13/12/2007

Ainsi périssent les ennemis de la République

Il y aura désormais au moins un zürichois qui se souviendra que le 12 décembre, périssent les ennemis de la République…
Elle n'est pas de moi, mais je la trouve excellente. Surtout devant une marmite!
J'ai aussi entendu des amis rappeler que Blocher avait eu le mérite de briser des tabous, de dire enfin des choses que le politiquement correct préférait taire.
C'est faux
Cette fable est le fruit d'une personnalisation excessive et de l'excellence d'un service de communication pléthorique, relayé trop souvent par d'éminents confrères. Qui devraient parfois rouvrir un dictionnaire. Un plébiscite, c'est une majorité écrasante. Pas 29% des voix.
Blocher n'a brisé aucun tabou, parce que le mouvement sur lequel il s'est greffé constituait une vague de fonds à l'échelle européenne, voire mondiale.
Je ne parle même pas du nationalisme, qui n'est pas ce à quoi faisaient allusion mes amis et qui ressurgit partout, même à gauche. Je pense à la remise en cause des excès de ce que l'on appelle Mai 68 : laxisme éducatif, permissivité des moeurs, démission de l'autorité, mépris des valeurs culturelles traditionnelles.
Depuis 40 ans, nous sommes certainement allés trop loin dans le laisser faire. Mais l'Histoire est pleine de ces mouvements de balancier, et celui qui se produit en ce moment dépasse largement la petite personne de M. Blocher. Les premiers à l'initier furent d'ailleurs les nouveaux philosophes français, peut-être parce qu'ils venaient précisément de ce qu'il y avait de plus extrême et dogmatique dans Mai 68, le maoïsme.
Remarquez aux Etats-Unis, le même mouvement s'est produit, mais les "libertarians" venaient plutôt du trotskysme…
Cette remise en cause était nécessaire, pour rééquilibrer la balance, mais il est tout à fait contreproductif de pousser le balancier à fond dans l'autre sens, en oubliant le pourquoi de la révolte contre un carcan bien trop étroit. Or l'excès, c'est précisément le pain quotidien de M. Blocher.
Dans son discours, il y a des éléments pertinents et ceux-là, non seulement il ne les a ni inventés, ni révélés, mais ils trouvent naturellement place dans notre discours politique. Dans presque tous les discours politiques contemporains d'ailleurs et son seul génie est d'être parvenu à les incarner en Suisse.
Le tribun zürichois n'a en aucun cas initié un courant de pensée international, qui le dépasse. Il est en revanche parvenu à le chevaucher, pour sa seule gloire personnelle, avec tous les dangers que cela peut représenter en termes d'appétits de pouvoir personnel. D'autant que dans le discours de ce que l'on appelle l'UDC zürichoise, il y a tout de même quelques éléments grossièrement provocateurs, inutiles et nuisibles, qui rendent infréquentable cette partie de l'UDC. 
Grâce aux soubresauts de la démocratie helvétique, le cavalier trop cavalier est tombé hier de sa monture.  

Commentaires

Qui est l'otage de la gauche?
L'UDC rentre massivement dans l'opposition. Massivement mais pas toute entière.
Cela n'empêche pas la majorité du Conseil Fédéral de rester clairement ancrée au centre droit, avec deux radicaux, deux UDC et une PDC très en pointe sur l'économie.
Ce qui reflète bien la volonté de la majorité du peuple suisse.
Hormis sur des sujets tels que l'Union europénne, on voit mal l'UDC s'opposer frontalement aux mesures qui seront prises parce ce Conseil Fédéral là, sauf à devenir schyzophrène et se retrouver alors, elle, pour de vrai l'otage de la gauche.
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JETER LE MASQUE
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Pour s'opposer il faut de la matière. Or la seule matière qui permette véritablement à l'UDC de s'opposer à ce gouvernement, sauf à pinailler sur les détails, c'est précisément cette partie honteuse de son discours, celle où l'on sent poindre des relents nauséabonds, qui vient d'être rejetée par le Parlement.
En se cantonnant dans l'opposition, ils se forcent à jeter le masque et alors ce n'est pas grimper à 35% qu'ils vont obtenir, c'est dégringoler à 20 ou 25, qui est le socle maximal que semble pouvoir obtenir aujourd'hui en Europe des partis d'extrême-droite.
20% dans un premier temps, car lorsque la dégringolade commence, il est très difficile de l'enrayer. La seule solution viable, pour l'UDC et pour l'ensemble de la droite, c'est de faire une croix sur le passé blochérien. Mais cela, ils risquent de mettre encore du temps à le comprendre.

Écrit par : Philippe Souaille | 13/12/2007

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