07/01/2008

Mondialisation: la fin des accords ACP

En vigueur depuis 1975, la Convention de Lomé (devenue entre-temps de Cotonou) est morte le 31 décembre dernier. Elle permettait aux pays ACP, c'est à dire en gros les ex-colonies françaises et britanniques d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique de vendre sans droits de douane leurs produits dans l'Union Européenne.  Une possibilité, qui à quelques notables exceptions près, n'a pas été utilisée autant qu'elle aurait du. Les pays d'Afrique ou leurs populations, continuant de se préoccuper davantage d'importer des biens européens d'occasion que de produire des biens exportables. Seules quelques entreprises agricoles en ont profité, ainsi qu'un tout petit peu de commerce équitable.
Les produits européens, neufs ou d'occasion étaient en revanche fortement taxés à l'importation en Afrique, les droits de douane générant facilement dans ces pays, 50, 60 ou même 80% des recettes fiscales totales, contre à peine 10 dans un pays développé. De fait dans une économie en majorité informelle, il est beaucoup plus facile de prélever sa dîme à la douane que de pourchasser des contribuables dépourvus de salaires ou des entreprises sans comptabilité. Les conséquences sur le coût de la vie étaient désastreuses, puisque le prix des produits importés était doublé.
Paradoxe africain: en dépit de décennies de ce protectionnisme absolu, la production locale n'est jamais parvenue à décoller. La production de cultures vivrières immédiatement consommées dans le cercle familial ou villageois continue d'être l'activité principale, voire unique d'une majorité de la population, une grande part du reste se contentant d'acheter et de revendre là-dite production ou les biens de consommation importés. Enfin, la petite partie de la population la plus aisée est essentiellement composée de fonctionnaires payés… grâce aux taxes prélevées à l'importation…
Paradoxe asiatique: les pays d'Asie qui en 1960, étaient économiquement plus mal classés que les pays d'Afrique et n'ont pas bénéficié des accords de Lomé ont presque tous fini par décoller de manière spectaculaire et taillent aujourd'hui des croupières aux pays occidentaux. Y compris les pays d'Asie tropicale.  
Paradoxe latino : les anciennes colonies espagnoles ou portugaises n'ont jamais eu droit non plus à la protection des pays ACP. Et sont aujourd'hui, pour la plupart d'entre eux, des pays émergeants en plein boom… Qui ont fait pression à l'OMC, devant la chambre de règlement des conflits, pour faire abolir les privilèges des pays ACP. Selon leur logique, une aide à un pays en développement doit être accordée à tous les pays en développement et pas seulement à certains… Même si ceux qui n'en bénéficient pas sont déjà copieusement irrigués d'investissements étasuniens.  

L'Europe a donc cédé, d'autant que les nouveaux arrivants de l'UE se sentent peu concernés par les ex-colonies franco-britanniques. Aujourd'hui les anciens pays ACP qui signent le nouvel accord de libre-échange APE avec l'UE sont censés accepter 80% des produits importés européens sans taxe. Tout en continuant de taxer les produits chinois ou brésiliens en fonction des accords passés sous l'égide de l'OMC avec ces pays. Beaucoup d'anciens pays APE renâclent, refusent d'abandonner le protectionnisme d'antan, car c'est tout leur équilibre économique, déjà précaire qui menace de s'écrouler.

De fait la concurrence agricole, sous forme de produits subventionnés du Nord déversés sur le Sud parait assez déloyale. Sauf que ce sont les produits agricoles du Sud qui devraient logiquement se déverser sur le Nord. On peut légitimement se demander s'il ne vaut pas mieux laisser s'écrouler un système qui se maintient en état de faillite permanente depuis plus de 30 ans… Peut-on imaginer des mesures qui permettraient de passer le cap sans trop de dégâts ? C'est l'un des thèmes de mon livre l'Utopie Urgente. Nous pourrons en débattre à l'issue de ma conférence à l'Institut et Musée Voltaire, mardi 15 janvier à 20 heures, 25 rue des Délices (entrée libre)
  

Les commentaires sont fermés.