31/01/2008

Laxisme et justice: la gifle et le violon

Dans un lycée français, un môme d’une douzaine d’années traite son professeur de connard. Celui-ci choqué, perd son calme et lui en retourne une. Une gifle nette et sans bavure. Le lendemain matin, le prof est réveillé à l’aube par la police. Il passe 24 heures au violon, pour finir par être inculpé de violence aggravée sur la personne d’un mineur. Non vous ne rêvez pas. Il s’agit bien d’une gifle, rien qu’une gifle. Comme le faisait remarquer un syndicaliste enseignant « Que vont penser les élèves de France ? Que l’on peut insulter les profs impunément ? Que l’on est protégé en cas de pépin ? » 
Le prof reconnaît son erreur et tout le monde est d'accord là-dessus. Encore qu'en certaines occasions, une simple gifle à bon escient ( une « piqûre de rappel » lorsque les bornes sont franchies) permettrait d'éviter des problèmes beaucoup plus graves plus tard. La maltraitance, les sévices, la cruauté sont intolérables. Une gifle isolée à un gamin mal élevé en est généralement assez loin. 
Il ne faut pas frapper un élève. Tous les enseignants le savent. Mais il ne faut pas insulter son prof non plus. La disproportion entre la faute de l’enseignant et la répression qui l’accable est proprement hallucinante. D’autant que l’élève apparaît lui impuni. Aurait-il du, ce prof, porter plainte pénale pour insulte contre l’élève, ou contre ses parents ? C’est ingérable et la justice a d’autres chats à fouetter. Enfin à fouetter, c’est une façon de parler…
Nous sommes allés trop loin dans l’affaiblissement de l’autorité et la négation de la discipline. A continuer de la sorte, nous allons droit vers le chaos : une permissivité sans lois engendre fatalement un retour de bâton qui risque fort de prendre la forme d’un autoritarisme extrême.
Ce problème est très loin d’être franco-français. Nous avons exactement le même. Le candidat socialiste au poste de procureur général est ainsi l’incarnation de ce laxisme judiciaire et sociétal qui menace gravement les fondements de tolérance de nos sociétés. Parce que l’on a déjà parlé des squats et du cas Ramadan, mais il y eut d’autres scandales, d’autres licenciements refusés par ce même tribunal administratif ou siégeait le juge Paychère, alors que la faute était gravissime.
La mauvaise foi de ces tenants du laxisme est sans borne. Ainsi, ils accusent ces jours dans la presse le Procureur Zappelli de laisser filer le dossier de la BCGE. Mais ce n’est pas lui qui prend la décision. C’est une procédure judiciaire, qui pour l’heure est à l’instruction. Ce sont donc les juges d’Instruction (dont une majorité de magistrats de gauche) qui détiennent les clefs.
Le Procureur peut plaider pour obtenir que le dossier lui parvienne, ce qu’il a fait et assidûment, sur la base des expertises accablantes qu’il a fait diligenter. Ayant longtemps dirigé la chambre économique, le PG connaît ces affaires et il a interrogé lui même, durant une semaine, les experts pour établir clairement les faits délictueux.
Cela n'empêche pas les avocats de la défense de plaider pour obtenir des délais supplémentaires. C'est leur droit et ils ne s'en privent pas, même si cela peut apparaître dilatoire à certains. Au final ce sont les juges d’instruction qui tranchent. Il se trouve que les 3 juges chargés du dossier sont un vert, un socialiste et un alliance de gauche, et c’est leur décision qu’on attend ! Les partisans de Paychère, dans cette affaire, ont perdu une occasion de plus de se taire ! 

30/01/2008

Les boniments de Manuel Tornare

Dans mon texte précédent, "la pub subliminale du PS de la Ville", j'explique comment Manuel Tornare se sert des cérémonies offertes aux jeunes citoyens pour tenter de manipuler ces esprits de 18 ans, dont on dit qu'à cette âge, ils sont plus malléables.

Je crois personnellement qu'ils ont heureusement déjà leur façon de penser. J'entendais d'ailleurs une jeune fille, à la sortie de la conférence d'Astrid Betancourt, dire combien tout ce tam-tam autour d'une seule prisonnière parmi tant d'autres commençait à la "gaver".

Il n'est toutefois pas admissible qu'on leur mente à ces jeunes. M. Tornare s'est permis de leur raconter que la pétition de soutien qu'il remettait à Astrid Betancourt avait reçu l'appui unanime des députés du Grand Conseil et avait été signé par tous les partis.

Vérification faite auprès du chef de groupe, Gabriel Barrillier, les Radicaux ne l'ont pas signée  et ils ne sont pas les seuls. Manuel Tornare a menti, sciemment. 

Il ne pouvait pas ignorer que les initiateurs de la pétition avaient tout essayé pour obtenir davantage de signatures. Des initiateurs qui ne connaissent la Colombie qu'à travers la propagande de la famille Betancourt, qui ne trouve elle-même d'écho qu'à l'extérieur du pays et plus particulièrement en France, Wallonie et Suisse romande. 

Tous les otages doivent être libérés. Ils le méritent. Tout comme la Colombie, ce pays magnifique, mérite de vivre libre, à l'abri des enlèvements, des barrages routiers et des attentats. C'est exactement ce que les Colombiens de Suisse romande et les amis de la démocratie vont rappeler, lundi prochain, à midi, sur la Place des Nations.

La pub subliminale du PS de la Ville

Hier soir, Manuel Tornare marchait sur des œufs. Pour la soirée citoyenne, la Ville avait invité un millier de jeunes de 18 ans du Canton à venir voir le PS faire sa pub subliminale. Oh, pas grossièrement, non tout en finesse, dans la dentelle.
Ainsi on fait venir Franz Weber à quelques semaines d'une votation qu'il a initiée contre les avions militaires. On fait de fines allusions aux Alpes, sans parler directement de son initiative. Le but est atteint : imprimer dans l'esprit des jeunes une image favorable du bonhomme et de ses combats. Il le mérite bien d'ailleurs, mais pas à quelques jours d'une votation sur les avions de chasse !

Que l'on soit d'accord ou pas avec les activtiés militaires, ce n'est pas une manière de faire. Certes, la gauche en ville est maîtresse chez elle, mais elle sous-traite également la manifestation pour un certain nombre de communes de droite. On sort du cadre consensuel. L'année prochaine, l'Association des Communes Genevoises ferait bien d'exiger un programme neutre... ou passer par un autre organisateur, si elle ne souhaite pas voir ses jeunes doucement endoctrinés par le PS !
Ainsi, sur l'estrade, les représentants des autorités sont trois PS et un radical : Manuel Tornare, Lolly Bolay, Charles Beer… et Daniel Zapelli. Dans la salle, un tas d'élus et d'invités. M. Tornare en citera trois: Lilianne Maury Pasquier, Robert Cramer pour l'excuser… et le juge Paychère, qui n'est élu à rien, mais qui se présente contre Zapelli en avril, ce qui selon M. Tornare justifie qu'on le cite parmi les autorités. C'est nouveau, ça, M. Tornare vient d'inventer le concept d'autorités putatives…
Invitée également, Astrid Betancourt, la sœur d'Ingrid s'est montrée singulièrement plus mesurée dans ses invectives à l'égard du gouvernement colombien, que durant sa conférence de presse de l'après-midi. Une journaliste de l'AFP, incrédule, avait fini par lui demander si elle apportait réellement sa confiance davantage aux FARC qu'au gouvernement élu, comme son discours le laissait supposer ? Ce qu'Astrid avait confirmé en affirmant que les FARC ne mentaient jamais, elles, que c'était contraire à leur conception politique !
Le chagrin et l'idée fixe n'excusent pas tout. Comme par exemple d'affirmer devant la presse internationale à Genève que Chavez devrait intervenir en Colombie, contre la volonté du Gouvernement colombien, sous prétexte du droit d'ingérence humanitaire. Celui-ci, explique-t'elle autorise un Etat à intervenir sur le territoire d'un autre, si le gouvernement de ce dernier ne fait pas tout ce qu'il faut pour régler un problème humanitaire.

L'idée d'une Grande Colombie réunissant tous les pays andins est certes excellente… pour autant qu'elle se réalise pacifiquement. Ce qui n'est pas forcément une condition nécessaire pour Chavez. Ses velléités expansionnistes sur l'industrieuse Colombie sont ainsi légitimées par la famille Betancourt.
Lorsqu'on sait que le mari d'Astrid est le chef de la cellule Amérique Latine du Quai d'Orsay, on prend peur : jusqu'où à Paris, Kouchner et Sarkozy, sont-ils prêts à aller pour faire libérer Ingrid? Peut-être pas tous jusqu'au même point, espérons-le !
Devant les jeunes, tout ceci était devenu "le Gouvernement colombien nous traite de traîtres à la patrie"… Avec l'explication de texte, on comprend mieux pourquoi! Et en Colombie, ce n'est pas que l'opinion du Gouvernement. Les Colombiens prennent assez mal l'idée que l'extérieur cherche à modifier leurs choix démocratiques, leur République datant de 1819, quasiment sans interruption depuis.

Durant sa conférence de presse, Mme Betancourt a accumulé les contre-vérités. Ceux que cela intérèsse peuvent en lire le détail dans les commentaires à mon texte précédent.

Je précise que l'Ambassade de Colombie que j'ai conseillé l'an dernier en matière de communication, n'a aucun droit de regard sur mes textes dans ce blog et que j'y écris mon opinion, de commentateur bien informé, pas la sienne.   

29/01/2008

Où commence la complicité ?

Un millier de jeunes genevois entrent ce soir, à 18ans, sinon dans l'âge adulte (laissons leur encore un peu de temps), du moins dans la maturité politique et le plein exercice de leurs droits. 

Il est pour le moins curieux que la Ville de Genève ait jugé bon d'inviter Astrid Betancourt, la sœur d'Ingrid, à s'exprimer seule devant eux. Sans l’ombre d'un débat, que le simple esprit démocratique réclamerait. Le point de vue de Mme Betancourt est en effet compréhensible, mais très particulier. Elle aime sa sœur et c'est normal, mais aveuglée par cet amour, elle ne se rend pas compte que son action aide les FARC à continuer d'exister, à enlever et massacrer de nouvelles personnes innocentes. Les FARC, ces bourreaux de sa propre sœur.    

L'histoire personnelle d'Ingrid Betancourt jusqu'à son enlèvement est déjà en soi admirable. Si j'avais été colombien, j'aurais sans doute voulu voter pour elle. Mais je ne suis pas sûr que, vivant dans sa chair la barbarie des FARC et connaissant son amour des gens et de son pays, ainsi que ses tentatives d'évasion,  marques d'un courage indomptable, je ne suis pas certain qu'elle approuverait l'attitude de certains membres de sa famille.

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La vie vaut plus que tout. 

La vie d'une personne vaut plus que tout. Sauf que la vie de centaines d'autres personnes et que l'avenir de tout un pays. Or c'est bien de cela qu'il est question.

20 ans de négociations n'ont abouti à rien. La stratégie militaire du Président Uribe est en train d'aboutir. Les FARC sont aux abois. Seulement, l'alliance (regrettable de mon point de vue, mais économiquement nécessaire) d'Uribe avec Bush risque fort de lui coûter, demain, le soutien du congrès étasunien dominé par les Démocrates.

Les sympathisants des FARC font flèche de tout bois pour y parvenir, et pour empêcher que le soutien européen ne prenne éventuellement le relais. Pour discréditer Uribe, ils s'appuient sur certaines familles d'otages, en mélangeant d'horribles exécutions de syndicalistes par les para-militaires à des règlements de comptes, encore plus nombreux, entre syndicalistes guérilleros de factions opposées.

Les syndicalistes européens restent muets sur ces exécutions internes à l'extrême gauche, tandis que les liens passés de certains proches d'Uribe avec les para-militaires sont montés en épingle.

Il a pourtant fait déférer tout le monde en justice !

Les ONG humanitaires lui reprochent des condamnations trop légères (alors que c'était le deal permettant la reddition et le  désarmement des "paras") … mais réclament implicitement des condamnations plus légères encore pour les chefs des FARC, qui refusent toujours ces conditions "trop favorables".

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La lutte se mène donc autant sur le terrain militaire de la jungle que sur celui des opinions publiques mondiales. C'est pour les FARC une question de vie ou de mort, une lutte contre la montre. Obtenir un répit et l'arrêt de la progression militaire gouvernementale avant qu'il ne soit trop tard. Avant que la paix ne soit revenue et le silence des armes obtenu en Colombie.

Parce que c'est très exactement de cela qu'il s'agit.
Certes, des otages risquent d'être tués dans les opérations, surtout si les FARC les exécutent, comme ils l'ont fait des onze députés l'an dernier.

Mais si la pression est telle que la fuite parait impossible, on peut aussi penser que les FARC voudront sauver leur peau. Conserver les otages en vie parait un bon moyen d'augmenter leurs chances d'y parvenir.

Uribe est en train de gagner la guerre contre le terrorisme et la barbarie dans son pays. Il a fait plus que n'importe qui pour y consolider la démocratie et le droit des gens à vivre libre et prospérer en paix. Même si tout ce que ses ennemis racontent sur ses proximités douteuses était vrai, ce qui n'est pas le cas, cela ne changerait pas cette réalité là.
En attaquant inutilement le Président Uribe et son gouvernement démocratique, les comités de soutien à Ingrid agissent donc ... en soutien objectif des FARC. Curieusement, on y trouve fort peu de colombiens. Des européens, des chiliens, des argentins, qui ne connaissent pas la situation colombienne et la voient à travers le prisme de leurs propres dictatures passées. Les colombiens, eux, savent où trouver la démocratie et la liberté en Colombie: aux côtés du Gouvernement, contre les FARC. Ils le rappelleront d'ailleurs lundi prochain à midi sur la Place des Nations.

27/01/2008

Manifestation contre les FARC à Genève

Dans le monde entier, vont se tenir le 4 février, des manifestations de soutien à la démocratie en Colombie. Partout où se trouvent des colombiens ou des amis de la Colombie, ils se dresseront pour dire non aux FARC, à leurs violences et à leur chantage odieux. A Genève, ce devrait être à midi, sur la Place des Nations. Tous les démocrates sont les bienvenus.

Il est clair aujourd'hui que ce dont la Colombie a besoin, c'est d'en finir avec ces guérillas absurdes. Le consensus est général, là-dessus, dans le pays et même à l'extérieur. Même si en Suisse et en France, la guérilla jouit encore du soutien d'observateurs désinformés, ou basant leur jugement sur des constats vieux d'une ou deux décennies. Le seul vrai débat aujourd'hui porte uniquement sur les moyens de parvenir à la reddition des FARC

Une fin nécessaire, parce que les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie- Armée Populaire ne servent à rien, ni à personne, hormis peut-être à leurs chefs, pour qui elles sont devenues un mode de vie. Elles ne servent même plus aux guérilleros de base, des mômes engagés pour le prestige du fusil et pour un salaire 2 à 3 fois supérieur à ce qu'ils gagnaient comme paysans. Seulement les conditions de vie dans la jungle sont de plus en plus pénibles et celles du dehors s'améliorent… Alors le jeu n'en vaut plus la chandelle.
Quand à la classe ouvrière et aux paysans, il y a bien longtemps que les FARC ne leur servent même plus de contre-pouvoir à la toute puissance des latifundiaires. Les réformes agraires, sociales et démocratiques sont en route. La Colombie se modernise à grande vitesse, les élites intellectuelles et économiques ont suffisamment voyagé pour comprendre qu'il valait mieux partager davantage que d'avoir à vivre l'arme au pied… et que la stabilité qui en résultait permettait une progression économique et donc un niveau de vie bien supérieur. Pour tous.

Les FARC desservent même la gauche démocratique – qui dirige les plus grandes villes du pays - en l'empêchant d'arriver au pouvoir tant qu'elles subsisteront. Le vote et la démocratie sont aujourd'hui clairement la meilleure arme, la plus efficace, pour assurer le changement et l'évolution.

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Des mégapoles modernes entourées de jungle 

Le problème donc, c'est comment se débarrasser de ces guerriers parasites. En 50 ans, toutes sortes de moyens ont échoué, toutes les négociations ont été tentées. La seule chose qui marche, et que n'avait réussi aucun gouvernement auparavant, c'est la force, basée sur une reconquête méticuleuse d'un territoire très spécial. Les grandes villes (Bogota, 8 millions d'habitants), oupulentes, industrieuses et cultivées, vivent dans un climat tempéré toute l'année grâce à l'altitude, ou baignées d'une douce chaleur caraïbe permanente (Cartagena de Indias). Elles sont cependant entourées, au pied des montagnes, de jungles immenses, quasiment inhabitées et inhospitalières. Comme si Genève ou Paris étaient plantées au milieu de la jungle congolaise. 

Les combattants de base sont consignés dans cette jungle, mais les chefs, eux vont et viennent et disposent de suffisamment d'argent pour s'assurer de complicités jusque dans les villes. Imaginez que la Rote Armee Fraktion, les Brigate Rossi ou Action Directe soient parvenus à réunir plusieurs milliers de mercenaires (non par conviction politique, mais en leur offrant un niveau de vie inespéré), sans rien renier de leur violence et de leurs pratiques barbares.

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L'enlèvement de D. Voynet 

Imaginons l'enlèvement de Dominique Voynet ou de José Bové par ces exaltés accumulant les crimes, fusillant sans hésiter un petit matin, toute une escouade, 99 de leurs propres combattants, parce que leur chef a une divergence idéologique mineure ? Exécutant 11 députés régionaux pour envoyer un message au Gouvernement ?
Faudrait-il suspendre les opérations militaires pour ne pas risquer de blesser l'otage? Otage qui au demeurant se serait jeté lui-même dans la gueule du loup, convaincu que ces ennemis du grand capital n'allait pas lui faire ça ?
Sachant que les vies de centaines d'autres otages sont en jeu, que ces fous criminels continuent de tenter d'enlever des gens, qu'ils vivent de cela autant que de la drogue et que la seule chose qui réduit leur capacité de nuire, c'est la pression militaire, que feraient nos gouvernements ? Que voudrions nous qu'ils fassent, sachant que ces dernières années, 500 otages ont été libérés à la faveur de combats menés par les forces de police ou de l'armée, bien davantage qu'en 20 années de négociations ?

26/01/2008

Comment vaporiser un km de haut en billets de 1000

A tout pouvoir, il faut un contre pouvoir. Cette vérité première s'applique également à la finance et à l'argent roi, premier et plus important pouvoir de notre époque magifique (oui, sans "n"). Cela, même les banquiers privés le reconnaissent, lorsqu'ils ont une éthique, ce qui est heureusement le cas de la majorité d'entre eux au bout du lac, composante fondamentale de l'Esprit de Genève.
Il faut donc en inventer un de contre-pouvoir, car pour l'heure, il n'y en a pas. Si ce n'est celui des marchés eux-mêmes, qui viennent rappeler de temps à autre la folie des hommes. Mais cela ne suffit pas, on ne peut pas s'en remettre uniquement au hasard ou à la magie. C'est tout de même hallucinant qu'un jeune gars tout seul puisse vaporiser en quelques clics une colonne de plus d'un kilomètre de haut en billets de 1000 Francs suisses. En rappelant, pour ceux qui ne le savent pas encore, qu'un million de francs ne mesure que 14 cm de haut en billets de 1000 entassés !  
Tout seul ? Oui et non. On commence à mieux cerner la manière dont les choses se sont passées. Le gars donc gère de gros comptes, de très gros comptes. Comme des centaines, des milliers de gars comme lui dans le monde. Il a investi sur des produits risqués. Comme presque tout le monde, puisque c'est ça qui rapporte et qu'il est payé pour. Très bien payé, vraisemblablement, ce qui pour un môme brillant, mais sorti d'un obscur village breton, a quelque chose d'inattendu. Là-dessus, la crise des Sub-prime éclate. Ses positions vacillent. Il devrait aller voire ses boss, leur dire : " J'ai fait une boulette (jusqu'à quel point d'ailleurs, investissait-il seul ?) on est en train de plonger, qu'est-ce qu'on fait ?"
Il ne le fait pas. Jusque là, il n'a rien commis d'interdit ni de délictueux, mais les pertes sont colossales et il craint de se faire virer. Son conte de fées personnel menace de s'écrouler. Alors il tente de masquer la boulette, en se lançant dans la cavalerie, mais la boulette est trop grosse. Elle finit par éclater tout de même en explosant à la figure des patrons de la banque et de ses collègues traders du monde entier.
Là, parenthèse, le timing est important. Il semble que le pot aux roses ait été découvert à la fin de la semaine se terminant le 18 janvier, ou durant le week-end. Que la décision qui a été prise par la banque a été de vendre massivement, le plus vite possible, avant que l'affaire n'éclate. On peut supposer qu'ils ont commencé à vendre sur les marchés asiatiques, les premiers à ouvrir à la fin du week-end. Cette vente massive, dans un marché rendu complètement parano par les Sub-prime a peut-être déclenché le krach de lundi. En tout cas, ils se sont renforcés l'un l'autre, faisant perdre à la Société Générale encore davantage au fur et à mesure qu'elle devait vendre ses 40 milliards d'euros de titres…
Ce qui fait dire à des observateurs qu'il y a tout de même un problème dans le système si un jeune inconscient de 23 ans, peut faire bouger la FED ??? Mais les patrons de la SG sont-ils complètement innocents dans cette affaire ? Ils ont leur part de responsabilité. Ils le reconnaissent, il n'y a pas eu d'enrichissement personnel. C'est uniquement en travaillant pour la banque qu'il s'est mis dans le pétrin et ensuite en voulant couvrir une erreur commise alors qu'il était en réalité payé pour la commettre. Parce que c'est bien de cela qu'on parle. C'est là que l'on rejoint le cas Ospel et autres. Le rôle d'un patron est de définir des objectifs, une stratégie, des moyens d'y parvenir, et de veiller à ce que ses employés respectent les règles du jeu que le patron en personne est censé avoir définies.
Les patrons des banques sont donc responsables. Peut-être pas coupables, mais responsables. Et il faut aujourd'hui un contre-pouvoir qui puisse être en mesure de définir des règles minimales auxquelles les marchés et la finance internationale devraient se plier. De les définir et de les faire évoluer, comme n'importe quel système législatif. Georges Soros en a parlé à Davos. A lui et à Warren Buffet qui déshérite ses enfants (en leur laissant juste quelques millions chacun) pour ne pas engendrer de dynastie, il faudrait élever des statues.
Bien sûr, les marchés et les 2/3 des grands patrons présents à Davos ne veulent pas d'un tel contre-pouvoir, selon le sondage réalisé à chaud dans la salle. La belle affaire. Ce n'est certainement pas à eux de décider. Depuis quand demande-t-on à un pouvoir s'il veut s'auto-limiter ? Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de remettre en cause la concurrence, le libre-échange ou le capitalisme. Juste de leur fixer des règles communes. Et cela ne peut passer que par des accords internationaux. Seule une entité supra-nationale peut contrôler la finance internationale et réinstaurer un contrôle démocratique sur les agissements des plus puissants. Pour que l'autorité d'un tel contrôle soit respectée, il faut qu'elle s'appuie sur un consensus politique, également supra-national. Cela prendra du temps, mais il est urgent de s'y mettre.   

23/01/2008

L'UDC en quête de respectabilité

Lors d'un Forum sur RSR1, Soli Pardo a longuement exposé son désir personnel de présenter une candidature UDC à l’élection pour le poste de Procureur Général. Ce, même s’il est évident que le dit candidat n’a aucune chance. L’idée fixe de Soli Pardo, c’est de prouver que la droite ne peut pas gagner, à Genève, dans une élection majoritaire contre la volonté de l’UDC. Comme si l’Entente ne l’avait pas déjà  compris.

Ce que M. Pardo n'a pas compris en revanche, c'est que le centre et la droite de ce canton n'entendent pas céder au chantage. L’Entente a une image de responsabilité à défendre. La menace n'est certainement pas la meilleure façon de montrer patte blanche pour s’y associer. En présentant un candidat ayant pour unique fonction de faire perdre le reste de la droite, l'UDC ne ferait qu'accentuer l'image d'extrémisme brutal dont cherche à se défaire, avec raison, sa frange la plus éclairée.

Il n'est pas certain non plus que les représentants des milieux économiques, qui pourraient être tentés par l'UDC la suivent dans cette démarche suicidaire et dispendieuse. A moins bien sûr que M. Blocher soit prêt à payer toutes les factures. Quand à faire élire un procureur général potentiellement laxiste, juste pour embêter l’Entente (ce qui résume très précisément l’idée de M. Pardo), il y a de quoi faire réfléchir bien des électeurs de ce parti.

On sait qu'en effet le souci d’améliorer leur sécurité personnelle a certainement constitué la motivation première de beaucoup d’électeurs genevois, lors des dernières élections nationales.

En s’opposant frontalement à ce désir légitime, pour satisfaire son ego personnel et ses besoins de gloriole, M. Pardo va faire perdre à l’UDC  son fragile statut de premier parti du canton, qu’il aime tant revendiquer.

Heureusement pour son parti, celui-ci compte en son sein d’autres personnes apparemment nettement plus responsables. Tous les partis sont ainsi animés de courants divers. L’UDC genevoise va devoir trancher tout prochainement, lors d'une assemblée qui devrait donner une indication de fond sur l'orientation à venir de ce parti: un jusqu'auboutisme sans perspective ou une (longue) marche vers la respectabilité.

19/01/2008

Ramadan: fallait-il vraiment un avertissement?

Ainsi donc, le juge Paychère, dans la Tribune de ce jour, souhaiterait que durant cette campagne électorale, on parle uniquement de l'avenir de la politique judiciaire du canton et pas du passé. Malheureusement, on est bien obligé d'en parler du passé, et de l'action passée des hommes qui briguent un poste à responsabilité. Car c'est quand même à l'aune de cette action qu'on peut préjuger de l'impact de leurs décisions futures.
C'est comme ci Zapelli répondait aux critiques de Bertossa en affirmant: c'est le passé, parlons de l'avenir. Cela ferait rire tout le monde. Heureusement qu'il a d'autres arguments, notamment son bilan: en 6 ans, il a fait condamner deux fois plus d'auteurs de délits financiers que Bertossa en 12 années. Et sans coûter à l'Etat les dépenses considérables que les erreurs d'appréciation ou de préparation du PG socialiste ont engendrées en dédommagements divers et en vains procès.
Mais revenons à Paychère et à Ramadan. En l'occurrence, comme souvent, l'affaire se résume à une question d'interprétation du texte de la loi. En fonction d'à priori moraux, éthiques ou culturels. Il est évident que l'évaluation de l'opportunité de la sanction dépend de l'appréciation de la gravité de la faute. Si quelqu'un commet un crime, on ne va pas s'abstenir de le punir sévèrement sous prétexte qu'il n'a pas reçu d'avertissement préalable. Même si la récidive est un facteur aggravant.
Un licenciement pour faute grave, cela coule de source, si la faute est vraiment grave. En l'occurrence, qu'un fonctionnaire de l'Etat, enseignant qui plus est, fasse du prosélytisme religieux et justifie notamment la lapidation pour des questions de mœurs dans de grands journaux internationaux, cela, personnellement, me parait une faute grave, justifiant un licenciement sec. C'était d'ailleurs l'avis du conseil juridique du Conseil d'Etat de l'époque.
M. Paychère fut d'un avis différent. Il n'était pas tout seul, mais il était certainement le plus capé, du point de vue théorique, si l'on en croit la longue liste de ses publications universitaires. Capé au pont d'en perdre le sens commun?
M. Paychère est en effet également d'avis, comme M.Moutinot, qu'il est souhaitable que les inculpés sortent plus facilement de prison, même s'il est évident qu'ils devront y retourner après leur jugement. Pour M. Moutinot, c'est parce que les prisons sont pleines. Pour M. Paychère, c'est parce qu'il y a du courage à libérer quelqu'un… contre l'opinion publique, si je comprends bien ? Il se trouve que l'opinion publique vote, M. Paychère. Si je ne suis de loin pas toujours d'accord avec elle, force m'est de me rallier dans ce cas à la sagesse populaire, contrairement à vous.
Par ailleurs, qui, à l'époque a conseillé l'exécutif ? Qui était l'auteur de l'avis de droit qui avait conduit le Conseil d'Etat a prendre sa décision de licenciement de M. Ramadan, qui fut invalidée par le jugement auquel pris part M. Paychère. De quel parti était-il ? Quelles étaient ses fonctions antérieures ? La réponse risque d'en étonner plus d'un. Très chers lecteurs journalistes, mettez-vous en chasse… Il ne devrait pas être très compliqué de retrouver les archives et même les acteurs de cette époque pas si lointaine. Qu'attendez-vous ?

18/01/2008

Tous contre Bayrou

Il y a longtemps que je n'avais pas parlé du Mo-Dem, le nouveau parti de François Bayrou. Enfin officiellement constitué, il élit ce week-end ses délégués à son Conseil National (dont je suis membre de droite en tant que Président de la section suisse) tout en finalisant ses listes de candidats pour les prochaines élections municipales françaises.
Tout cela n'a pas été facile, dans un parti neuf, où se côtoient la démocratie chrétienne, l'essentiel des radicaux, une bonne poignée de verts, quelques libéraux et anciens gaullistes plus un nombre non négligeable d'anciens socialistes, le tout enrobé d'une majorité de gens qui n'avaient jamais fait de politique auparavant…

Il faut tout à la fois apprendre, enseigner, tâtonner, explorer... sans trop larguer les acquis.

En France voisine, deux candidats aux municipales ont de bonnes chances. Fabienne Faure à Ferney et Antoine Vielliard à Saint-Julien. Ils ont constitué des listes dynamiques et ouvertes et ont tous deux une connaissance pratique des problèmes transfrontaliers. Antoine, né à Genève, est frontalier, tout comme le mari de Fabienne. Dans 70% des villes françaises de plus de 30 000 habitants, il y aura des listes autonomes et dans les autres, des listes alliées soit à la droite, soit à la gauche. Ce qui fait jaser dans les chaumières et ironiser dans les blogs des journaux politiques, de Libé au Figaro.
Beaucoup de gens n'ont pas encore compris que le coup de génie de Bayrou consistait précisément à prendre ce qu'il y a de bien à gauche ou à droite, sans oeillères idéologiques. Mais tout de même, tous ces commentaires des ténors politiques sur la pureté de l'idéologie et la vacuité du centre me font doucement rigoler, quand on sait qu'à Pau, la capitale du Béarn dont Bayrou aspire à devenir le maire, Sarkozy et l'UMP soutiennent… le candidat du PS ! Ce évidemment pour tenter de faire barrage au 3ème homme, à qui il rêve de casser les reins. Sur le plan de la pureté idéologique, là franchement, on se marre

16/01/2008

Une société asexuée ?

Tout de même curieuse, cette étude sur le harcèlement sexuel au travail. Parce qu'elle ratisse large, vraiment très large. Je ne crois pas être du genre à manquer de respect à qui que ce soit, en matière d'approche sexuelle, mais si l'on ne peut plus regarder, ou rigoler, ou sourire ou plaisanter, ou sous-entendre, où va-t-on ?
D'autant qu'à l'inverse, je connais un certain nombre de femmes tout à fait respectables qui n'hésitent pas le moins du monde à oser la mini-jupe ou le décolleté plongeant lorsqu'il s'agit de se mettre dans la poche un interlocuteur.
Je me souviens, quand j'étais encore jeune, avoir usé moi-même de mon charme très relatif auprès d'une cheffe de rubrique que l'on disait assez portée sur la chose. Et même d'un chef de rubriques aux tendances disons opposées aux miennes, ce que lui et moi savions parfaitement. Sans conséquences, juste parce que c'était amusant. Paix à son âme, le pauvre. Il est malheureusement décédé d'une horrible maladie.
Justement, le sondage ne dit pas si les 10% d'hommes victimes le sont de la part d'autres hommes ou de femmes ? Aucune nouvelle non plus des femmes victimes des pressions d'autres femmes. Le problème existe pourtant, il y a même eu quelques cas spectaculaires à l'ONU.  
Soyons sérieux, le viol est inadmissible. Obtenir des faveurs sexuelles sous la pression est scandaleux, dégueulasse et condamnable. Mais il faut savoir où placer la limite. La séduction fait partie des rapports humains. Le nier est une imbécillité que l'on croyait révolue depuis la mort de Calvin. C'est vrai au travail et ailleurs.
A moins bien sûr que le but de l'opération soit d'aboutir à une société asexuée… Ce qui est curieux, c'est que les gens derrière tout ça prétendent vouloir assurer le bonheur des populations. Envers et contre elles-mêmes ?   
 

15/01/2008

Colomb, le Pianiste et les subprimes

Une dépêche ats de ce matin annonce la grande nouvelle: Christophe Colombe a rapporté la syphilis des Amériques. Tu parles d'un scoop. Je me souviens avoir fait un exposé sur les MST en cours de sciences nat, il y a 39 ans, qui disait exactement la même chose. On peut même suivre très précisément la manière dont elle s'est ensuite répandue dans toute L'Europe avec les guerres de la Renaissance. Les Espagnols, par le Royaume des Deux Siciles qui leur appartenait, l'ont introduite en Italie, d'où François 1er l'a ramenée sous le nom de Mal de Naples, puis les Anglais l'ont appelé la Maladie française, etc… Des connaissances à la portée d'un ado de 13 ans, il y a 38 ans déjà. Merci Tout l'Univers, génialissime encyclopédie d'alors. La seule nouveauté, c'est qu'on invoquait à l'époque plutôt une mutation de la peste porcine et qu'on parle aujourd'hui du pian, la chose étant confirmée par une étude génétique. La mondialisation ne date pas d'hier… les problèmes quand à l'utilisation des connaissances non plus. On ne peut plus aujourd'hui être humaniste, au sens de posséder l'ensemble des connaissances humaines. Et une tête bien faite vaut mieux qu'une tête bien pleine. Mais les carences de connaissances historiques dans la population me navrent. Du coup, on refait sans cesse les mêmes erreurs. Ce n'est pas prêt de changer. J'entendais ce week-end deux ados de 13 ans, plutôt bons élèves expliquer combien ils aimaient les films catastrophes. Notamment le Pianiste, vraiment trop fort… Vous êtes sûr que l'on parle bien du même film, là ? Ben oui, le pianiste, dans la ville détruite… Mais ce n'est pas un film catastrophe, c'est un film historique, c'est en grande partie une histoire vraie, et les décors, ça c'est vraiment passé comme ça… Waouh, trop fort, c'est encore plus incroyable… Mais alors, si c'est vrai, ils ont vraiment du en … voir de toutes les couleurs. Ben, oui c'était la guerre. C'est comme ça la guerre. Pire qu'un film fantastique, parce qu'en plus, c'est en vrai, et qu'on ne peut pas revenir en arrière. C'est pour cela que je donne ce soir à à 20h à l'Institut Voltaire (25 rue des Délices) une conférence sur le thème Gouvernement mondial, utopie ou nécessité (entrée libre). Pour cela et aussi parce que je trouve inadmissible ce que rapporte cette autre dépêche ats. Le co-fondateur de la banque de crédit immobilier Countrywide Financial, à l'origine de la crise des subprimes, part avec un "parachute doré" de 126 millions de francs, tout en continuant à bénéficier de l'avion de la compagnie. Stanley O'Neal, patron de Merrill Lynch, débarqué lui aussi à cause des pertes abyssales (presqu'autant qu'UBS, c'est dire…) de sa banque dans l'affaire des subprimes, avait eu droit à une indemnité de 161,5 millions de dollars. Comme la démocratie, le capitalisme est un mal nécessaire, le moins mauvais des systèmes, jusqu'à preuve du contraire. Et comme la démocratie, il lui faut des règles et des contre-pouvoirs. Le seul contre pouvoir qui puisse tenir face à la toute puissance de l'argent sans frontières, ce n'est pas davantage de frontières mais au contraire un Etat mondial, ni plus ni moins, assez fort pour imposer un minimum de règles morales et éthiques à la finance internationale. Sans quoi, tout le système va exploser, sous le poids des mécontentements accumulés. Et nous aurons tout tout perdu.

11/01/2008

Guy Mettan passe la ligne

Quelle mouche a bien pu piquer le Président du Club suisse de la Presse, institution honorable parrainée par la Confédération, le Canton, le Forum de Davos, les plus grandes banques et quasiment tous les médias romands pour qu'il traîne dans la boue le Président élu de 42 millions de colombiens ?  Serait-ce son échec à la Vice-Présidence du Grand Conseil qui lui monte au nez ?
Drôle de marotte de défendre les tortionnaires de la jungle, qu'un point essentiel sépare des khmers rouges: les FARC ne sont jamais parvenues à prendre possession du territoire et doivent donc restreindre leurs massacres et leurs exactions à ceux qui leur tombent sous la main. Mais ceux là, ils en bavent pour certains pendant dix ans, enchaînés jour et nuit, en proie aux maladies infectieuses et aux privations, comme l'a brièvement raconté Clara Rojas, qui dit aussi avoir marché 20 jours sans arrêt avant sa libération. Curieusement, elle semble plutôt avoir été soigneusement requinquée et a même pris du poids. Les FARC tiennent à leur image, et elles ont des moyens de pression particulièrement odieux, même une fois libre. Tout ce que pourra dire Clara, dans les semaines et les mois à venir, devra être interpreté à la lumière de ce constat : on lui a fait croire qu'elle pourrait aider, ou non, à la libération de sa meilleure amie, avec qui elle a partagé cette horrible détention.


Pour le reste, s'en prendre à la famille du président Uribe pour le salir, comme le fait Mettan, s'avère d'une confondante bêtise. Pour savoir qui a assassiné son père, il suffit de consulter les archives judiciaires, qui sont publiques en Colombie, pays démocratique où la justice est respectée de tous. Uribe n'a évidemment jamais raconté de mensonges à ce sujet, qui ne pourraient que lui exploser à la figure en campagne électorale.
En Suisse, tout le monde a un proche qui a sombré dans la toxicomanie. En Colombie, chacun a un cousin ou une cousine qui a trempé dans le narco-trafic… et travaillé avec les paras… ou les FARC ! La ministre des Affaires étrangères, démissionnaire l'an dernier parce que son frère était inculpé (mais pas condamné) de collusion avec les paras… a pour cousin germain Simon Trinidad, N° 2 des FARC, emprisonné à vie en Floride. Trinidad aurait d'ailleurs été donné aux services secrets colombiens par un de ses rivaux, évincé dans la guerre de succession interne.
Uribe a également été accusé d'avoir créé les milices paramilitaires… qui sont aussi vieilles que lui ! Il est l'un des fondateurs des convivirs, comité de surveillances citoyens qui gardaient un œil sur les fermes des uns et des autres au plus fort de l'expansion des FARC. Dans la zone caféière, absolument tout le monde en faisait partie et une petite minorité a également frayé avec les paras, lorsque la police avait fui. Des excès ont été commis, mais Uribe a tout fait pour que la justice puisse condamner fermement les déviations. Citez moi un seul gouvernement fasciste ou marxiste dans lequel des proches du pouvoir sont condamnés pour leurs exactions ? Il faut tout de même être sérieusement gonflé pour venir le lui reprocher !
Au Vietnam, que M. Mettan admire tant, ne seraient-ce pas plutôt les opposants qui sont jugés et emprisonnés ?
Quelles peuvent être les sources de tous ces mensonges, en dehors de la petite centaine de colombiens néo-staliniens qui vivent en Suisse, contre plusieurs milliers qui soutiennent l'action démocratique du Gouvernement Uribe ? Tout ceci n'est qu'un coup de bluff des FARC qui, avec la complicité de journalistes inconscients, jouent un poker menteur dont les participants, les termes et l'enjeu,  odieux marchandage, sont tous connus de longue date.
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 - Les FARC, militairement acculées veulent obtenir d'Uribe qu'il relâche sa pression. Mais auraient-elles relâchées deux otages sans cette pression?  Elles veulent aussi être rayées de la liste des organisations terroristes, qui leur cause de gros problèmes financiers et juridiques à l'étranger. Elles rêvent enfin d'un territoire de 800km2 et 170 000 habitants qui leur serait abandonné pour y planter leurs goulags et leur coca. Une commune libre et surarmée…
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Les médiateurs, Suisses et Vénézueliens dans le même hélico, ont besoin d'un accord de paix à tout prix, pour justifier leur rôle et faire leur pub perso… Sur ce terrain, Chavez a une longueur d'avance, mais Micheline s'en tire bien. Faut-il pour autant mettre en équivalence un Etat démocratique et une organisation criminelle qui n'a plus fait de politique depuis 20 ans ?
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Le Gouvernement colombien veut mettre les FARC hors d'état de nuire. Littéralement. Ni plus ni moins. Par la négociation, ce serait plus rapide et moins coûteux. Donc préférable. Malheureusement, les FARC ne veulent pas rendre les armes. Donc il faut aller les leur prendre. Ce que l'armée colombienne est en train de faire. Pas par gaîeté de coeur: je ne connais pas d'armée qui, après 40 ans de combats, fassent encore cela par plaisir.  Mais c'est malheureusement nécessaire à l'avenir du pays et c'est précisément ce que les deux autres joueurs veulent empêcher. Le reste, c'est de la poudre aux yeux.

Accessoirement, la pétition de M. Mettan, paraphée par des gens fort honorables, est tellement neutre que n'importe qui pourrait la signer. A part peut-être les FARC, qui sont tout de même les geôliers dans l'histoire. Le problème, c'est que tout ce qui concourre à la publicité faite autour d'Ingrid contribue à rendre plus improbable sa libération, tant que l'on n'aura pas résolue l'équation ci-dessus.

M. Mettan ferait mieux de s'occuper des deux journalistes français qui risquent la peine de mort au Niger pour avoir interviewé sans autorisation des rebelles targui. Sans autorisation, d'accord c'est pas bien et le Niger, démocratique, défend sa souveraineté. Mais la peine de mort pour ça, tout de même...

 

10/01/2008

Du coq à l'âne

Comme mes confrères journalistes, j'ai tendance à parler de tout, en fonction de l'actualité sans me donner toujours les moyens de creuser le sujet. Comme nul n'est à l'abri d'une erreur, j'essaie de me limiter aux thèmes que je connais, qui sont d'ailleurs assez nombreux comme cela. Mais tous mes confrères n'ont pas la même approche.
Par exemple la télévision.
Parmi les commentaires sur le désir de Sarkozy de sucrer les recettes publicitaires des chaînes publiques, personne n'a rapproché l'info de celle-ci, parue pourtant tout récemment: pour la première fois, TF1 a fait moins de 30% de parts de marchés sur toute une soirée et c'est la montée en puissance imprévue des chaînes généralistes de la TNT qui en est la cause.
La direction de TF1 flippe complètement devant les chiffres d'audiences, car les tarifs publicitaires en dépendent. La vache à lait quasi-monopolistique étant en passe de se tarir, pour cause enfin de concurrence, Supersarko vole instantanément au secours de son meilleur copain Bouygues (son "frère" comme il dit, propriétaire de TF1), mais aussi de son deuxième meilleur copain Bolloré (qui lui paie ses vacances, propriétaire de Direct8, principale chaîne de la TNT), en sortant du jeu le concurrent public.
France-Télévisions y gagnerait en qualité, ce qu'elle perdrait en audience. Supersarko ferait d'une pierre deux coups: satisfaction des bobos recevant davantage de programmes intelligents et main-mise électorale sur l'info du grand public à grands coups de programmes aussi fédérateurs que racoleurs.  Le côté merveilleux de la concurrence, c'est que sur la TNT, il y a aussi d'autres chaînes qui devraient en profiter, plus indépendantes politiquement, comme BFM. Mais il leur faudra elles aussi choisir entre grand public et succès de niche…
Plus grave, sur la Colombie:
Deux éminents éditorialistes se sont fendus ce matin d'un édito un peu bâclé. Jacques Pilet, dans l'Hebdo, dont je partage habituellement les conclusions, fait reposer son analyse sur des erreurs factuelles qui brouillent sa compréhension.
Si les FARC n'avaient que leurs 33 otages politiques (12 sur 45 ont été exécutés par les FARC) auxquels tout le monde en Europe attache une importance particulière, la Colombie pourrait peut-être les tolérer, mais elle ne peut accepter les milliers de citoyens enlevés dès que la pression militaire se relâche (notamment durant les phases précédentes de négociation) que les FARC libèrent habituellement contre des rançons exorbitantes.

Vous dites, cher Jacques, préférer les FARC au chaos du Mexique, mais la description que vous en faites, très réaliste, ressemble à s'y méprendre à ce que les FARC faisait subir à la Colombie, jusqu'à ce que le peuple se rebelle et trouve en Uribe le chef nécessaire à la conduite d'une véritable guerre contre le crime organisé: "De puissantes milices qui font taire les journalistes, infiltrent l'administration, sèment la terreur dans la population, investissent les commissariats"… c'est la Colombie de l'époque de Pastrana et des négociations de paix à la sauce FARC que vous décrivez… Savez vous que lorsqu'ils arrêtaient des gens aux barrages, les FARC pouvaient appeler un numéro où on leur donnait le montant des impôts payés par la personne, pour savoir si son enlèvement valait la peine ?

Le dernier numéro de Semana, news magazine colombien, décrit les maltraitances diverses subies par les jeunes enrôlés dans les rangs des FARC, tout particulièrement les jeunes filles dès 13 ans, à la fois chair à canon toujours en première ligne, bêtes de somme, esclaves sexuelles des chefs de bataillons, mais condamnées et punies lorsqu'elles tombent enceintes.

Les FARC sont aux abois. Cela ne résout certes pas le problème de la drogue, mais il faut bien prendre les problèmes un par un. Contrairement à ce qu'écrit Antoine Maurice dans la Tribune, l'actuel boom économique colombien n'est pas du aux revenus de la drogue, mais à l'impérétie de Chavez et à la politique de sécurité d'Uribe qui voit affluer les capitaux étrangers. Le Venezuela connaît une inflation de 22% et regorge de l'argent du pétrole mais n'arrive pas à produire ses biens de consommations les plus essentiels… fournis dès lors par l'industrieuse Colombie, qui paradoxalement en dépit de sa violence arrive dans les 5 ou six premiers pays du monde dans plusieurs classements sur le bonheur ressenti par la population ou axés sur la qualité de ses services publics et de ses rapports à l'environnement...

La première action d'Uribe ayant été d'éradiquer les cartels qui arrosaient le monde entier, les colombiens ne maîtrisent plus que la production et l'expédition de la cocaïne. Mexicains, Brésiliens et Calabrais ont pris le relais du trafic, plus quelques colombiens isolés en Equateur et en Espagne. Or c'est entre le départ de Colombie et l'arrivée sur les marchés d'export que se fait la culbute, les prix étant décuplés dans le cas de la cocaïne. 

Mais le combat est loin d'être gagné. Les FARC contrôlent toujours la culture et 10% des paras-militaires démobilisés sombrent dans la délinquance, dont le narco-traffic. La destruction aérienne des cultures avait réduit d'un bon tiers les volumes exportés entre 2002 et 2005, mais les cultures sont aujourd'hui pratiquées de plus en plus profondément dans les réserves naturelles et le Gouvernement a du revenir à l'arrachage manuel, beaucoup moins polluant, mais beaucoup plus lent. Du coup, les volumes de coca produits repartent à la hausse.
La victoire contre les FARC, qui est en vue et que tout le monde souhaiterait voir accélérée par un accord aboutissant à leur démobilisation définitive, ne sera donc qu'une étape dans la lutte contre la production de cocaïne. Un gros effort des pays de destination, serait le bienvenu la Colombie menant là un combat difficile pour le bien de tous.

08/01/2008

Colombie: le syndrome de Copenhague

Hier, à Genève, M. Delloye, le père des enfants d'Ingrid Betancourt s'en est à nouveau pris au Gouvernement colombien davantage qu'aux ravisseurs de son ex-épouse. Exactement ce que décrit le grand quotidien de gauche espagnol El Pais, dans un article que je me permets de résumer ici:
" A Stockholm, des gangsters coincés dans la banque qu'ils dévalisaient ont retenu en otage clients et caissiers durant six jours. A la fin, des liens d'amitié s'étaient noués entre ravisseurs et séquestrés, donnant naissance à ce que les psychologues appellent le syndrome de Stockholm.
Dans le cas de la Colombie, on pourrait parler de syndrome de Copenhague, car s'il est rarissime que les milliers de séquestrés par les FARC prennent en affection leurs ravisseurs, les intelligentsia scandinaves et francophones leur vouent une étrange admiration. Au Danemark, des associations recueillant ouvertement des fonds pour financer les activités des FARC ont été poursuivies en justice, les FARC étant placées par l'UE sur la liste officielle des organisations terroristes… mais les juges danois ont classé l'affaire.
En France, la presse s'en prend à longueur de pages à un gouvernement démocratiquement élu, qu'elle rend responsable de la non-libération des otages, alors qu'il s'agit à l'évidence de mensonges éhontés des FARC".
Les déclarations de M. Delloye y sont malheureusement pour beaucoup. C'est son droit de voir en Chavez l'unique salut de son ex-épouse, mais il ment lorsqu'il affirme qu'Uribe connaissait de longue date l'accueil du petit Emmanuel dans un orphelinat, ou que ce sont les attaques de l'armée colombienne qui ont empêché la libération des prisonnières.  

 

Comme les journaux qui font leur travail l'ont révélé, le Président Colombien a su à Noël seulement qu'Emmanuel pouvait ne plus être aux mains des FARC. Les services colombiens ont en effet surpris des transmissions affolées des FARC, lorsque le "parrain" chargé de le récupérer a appris que l'enfant n'était plus à l'orphelinat où il l'avait laissé, mais depuis plusieurs mois dans une famille inconnue. Il a pris peur, car les FARC ne tolèrent pas l'échec et il s'est réfugié avec toute sa famille dans un commissariat. 
En l'apprenant, la Fiscalia (le Procureur Général) a déclenché l'enquête ADN pour vérifier la filiation. Comme la famille Rojas était à Caracas, c'est là-bas que les prélèvements ont été faits et Chavez a été au courant presque en même temps qu'Uribe. Mais au début, personne n'y croyait et surtout pas Chavez, qui pensait qu'Uribe voulait l'entourlouper. 

 

Il y a bien eu des combats au cours desquels un important chef militaire des FARC a été tué, mais à la frontière avec le Venezuela. Rien au centre du pays, là où les FARC avaient dit qu'ils rendraient l'enfant et où Uribe avait promis que l'armée n'attaquerait pas. La trêve annoncée a été respectée dans la zone convenue, mais ni les FARC ni Chavez n'avaient parlés de la frontière avec le Venezuela.
Et pour cause, puisque toute cette vaste opération de libération médiatique avait été déclenchée pour faire oublier l'enquête de journalistes espagnols révélant, dans El Pais, l'existence de bases arrières des FARC au pays de Chavez, et peut-être même de camps de prisonniers.
On dit aujourd'hui que les deux femmes pourraient être libérées directement au Venezuela. Ce qui éclaire d'un tout autre jour les-dits combats. Ont-ils eu lieu au moment où les FARC tentaient de faire passer la frontière à leurs prisonnières pour pouvoir les libérer en Colombie?
Dans tous les cas, que les prisonnières soient au Venezuela ou en Colombie, qu'est-ce qui empêchait ou qui empêche de les libérer tout simplement, en les relâchant discrètement, comme cela c'est déjà produit des milliers de fois depuis des années après que les rançons aient été payées ? Quoi sinon l'hypermédiatisation ?

Contrairement à ce qu'affirme la famille Delloye, il n'est pas du tout certain que la médiatisation internationale profite aux otages. On peut même être presque sûr du contraire puisque des otages dont on ne parle pas sont régulièrement libérés en Colombie, contre monnaie sonnante et trébuchante.

Au contraire, les douze "otages politiques" assassinés cet été par les FARC l'ont été dans le cadre du processus d'intimidation permanent que mènent les FARC, dans lequel la famille Delloye joue un rôle sans doute involontaire, à l'évidence manipulé, mais essentiel.  
Ce qui est sur et certain, c'est que l'hypermédiatisation et peut-être même la médiation telle qu'elle est menée, nuit aux intérêts de la Colombie et des Colombiens, car elle retarde le processus inéluctable en laissant croire aux FARC qu'ils pourraient avoir d'autres portes de sortie que celles qu'on leur tend : une fuite à l'étranger ou une reddition honorable, assortie d'une peine lègère pour les chefs et de la réinsertion immédiate pour les hommes et femmes de troupe.  

 

On peut se demander si les réactions seraient les mêmes si, au Danemark ou en France d'anciens gauchistes transformés en trafiquants de drogue dure kidnappaient les citoyens sur les routes, des gens comme vous et moi, patrons d'usine ou simples profs pour les saigner aux quatre veines, tout en forçant les plus pauvres à payer l'impôt, même ceux que l'Etat déclare non imposables ? S'ils enlevaient les enfants, séparaient les familles durant des années entières, séquestrant leurs prisonniers dans des conditions épouvantables et cela à grande échelle ?

Tout le monde en Colombie a eu un ou plusieurs proches enlevé ou victime de la violence. Cela ne peut plus durer. Dans le Monde d'aujourd'hui, l'envoyé spécial à Bogota raconte les réactions de députés de gauche colombiens et d'anciens communistes qui traitent les FARC de nazis. Je n'irai personnellement pas jusque là, mais de pirates, sans doute, d'êtres sans foi ni loi, incontestablement. D'individus, surtout, qui au-delà du bien et du mal ont depuis fort longtemps perdu toute notion d'intérêt collectif ou social pour ne plus être obnubilé que par leur statut personnel. Ce qui est loin, très loin d'être le cas de l'équipe dirigeante mis en place par Uribe pour mener la guerre contre les FARC, contre la violence, contre la drogue et contre la pauvreté, qui est cause initiale de tout le reste..

07/01/2008

Mondialisation: la fin des accords ACP

En vigueur depuis 1975, la Convention de Lomé (devenue entre-temps de Cotonou) est morte le 31 décembre dernier. Elle permettait aux pays ACP, c'est à dire en gros les ex-colonies françaises et britanniques d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique de vendre sans droits de douane leurs produits dans l'Union Européenne.  Une possibilité, qui à quelques notables exceptions près, n'a pas été utilisée autant qu'elle aurait du. Les pays d'Afrique ou leurs populations, continuant de se préoccuper davantage d'importer des biens européens d'occasion que de produire des biens exportables. Seules quelques entreprises agricoles en ont profité, ainsi qu'un tout petit peu de commerce équitable.
Les produits européens, neufs ou d'occasion étaient en revanche fortement taxés à l'importation en Afrique, les droits de douane générant facilement dans ces pays, 50, 60 ou même 80% des recettes fiscales totales, contre à peine 10 dans un pays développé. De fait dans une économie en majorité informelle, il est beaucoup plus facile de prélever sa dîme à la douane que de pourchasser des contribuables dépourvus de salaires ou des entreprises sans comptabilité. Les conséquences sur le coût de la vie étaient désastreuses, puisque le prix des produits importés était doublé.
Paradoxe africain: en dépit de décennies de ce protectionnisme absolu, la production locale n'est jamais parvenue à décoller. La production de cultures vivrières immédiatement consommées dans le cercle familial ou villageois continue d'être l'activité principale, voire unique d'une majorité de la population, une grande part du reste se contentant d'acheter et de revendre là-dite production ou les biens de consommation importés. Enfin, la petite partie de la population la plus aisée est essentiellement composée de fonctionnaires payés… grâce aux taxes prélevées à l'importation…
Paradoxe asiatique: les pays d'Asie qui en 1960, étaient économiquement plus mal classés que les pays d'Afrique et n'ont pas bénéficié des accords de Lomé ont presque tous fini par décoller de manière spectaculaire et taillent aujourd'hui des croupières aux pays occidentaux. Y compris les pays d'Asie tropicale.  
Paradoxe latino : les anciennes colonies espagnoles ou portugaises n'ont jamais eu droit non plus à la protection des pays ACP. Et sont aujourd'hui, pour la plupart d'entre eux, des pays émergeants en plein boom… Qui ont fait pression à l'OMC, devant la chambre de règlement des conflits, pour faire abolir les privilèges des pays ACP. Selon leur logique, une aide à un pays en développement doit être accordée à tous les pays en développement et pas seulement à certains… Même si ceux qui n'en bénéficient pas sont déjà copieusement irrigués d'investissements étasuniens.  

L'Europe a donc cédé, d'autant que les nouveaux arrivants de l'UE se sentent peu concernés par les ex-colonies franco-britanniques. Aujourd'hui les anciens pays ACP qui signent le nouvel accord de libre-échange APE avec l'UE sont censés accepter 80% des produits importés européens sans taxe. Tout en continuant de taxer les produits chinois ou brésiliens en fonction des accords passés sous l'égide de l'OMC avec ces pays. Beaucoup d'anciens pays APE renâclent, refusent d'abandonner le protectionnisme d'antan, car c'est tout leur équilibre économique, déjà précaire qui menace de s'écrouler.

De fait la concurrence agricole, sous forme de produits subventionnés du Nord déversés sur le Sud parait assez déloyale. Sauf que ce sont les produits agricoles du Sud qui devraient logiquement se déverser sur le Nord. On peut légitimement se demander s'il ne vaut pas mieux laisser s'écrouler un système qui se maintient en état de faillite permanente depuis plus de 30 ans… Peut-on imaginer des mesures qui permettraient de passer le cap sans trop de dégâts ? C'est l'un des thèmes de mon livre l'Utopie Urgente. Nous pourrons en débattre à l'issue de ma conférence à l'Institut et Musée Voltaire, mardi 15 janvier à 20 heures, 25 rue des Délices (entrée libre)
  

05/01/2008

Le rôle de Chavez

Il suffit que je parte en vacances et le monde se met à tourner à l'envers. Au moins je n'y suis pour rien. Le Courrier a fait un vrai travail de journaliste et trouvé un diplomate qui lâche le morceau: "Chavez s'est mué en véritable porte-parole des FARC". Ce qui remonte à loin. Le rêve de tout latino-américain de la région andine est de reconstituer la Gran Colombia de Bolivar qui réunissait, juste après la guerre d'indépendance, tous les pays de la zone en un seul. Chavez est bien près d'y parvenir, grâce à son pétrole, à l'enseigne du socialisme qui réunit aujourd'hui tous ces états sauf un, mais pas des moindres, la Colombie. Pire, bien que beaucoup moins riche en pétrole (ou peut-être à cause de…) et en proie à la violence que l'on sait, la Colombie est le pays le plus dynamique, celui qui fait les meilleurs choix économiques à moyen terme.
En Amérique latine, les anti-chavistes les plus virulents sont persuadés que l'homme au béret rouge veut se servir des FARC pour installer un pouvoir à sa botte à Bogota. Je ne le pense pas. Contrairement à ce qu'écrivait le Temps durant les fêtes (je vous disais que c'est le monde à l'envers), les FARC sont militairement acculées et ne contrôlent plus véritablement aucune part du territoire colombien. Ils sont certes encore discrètement présents, dans plusieurs zones de jungle, mais n'ont absolument pas les moyens de s'incruster où que ce soit si leur présence quelque part est révélée. Ils ne menacent plus aucun axe important et sont continuellement sur la défensive, avec des sources d'approvisionnement de plus en plus aléatoires.
Par ailleurs entre le soutien médiatique romanesque de quelques guérilleros de jungle et la tolérance envers une prise de pouvoir néo-stalinienne, il y a une marge que le reste du monde occidental n'est sans doute pas disposé à laisser franchir. Cela Chavez le sait. Il sait aussi qu'un discours de gauche démocratique aurait davantage de chance de s'imposer à Bogota si la violence des FARC ne cristallisait pas l'animosité des colombiens. Chavez a donc besoin que les FARC rendent les armes, mais sans que cela n'apparaisse comme une victoire d'Uribe qui saurait en tirer les bénéfices électoraux pour un bout de temps.
D'où son souci d'arriver à un accord négocié dans lequel il s'arroge le beau rôle, qui puisse démontrer que la politique de fermeté d'Uribe n'est pas la meilleure manière de faire. Seulement pour l'heure, c'est la seule qui marche. Et au vu du jusqu'auboutisme de Marulanda et de ses sbires, ce n'est pas prêt de changer. Tout de même, tout ce cirque pour rien. Comme l'ont fait remarquer des diplomates Brésiliens, toujours remarquablement formés et informés, si vraiment les FARC voulaient vraiment libérer des gens, la manière la plus simple et la moins dangereuse pour tout le monde, c'est de les poser clandestinement quelque part, à proximité d'un village qu'ils puissent atteindre en une heure de marche, ou même en pleine jungle, et de vider les lieux avant de livrer les coordonnées de l'endroit. Seulement, dans ce cas de figure, aucune chance pour Chavez d'être devant les caméras de télé avec les otages et leurs familles…