06/12/2007

La tribune des FARC

Gustavo Kuhn, dans la Tribune et dans 24heures, s'en est pris violemment jeudi au président colombien Uribe, qu'il accuse de vouloir instrumentaliser Sarkozy, et surtout de refuser de négocier et donc d'être responsable du calvaire des otages. La thèse est bien connue : c'est celle des FARC.
Il est assez dommage que de grands quotidiens romands la fasse leur sans distance ni appréciation de la situation réelle. La liberté journalistique a tout de même quelques limites, la première étant de ne pas raconter n'importe quoi.
Rappelons donc quelques faits: les FARC accumulent crimes, racket, massacres de populations civiles (de paysans pauvres, faut-il le préciser), exactions diverses et trafic de drogue depuis une quarantaine d'années. Uribe n'est élu que depuis 6 ans et Ingrid Betancourt a été enlevée avant qu'il ne soit élu la première fois.
Les FARC ont usé, en vain, toutes sortes de négociateurs avant l'élection de Uribe, y compris le Vatican, l'ONU et le Président précédent, allant même jusqu'à enlever le négociateur d'alors, Araujo, parvenu à s'évader après six ans de captivité, à la faveur d'une attaque de son campement. Il est aujourd'hui le Ministre des affaires étrangères de Uribe.
Uribe n'a jamais refusé de négocier. Il refuse de démilitariser pour cela une zone du territoire national, chose que son prédécesseur avait accepté. Les FARC ont alors transformé là-dite zone en repère du crime organisé, avec prisons pour les otages, caches d'armes et laboratoire de transformation de la cocaïne.
Les FARC sont aujourd'hui aux abois. 2700 de leurs guérilleros, 20% des effectifs ont déserté depuis le début de l'année pour rejoindre les programmes de réinsertion du gouvernement. Ce au péril de leur vie s'ils se font prendre et de celles de leurs proches. Heureusement, la guérilla perd désormais suffisamment de ses capacités de nuisance pour les enhardir à déserter, le Gouvernement étant aujourd'hui en mesure de protéger leurs proches.
Les FARC sont encore cependant loin d'êtres inopérantes. Elles continuent d'enlever des gens, dès qu'elles en ont l'occasion. C'est là où blesse le bât des négociations. Les otages sont la seule vraie arme des FARC. Si elles s'en séparent, elles perdent tout impact sur la scène internationale et toute monnaie d'échange. Elles n'ont donc aucun véritable intérêt à les lâcher, sauf à obtenir quelque chose que le gouvernement ne peut pas leur donner : un statut d'autonomie et un territoire. Aucun gouvernement n'accède jamais aux désirs de brigands preneurs d'otages. Nulle part. Ce serait comme d'offrir un hélicoptère et l'impunité à des pilleurs de banque assassins.
La libération des 45 otages célèbres, tout autant que du millier d'anonymes encore aux mains des FARC est certes un objectif du gouvernement (quel fantastique coup électoral ce serait !) mais il ne veut pas avoir à recommencer le même cirque dès le lendemain matin, avec de nouveaux séquestrés. Uribe veut négocier, mais pour obtenir la reddition et la dissolution des FARC, le retour définitif de leurs troupes à la vie civile.

C'est ce que veut également l'immense majorité des Colombiens, de gauche comme de droite.

Les positions sont très difficilement conciliables. C'est pourquoi, en chat échaudé, Sarkozy se contente aujourd'hui d'un appel. Mais d'un côté, il y a un Président élu démocratiquement, soucieux de tout son peuple de par sa fonction et de l'autre, un groupe de criminels endurcis. Il est regrettable que de de grands médias donnent l'impression de l'oublier, par l'attitude inconsidérée d'un collaborateur..

Les commentaires sont fermés.