26/01/2008

Comment vaporiser un km de haut en billets de 1000

A tout pouvoir, il faut un contre pouvoir. Cette vérité première s'applique également à la finance et à l'argent roi, premier et plus important pouvoir de notre époque magifique (oui, sans "n"). Cela, même les banquiers privés le reconnaissent, lorsqu'ils ont une éthique, ce qui est heureusement le cas de la majorité d'entre eux au bout du lac, composante fondamentale de l'Esprit de Genève.
Il faut donc en inventer un de contre-pouvoir, car pour l'heure, il n'y en a pas. Si ce n'est celui des marchés eux-mêmes, qui viennent rappeler de temps à autre la folie des hommes. Mais cela ne suffit pas, on ne peut pas s'en remettre uniquement au hasard ou à la magie. C'est tout de même hallucinant qu'un jeune gars tout seul puisse vaporiser en quelques clics une colonne de plus d'un kilomètre de haut en billets de 1000 Francs suisses. En rappelant, pour ceux qui ne le savent pas encore, qu'un million de francs ne mesure que 14 cm de haut en billets de 1000 entassés !  
Tout seul ? Oui et non. On commence à mieux cerner la manière dont les choses se sont passées. Le gars donc gère de gros comptes, de très gros comptes. Comme des centaines, des milliers de gars comme lui dans le monde. Il a investi sur des produits risqués. Comme presque tout le monde, puisque c'est ça qui rapporte et qu'il est payé pour. Très bien payé, vraisemblablement, ce qui pour un môme brillant, mais sorti d'un obscur village breton, a quelque chose d'inattendu. Là-dessus, la crise des Sub-prime éclate. Ses positions vacillent. Il devrait aller voire ses boss, leur dire : " J'ai fait une boulette (jusqu'à quel point d'ailleurs, investissait-il seul ?) on est en train de plonger, qu'est-ce qu'on fait ?"
Il ne le fait pas. Jusque là, il n'a rien commis d'interdit ni de délictueux, mais les pertes sont colossales et il craint de se faire virer. Son conte de fées personnel menace de s'écrouler. Alors il tente de masquer la boulette, en se lançant dans la cavalerie, mais la boulette est trop grosse. Elle finit par éclater tout de même en explosant à la figure des patrons de la banque et de ses collègues traders du monde entier.
Là, parenthèse, le timing est important. Il semble que le pot aux roses ait été découvert à la fin de la semaine se terminant le 18 janvier, ou durant le week-end. Que la décision qui a été prise par la banque a été de vendre massivement, le plus vite possible, avant que l'affaire n'éclate. On peut supposer qu'ils ont commencé à vendre sur les marchés asiatiques, les premiers à ouvrir à la fin du week-end. Cette vente massive, dans un marché rendu complètement parano par les Sub-prime a peut-être déclenché le krach de lundi. En tout cas, ils se sont renforcés l'un l'autre, faisant perdre à la Société Générale encore davantage au fur et à mesure qu'elle devait vendre ses 40 milliards d'euros de titres…
Ce qui fait dire à des observateurs qu'il y a tout de même un problème dans le système si un jeune inconscient de 23 ans, peut faire bouger la FED ??? Mais les patrons de la SG sont-ils complètement innocents dans cette affaire ? Ils ont leur part de responsabilité. Ils le reconnaissent, il n'y a pas eu d'enrichissement personnel. C'est uniquement en travaillant pour la banque qu'il s'est mis dans le pétrin et ensuite en voulant couvrir une erreur commise alors qu'il était en réalité payé pour la commettre. Parce que c'est bien de cela qu'on parle. C'est là que l'on rejoint le cas Ospel et autres. Le rôle d'un patron est de définir des objectifs, une stratégie, des moyens d'y parvenir, et de veiller à ce que ses employés respectent les règles du jeu que le patron en personne est censé avoir définies.
Les patrons des banques sont donc responsables. Peut-être pas coupables, mais responsables. Et il faut aujourd'hui un contre-pouvoir qui puisse être en mesure de définir des règles minimales auxquelles les marchés et la finance internationale devraient se plier. De les définir et de les faire évoluer, comme n'importe quel système législatif. Georges Soros en a parlé à Davos. A lui et à Warren Buffet qui déshérite ses enfants (en leur laissant juste quelques millions chacun) pour ne pas engendrer de dynastie, il faudrait élever des statues.
Bien sûr, les marchés et les 2/3 des grands patrons présents à Davos ne veulent pas d'un tel contre-pouvoir, selon le sondage réalisé à chaud dans la salle. La belle affaire. Ce n'est certainement pas à eux de décider. Depuis quand demande-t-on à un pouvoir s'il veut s'auto-limiter ? Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de remettre en cause la concurrence, le libre-échange ou le capitalisme. Juste de leur fixer des règles communes. Et cela ne peut passer que par des accords internationaux. Seule une entité supra-nationale peut contrôler la finance internationale et réinstaurer un contrôle démocratique sur les agissements des plus puissants. Pour que l'autorité d'un tel contrôle soit respectée, il faut qu'elle s'appuie sur un consensus politique, également supra-national. Cela prendra du temps, mais il est urgent de s'y mettre.   

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