14/02/2008

Magouille à l'angolaise

Trois ONG de gauche s'en prennent au Procureur Général à six semaines des élections. L'une au moins, l'Action Place Financière AFP, joue sur les mots pour se faire passer pour ce qu'elle n'est pas. Elles accusent en gros le PG de laxisme, voire pire, pour avoir classé une affaire de transferts de fonds entre l'Angola et la Russie, transitant par l'UBS à Genève.

La plus grosse partie de ces fonds, on parle de centaines de millions de dollars, n'est pas arrivée en Russie, mais s'est évaporée sur les comptes d'intermédiaires dont l'un au moins, si l'on en croit le Canard Enchaîné et la justice française, est pour le moins véreux.

Voilà qui sent la magouille.

C'est donc en toute logique que le PG d'alors, M. Bertossa, ouvre le dossier en 2000 et fait mener l'enquête. Deux ans durant en vain, puis deux années de plus sous la houlette de M. Zappelli qui reprend le dossier avant de le clore en 2004, faute de preuve, confirmant comme il se doit la décision prise par la chambre d'accusation. Car en bonne justice, il ne suffit pas d'avoir des soupçons pour condamner.

Surtout lorsque les principaux intéressés, les Etats angolais et russe, ne portent pas plainte et ne s'estiment pas lésés. Il y a peut-être eu des opérations camouflées dans cette affaire, mais si les pays concernés n'ont rien à y redire, le rôle de la Justice genevoise n'est certainement pas d'aller refaire la comptabilité d'Etats souverains. Le droit d'ingérence et la morgue occidentale de certaines ONG a des limites.

Des citoyens angolais veulent faire rouvrir ce dossier. A Genève, parce que leur avocat genevois affirme qu'ils courent un risque dans leur pays, dont le gouvernement serait impliqué. Mais des élections, apparemment démocratiques y sont prévues pour bientôt. L'occasion de changer le cours des choses, s'il y a matière, ce qui reste à prouver. D'ici là, le droit international est ainsi fait que les pays sont souverains. Dans la majorité des cas, cela protège les gens et les indépendances.

Accessoirement ces citoyens angolais souhaitent la chute du Gouvernement actuel. C'est leur droit, mais le rôle de la justice genevoise est-il de se laisser instrumentaliser?  Doit-on s'immiscer dans les affaires politiques intérieures des pays pauvres sans trop bien savoir où l'on met les pieds? Sous quel prétexte ? Parce qu'ils sont pauvres ? En partant du principe que ceux qui sont au pouvoir sont les méchants tandis que ceux qui veulent y arriver seraient les gentils ? N'avons nous pas suffisamment d'affaires à traiter ici ? Et si c'est une question  d'aide au développement, pourquoi ne pas leur confier directement l'équivalent des frais d'un tel procès ?

Faute de preuve tangible et de faits délictueux établis, le Procureur court le risque de se faire retoquer au procès, ce qui, comme ce fut le cas sous Bertossa, finit par coûter très cher au citoyen contribuable. La présomption d'innocence vaut pour tout le monde, petits et gros délinquants. Le côté assez désagréable de la délation publique et de l'accusation sans véritable preuve aussi, surtout lorsqu'il se mêle d'intentions politiques.

C'est précisément le rôle du PG de déterminer s'il a suffisamment de "biscuits" pour poursuivre ou non. C'est le cœur de sa fonction, laissons-lui cette responsabilité. Sauf si l'on pense bien sûr qu'il prend ses décisions en fonction de critères autres ou d'intérêts personnels. Mais alors il faut le prouver. Ce sera dur. Encore une fois, rappelons que Daniel Zappelli a obtenu deux fois plus de condamnations dans des affaires financières que son prédécesseur, en deux fois moins de temps.

Commentaires

On ne va pas changer une équipe qui gagne

Écrit par : le suisse | 14/02/2008

Tiens, la lecture de l'hebdo d'aujourd'hui ne dit pas la même chose, citant le juge d'instruction qui était en charge du dossier : "La justice genevoise a, semble-t-il, oublié ce volet de l'affaire".

Et je crains que ce soit effectivement le coeur de la fonction du procureur que d'oublier des affaires ...

Mais cette version du billet à au moins le mérite de ne pas méler d'éviter de tous mélanger; mais la première version est toujours dans google :
2010 ou l'Angola ?
Tribune de Genève - Il y a 12 heures
Elles accusent en gros le Procureur Général de laxisme, voire pire, pour avoir classé une affaire de transferts de fonds entre l'Angola et la Russie, ...Dans son blog et dans ces colonnes, le candidat Paychère change son fusil d'épaule. Ses attaques personnelles, directes ou par protecteur interposé lui ...

Écrit par : Moucheron | 14/02/2008

Souaillons clairs !
1. Alors je me permet de vous demander la définition d'une ONG de gauche ?
2. Si il y a des ONG de gauche, il y a des ONG de droite. Donnez-nous quelques exemples.

Je vous en remercie à l'avance

Écrit par : Père Siffleur | 15/02/2008

Bien sûr qu’il y a des ONG de droite et même d’extrême droite. Il y en a même quelques unes qui sont vraiment neutres. Pensez-vous vraiment par exemple que la Fondation Bill Gates, qui gère au demeurant des sommes colossales, soit de gauche ? De manière générale, l’existence des ONG est une excellente chose, en tant qu’aiguillon social et politique. Le problème est qu’elles ont trop tendance à vouloir se substituer aux gouvernements démocratiquement élus. Or qu’elles soient de droite ou de gauche, les ONG ne sont jamais démocratiques, en ce sens qu’au mieux, elles ne représentent qu’elles même, et au pire elles incarnent les fantasmes de pouvoir de leurs dirigeants.
Quand à M. Moucheron, Internet a ceci de merveilleux que l’on y retrouve même les brouillons ou les anciennes versions. Encore faut-il les citer dans le bon ordre et ne pas intervertir les phrases, comme vous le faites… J’y dressais effectivement un parallèle entre la soudaine modération de M. Paychère, dont les accusations lui sont revenues à la figure et la montée au créneau d’ONG, de gauche donc, qui prennent le relais de ses attaques.
J’aurai pu y ajouter certains journalistes de gauche, travaillant régulièrement en collaboration avec les dites ONG et passant leur temps à dénoncer la manière dont les dirigeants de pays du sud gouvernent leurs populations. Du Courrier à l’Hebdo, dans un mouvement parfaitement minuté (le tout sortant le jeudi, pour permettre à l’Hebdo d’avoir l’illusion du scoop, tandis qu’en fait c’est dans tous les journaux – du travail de pro de la comm.), ils tentent de salir l’image du PG de manière indigne. Le tout à partir d’une affaire initiée voici 8 ans, par M. Bertossa en personne. J’ai un peu de mal à croire que personne ne se soit coordonné à ce sujet. Le hasard fait bien les choses, mais tout de même.
Partant de là, le travail du pigiste de l’Hebdo est à prendre avec les mêmes pincettes que vous le feriez d’un papier écrit par un communiquant professionnel, et payé pour. Ce qui signifie par exemple qu’il y a toutes les chances qu’il ne cite que les propos allant dans le sens de sa thèse et pas les autres, qui la réduisent à néant. Sur le fond, l’affaire a été jugée, les fonds saisis ont été reversés aux parties concernées. Des personnes étrangères reviennent devant la justice genevoise, plusieurs années après, avec une approche différente qui n’a peut-être pas été abordée à l’époque. Sauf que ces personnes n’ont pas la qualité pour agir. Ce qui en droit, permet de faire invalider leur action. Devant le Tribunal administratif de M. Paychere d’ailleurs, ce qu’aucun avocat digne de ce nom ne manquera de faire…
Je ne ferai pas l’injure à M. Paychere de penser qu’il pourrait ne pas appliquer le droit en son tribunal pour des motifs partisans. Donc à tous les coups, si le parquet entame une procédure, elle est annulée. Le PG doit-il l’initier malgré tout, pour faire plaisir à des ONG ? Ou pour satisfaire des citoyens étrangers qui sont eux-mêmes impliqués dans leur jeu politique national et tentent de faire inculper par la justice genevoise leurs responsables gouvernementaux juste avant les élections ? Ou doit-il rouvrir une affaire perdue d’avance et donc coûteuse, juste pour éviter que cela ne vienne interférer dans sa propre élection ?
Et au fond du fond, ne pensez vous pas que le droit d’ingérence des ONG et des riches du Nord dans les affaires des pauvres ou des gouvernements du sud commence à aller trop loin ? Que dirions nous si un tribunal angolais se disait « bizarre tout de même cette affaire de la Rue du Stand, dans laquelle un immeuble a été acheté trois fois son prix. Cela sent la magouille et la corruption. Enquêtons et inculpons les édiles de la ville de Genève. Et aussi ceux du Gouvernement cantonal, pour avoir laissé faire… ».
Par ailleurs, vaut-il mieux poursuivre trop et coûter cher au contribuable en procès inutiles, mais aussi manquer de moyens pour faire aboutir les dossiers qui le pourraient (voire les piteux résultats de M.Bertossa en la matière)… Ou ne poursuivre, qu’à bon escient, quand on a un plaignant valable, des preuves, et la quasi certitude d’aboutir, bref d’utiliser de manière optimale les moyens dont on dispose, sans se disperser ?
Poser la question, c’est y répondre. On peut aussi le dire autrement : Quand on est Procureur Général, faut-il faire du droit et appliquer des principes d’économie, ou de l’idéologie et jeter l’argent par les fenêtres ?

Écrit par : Philippe Souaille | 15/02/2008

" ... Le problème est qu’elles [ les ONG ] ont trop tendance à vouloir se substituer aux gouvernements démocratiquement élus. ... "

Voilà une piste qui pourrait être suivie pour connaître la forme du Nouveau Régime qui tend à se substituer à la démocratie vieillissante.
À ce propos lire absolument le livre de Guy Hermet "L'Hiver de la Démocratie ou le Nouveau Régime"

Ce qui me fait peur dans ce Nouveau Régime, c'est la possibilité que le Procureur Général fasse du droit en appliquant des principes d'économie. Surtout si ces principes sont de type capitaliste et que le procureur soit "juger" selon son "ROI" (en français retour sur investissement).

Le plus drôle dans toute cette"histoire" genevoise de PG, c'est que personne n'ai relevé que, normalement, un Procureur Général devrait être apolitique, ce qui serait le seul gage d'une totale séparation des pouvoirs qui est un des fondements de la démocratie. Ou cerait-ce là un signe supplémentaire de son glissement lent mais inexorable vers un Nouveau Régime qu'on appellera peut-être un jour "Mondialisme Humaniste" ?

Écrit par : Père Siffleur | 15/02/2008

Les ONG d'extrême-droite portent des armes et les autres pas. Mais le résultat final est identique.

Écrit par : Rabbit | 15/02/2008

Apolitique, M. Siffleur, c'est un joli mot qui n'a pas de sens. Tout le monde a des convictions, des idées, des principes. Donc tant qu'à faire, je préfère des options ouvertement affichées et revendiquées.
Au moins ainsi les choses sont claires et les citoyens peuvent se déterminer sur l'orientation qu'ils souhaitent donner à leur justice... et sur combien ils sont prêts à payer pour.
Parce qu'une justice aveugle et parfaitement impartiale, on voit ça dans les livres... La vraie justice est humaine et donc faite d'erreurs, de tâtonnements et d'injustices... qu'il faut sans cesse s'efforcer de corriger.

Écrit par : Philippe Souaille | 15/02/2008

Je ne peux vous forcer à comprendre: Je n'ai jamais dit que "le monde [les gens]" pouvaient ou devaient être sans convictions, sans principes, sans idées. Relisez, je parlais de la fonction de PG. La fonction se doit d'être apolitique, uniquement la FONCTION et non dans la VIE de citoyen comme les autres que le PG reste en dehors de sa tâche.
De plus, je pense qu'il ne faut pas parler de justice, qui reste une utopie, mais de lois qui existent et qui devraient être les mêmes pour tous, mais qui ... ou dit autrement: "Il y en a qui sont plus égaux que d'autres" (Coluche ?)

Écrit par : Père Siffleur | 15/02/2008

Je peux vous suivre sur ce terrain.
Le PG se doit d'appliquer la loi. Ce qui est d'ailleurs très exactement le programme de Daniel Zappelli.
Maintenant, un juge (ou un PG), quel qu'il soit aura toujours effectivement des valeurs morales dans sa vie privée dont il est censé faire abstraction dans sa vie professionnelle. Censé. Même à son corps défendant c'est parfois difficile. Et à ce jeu là, je fais davantage confiance au pragmatisme d'un Zappelli qu'à son adversaire, dont toute l'action et la pensée laisse présager une forte influence de l'idéologie. Alors si c'est la même que la votre, cela peut vous arranger, mais c'est fondamentalement dangereux.

Écrit par : Philippe Souaille | 16/02/2008

Si vous me lisez de temps en temps, vous devez avoir remarqué que mon "idéologie" n'est ni de gauche ni de droite et encore moins du centre: j'essaie de penser par moi-même et je n'attend absolument rien de la politique, si ce n'est pour m'en gausser. J'ai passé l'âge d'y croire, ce qui ne m'empêche de m'y intéressé dans l'esprit d'un entomologiste curieux et narquoi.

Écrit par : Père Siffleur | 16/02/2008

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