vaud.
Cela devrait faire réfléchir ceux qui prônent ce type d'alliances. Non seulement au sein de la droite, mais aussi au sein de la droite extrême.
Le problème est simple.
La droite extrême représente aujourd'hui 20% de l'électorat dans nos cantons lémaniques. Même en admettant qu'elle parvienne à grignoter encore quelques pour cent au sein des libéraux, voire des PDC (parmi les radicaux, à Genève, il semble que cela soit terminé) elle atteindra péniblement la moyenne suisse soit 30%. Mais en phagocytant les voix de la droite classique, pas en en gagnant un nouvel électorat.
Tout au contraire, au sein de la droite classique, un certain nombre d'électeurs préféreront toujours voter avec le centre gauche, les verts et la gauche pour barrer la route à l'aventure de la droite extrême. C'est ainsi et toutes les consignes de vote des partis n'y changeront rien.
A chaque fois qu'elle s'aligne sur les positions de l'UDC, la droite classique perd des électeurs. Parce que les positions spécifiques à la droite extrême déplaisent à la majorité de l'électorat et parce que la droite extrême s'ingénie à entretenir une image qui lui assure l'adhésion de son électorat, mais qui sert de repoussoir à la majorité des citoyens de ce pays.
Parce que la concordance avec une gauche raisonnable, on en connaît et l'on en mesure les inconvénients, mais on n'a pas du tout envie de connaître les inconvénients d'une gouvernance pilotée par la droite extrême.   
En jouant comme elle le fait avec la machine à perdre, l'UDC joue donc contre la mise en pratique de ces idées les plus raisonnables, celles qu'elle partage avec la droite classique. Elle fait le pari du jusqu'auboutisme, ce qui ne fait qu'entretenir la peur à son égard.
C'est son droit, mais à droite et au centre droit genevois, ceux qui n'ont pas encore ouvert les yeux feraient bien de se réveiller. Ce n'est pas dans un affrontement de blocs, droite contre gauche que l'on fera avancer les choses et le pays. C'est contraire à la tradition helvétique et de toute manière, ce type d'alliances offre la majorité au camp d'en face !
C'est en coopérant au centre avec les pragmatiques, au sein des partis de gauche et des écologistes, que l'on résoudra les problèmes concrets. Nous devons travailler avec ceux qui ont en ligne de mire l'intérêt commun et le sens de l'état en bandoulière. Pas avec ceux qui n'ont que la gloire de leur parti en tête et l'idéologie de l'extrême pour bagage.   

09/11/2007

Cauchemar inquisitorial

Je dis assez souvent du mal de la TSR pour en dire du bien quand elle fait au mieux ce qu'elle sait faire: du reportage intelligent, pointant du doigt les vrais problèmes. Le Temps Présent d'hier soir, rappelait que les affiches ont un impact sur les jeunes générations. Cet impact peut être extrêmement négatif.

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C'est le monde de demain que nous préparons aujourd'hui. J'ai beau me dire que de parler de la droite extrême leur fait de la pub, je ne peux m'empêcher de penser que le monde vu par eux me fait peur. Sur son blog ici même, M. Pardo explique benoîtement comment il a pisté l'adresse IP d'une personne qui l'insultait anonymement en lui envoyant des messages sur son adresse de la Tribune de Genève. Il est tombé sur un ordinateur professionnel et s'est arrangé pour savoir qui l'utilisait, avec des complicités à l'intérieur de l'entreprise. Une démarche inquisitoriale tout à fait désagréable. Le pire, c'est qu'il ne s'en rend même pas compte, puisqu'il s'en vante !
Sans publier le nom de la personne, car il est avocat et sait ce qu'il risquerait, il lui fait savoir publiquement qu'elle est identifiée, et qu'elle risque des ennuis en dévoyant ainsi l'usage d'un matériel professionnel sur son lieu de travail.

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De fait, ce n'est pas bien d'insulter ou de menacer les gens. Mais quand on est politicien et en plus d'un parti qui utilise volontiers la provocation, on peut s'y attendre… Mieux vaut avoir le cuir solide. Internet sert aujourd'hui de soupape à la pression populaire. je n'aime pas les propos haineux qui s'y développement, mais de là à les pourchassrr ainsi... Les blogueurs de l'UDC ne se sont d'ailleurs pas privés ici même d'utiliser des termes assez peu courtois à l'égard des partis de l'entente ("trou noir", quelle finesse M. Nydegger!) voire d'user de menaces voilées à l'égard de ma petite personne. Accessoirement, les propos adressés à M. Pardo n'étaient pas publics.

Les méthodes utilisées pour pister la coupable me paraissent en revamche révélatrices d'une mentalité totalitaire. Elles ressemblent à celles de la Stasi en Allemagne de l'Est, ou des "Sociales" de Franco. De gauche ou de droite, elles se ressemblent. Des méthodes fort dangereuses pour la démocratie. La droite extrême n'est pas encore au pouvoir. J'ai heureusement assez confiance en l'esprit de Guillaume Tell, le vrai, pour savoir que je ne serai pas seul à tenter de l'empêcher d'y accéder. Démocratiquement.

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Il serait temps que les tenants de l'économie libérale qui soutiennent ce parti se rendent compte qu'ils sont en train de se tirer une rafale dans le pied. Le parti radical genevois, éclairé notamment par Gilles Petitpierre s'est en tout cas nettement positionné à cet égard. Nous nous battrons pour nos valeurs, une concordance basée sur le soutien à l'Europe, le développement des énergies alternatives, l'abaissement de la fiscalité sur le travail et le financement de la recherche.

06/11/2007

Mère tolérance

Vu hier soir un excellent film sur TPS : In my country, de John Boorman avec Samuel Jackson et Juliette Binoche. L’Histoire qu’il raconte est universelle. C’est l’impossibilité d’assurer la domination d’une minorité sur une majorité sans recourir à des moyens d’une violence extrême, qui finissent rapidement par déshumaniser tortionnaires et victimes.

Le moment choisi, les auditions de la commission "Vérité et Réconciliation" en Afrique du Sud, illustrent la complexité des rapports humains dans des situations de violence que l’on voudrait ne jamais avoir à vivre. Las, elles existent. L’Afrique du Sud a tourné la page, la Colombie est en train d’essayer de le faire. Sa loi Justice et Paix fonctionne sur le modèle sud-africain.

On lui souhaite un succès au moins aussi équivalent. La chose devrait être facilitée par la relative absence de racisme en Colombie mais pour l’heure, la moitié des acteurs concernés refusent toujours de participer. Espérons que la médiation de Chavez aille dans le bon sens. Contrairement à l'Afrique du Sud, il n’y a pas encore eu de vainqueur clair en Colombie même si la guérilla recule. Rien ne prouve encore que toutes les parties finiront autour d’une table ou dans un prétoire.

Ce serait pourtant la solution idéale, pour mettre fin aux décennies de guérilla qui ont ensanglanté le pays. Mais il est rare qu'une vraie paix puisse s'installer sans un vrai vainqueur... et malheureusement des combats qui aient fini par lasser vraiment les deux parties. C'est pourquoi, le mieux avec la guerre, c'est de ne jamais la commencer.

Il y avait tout de même de beaux motifs d'optimisme dans le film: la poètesse afrikaneer qui combat le racisme apprend sur le tard que sa mère a eu des amis poètes sud américains et afros-américains durant ses études à Paris. Chaque génération pousse ainsi un peu plus loin le combat contre la bêtise en apprenant très tôt à respecter l'autre.

Ma mère a moi, à Normale Sup dans le Paris de la guerre, c'est Jacques Rabemananjara poète et indépendantiste malgache et Behanzin petit fils du roy du Bénin mort dans les geôles françaises, qui furent ses condisciples et amis. Merci à elle et à eux d'avoir fait montre de cette ouverture d'esprit.

PS: j'ai bien ri en découvrant l'affiche qu'expose aujourd'hui sur son blog M. Pardo, en se plaignant de ce que les médias n'en aient pas parlé avant, au lieu de se concenter méchamment sur celle des moutons. Pauvre Calimero. Le problème, c'est que cette affiche, personne ne l'avait vue avant aujourd'hui. En tout cas pas moi. Et vous ? J'attends vos réponses. 

 

05/11/2007

L'ADN de Zoé

On entrevoit aujourd'hui le déroulement des évènements dans l'affaire de l'Arche de Zoé:
Alors que le Darfour a été l'un des thèmes secondaires de la campagne présidentielle française, une ONG dont les membres se disent volontiers sarkozystes contacte l'Elysée juste après l'élection pour exposer son projet: faire venir en France, pour adoption, 1000 enfants du Darfour.
Les conseillers de Sarkozy ne sont pas très chauds. Pourquoi ? A l'époque des boat people, Jacques Chirac avait adopté une petite vietnamienne, devenue depuis une femme brillante et respectée, mais les temps ont changé. Faire débarquer un millier de petits africains alors que l'on expulse plusieurs dizaines d'adultes par mois et que l'on en refoule dix fois plus aux frontières de Schengen, parait effectivement paradoxal.
Par ailleurs, Terre des Hommes à Lausanne, consultée, se prononce de manière très critique pour des motifs qui lui appartiennent. Il est vrai que l'argent dépensé pour aller chercher les enfants pourrait être utilisé de manière beaucoup plus efficace su place, pour davantage d'enfants, mais il n'est pas dit que les mêmes sommes seraient récoltées…
Tête brûlée, le patron de l'ONG décide de continuer malgré tout, avec les moyens du bord et des relations de fortune. Qui lui permettent d'être véhiculés avec son équipe au Tchad par des avions militaires français. Ce qui n'a rien d'étonnant. Mon cameraman, malade, était lui aussi rentré d'Abéché à N'Djamena dans un Transall de l'Armée de l'Air… en compagnie de tchadiens avec leurs chèvres, vu que les avions sont parfois vides et que c'est le moyen de transport le plus pratique.
Le patron de Zoé se prépare même à aller en prison à son retour en France pour cette opération d'immigration clandestine. Il contacte et rencontre le Président du Tchad, avec qui est négociée la réhabilitation de l'orphelinat d'Abéché, dans la région du Président, où seront pris en charge et scolarisés les orphelins de sa propre ethnie, les Zaghaouas.
C'est là que le responsable de l'Arche de Zoé se retrouve coincé par son jusqu'auboutisme. Il est parvenu à se mettre en situation de récupérer les enfants et de les envoyer en France, où des familles ont déjà payé pour les frais occasionnés (et engagés par les différentes démarches) mais s'il va au bout, il contrevient à la fois aux lois françaises et aux engagements négociés avec les tchadiens.  
Il choisit l'escalade en trompant les responsables locaux à qui il n'est pas dit clairement que les enfants partent en Europe – s'il l'avait fait, sans doute aurait-il eu droit à une émeute de milliers de candidats au départ -  et en déguisant les enfants en blessés pour permettre une évacuation sanitaire. Un double mensonge clairement répréhensible, d'autant que ce n'était pas intrinsèquement la situation des enfants qui le rendait nécessaire, mais l'engrenage dans lequel il était pris, lui.
Cela justifie un procès, mais cela n'a rien à voir avec de la pédophilie, du trafic d'organes ou la traite des noirs comme cela a été avancé de part et d'autre. Ces enfants étaient destinés à des familles aimantes qui leur aurait apporté un avenir dans ce qui vu du Darfour, parait être le Paradis. Il se trouve que j'ai travaillé sur l'abolition. Les africains qui vendaient leurs frères aux blancs sur les côtes ont leur part de responsabilité et ne sauraient être absout. Mais les conditions faites aux esclaves dans les plantations étaient innommables. Il ne faut pas tout mélanger.
Surtout pas de la part d'un parti qui après avoir introduit les tests ADN facultatifs en catimini à la frontière propose maintenant de les rendre obligatoires. Doit-on leur rappeler qu'il existe des familles recomposées et que dans nos sociétés occidentales, on estime qu'un enfant sur 20 n'est pas de son père supposé ? Souvent avec l'assentiment du dit père. Sans parler des adoptions justement. L'important, c'est la famille dans laquelle vit l'enfant. Le reste c'est de l'intrusion inadmissible dans la vie privée des gens.  

04/11/2007

Aboyer contre les loups

Il y a quelques jours, j’ai écrit à chaud dans ce blog, mes impressions sur l’affaire de l’Arche de Zoé, en précisant clairement ce que j’en savais et ce que je ne savais pas. Ce n’était pas un article, juste un blog, l’une des différences essentielles étant qu’écrire un article est une activité professionnelle et rétribuée, qui fait intervenir toute une chaîne de production, en fonction d’une clientèle, tandis qu’un blog est personnel, gratuit, et lâché au hasard sur le net.

Plusieurs jours après, mon analyse à chaud est en grande partie confirmée, notamment par plusieurs journalistes africains, qui du Mali au Burkina Faso et même au Tchad, ce qui est particulièrement courageux, vont dans le même sens que moi. Certes il y a eu magouille, mais crime pas forcément, et en tout cas pas de la part des reporters. le gars de Capa a fait son boulot d'observateur critique. Il ramènene les images qui permettront de juger sur pièce.

Qui va s'intéresser maintenent au sort de ces enfants à moyen terme ? Certainement pas le gouvernement tchadien, qui n'a pas le début de la moindre structure pour, ni le gouvernement de Sarkozy, dont le but est atteint: ils restent au Tchad.

PARIS A ALERTE D'DJAMENA 

Cette affaire est d’abord une affaire de racisme, du genre de racisme qui fait que les gens d’une couleur qui adoptent ou prennent en charge des enfants d’une autre couleur sont mal vus par les racistes de leur propre communauté. Au courant depuis le mois de  mai, des responsables français ont jugé qu’ils ne voulaient pas voir entrer en France une centaine de bambins noirs sous prétexte d’aide humanitaire et ils ont alerté les autorités tchadiennes, qui jusque là n’y avaient vu que du feu.

Il est vrai que les responsables de l’Arche de Zoé, n'obtenant pas les autorisations officielles françaises,  n’avaient pas joué franc jeu. Ils ont répandu un regrettable écran de fumée, même si celui-ci n’était pas très épais, l’opération se déroulant aux yeux de tous.

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AUCUN ENFANT N'A ETE ENLEVE

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Les enfants ont été remis par les responsables des villages et par les parents qui s’occupaient d’eux. Non pas vendus, mais placés dans l’espoir d’une vie meilleure. Comme dans le cas de Madonna. Comme dans la chanson de France Gall ou le film israélien "Va, vis et deviens". Deviens quelqu'un là-bas, parce qu'ici, tu ne seras jamais que rien. 

Ce n’est pas un crime et je ne disais pas autre chose.

Ces enfants sont même apparemment de vrais orphelins, selon la définition du dictionnaire. La plupart ont encore quelqu’un « qu’ils considèrent comme un parent » ce qui dans un village africain désigne aussi bien un oncle qu’un cousin éloigné ou même la maman d’un copain. Mieux vaudrait parler de parentèle. On ne laisse pas tomber un orphelin, dans un village africain, et l’on partage le peu que l’on a. Mais si un symbole vivant de la fortune vient à passer, animé semble-t-il des meilleures intentions, on lui laisse volontiers le fardeau. Ici on laisse faire les services sociaux, mais là bas, il n’y a pas de services sociaux.

Involontairement, en utilisant la crise du Darfour pour tenter de faire entrer en Europe des orphelins d’Afrique, les gens de l’Arche de Zoé ont mis le doigt sur le lancinant problème des gigantesques écarts de standard de vie entre ici et là-bas, même quand les conditions de vie sont normales pour là-bas. Pour y remédier, il faudrait augmenter drastiquement l’aide au développement, celle-là même que certains partis ici s’ingénient à réduire. Les mêmes que ceux qui voudraient réduire le nombre d’étrangers. Des partis dont les membres se présentent volontiers comme défenseurs de la vraie foi, chrétienne cela va sans dire… Apparemment sans en avoir très bien compris tous les enseignements.

Les cris d'orfraie de quelques manifestants tchadiens ne s'expliquent que par la haine du blanc, que des siècles de racisme blanc en Afrique ont engendré. La dernière manifestation de ce racisme se déroule tous les jours dans les consulats: c'est la quasi impossibilité pour un Africain, même chef d'entreprise dans son pays, d'obtenir un visa  pour l'Europe, même de court séjour.

Sur la frontière du Tchad et du Darfour, parentèle et chefs de village ont remis à l'ONG 80% de garçons, dans une société hypermachiste où les filles sont dévalorisées. Parce qu'ils jugeaient ce placement comme une grande chance. Du point de vue africain, le seul vrai obstacle, c'est la religion. Dans cette région, les enfants sont musulmans. Les élever dans la religion chrétienne est perçu comme un pêché gravissime. Malgré cela, malgré le risque couru ils les ont remis à l'ONG. Parce que vivre à la frontière du Tchad et du Darfour, même sans guerre, c'est le purgatoire sur Terre et que l'ONG leur offrait l'espoir.

Certains disent qu'on leur a fait croire que les enfants partaient à Abéché, dans une école coranique. Emmenés par des blancs chrétiens, dont plusieurs femmes non voilées? Une telle crédulité étonne mais n'est pas impossible.  Ce qu'il y a de certain, c'est que recconaître que l'on a pris le risque de faire abjurer des enfants musulmans, dans l'ambiance islamiste des confins du Soudan, c'est risquer sa vie.   

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FRACTURE NORD-SUD

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Alors bien sûr l’Arche de Zoé a dérapé. Particulièrement si les gens qui ont confié les enfants n'étaient pas informés de leur destination finale. Dans tous les cas, mieux vaut effectivement chercher à améliorer le sort des gens sur place. Le déracinement des enfants est parfois difficile à supporter… J’ai au moins deux amis dans ce cas, noirs dans la quarantaine, adoptés tous bébés par des familles françaises, qui se posent des questions sur leur identité. Ils ne sont parfaitement à l’aise ni ici, avec la montée du racisme, ni là-bas car leur culture est d’ici. Mais au moins ils sont vivants, ce qui si l’on en croit l’espérance de vie à la naissance dans leurs villages d’origine est déjà en soi une performance. Ils disposent de bons métiers et de revenus confortables et agissent pour leurs communautés d’origine.  Là-bas, ils auraient connu une existence misérable tout au long de leur vie. Non pas sans joie, mais misérable et extrêmement difficile. Difficile à un point que l’on ne sait même plus imaginer en Europe de l’Ouest.

Un individu qui ne connaît que son monde n’est pas plus malheureux qu’un autre. Quel que soit ce monde. Mais un individu qui voit passer dans son village des extraterrestres dotés de moyens extraordinaires et qui découvre à la télé (au village d’à côté, où il y a une éolienne), l’opulence dans laquelle ils vivent, tandis que lui crève la faim, cet individu là se sent misérable. Pourquoi croyez-vous que des dizaines de milliers de jeunes venus justement de ces villages de l’intérieur (comme à l’époque de l’esclavage, mais cette fois de leur plein gré), risquent leur vie chaque année sur des radeaux de fortune ? Or ceux qui partent dans ces conditions ne sont que les plus courageux. Si l’ONG du coin offre le choix d’un aller confortable en avion, tous partent sans demander leur reste. Surtout quand il n’y a pas de reste. 

Je n’ai pas le détail des comptes de cette ONG là. Les sommes demandées aux parents adoptants ne me semblent à priori pas exorbitantes en regard des frais engagés. D'autant qu'il était prévu que le surplus soit versé aux enfants. Comme toutes les ONG, l’Arche de Zoé a des frais, de gros frais. Affréter un 747 n’est pas gratuit. En revanche, comme beaucoup d’employés d’ONG et même de fonctionnaires de l’action humanitaire officielle, les responsables de l’Arche de Zoé ont apparemment tendance à considérer leur action comme un but en soi. J'aimerais être sûr que les autres ONG qui ont tiré dans le dos de l'ambulance de Zoé ne l'ont pas fait pour éliminer un concurrent qui prenait de la place. Donc des budgets.  

L’humanitaire est devenu un métier, il y a même des écoles pour ça. Les salaires versés aux occidentaux des ONG sont des salaires occidentaux, ce qui grêve lourdement les frais de fonctionnement. Heureusement, certaines organisations cherchent à utiliser davantage les compétences locales et chaque franc versé aux autochtones est un pas dans la bonne direction.

MOINS D'HUMANITAIRES, PLUS D'INVESTISSEMENTS 

L’Afrique a de moins en moins l’usage de nos humanitaires européens et de plus en plus besoin d’investissements sonnants et trébuchants. Il faut bien sûr faire le maximum sur place pour éviter le coulage et les détournements, mais il faut, coûte que coûte, parvenir à injecter du cash dans les économies locales. Il faut chercher par tous les moyens à réduire cette fracture ouverte de plus en plus béante entre eux et nous. C’est une question de morale et de tranquillité d’esprit, c’est aussi une question de sécurité pour tous à moyen terme. On n’y parviendra pas en continuant sur le mode de la charité. Il faut prendre le problème à son échelle globale. Cela implique la mise en place d’une gouvernance mondiale digne de ce nom, par dessus les états-nations.

C’est précisément ce que j’explique en détails dans l’Utopie Urgente, livre qui vient de paraître chez Slatkine.  Grand merci à mes fervents admirateurs pour leur généreuse publicité :-)   

02/11/2007

Rendons l'aménagement à Mûller

Robert Cramer part à Berne, mais reste à Genève. Rien à dire, il a été élu sur cette base, sans jamais déclarer qu'il renoncerait à son job au canton. Par ailleurs, il n'est pas dans l'intérêt de ce même canton de remettre en cause, en milieu de législature, le travail commencé par une équipe qui fonctionne, à défaut de gagner à tous les coups…
Il y a des urgences, qui sont en train d'être traitées, notamment le très lancinant problème du logement. Il faut d'abord finir le travail entamé. Seulement, M. Cramer n'a pas le don d'ubiquité et il ne peut prétendre gérer en même temps l'un des plus gros départements de la République et sa charge bernoise.
Il se trouve que les solutions aux problèmes du logement pâtissent des lenteurs causées par le fait de dépendre de deux départements, l'aménagement du territoire relevant de Robert Cramer, et les constructions de Mark Müller. Comme si l'urbanisme et la construction proprement dite étaient indépendants. Il y a là une incohérence grave qui a échappé au Conseil d'Etat lors de la répartition des fonctions.
Remettons aujourd'hui l'église au milieu du village et l'aménagement à Mark Müller. Tout le canton en profitera. Robert Cramer pourra ainsi se consacrer le cœur léger à une tâche tout aussi essentielle: représenter Genève à Berne, en menant le combat qui convient au niveau fédéral pour l'adaptation de nos infrastructures.