10/02/2008

Pour un référendum sur les FARC

Les choses bougent en Colombie, Piedad Cordoba la sénatrice d'extrême gauche qui fut jadis enlevée - et relâchée - par les paramilitaires prévoit pour bientôt la libération d'Ingrid, qui devrait suivre celle, annoncée mais toujours attendue de trois parlementaires.
C'est le meilleur blog en français sur le Colombie qui l'annonce : http://jacquesthomet.unblog.fr/ .
Jacques Thomet fut correspondant de l'AFP plusieurs années à Bogota et Caracas, avant d'écrire un livre sur les relations tumultueuses de la France avec la Colombie.
Il révèle aussi que le 21 janvier, le Secrétariat Général des FARC a déclaré, pensant à la marche mondiale du 4 février :
« Quand toute la Nation unie (entreprises, médias et population), ou au moins 50% des Colombiens (22 des 44 millions d’habitants) nous diront d’une seule voix qu’ils ne sont pas d’accord avec notre lutte, alors ce jour-là nous considérerons comme perdue notre lutte armée ». 
Une manif rassemblant la moitié de la population d'un pays semblant illusoire, l'idée de Jacques Thomet est de prendre les FARC au mot en organisant un référendum.
Ce pourrait être une porte de sortie honorable pour les FARC, un moyen de ne pas perdre la face et même de se refaire une virginité, puisqu'ils se plieraient à une décision populaire.
Le médiateur helvétique, qui court en vain après des accords de paix, aurait tout à gagner à explorer la voie du référendum comme outil de résolution de conflit. Des experts internationaux pourraient surveiller le vote, puis la démobilisation-réintégration des combattants sans règlement de comptes.
Le problème, c'est que la formulation du communiqué des FARC est vicieuse. On peut attendre une écrasante majorité réclamant la démilitarisation des FARC (3% seulement les soutiennent selon les sondages), mais pourtant, 22 millions de suffrages, c'est mission impossible. Et les FARC n'en ignorent rien.
Près de 19 millions de Colombiens ont moins de 18 ans et n'ont pas le droit de vote. La moitié des 26,5 millions qui l'ont ne votent jamais. Alors même que la participation est obligatoire aux élections locales ou nationales, elle plafonne à 50%.
Lors du premier référendum de l'histoire colombienne, organisé par Uribe en 2003, ce fut pire: la participation n'était pas obligatoire et aucune des quinze questions posées (très démocratiques et trop techniques) n'atteignit le quorum, fixé à 25%. Quand bien même toutes reçurent des réponses majoritairement positives.
Beaucoup de Colombiens sont isolés dans la jungle et les montagnes, ou se désintéressent de la politique. Des décennies de bipartisme bidon et de corruption ont causé beaucoup de tort à l'image des politiciens dans le pays. Conservateurs et libéraux, deux partis bourgeois, se partageaient le pouvoir avec sans doute encore moins de différences qu'entre Républicains et Démocrates aux Etats-Unis. Lorsque quelqu'un s'écartait du moule, comme Gaétan, il était rapidement assassiné.
Tout ceci est une époque révolue. Uribe a quitté le parti libéral avant sa première élection, et se positionne clairement à droite, tandis qu'en face a émergé une conscience de gauche forte et structurée, rejetant l'option armée, à l'image des autres pays d'Amérique latine. De part et d'autre, les objectifs sont clairs et les lignes de fracture les mêmes que dans toutes les démocraties occidentales : plus ou moins de libéralisme ou d'étatisme dans l'économie et el social.
La politique de fermeté d'Uribe à l'égard des FARC reçoit le soutien de 81% de la population d'après les sondages, ce qui lui assure la Présidence.  La gauche dirige les principales villes du pays mais reste divisée sur les FARC. Une partie soutient Uribe dans ce combat en dépit de gros désaccords par ailleurs. Le reste, sans approuver les FARC, continue de croire en une solution négociée.
Le référendum aurait le mérite de rassembler tout le monde et de réconcilier les Colombiens avec la politique moderne, démocratique et pacifique. Car l'enjeu serait limpide, la paix ou la guerre :
" Souhaitez-vous que les FARC abandonnent immédiatement la lutte armée avec toutes les méthodes violentes qui en découlent et libèrent tous leurs prisonniers ? "
Même si une telle question ne parvenait pas à atteindre 22 millions de oui, la très écrasante majorité probable serait un signal fort.
Il ne faudrait surtout pas remplacer "FARC" par "guérillas" ou par "bandes armées illégales", parce qu'alors, il leur serait toujours possible de se retrancher derrière un "j'attends que l'autre commence". Le résidu de l'ELN et les lambeaux de bandes paramilitaires n'auraient de toute manière aucune viabilité militaire après la reddition des FARC. Donc plus d'autre solution que de cesser le combat.
Si les FARC ont la moitié de la bonne foi et de la conscience politique que leur prêtent leurs admirateurs européens, elles devraient accepter de ne pas tenir compte des moins de 18 ans… Et là, tout est possible !

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