05/01/2008

Le rôle de Chavez

Il suffit que je parte en vacances et le monde se met à tourner à l'envers. Au moins je n'y suis pour rien. Le Courrier a fait un vrai travail de journaliste et trouvé un diplomate qui lâche le morceau: "Chavez s'est mué en véritable porte-parole des FARC". Ce qui remonte à loin. Le rêve de tout latino-américain de la région andine est de reconstituer la Gran Colombia de Bolivar qui réunissait, juste après la guerre d'indépendance, tous les pays de la zone en un seul. Chavez est bien près d'y parvenir, grâce à son pétrole, à l'enseigne du socialisme qui réunit aujourd'hui tous ces états sauf un, mais pas des moindres, la Colombie. Pire, bien que beaucoup moins riche en pétrole (ou peut-être à cause de…) et en proie à la violence que l'on sait, la Colombie est le pays le plus dynamique, celui qui fait les meilleurs choix économiques à moyen terme.
En Amérique latine, les anti-chavistes les plus virulents sont persuadés que l'homme au béret rouge veut se servir des FARC pour installer un pouvoir à sa botte à Bogota. Je ne le pense pas. Contrairement à ce qu'écrivait le Temps durant les fêtes (je vous disais que c'est le monde à l'envers), les FARC sont militairement acculées et ne contrôlent plus véritablement aucune part du territoire colombien. Ils sont certes encore discrètement présents, dans plusieurs zones de jungle, mais n'ont absolument pas les moyens de s'incruster où que ce soit si leur présence quelque part est révélée. Ils ne menacent plus aucun axe important et sont continuellement sur la défensive, avec des sources d'approvisionnement de plus en plus aléatoires.
Par ailleurs entre le soutien médiatique romanesque de quelques guérilleros de jungle et la tolérance envers une prise de pouvoir néo-stalinienne, il y a une marge que le reste du monde occidental n'est sans doute pas disposé à laisser franchir. Cela Chavez le sait. Il sait aussi qu'un discours de gauche démocratique aurait davantage de chance de s'imposer à Bogota si la violence des FARC ne cristallisait pas l'animosité des colombiens. Chavez a donc besoin que les FARC rendent les armes, mais sans que cela n'apparaisse comme une victoire d'Uribe qui saurait en tirer les bénéfices électoraux pour un bout de temps.
D'où son souci d'arriver à un accord négocié dans lequel il s'arroge le beau rôle, qui puisse démontrer que la politique de fermeté d'Uribe n'est pas la meilleure manière de faire. Seulement pour l'heure, c'est la seule qui marche. Et au vu du jusqu'auboutisme de Marulanda et de ses sbires, ce n'est pas prêt de changer. Tout de même, tout ce cirque pour rien. Comme l'ont fait remarquer des diplomates Brésiliens, toujours remarquablement formés et informés, si vraiment les FARC voulaient vraiment libérer des gens, la manière la plus simple et la moins dangereuse pour tout le monde, c'est de les poser clandestinement quelque part, à proximité d'un village qu'ils puissent atteindre en une heure de marche, ou même en pleine jungle, et de vider les lieux avant de livrer les coordonnées de l'endroit. Seulement, dans ce cas de figure, aucune chance pour Chavez d'être devant les caméras de télé avec les otages et leurs familles…

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