15/01/2008

Colomb, le Pianiste et les subprimes

Une dépêche ats de ce matin annonce la grande nouvelle: Christophe Colombe a rapporté la syphilis des Amériques. Tu parles d'un scoop. Je me souviens avoir fait un exposé sur les MST en cours de sciences nat, il y a 39 ans, qui disait exactement la même chose. On peut même suivre très précisément la manière dont elle s'est ensuite répandue dans toute L'Europe avec les guerres de la Renaissance. Les Espagnols, par le Royaume des Deux Siciles qui leur appartenait, l'ont introduite en Italie, d'où François 1er l'a ramenée sous le nom de Mal de Naples, puis les Anglais l'ont appelé la Maladie française, etc… Des connaissances à la portée d'un ado de 13 ans, il y a 38 ans déjà. Merci Tout l'Univers, génialissime encyclopédie d'alors. La seule nouveauté, c'est qu'on invoquait à l'époque plutôt une mutation de la peste porcine et qu'on parle aujourd'hui du pian, la chose étant confirmée par une étude génétique. La mondialisation ne date pas d'hier… les problèmes quand à l'utilisation des connaissances non plus. On ne peut plus aujourd'hui être humaniste, au sens de posséder l'ensemble des connaissances humaines. Et une tête bien faite vaut mieux qu'une tête bien pleine. Mais les carences de connaissances historiques dans la population me navrent. Du coup, on refait sans cesse les mêmes erreurs. Ce n'est pas prêt de changer. J'entendais ce week-end deux ados de 13 ans, plutôt bons élèves expliquer combien ils aimaient les films catastrophes. Notamment le Pianiste, vraiment trop fort… Vous êtes sûr que l'on parle bien du même film, là ? Ben oui, le pianiste, dans la ville détruite… Mais ce n'est pas un film catastrophe, c'est un film historique, c'est en grande partie une histoire vraie, et les décors, ça c'est vraiment passé comme ça… Waouh, trop fort, c'est encore plus incroyable… Mais alors, si c'est vrai, ils ont vraiment du en … voir de toutes les couleurs. Ben, oui c'était la guerre. C'est comme ça la guerre. Pire qu'un film fantastique, parce qu'en plus, c'est en vrai, et qu'on ne peut pas revenir en arrière. C'est pour cela que je donne ce soir à à 20h à l'Institut Voltaire (25 rue des Délices) une conférence sur le thème Gouvernement mondial, utopie ou nécessité (entrée libre). Pour cela et aussi parce que je trouve inadmissible ce que rapporte cette autre dépêche ats. Le co-fondateur de la banque de crédit immobilier Countrywide Financial, à l'origine de la crise des subprimes, part avec un "parachute doré" de 126 millions de francs, tout en continuant à bénéficier de l'avion de la compagnie. Stanley O'Neal, patron de Merrill Lynch, débarqué lui aussi à cause des pertes abyssales (presqu'autant qu'UBS, c'est dire…) de sa banque dans l'affaire des subprimes, avait eu droit à une indemnité de 161,5 millions de dollars. Comme la démocratie, le capitalisme est un mal nécessaire, le moins mauvais des systèmes, jusqu'à preuve du contraire. Et comme la démocratie, il lui faut des règles et des contre-pouvoirs. Le seul contre pouvoir qui puisse tenir face à la toute puissance de l'argent sans frontières, ce n'est pas davantage de frontières mais au contraire un Etat mondial, ni plus ni moins, assez fort pour imposer un minimum de règles morales et éthiques à la finance internationale. Sans quoi, tout le système va exploser, sous le poids des mécontentements accumulés. Et nous aurons tout tout perdu.

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