28/12/2007

Justicia y Paz

Excellente nouvelle, Laurence Mazure, correspondante de la Tribune de Genève à Bogota, se décide à faire des papiers rendant compte de la complexité de la situation colombienne. Elle conserve sa sensibilité personnelle, ce qui est la moindre des choses, mais au moins essaie-t-elle de rester objective, ce qui rend son papier beaucoup plus intéressant.
Du coup, elle pose les vraies questions. La profonde cassure entre d'une part, la très grosse majorité des Colombiens, plus ceux qui connaissent la Colombie de l'intérieur et d'autre part, l'opinion publique internationale, notamment francophone, agitée par le romantisme robin-des-bois dont on su s'affubler les FARC, abondamment relayé par la famille française d'Ingrid Betancourt, obsédée, c'est normal, par sa libération.
Ce qui amène des situations ubuesques, comme celle que vit le pays en ce moment. Un fonctionnaire international en poste à Bogota confiait en privé hier soir : "On mobilise de part et d'autre des milliers de personnes, des escadrilles entières, tous les gouvernements de gauche du continent et ça coûte un pognon fou, pour libérer 2 personnes et demie, alors que 3000 autres demeurent séquestrées. Et cela juste pour une opération médiatique à la gloire de Chavez et Sarkozy".
C'est vrai que cela n'a pas de sens. Sauf si derrière tout ça, il y  a un espoir de vraies négociations, de réelle sortie de crise. Le bruit court (toujours selon mon fonctionnaire international et non pas le Gouvernement colombien, je tiens à le préciser) que l'opération pourrait permettre, directement ou indirectement, de faire sortir du pays 250 responsables des FARC, qui une fois à l'abri au Venezuela, pourraient négocier sérieusement la fin des hostilités, la libération de tous les séquestrés et la reddition des troupes, le Gouvernement colombien ayant mis en place de son côté un fonds de plusieurs dizaines de millions de dollars pour s'occuper de la réintégration des hommes et femmes de troupe. Lire à ce sujet l'interview publiée par Infosud : http://www.infosud.org/spip/spip.php?article1172
L'histoire n'est peut-être qu'un conte de Noël, mais elle est jolie. L'exil est certes une punition bien légère pour certains des crimes commis, mais si c'est le prix à payer pour la paix ! Certains chefs de milices para-militaires l'auront peut-être mauvaise… Eux sont passés en procès, de par la volonté du gouvernement Uribe qui, il faut le rappeler, a tenu à faire le ménage en son propre sein. C'est Uribe qui, en vrai démocrate, persuadé des bienfaits de l'état de droit, laisse la Fiscalia (l'équivalent de notre Procureur Général) investiguer et condamner jusqu'au cœur du pouvoir.
L'athmosphère n'a plus rien à voir avec celle des années 80, de l'Union patriotique et de la guerre froide. La géopolitique mondiale et latino-américaine a profondément changé, et ce sont les fils et les filles qui sont aux commandes. Sauf chez les FARC. Le credo des nouvelles générations, c'est l'instauration d'un Etat démocratique et pacifique qui protège tous ses citoyens.

L'extrême gauche romande s'inquiéte régulièrement du nombre de syndicalistes assassinés en Colombie. Seulement, le chiffre avancé est six fois supérieur à la réalité (en soi inadmissible) et ignore superbement le résultat des enquêtes menées par la fiscalia, qui jouit d'une heureuse réputation d'incorruptible: dans plus de la moitié des cas, il s'agit de règlements de compte entre sympathisants de groupes rivaux ou de l'élimination de "déserteurs". Les FARC éliminent en effet les membres de l'ELN depuis que celle-ci a entamé des négociations de paix et les proches des FARC qui s'éloignent de l'organisation sont systématiquement assassinés. Mais dans la propagande en Europe, cela devient des exactions de para-militaires, qui ont pourtant déjà largement assez de meurtres en tous genres sur la conscience.

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