08/01/2008

Colombie: le syndrome de Copenhague

Hier, à Genève, M. Delloye, le père des enfants d'Ingrid Betancourt s'en est à nouveau pris au Gouvernement colombien davantage qu'aux ravisseurs de son ex-épouse. Exactement ce que décrit le grand quotidien de gauche espagnol El Pais, dans un article que je me permets de résumer ici:
" A Stockholm, des gangsters coincés dans la banque qu'ils dévalisaient ont retenu en otage clients et caissiers durant six jours. A la fin, des liens d'amitié s'étaient noués entre ravisseurs et séquestrés, donnant naissance à ce que les psychologues appellent le syndrome de Stockholm.
Dans le cas de la Colombie, on pourrait parler de syndrome de Copenhague, car s'il est rarissime que les milliers de séquestrés par les FARC prennent en affection leurs ravisseurs, les intelligentsia scandinaves et francophones leur vouent une étrange admiration. Au Danemark, des associations recueillant ouvertement des fonds pour financer les activités des FARC ont été poursuivies en justice, les FARC étant placées par l'UE sur la liste officielle des organisations terroristes… mais les juges danois ont classé l'affaire.
En France, la presse s'en prend à longueur de pages à un gouvernement démocratiquement élu, qu'elle rend responsable de la non-libération des otages, alors qu'il s'agit à l'évidence de mensonges éhontés des FARC".
Les déclarations de M. Delloye y sont malheureusement pour beaucoup. C'est son droit de voir en Chavez l'unique salut de son ex-épouse, mais il ment lorsqu'il affirme qu'Uribe connaissait de longue date l'accueil du petit Emmanuel dans un orphelinat, ou que ce sont les attaques de l'armée colombienne qui ont empêché la libération des prisonnières.  

 

Comme les journaux qui font leur travail l'ont révélé, le Président Colombien a su à Noël seulement qu'Emmanuel pouvait ne plus être aux mains des FARC. Les services colombiens ont en effet surpris des transmissions affolées des FARC, lorsque le "parrain" chargé de le récupérer a appris que l'enfant n'était plus à l'orphelinat où il l'avait laissé, mais depuis plusieurs mois dans une famille inconnue. Il a pris peur, car les FARC ne tolèrent pas l'échec et il s'est réfugié avec toute sa famille dans un commissariat. 
En l'apprenant, la Fiscalia (le Procureur Général) a déclenché l'enquête ADN pour vérifier la filiation. Comme la famille Rojas était à Caracas, c'est là-bas que les prélèvements ont été faits et Chavez a été au courant presque en même temps qu'Uribe. Mais au début, personne n'y croyait et surtout pas Chavez, qui pensait qu'Uribe voulait l'entourlouper. 

 

Il y a bien eu des combats au cours desquels un important chef militaire des FARC a été tué, mais à la frontière avec le Venezuela. Rien au centre du pays, là où les FARC avaient dit qu'ils rendraient l'enfant et où Uribe avait promis que l'armée n'attaquerait pas. La trêve annoncée a été respectée dans la zone convenue, mais ni les FARC ni Chavez n'avaient parlés de la frontière avec le Venezuela.
Et pour cause, puisque toute cette vaste opération de libération médiatique avait été déclenchée pour faire oublier l'enquête de journalistes espagnols révélant, dans El Pais, l'existence de bases arrières des FARC au pays de Chavez, et peut-être même de camps de prisonniers.
On dit aujourd'hui que les deux femmes pourraient être libérées directement au Venezuela. Ce qui éclaire d'un tout autre jour les-dits combats. Ont-ils eu lieu au moment où les FARC tentaient de faire passer la frontière à leurs prisonnières pour pouvoir les libérer en Colombie?
Dans tous les cas, que les prisonnières soient au Venezuela ou en Colombie, qu'est-ce qui empêchait ou qui empêche de les libérer tout simplement, en les relâchant discrètement, comme cela c'est déjà produit des milliers de fois depuis des années après que les rançons aient été payées ? Quoi sinon l'hypermédiatisation ?

Contrairement à ce qu'affirme la famille Delloye, il n'est pas du tout certain que la médiatisation internationale profite aux otages. On peut même être presque sûr du contraire puisque des otages dont on ne parle pas sont régulièrement libérés en Colombie, contre monnaie sonnante et trébuchante.

Au contraire, les douze "otages politiques" assassinés cet été par les FARC l'ont été dans le cadre du processus d'intimidation permanent que mènent les FARC, dans lequel la famille Delloye joue un rôle sans doute involontaire, à l'évidence manipulé, mais essentiel.  
Ce qui est sur et certain, c'est que l'hypermédiatisation et peut-être même la médiation telle qu'elle est menée, nuit aux intérêts de la Colombie et des Colombiens, car elle retarde le processus inéluctable en laissant croire aux FARC qu'ils pourraient avoir d'autres portes de sortie que celles qu'on leur tend : une fuite à l'étranger ou une reddition honorable, assortie d'une peine lègère pour les chefs et de la réinsertion immédiate pour les hommes et femmes de troupe.  

 

On peut se demander si les réactions seraient les mêmes si, au Danemark ou en France d'anciens gauchistes transformés en trafiquants de drogue dure kidnappaient les citoyens sur les routes, des gens comme vous et moi, patrons d'usine ou simples profs pour les saigner aux quatre veines, tout en forçant les plus pauvres à payer l'impôt, même ceux que l'Etat déclare non imposables ? S'ils enlevaient les enfants, séparaient les familles durant des années entières, séquestrant leurs prisonniers dans des conditions épouvantables et cela à grande échelle ?

Tout le monde en Colombie a eu un ou plusieurs proches enlevé ou victime de la violence. Cela ne peut plus durer. Dans le Monde d'aujourd'hui, l'envoyé spécial à Bogota raconte les réactions de députés de gauche colombiens et d'anciens communistes qui traitent les FARC de nazis. Je n'irai personnellement pas jusque là, mais de pirates, sans doute, d'êtres sans foi ni loi, incontestablement. D'individus, surtout, qui au-delà du bien et du mal ont depuis fort longtemps perdu toute notion d'intérêt collectif ou social pour ne plus être obnubilé que par leur statut personnel. Ce qui est loin, très loin d'être le cas de l'équipe dirigeante mis en place par Uribe pour mener la guerre contre les FARC, contre la violence, contre la drogue et contre la pauvreté, qui est cause initiale de tout le reste..

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