16/12/2007

Que des bonnes nouvelles

Les chômeurs genevois auront leur loi, qui aidera les travailleurs à retrouver plus rapidement de vrais emplois, et permettra de s'occuper des cas sociaux avec les moyens qui conviennent.
Les finances du canton ne seront pas mises à mal par des prélèvements inconsidérés, susceptibles de frapper injustement le haut de la classe moyenne et de faire fuir les vraiment très riches sans possibilité de les retenir.
La logique centriste, consensuelle et pragmatique mais surtout intelligente du Conseil d'Etat a rencontré un large soutien et c'est tant mieux. Les radicaux genevois sont la cheville ouvrière de ces résultats et la population a suivi leurs mots d'ordre. Merci à eux. Au-delà de la bonne gestion à court ou à moyen terme, il faut cependant réfléchir en même temps aux meilleures manières d'organiser l'avenir. De préserver ce qui peut l'être dans un monde en mouvement et de modifier le reste.  
Chaque société, chaque culture à sa logique propre sur l'art et la manière d'imposer le contribuable, mais aussi de dépenser l'argent récolté. En gros, on peut considérer que plus une société compte de filets de protection, plus elle relativise la nécessité de la réussite ou tout au moins de la prise en charge individuelle. L'inverse étant également vrai. L'URSS est morte de ce constat et l'économie étasunienne est plus performante que la notre, parce que les gens sont obligés de se remuer. C'est marche ou crève. Plus performante, mais pas forcément plus heureuse.
Ce type de société n'est pas seulement plus rude et moins compassionnelle, elle doit aussi dépenser beaucoup plus pour sa protection. Les Etats-Unis,  fort avares en dépenses sociales, claquent un argent fou en dépenses militaires… et en infrastructures carcérales, car même si les prisons étasuniennes sont de plus souvent privatisées, le système judiciaire coûte fort cher. En absence de filet social, la délinquance atteint des taux plusieurs fois supérieurs aux nôtres, ce qui n'est agréable pour personne.
C'est le même phénomène en Colombie, où historiquement, le pouvoir économique était concentré entre les mains de quelques dizaines de familles. Ce qui a donné des affrontements sociaux très durs, au milieu du XXème siècle. Ils ont débouché sur les guérillas que l'on connaît, stimulées par la possibilité locale de se financer sur le trafic de drogue. Pour se défendre, de riches propriétaires ont alors eu recours à des milices privées, souvent très cruelles… qui leur coûtait au moins aussi cher qu'un impôt de solidarité, sans pour autant rétablir leur qualité de vie…
Aujourd'hui la classe moyenne colombienne est arrivée au pouvoir et a entrepris de casser les reins des guérillas et des milices de contre-guérillas, mais aussi de mieux répartir les richesses, afin de supprimer leur raison d'être. C'est la condition sine qua non pour parvenir à la paix. A l'heure où la paupérisation revient en Europe, tandis que les pauvres hères du monde entier campent aux portes de la prospérité, il faut inventer de nouvelles formes de partage et de solidarité, qui puissent préserver l'initiative individuelle sans exacerber la violence sociale.
J'en explore quelques pistes dans l'Utopie Urgente, parue chez Slatkine.

Commentaires

Vous êtes un gauchiste qui s'ignore! ;-)

Écrit par : Sandro Minimo | 17/12/2007

Je n'ignore rien du tout. J'ai été gauchiste, cela fera 40 ans l'année prochaine et cela fait 30 ans que je ne le suis plus.
Les gauchistes (quoique le terme n'ait plus vraiment de sens) ont une vision idéologique et extrémiste de la société, donc forcément partiale et fausse. Mais l'extrême opposé, le libéralisme absolu est tout aussi idéologique et lacunaire.
Le juste milieu, selon moi consiste à privilégier la responsabilité individuelle et l'économie de marché, tout en prévoyant les moyens d'aider ceux qui n'ont pas les moyens du combat.
Toutefois, en acceptant leur dépendance, les assistés ne doivent pas s'attendre à vivre dans les mêmes conditions, voire même à bénéficier des mêmes droits que ceux qui les assistent.
Par ailleurs, j'estime que la société doit également faire en sorte que l'effort, quel qu'il soit, soit rétribué à sa juste valeur. Ni trop peu, ni trop.
Dans le système actuel, certains gagnent beaucoup trop par rapport à l'effort qu'ils fournissent, et c'est souvent dans des domaines qui ne sont pas vraiment utiles à la société.
La course folle à la croissance, donc à la consommation est également un problème. Mais je suis pragmatique et j'essaie, dans la mesure de mes moyens, de réfléchir aux méthodes qui permettraient de corriger les excès en douceur, en évitant les crises majeures.

Écrit par : Philippe Souaille | 17/12/2007

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