23/02/2008

République bananière

Après avoir approuvé la nomination de son épouse à la direction de l'audiovisuel extérieur français, le plus bushien des socialistes français est parti en Amérique Latine, faire la leçon aux gouvernements de là-bas. Sauf que cette fois, l'image de République bananière a sérieusement changé de camp.

Soyons clairs. Christine Ockrent possède les qualités et l'expérience requise pour le poste. Comme pas mal d'autres personnes, qui ne sont pas l'épouse du patron... Dans la plupart des démocraties, comme à l'ONU pour laquelle a travaillé Kouchner, ce genre d'indécence est formellement interdit. Mais pas dans la France sarkozyenne…

Pour regrouper son audiovisuel extérieur, la même France sarkozyenne traite avec un mépris hautain ses partenaires de la francophonie. La France a un chef, un vrai, et se veut leader plutôt que partenaire. Il parait que la Carla, ça la rend toute chose d'avoir un chef, un vrai, dans son couple… Enfin dans l'Express, elle appelait ça "l'homme le plus protecteur qu'elle ait jamais rencontré…" Il se trouve que les pays souverains n'ont pas forcément envie d'être "protégés". La Suisse a donc réagit poliment, mais fermement.

La Colombie a été un peu plus sèche. Il est vrai qu'à Bogota, on ne parlait plus de télévision, mais de la vraie vie et de la mort. Accepter les conditions des FARC revient à laisser massacrer ou séquestrer quelques milliers de Colombiens de plus. La libération (hypothétique) d'Ingrid ne vaut pas cela. En quoi est-ce que la vie d'une bourgeoise trop sûre d'elle, au demeurant fort sympathique, vaut davantage que celle des centaines de paysans anonymes qui tombent chaque année victimes des FARC ? Des mères enceintes qui sautent sur des mines ou qui reçoivent par la poste les yeux de leur enfant accusé d'avoir mouchardé ?

C'est exactement en ces termes que le dilemme se pose, ce que les médias français et Romands refusent dans l'ensemble de reconnaître. Contre l'avis même de leurs lecteurs si l'on en croit les réactions des différents sites. Ainsi, Kouchner voulait forcer le Président colombien a accepter la médiation de Chavez. Uribe lui a répondu de se mêler de ce qui le regardait. Mais seuls les médias colombiens ont relayé l'info.

Les français préfèrent évoquer le remplacement – refusé par Bogota - de l'Espagne, dont les FARC ne veulent plus, par le Brésil de Lula dans la triplette des facilitateurs. Pourquoi remplacer un socialiste espagnol par un populiste brésilien ? Parce que l'Espagnol ne veut pas entendre parler d'une reconnaissance des FARC, qui créerait un précédent avec la ETA. Cette dernière étant, dans les faits, nettement moins meurtrière et criminelle que ne le sont les FARC.

Commentaires

Une excellente analyse évoquait récemment dans la TdG . la N'dranghetta calabraise, qui fut une grande spécialiste des enlèvements dans les années 70. Ses liens avec le narco-trafic colombien y sont mis en évidence, mais qui connaît leur principal relais, adossé au Venezuela de Chavez par où passe une grande partie du trafic ? Le tristement célèbre (en Colombie) "El Loco Barrera" est allié aux fronts X et XVI des FARC qui aident cet ancien cultivateur de coca à contrôler (= racketter) les principales zones de production.
Il livre à la fois la N'Dranghetta et les "maras", les gangs ultra-violents d'Amérique centrale qui approvisionnent les Etats-Unis. Il collabore également avec la poignée de maffieux qui tentent – non sans succès - de remonter les cartels colombiens. Collabore, dans ces milieux, signifie que parfois ils travaillent ensemble et parfois s'entretuent pour le contrôle d'un territoire. Ils recrutent alors d'ex para-militaires ayant rendu les armes, parmi les 7% d'échec du programme de réinsertion du Gouvernement Colombien. On parle beaucoup de ces 7%… en oubliant les 93 % de réussite, sortis définitivement du cycle de la violence.
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Les FARC ne sont aujourd'hui plus qu'une maffia, qui règne par le meurtre et la loi du silence. La mettre hors d'état de nuire constitue un préalable à tout espoir de développement. Pour y parvenir, il faut commencer par oser la dénoncer. Ce que les Colombiens ont commencé à faire, au péril de leur vie. Trop d'ONG ne l'ont pas encore compris. Le responsable de gauche d'une ONG genevoise (active dans l'aide au développement en Colombie) défendait cette semaine l'idée que la plus stricte neutralité s'imposait vis à vis des FARC, même si l'on est contre elles. Car les critiquer, même à Genève ou sur internet, peut vous coûter la vie, là bas en Colombie, à vous, à votre famille ou aux gens travaillant avec vous.
Sauf que ne pas les critiquer, c'est accepter d'être complice, tout leur pouvoir reposant sur le silence et la crainte qu'elles inspirent.

Écrit par : Philippe Souaille | 23/02/2008

Votre analyse s'applique malheureusement aussi ici.
Ne trouvez-vous pas que nous vivons dans une république bananière, régie par des petites mafias ci et là? Mais il est toujours plus aisé de relever les défauts chez l'autre...

Sous peine de se voir infliger une plainte en diffamation, par un jeu de l'arroseur-arrosé auquel je ne m'adonnerai pas, je vous garantis que nul n'est besoin de gratter pour reconnaître de telles mécaniques ici même! Le décor change mais les structures claniques continuent à faire fureur chaque jour dans la création des postes les mieux rétribués et leur attribution.

Il est temps d'en changer... et de rétablir un semblant d'équité.
"Tous les animaux naissent égaux, mais il y en a qui le sont plus que d'autres", s'exclamait par métaphore l'âne chez George Orwell.
Renverser le cynisme ambiant devrait être une de nos priorités. Une civilisation digne de ce nom passe par là. Sinon, proposer un nouveau cadre formel est inutile en soi, si ce n'est que pour assouvir l'orgueil de quelques-uns ainsi que des rentrées d'argent confortables!

Néanmoins, je féilicite votre acuité.

Écrit par : Micheline PACE | 23/02/2008

Chère Madame,
Vous n’avez pas complètement tort, et si la droite genevoise ne fut pas toujours exempte de tout reproche de ce point de vue, il semble que depuis plusieurs années, une certaine gauche pratique assidûment la prébende, le népotisme et le clientélisme.
Cela dit j’ai rarement vu autant de mensonges et de mauvaise foi que dans la manière dont les médias francophones rendent compte de l’affaire colombienne. Ainsi les Comités Betancourt sont régulièrement dépeints comme représentants les familles des otages. Il n’en est rien. En plus de la famille proche d’Ingrid, ils représentent au mieux les familles des otages échangeables, c'est-à-dire aujourd’hui une trentaine de personnes, dont les intérêts sont à peu près communs : s’ils obtiennent du Gouvernement la concession territoriale réclamée par les FARC, ils peuvent espérer voir leurs proches échangés contre des guérilleros emprisonnés – et régulièrement visités par la Croix Rouge, eux…
En revanche pour les familles des 750 autres séquestrés aux mains des FARC (dont on suppose que 450 seulement seraient encore en vie), un tel accord ne signifie rien. Surtout pas une perspective de libération sans rançon, puisque il s’agit précisément d’offrir aux FARC le territoire qu’elles n’ont pas, et ce faisant de leur garantir l’impunité dans une zone de non droit où se livrer tranquillement à leurs rapines et exactions diverses.
L’idée de la sécession est à la mode. Un peu partout dans le monde, des régions, des groupes ethniques ou religieux ou, comme dans le cas des FARC, des maffias, réclament leur autonomie. Et de plus en plus souvent l’obtiennent, surtout lorsque c’est dans l’intérêt géostratégique ou commercial du gendarme du monde. Par exemple au Kosovo.
En gros, l’idée, vieille comme le monde, c’est « multiplions les divisions pour mieux régner ». Divisions sous forme de frontières et sous forme de communautarismes triomphants. La gauche alter mondiale se jette dans le panneau la tête la première. En Colombie, le gendarme du monde est cependant du côté de l’unité territoriale. Parce qu’un état de plus, basé uniquement sur la production de la coca et allié de Chavez, ne lui dit rien qui vaille. Pour l’instant. Les démocrates ont clairement fait savoir qu’ils étaient prêts à revoir les plans du Pentagone en la matière. Ce ne serait pas la première fois. Washington n’avait-il pas jadis amputé la Colombie de tout le Panama pour y bâtir le canal ? Nul doute que si la coca pouvait être légalisée, ce serait déjà fait.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/02/2008

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