09/12/2007

L'intégrité, valeur personnelle

A la remise du prix Jean Dumur, Pascal Couchepin s’est exprimé devant tout ce que la Suisse romande compte de rédacteurs en chefs, d’éditorialistes réputés, de simples scribouillards et d’apprentis journalistes. Son exposé chaleureusement applaudi traitait de l’intégrité en politique et dans les médias. C’est une valeur qui se forge à l’intérieur de soi-même, disait-il en substance. Qui n’est pas forcément comprise par l’électeur ou les lecteurs, sauf peut-être sur le long terme, voire dans les bilans post-mortem.

L’intégrité, quoi qu’il en coûte, ne marche pas toujours dans le sens du vent. Elle peut conduire à l’échec plutôt qu’à renoncer à ses valeurs intimes. Elle peut aussi pousser, si l’on est intègre sans être naïf, à mener une politique contraire à ses promesses électorales. Car on est rarement élu en disant la vérité et l’important reste de mener la meilleure politique possible pour le bien public…

Reste que l’intégrité n’est pas une valeur médiatique et moins encore une valeur politique. Elle n’a rien à voir avec la fidélité envers une chapelle de pensée, ou envers la main qui nourrit. Elle doit dénoncer ce qu’elle croit injuste ou incorrect, au risque de se faire mal voir. Elle réconforte l’âme, mais n’assure que rarement le confort matériel.

En ce qui me concerne, j’ai toujours été libre et j’y tiens énormément. Je dis ou j’écris ce que je pense, ce qui m’a valu quelques déboires, plus en télévision qu’en presse écrite d’ailleurs. J’ai chèrement payé mon indépendance, et mon intégrité personnelle, dans mon costume de conseil en communication, consiste à ne défendre que des causes dans lesquelles je crois.

Sur la Colombie, par exemple, j’approuve la politique de fermeté du Président Colombien Uribe, parce que dans les circonstances présentes, que je connais bien, elle m’apparaît comme le seul moyen de mettre fin à un demi-siècle de violence, dans un pays que j’aime. Mais en d’autres circonstances, Uribe serait sans doute trop à droite, rigide et traditionaliste à mon goût.

Notons tout de même que son côté catholique conservateur l’a conduit, au moins autant que les pressions franco-étasuniennes, à accepter l’idée d’une zone neutre. Il a été sensible au message d’outre-tombe d’Ingrid, qui révélait une foi intime et assez inattendue de la part de l’écologiste francophile. Je ne suis pas croyant, mais lorsque la foi peut aider à résoudre les conflits, j’approuve. C’est aussi cela l’intégrité.

L’intégrité commande également d’être lucide et donc parfois cynique. Les chances de voir libérée Ingrid Betancourt avant Noël me paraissent très faibles et cela me désole, car j’ai adoré son livre et je respecte la femme politique, capable de jouer sa liberté sur un coup de tête. A l’époque, les sondages la cantonnaient dans des pourcentages inférieurs à la marge d’erreur… Elle croyait en son étoile et n’a jamais imaginé se faire piéger pour six ans.

Le problème, c’est que les FARC n’ont rien à gagner d’un échange humanitaire. C’est pour cela que les otages n’ont toujours pas été libérés et ne sont pas près de l’être, à moins d’une négociation qui aboutisse sur l’essentiel : le sort des chefs des FARC après leur reddition. Celui des simples combattants est réglé depuis longtemps par la loi Justice et paix : ils seront libres et réinsérés. C’est pourquoi nombre d’entre eux désertent, tandis que ceux qui restent sont devenus eux aussi, quasiment des otages de leurs chefs.

C'est pourquoi aussi j'affirme que c'est une erreur grossière que d'assimiler les FARC à un quelconque romantisme révolutionnaire latino-bolivarien… Marulanda n'est pas Allende, ni même le Che. Même si celui-ci a collectionné les cadavres à La Havane, lorsqu'il était dans la jungle bolivienne, il quémandait sa nourriture et celle de ses hommes aux paysans. Il ne les rackettait pas, sous la menace de leurs armes, comme le font les FARC. A côté de Marulanda, Mladic est un enfant de choeur.

Uribe, lui, n'est ni Pinochet, ni un colonel argentin, ni le Général Alcazar. C'est un démocrate élu, contraint à mener une politique de fermeté face à des gangsters, parce qu'en 50 ans, toutes les autres politiques ont échoué.

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