28/02/2008

Conseil administratif: de bourde en bourde

On croyait avoir tout vu avec l'ancien conseil administratif, mais apparemment celui-ci est encore plus amusant.

Déjà se faire élire pour toucher 250 000 Francs et faire aussitôt ce qu'il faut pour profiter de 5 mois de congé, il fallait oser… Cela n'a rien à voir avec le féminisme. Lorsqu'on prend une responsabilité, on l'assume. Et l'on ne prétend pas, après coup, avoir prévenu les électeurs.

A ce qu'il parait d'ailleurs, sa camarade de parti, qui visait le poste et s'était effacée lors des primaires internes, serait passée du rose au vert en apprenant la nouvelle.

Au-delà du coup porté à la crédibilité de la fonction (puisqu'on peut s'en éloigner apparemment sans conséquence), on se demande comment vont être traités les nombreux votes qui ponctuent en principe la vie d'un tel conseil. Est-ce que Manuel Tornare, son frétillant collègue de parti, votera deux fois ? Ou est-ce que ce sera son remplaçant, désigné d'office en début de cession qui aura cet honneur ?

Logiquement cela devrait lui revenir, puisqu'il va devoir se coltiner tout le boulot… et les responsabilités qui vont avec. Deux fois plus de boulot, on peut s'attendre à des problèmes, quelles que soient les très grandes qualités de Pierre Maudet par ailleurs. Le fait qu'il soit le seul représentant de l'opposition dans ce conseil et que ce soit sur lui que ça tombe est assez troublant.

Tout de même oser dire que l'électeur n'a pas été pris en traître, cela ressemble fortement au style d'un certain Sarkozy, qui durant toute sa campagne électorale a fait croire qu'il était toujours marié… alors que dans les faits, Cecilia continuait d'être amoureuse d'Attias… Comment pouvait-il prétendre l'ignorer? Les électeurs ne sont pas dupes de ce genre de montage et les sondages le prouvent. La Roche Tarpéienne de Sandrine Salerno n'est sans doute plus très loin.

D'autant que ce conseil les accumule. Comme cette idée de péage pour dissuader les voitures de passer par le Centre Ville… Une idée de gauche, qui ennuie les pauvres et qui surtout est le meilleur argument possible pour la construction rapide d'une Traversée du Lac… Comment justifier autrement que l'on forcerait les habitants de Vésenaz à s'acquitter d'un péage pour se rendre à Chambésy ou à Lausanne ? Ou alors de faire un détours de 40km par l'autoroute de contournement en encombrant les petites routes de la Rive Gauche, histoire de polluer un bon coup !

Donc merci Mugny et compagnie de nous préparer un joli pont-tunnel à la hauteur du Vengeron, pas pour 2050, mais pour tout de suite. Après, vous pourrez faire votre péage.

20 nouveaux otages des FARC

L'excellente nouvelle, c'est que depuis le début de l'année, les FARC ont libéré six otages. La nettement moins bonne, c'est qu'ils en ont capturé vingt autres. Certes moins connus, du tout venant destiné à la libération contre rançon, mais vrais otages malgré tout, qui vont souffrir tout autant. Le mensonge et la poudre aux yeux continuent de régner en maître dans toute cette affaire, même si bien sûr les otages libérés et leurs familles sont enfin heureux. Cela fait six ans qu'ils attendaient, dans les conditions que l'on sait, dans la jungle insalubre. Le 4ème otage, joint in extremis au trio, doit une fière chandelle à Ingrid. Il était semble-t-il au plus mal, et c'est pourquoi les FARC, officiellement, l'ont ajouté au dernier moment. Mais en réalité, il est l'un des rares à avoir vu Ingrid récemment et il est porteur d'un message: elle ne va pas bien du tout. Ce que tout le monde avait déjà compris. Mais répété dans la bouche d'un otage à peine libéré, cela prend évidemment bien davantage de poids. Le but est clair: faire pression sur Uribe pour qu'il accepte les conditions des FARC. C'est à dire de leur offrir un morceau du pays clés en main, avec ses habitants. Ce qui en ferait quasiment une enclave dédiée à la dévotion du Venezuela chaviste. Que le parachutiste de Caracas participe à cet odieux chantage, mieux, qu'il l'organise, au vu et au su de la communauté internationale et sous l'oeil des caméras du monde entier est proprement scandaleux. Mais c'est assez caractéristique de leurs pratiques. J'ai rencontré mercredi Loly Bolay, la Présidente socialiste du Grand Conseil. Très remontée contre certains colombiens proches des FARC. L'un d'entre eux l'avait accusée, après une simple conversation de couloir, d'avoir tenu des propos enflammés à l'encontre du Président Colombien Uribe, lors de la soirée citoyenne qui s'est déroulée à Genève. C'était faux bien sûr: "En tant que parlementaire j'ai le plus grand respect pour un chef d'Etat démocratiquement élu, avait-elle précisé. Las, la chose était publiée sur un site internet qui sert de relais aux informations estampillées de la guérilla. Elle a démenti et porté plainte et le gars, qui a le statut de réfugié politique en Suisse, s'est rétracté. Reste que Loly voulait également prendre sur elle une partie de la responsabilité des propos tenus par Manuel Tornare en cette occasion. Celui-ci avait présenté une résolution émanant de milieux du Grand Conseil comme signée à l'unanimité, ce qui n'était pas le cas. "C'est un peu de ma faute, dit-elle, il m'a demandé si c'était unanime et dans le brouhaha ambiant, il n'a pas bien entendu ma réponse". Donc il ne l'aurait pas fait exprès. Tant mieux. Faute avouée est à moitié pardonnée. Ceci dit, il y aurait bien un moyen de nous prouver, à nous tous les sceptiques du monde entier et en particulier aux colombiens, que tout ceci n'est pas qu'un odieux chantage. Ce serait de libérer Ingrid. Tout de suite. Seulement s'ils le font, et à fortiori s'ils libèrent tous les autres otages qu'ils utilisent comme autant de boucliers humains, contre toutes les lois de la guerre qu'ils prétendent mener, ils risquent fort de voir la police colombienne fondre sur eux dans les jours qui suivent. Donc mieux vaudrait qu'ils se rendent carrément... Les peines de leurs chefs seront légères, à l'image de ce qui a été fait pour les paramilitaires, et les simples combattants bénéficieront de programmes de réinsertion performants. Ils peuvent aussi, les chefs, éviter la prison en s'exilant au Venezuela ou ailleurs. Le Gouvernement colombien a clairement affirmé que toute solution débouchant sur la fin des combats et des activités criminelles serait bonne à prendre.

24/02/2008

Le lièvre et la tortue

Pas évident d’être en campagne électorale lorsqu’on porte toute la machine judiciaire sur le dos. Tous les élus qui se représentent connaissent ce problème. Mais s’il est d’usage en politique de marquer une pause dans la gestion ou de se mettre en pilotage automatique, le temps d’en découdre avec les élections, le Palais de Justice, lui n’attend pas. Il y a des affaires en cours, importantes et il faut bien les traiter.

C’est d’ailleurs la raison du gentlemen’s agreement qui voulait qu’à Genève on ne se présente pas contre un Procureur Général en fonction. Pour cela et aussi parce que celui qui est aux manettes est beaucoup plus exposé, ayant à endosser tous les aléas de la justice. Untel est fâché parce que sa plainte a été classée, celui-ci parce qu’il a été condamné, cette autre parce que son idole a été déboulonnée… La justice est tissée de décisions multiples qui ne sont jamais sans conséquences et la plus grande impartialité n’est pas toujours une protection contre le ressenti.

Ce gentlemen’s agreement logique et justifié a donc été rompu par le candidat de gauche, qui n’a écouté… que son ambition et sa soif dévorante de pouvoir, qui l’a fait partir, tel le lièvre, un peu trop tôt. Il va lui falloir tenir jusqu’aux jours du vote, en ayant épuisé un à un tous ses arguments… et ses alliés, sacrifiés trop en amont dans la bataille. La stratégie électorale est aussi une question d’intelligence et fort heureusement, Daniel Zappelli n’en manque pas.

Il possède aussi une solide carapace, à l’image de son animal fétiche dans cette histoire, ce qui lui a permis d’encaisser sans broncher les attaques répétées et continuelles d’une certaine presse – cela me fait bizarre de devoir employer ces termes pour désigner un quotidien prestigieux dont je respecte habituellement les analyses. Je ne parle pas ici de la Tribune, qui passe régulièrement sous silence les affaires financières, bien qu’elles constituent l’essentiel à Genève. On a le droit de préférer les chiens écrasés.

C’est juste dommage que le grand public ne puisse pas avoir connaissance des efforts considérables déployés par sa justice pour assainir la place financière et en faire respecter les usages. Efforts qui, contrairement aux moulinets donquichottesques de son prédécesseur, se concluent sous Zappelli, plutôt par des condamnations que par des dédommagements aux prévenus…

Daniel Zappelli, donc se bat tous les jours contre le crime, les malfrats en col blanc comme les pickpockets ou les conjoints violents. Ce qui lui laisse peu de temps pour faire campagne. Du coup, des sites de soutien apparaissent qui ne sont pas officiels et qui ne représentent pas forcément le détail de sa pensée profonde. Mais qu’importe chacun est libre de projeter l’image du Procureur Général qu’il souhaiterait avoir…

Si vous souhaitez néanmoins connaître le vrai bilan et le programme que souhaite mettre en œuvre le PG en exercice lors de la prochaine législature, rendez-vous sur son blog, le seul vrai, www.danielzappelli.ch . Vous y trouverez ces renseignements, plus d’autres, le site devant s’enrichir au fil des semaines, jusqu’à l’élection. Chi va piano va sano… Lentement, mais sûrement, c’est aussi le rythme d’une justice sereine… et c’est en tout cas le seul possible lorsque l’on porte sur son dos tout le 3ème pouvoir, la justice des Genevois.

Une justice qui va devoir affronter dans deux ans sa plus grande réforme depuis plus d'un siècle. Cela aussi se prépare, et le PG y travaille, en actes et non pas en paroles...

23/02/2008

République bananière

Après avoir approuvé la nomination de son épouse à la direction de l'audiovisuel extérieur français, le plus bushien des socialistes français est parti en Amérique Latine, faire la leçon aux gouvernements de là-bas. Sauf que cette fois, l'image de République bananière a sérieusement changé de camp.

Soyons clairs. Christine Ockrent possède les qualités et l'expérience requise pour le poste. Comme pas mal d'autres personnes, qui ne sont pas l'épouse du patron... Dans la plupart des démocraties, comme à l'ONU pour laquelle a travaillé Kouchner, ce genre d'indécence est formellement interdit. Mais pas dans la France sarkozyenne…

Pour regrouper son audiovisuel extérieur, la même France sarkozyenne traite avec un mépris hautain ses partenaires de la francophonie. La France a un chef, un vrai, et se veut leader plutôt que partenaire. Il parait que la Carla, ça la rend toute chose d'avoir un chef, un vrai, dans son couple… Enfin dans l'Express, elle appelait ça "l'homme le plus protecteur qu'elle ait jamais rencontré…" Il se trouve que les pays souverains n'ont pas forcément envie d'être "protégés". La Suisse a donc réagit poliment, mais fermement.

La Colombie a été un peu plus sèche. Il est vrai qu'à Bogota, on ne parlait plus de télévision, mais de la vraie vie et de la mort. Accepter les conditions des FARC revient à laisser massacrer ou séquestrer quelques milliers de Colombiens de plus. La libération (hypothétique) d'Ingrid ne vaut pas cela. En quoi est-ce que la vie d'une bourgeoise trop sûre d'elle, au demeurant fort sympathique, vaut davantage que celle des centaines de paysans anonymes qui tombent chaque année victimes des FARC ? Des mères enceintes qui sautent sur des mines ou qui reçoivent par la poste les yeux de leur enfant accusé d'avoir mouchardé ?

C'est exactement en ces termes que le dilemme se pose, ce que les médias français et Romands refusent dans l'ensemble de reconnaître. Contre l'avis même de leurs lecteurs si l'on en croit les réactions des différents sites. Ainsi, Kouchner voulait forcer le Président colombien a accepter la médiation de Chavez. Uribe lui a répondu de se mêler de ce qui le regardait. Mais seuls les médias colombiens ont relayé l'info.

Les français préfèrent évoquer le remplacement – refusé par Bogota - de l'Espagne, dont les FARC ne veulent plus, par le Brésil de Lula dans la triplette des facilitateurs. Pourquoi remplacer un socialiste espagnol par un populiste brésilien ? Parce que l'Espagnol ne veut pas entendre parler d'une reconnaissance des FARC, qui créerait un précédent avec la ETA. Cette dernière étant, dans les faits, nettement moins meurtrière et criminelle que ne le sont les FARC.

19/02/2008

Marsupilami ou savonnette ?

Tandis qu'à Genève, Manuel Tornare inaugure des carrés confessionnels et qu'à Latran, Nicolas Sarkozy se répand en propos patelins sur le rôle comparé des curés et des instituteurs, François Bayrou monte au créneau pour défendre la laïcité. A savourer jusqu'à la fin, ça vaut le détours... où comment peut-on oser mentir effrontément devant une caméra quand on est homme politique français.

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http://www.betapolitique.fr/Enorme-Bayrou-mouche-Bertrand...

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Ma maman de 87 ans, qui est à la fois catholique pratiquante, hospitalière de Lourdes et instit laicarde en retraite, Peppone et Don Camillo à elle toute seule,  se répand partout dans sa campagne. Sa théorie: les gens qui ne boivent jamais d'alcool parce qu'ils sont en permanence sous tranquilisants ne supportent pas le moindre quart de verre de vodka. Et là, c'est vraiment la France profonde qui parle

Le grand problème de l'omniprésident c'est qu'à force de vouloir être partout, il est devenu insaisissable. Pire qu'une savonnette, un véritable Marsupilami. Capable de dire chaque chose et son contraire, d'avancer quinze idées farfelues par jour, en public, et de les démentir ou faire démentir le lendemain. S'il ne s'agissait pas de l'avenir d'un pays qui nous entoure, ce serait aussi drôle que le guignol ou le muppet show...

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Comme apparemment, il n'a que des concepts marketing, mais aucune idée de fond, il avance et puis recule, lance des objets vivants dans la fourmilière, comme un sale gosse, pour voir... Le problème, c'est que chaque épisode, avec la cohorte de commentaires acerbes qu'il déclenche, semble le rapprocher un peu plus du moment où il va exploser en vol. Pour de bon. Cela ne doit pas être facile tous les jours, d'être courtisan dans ce demi monde là.

C'est pourquoi d'ailleurs je soutiens les deux listes d'ouverture pilotées par d'éminents représentants du Mouvement Démocrate en France Voisine, Fabienne Faure à Ferney-Voltaire et Antoine Vielliard à Saint-Julien en Genevois. Deux futurs maires on ne peut plus présentables, ayant tous deux des responsabilités nationales en France et bien intégrés dans leurs villes respectives, qui sont deux poles clefs de la région transfrontalière genevoise.


15/02/2008

Quelle neutralité en 2008 ?

Voilà donc Chavez, lider maximo du Venezuela, en guerre ouverte avec Exon, pétrolière étasunienne qui vient de crever le plafond du plus gros bénéfice jamais réalisé par une entreprise privée. Par une entreprise publique aussi, d’ailleurs…

Comme tous les Colombiens, ce que je suis de cœur, je suis déchiré par cette nouvelle. Voilà qui à l’évidence va poser des problèmes au parachutiste de Caracas et va le forcer à lever le pied dans ses visées expansionnistes sur la Colombie, par FARC de moins en moins interposées. D’un autre coté, comme tous les Colombiens, je suis révolté par le pillage du continent par les multinationales anglo-saxonnes.

D’où croyez vous qu’ils tirent leurs bénéfices, les Exxon et consorts ? Dans le cas présent, ils expliquent carrément dans leur plainte que leurs 750 millions de dollars d’investissements en Colombie (calculés par eux) allaient leur rapporter 25 milliards au cours des années à venir. Sacrée culbute ! Ils réclament la moitié de cette dernière somme à Caracas pour prix de leurs installations sur place. Les Français, les Brésiliens et les Canadiens ont accepté de céder les leurs pour des montants correspondant aux investissements, soit plusieurs centaines de millions chacun. Et de continuer à travailler au Venezuela.

C’est à cause de cette disparité fondamentale entre les fortunes immenses que gagnent les multinationales occidentales dans les pays du sud et les reliefs, que perçoivent ou parviennent à détourner les gouvernants desdits pays, que je désapprouve le discours occidental dominant. Les ONG de gauche, comme Washington, incriminent la corruption et les comptes en Suisse des dirigeants en tant que cause première du mal développement. Ils ne sont pourtant qu’une conséquence inéluctable des énormes déséquilibres existants. Je pense à l’Angola, par exemple.

Je ne vois pas au nom de quel principe (racial ?), seuls les occidentaux auraient le droit de s’enrichir dans ces pays. Les Africains ont aussi le droit de constituer des fortunes et des empires sur le dos de leurs compatriotes. Comme tout le monde. Par les moyens qui sont à leur portée, les seuls qu’on leur laisse.

Ce combat là, Chavez est un des rares à le mener. Mais il s’y prend mal. Parce qu’il agit lui-même dans une optique nationaliste expansionniste, centrée autour de son pouvoir personnel. Par ailleurs, si le capitalisme est responsable des énormes disparités de cette planète, il demeure aussi la meilleure réponse aux problèmes qu’il pose, à tous nos problèmes en fait. Ce que Chavez n’a que partiellement compris.

Il faut juste parfaire les règles, leur permettre d’empêcher certains abus, introduire de l’équité dans le processus. On en revient à la nécessité d’accords mondiaux, de coordination mondiale, de gouvernement mondial, bref au thème de mon bouquin L’Utopie Urgente (éd. Slatkine – j’espère qu’il est toujours en librairie, si les 5000 lecteurs mensuels de ce blog – en augmentation constante – l’achetaient tous, cela ferait sacrément avancer le schmilblick…)

L’autre aspect amusant de l’histoire, c’est que pour échapper aux saisies de la justice britannique, Chavez vient de planquer tous ses comptes en Suisse, à l’UBS. Ce qui tombe doublement bien, puisque Genève est devenue la capitale mondiale du négoce pétrolier. Et puis la promiscuité entre le chavisme et certains amis de notre conseillère fédérale chargée du département des Affaires Etrangères n’aura échappé à personne. Mais dans l’affaire, l’UBS est mal prise.

Ce n’est pas la première fois que les banques suisses abriteront des comptes liés à des activités révolutionnaires ou franchement à gauche. Toutes les valises du FLN, de la décolonisation et des mouvements indépendantistes du monde entier passaient par Genève dans les années soixante. Le Kremlin de l’URSS et même la RDA avaient leurs comptes à Zurich. En plus, tous les meilleurs films de l’époque du Mc carthysme ont été produits grâce au relais des banques genevoises.

Cela fait dix ans que je cherche à financer un documentaire sur la question, en vain ! Pourtant, de 55 à 62, tous les plus grands succès internationaux, une vingtaine de classiques immémoriaux ont été tournés en Europe, avec des scénaristes interdits, des réalisateurs sous prête-nom et des stars sympathisantes de gauche. Le tout financé par de l’argent venu directement de Hollywood. Pour brouiller les pistes, le nerf de la guerre transitait par nos coffres. Mais cela n’intéresse personne ! Dommage, dans peu d’années, les derniers témoins seront morts !

Aujourd’hui, cela serait impossible ou en tout cas plus difficile. Les échanges électroniques d’argent virtuel laissent paradoxalement davantage de traces que les bonnes vieilles valises de billets. Les grandes oreilles d’Echelon, qui espionnent le monde pour Washington, sont à l’affût. Et le 11 septembre a permis aux Etats-Unis de coincer un pied dans la porte blindée de nos banques, bien plus sûrement que l’Union Européenne.

Ils en avaient déjà un de toute façon, Washington ayant menacé de retirer toute possibilité d’intervention aux USA aux banques qui ne coopéreraient pas en matière fiscale. Plus d’ouverture de succursales, mais surtout plus d’accès aux marchés de Wall Street et de Chicago. Les banques avaient cédé et cela fait plusieurs années que tous les citoyens étasuniens détenant des comptes en Suisse doivent en fournir le détail et sont imposés. Même ceux qui ne résident pas aux Etats-Unis.

L’UBS, donc est mal prise, parce que derrière Exxon, il y a Washington, et que Washington a les clefs du coffre. Elle ne peut pas se permettre de lui claquer la porte au nez. Mais en théorie, d’après la loi helvétique sur le secret bancaire, elle devrait.

Sauf à ce qu’un groupe de vénézueliens fatigués de leur lider maximo viennent porter plainte contre lui pour détournement de fonds auprès de nos instances judiciaires. On sait que les rues de Caracas sont souvent pleines de ces gens qui défilent en manifs ou se font tirer comme des lapins à l’université. Cela ne devrait pas être trop difficile d’en trouver. Du coup, tout l’argent de Chavez – et du Venezuela - serait bloqué.

Exxon reviendrait en force à Caracas, dommage pour la révolution bolivarienne et les FARC, privées de base arrière, seraient contraintes de rendre les armes, tant mieux pour la paix. Il y aurait donc du bon et du moins bon. Tout dépend de quel coté on se place.

Ce qui pose aussi sérieusement la question de la neutralité de la Suisse ? A-t-elle encore un sens dans ces batailles du XXIème siècle qui pour l’essentiel sont économiques et non plus territoriales ? Comment peut-on oser penser préserver une neutralité économique à la Suisse, alors qu’elle est dans ce domaine un belligérant de taille mondiale, le 21ème très exactement ? Et sur le podium si l’on compte par habitant !

D’aucuns trouveront le scénario impossible. Pas forcément. En tout cas, il prouve qu’en matière judiciaire, dans les affaires aux retombées internationales, il est de plus en plus délicat, pour la justice genevoise, de savoir où elle met les pieds sans se faire instrumentaliser. Parce que les gentils d’un coté, les méchants de l’autre, ce ne sont que des balivernes pour enfants. Qu'on se le dise, au moment de choisir entre un pragmatique et un avatar de Don Quichotte.

14/02/2008

Magouille à l'angolaise

Trois ONG de gauche s'en prennent au Procureur Général à six semaines des élections. L'une au moins, l'Action Place Financière AFP, joue sur les mots pour se faire passer pour ce qu'elle n'est pas. Elles accusent en gros le PG de laxisme, voire pire, pour avoir classé une affaire de transferts de fonds entre l'Angola et la Russie, transitant par l'UBS à Genève.

La plus grosse partie de ces fonds, on parle de centaines de millions de dollars, n'est pas arrivée en Russie, mais s'est évaporée sur les comptes d'intermédiaires dont l'un au moins, si l'on en croit le Canard Enchaîné et la justice française, est pour le moins véreux.

Voilà qui sent la magouille.

C'est donc en toute logique que le PG d'alors, M. Bertossa, ouvre le dossier en 2000 et fait mener l'enquête. Deux ans durant en vain, puis deux années de plus sous la houlette de M. Zappelli qui reprend le dossier avant de le clore en 2004, faute de preuve, confirmant comme il se doit la décision prise par la chambre d'accusation. Car en bonne justice, il ne suffit pas d'avoir des soupçons pour condamner.

Surtout lorsque les principaux intéressés, les Etats angolais et russe, ne portent pas plainte et ne s'estiment pas lésés. Il y a peut-être eu des opérations camouflées dans cette affaire, mais si les pays concernés n'ont rien à y redire, le rôle de la Justice genevoise n'est certainement pas d'aller refaire la comptabilité d'Etats souverains. Le droit d'ingérence et la morgue occidentale de certaines ONG a des limites.

Des citoyens angolais veulent faire rouvrir ce dossier. A Genève, parce que leur avocat genevois affirme qu'ils courent un risque dans leur pays, dont le gouvernement serait impliqué. Mais des élections, apparemment démocratiques y sont prévues pour bientôt. L'occasion de changer le cours des choses, s'il y a matière, ce qui reste à prouver. D'ici là, le droit international est ainsi fait que les pays sont souverains. Dans la majorité des cas, cela protège les gens et les indépendances.

Accessoirement ces citoyens angolais souhaitent la chute du Gouvernement actuel. C'est leur droit, mais le rôle de la justice genevoise est-il de se laisser instrumentaliser?  Doit-on s'immiscer dans les affaires politiques intérieures des pays pauvres sans trop bien savoir où l'on met les pieds? Sous quel prétexte ? Parce qu'ils sont pauvres ? En partant du principe que ceux qui sont au pouvoir sont les méchants tandis que ceux qui veulent y arriver seraient les gentils ? N'avons nous pas suffisamment d'affaires à traiter ici ? Et si c'est une question  d'aide au développement, pourquoi ne pas leur confier directement l'équivalent des frais d'un tel procès ?

Faute de preuve tangible et de faits délictueux établis, le Procureur court le risque de se faire retoquer au procès, ce qui, comme ce fut le cas sous Bertossa, finit par coûter très cher au citoyen contribuable. La présomption d'innocence vaut pour tout le monde, petits et gros délinquants. Le côté assez désagréable de la délation publique et de l'accusation sans véritable preuve aussi, surtout lorsqu'il se mêle d'intentions politiques.

C'est précisément le rôle du PG de déterminer s'il a suffisamment de "biscuits" pour poursuivre ou non. C'est le cœur de sa fonction, laissons-lui cette responsabilité. Sauf si l'on pense bien sûr qu'il prend ses décisions en fonction de critères autres ou d'intérêts personnels. Mais alors il faut le prouver. Ce sera dur. Encore une fois, rappelons que Daniel Zappelli a obtenu deux fois plus de condamnations dans des affaires financières que son prédécesseur, en deux fois moins de temps.

13/02/2008

Salves d'Or est mort, vive le roi Henry

Le petit indien des Caraïbes est parti… Son grand rire d'Afrique aussi. Reste à la place un tas de vieux disques sur lesquels se précipitent les radios. Voilà qui va faire un paquet de droits pour ses héritiers… Etonnant comme la mort des grands rapporte à leurs survivants. Ses disques, n'aurait-on pas mieux fait de les écouter avant ?
C'est la même chose pour les morts anonymes. Les proches et les lointains se pressent aux enterrements. Une pelletée de terre et hop, une grande bouffe, l'occasion de retrouvailles trop rares pour les familles dispersées. Mais pourquoi donc ne les organise-t-on pas avant ? Du vivant du défunt, pour qu'il puisse encore en profiter tant qu'il est encore temps.
Reste que du quatuor de compères qui importèrent le rock en France, Boris Vian, Sacha Distel et Henry Salvador, nourris à la sève de Ray Ventura, il ne reste que le 4ème mousquetaire… un certain Quincy Jones !

10/02/2008

Pour un référendum sur les FARC

Les choses bougent en Colombie, Piedad Cordoba la sénatrice d'extrême gauche qui fut jadis enlevée - et relâchée - par les paramilitaires prévoit pour bientôt la libération d'Ingrid, qui devrait suivre celle, annoncée mais toujours attendue de trois parlementaires.
C'est le meilleur blog en français sur le Colombie qui l'annonce : http://jacquesthomet.unblog.fr/ .
Jacques Thomet fut correspondant de l'AFP plusieurs années à Bogota et Caracas, avant d'écrire un livre sur les relations tumultueuses de la France avec la Colombie.
Il révèle aussi que le 21 janvier, le Secrétariat Général des FARC a déclaré, pensant à la marche mondiale du 4 février :
« Quand toute la Nation unie (entreprises, médias et population), ou au moins 50% des Colombiens (22 des 44 millions d’habitants) nous diront d’une seule voix qu’ils ne sont pas d’accord avec notre lutte, alors ce jour-là nous considérerons comme perdue notre lutte armée ». 
Une manif rassemblant la moitié de la population d'un pays semblant illusoire, l'idée de Jacques Thomet est de prendre les FARC au mot en organisant un référendum.
Ce pourrait être une porte de sortie honorable pour les FARC, un moyen de ne pas perdre la face et même de se refaire une virginité, puisqu'ils se plieraient à une décision populaire.
Le médiateur helvétique, qui court en vain après des accords de paix, aurait tout à gagner à explorer la voie du référendum comme outil de résolution de conflit. Des experts internationaux pourraient surveiller le vote, puis la démobilisation-réintégration des combattants sans règlement de comptes.
Le problème, c'est que la formulation du communiqué des FARC est vicieuse. On peut attendre une écrasante majorité réclamant la démilitarisation des FARC (3% seulement les soutiennent selon les sondages), mais pourtant, 22 millions de suffrages, c'est mission impossible. Et les FARC n'en ignorent rien.
Près de 19 millions de Colombiens ont moins de 18 ans et n'ont pas le droit de vote. La moitié des 26,5 millions qui l'ont ne votent jamais. Alors même que la participation est obligatoire aux élections locales ou nationales, elle plafonne à 50%.
Lors du premier référendum de l'histoire colombienne, organisé par Uribe en 2003, ce fut pire: la participation n'était pas obligatoire et aucune des quinze questions posées (très démocratiques et trop techniques) n'atteignit le quorum, fixé à 25%. Quand bien même toutes reçurent des réponses majoritairement positives.
Beaucoup de Colombiens sont isolés dans la jungle et les montagnes, ou se désintéressent de la politique. Des décennies de bipartisme bidon et de corruption ont causé beaucoup de tort à l'image des politiciens dans le pays. Conservateurs et libéraux, deux partis bourgeois, se partageaient le pouvoir avec sans doute encore moins de différences qu'entre Républicains et Démocrates aux Etats-Unis. Lorsque quelqu'un s'écartait du moule, comme Gaétan, il était rapidement assassiné.
Tout ceci est une époque révolue. Uribe a quitté le parti libéral avant sa première élection, et se positionne clairement à droite, tandis qu'en face a émergé une conscience de gauche forte et structurée, rejetant l'option armée, à l'image des autres pays d'Amérique latine. De part et d'autre, les objectifs sont clairs et les lignes de fracture les mêmes que dans toutes les démocraties occidentales : plus ou moins de libéralisme ou d'étatisme dans l'économie et el social.
La politique de fermeté d'Uribe à l'égard des FARC reçoit le soutien de 81% de la population d'après les sondages, ce qui lui assure la Présidence.  La gauche dirige les principales villes du pays mais reste divisée sur les FARC. Une partie soutient Uribe dans ce combat en dépit de gros désaccords par ailleurs. Le reste, sans approuver les FARC, continue de croire en une solution négociée.
Le référendum aurait le mérite de rassembler tout le monde et de réconcilier les Colombiens avec la politique moderne, démocratique et pacifique. Car l'enjeu serait limpide, la paix ou la guerre :
" Souhaitez-vous que les FARC abandonnent immédiatement la lutte armée avec toutes les méthodes violentes qui en découlent et libèrent tous leurs prisonniers ? "
Même si une telle question ne parvenait pas à atteindre 22 millions de oui, la très écrasante majorité probable serait un signal fort.
Il ne faudrait surtout pas remplacer "FARC" par "guérillas" ou par "bandes armées illégales", parce qu'alors, il leur serait toujours possible de se retrancher derrière un "j'attends que l'autre commence". Le résidu de l'ELN et les lambeaux de bandes paramilitaires n'auraient de toute manière aucune viabilité militaire après la reddition des FARC. Donc plus d'autre solution que de cesser le combat.
Si les FARC ont la moitié de la bonne foi et de la conscience politique que leur prêtent leurs admirateurs européens, elles devraient accepter de ne pas tenir compte des moins de 18 ans… Et là, tout est possible !

06/02/2008

Quand le candidat Paychère déblogue

Comme l'explique le joyeux publiciste Brunier, le candidat Paychère a commis un site internet. Curieux de tout, je suis allé y jeter un oeil. Le programmes du candidat en particulier, m'a particulièrement intéressé.

On y découvre par exemple que pour remédier à la délinquance, il faut remettre des concierges dans les immeubles, des parents à la sortie des vestiaires, des voisins là où il risque d'y avoir des bagarres... bref tout un tas de voeux pieux fort sympathiques, mais qui n'ont strictement rien à voir avec le rôle d'un Procureur Général. A moins que celui-ci n'ait l'intention de se transformer en grand inquisiteur de nos modes de vie...


On y trouve aussi de petites perles comme cette conviction naïve: "Un quartier habité et vivable repousse les trafiquants". J'ai un ami, jeune cadre habitant les Eaux-Vives en face du jet d'eau, quartier à la densité élevée et au cadre de vie très prisé, qui me dit que s'il n'était lui-même d'origine maghrébine, il deviendrait sérieusement raciste à constater les violences régulières des trafiquants en bas de chez lui. Et que s'il n'était pas champion de karaté, il aurait déjà déménagé.

Le candidat Paychère, préfère préciser pour sa part qu'il faut avoir le courage de dire aux gens quand les limites de la répression sont atteintes...

Son site met en avant ses qualités humaines et son intégrité. Pourtant la première chose que l'on découvre dans son programme, c'est l'étalage de sa mauvaise foi. Il commence par expliquer que 52% des personnes ayant consulté un centre d'aide aux victimes ont été victimes d'agressions dans leur cecle de famille. Ce qui prouve, d'après lui, qu'il est faux de penser que l'on courre davantage de risques dans la rue que chez soi...

Si cela n'est pas du mensonge pur et simple, ça y ressemble. Les personnes qui consultent les centres d'aide aux victimes ne sont évidemment pas toutes les victimes. Elles ont au contraire un profil psychologique bien particulier. Entre autres parce qu'il est certainement plus compliqué et plus éprouvant psychologiquement de se faire agresser par son conjoint ou l'un de ses parents que par un inconnu que l'on ne reverra plus...

Comme M. Paychère a l'amabilité de mettre la référence de la statistique qu'il cite, on y est allé voir. On y apprend qu'un tiers de ces consultants ont été victimes de crimes sexuels, dont une moité d'enfants, 40% de violences physiques, 3,% de tentatives d'homicides... Et 7% seulement d'accidents de la circulation routière, dont M. Paychère fait pourtant grand cas. On court donc apparemment 4 fois plus de risques de se faire violer, ou 7 fois plus de se faire massacrer par une brute que d'avoir un accident de la route !

Soyons sérieux, ces proportions n'ont rien à voir avec celles que l'on retrouve dans les dépôts de plainte et les rapports de police concernant la délinquance de rue, ni même avec les affaires traitées par les tribunaux. Donc, soit M. Paychère est particulièrement mal renseigné sur la nature de la tâche qu'il aurait à accomplir s'il était élu (mais il est vrai que le Tribunal administratif n'y prépare pas forcément !), soit il cherche à berner le citoyen électeur. Dans tous les cas, il semble fort mal adapté à la fonction visée.

 

05/02/2008

Le laxisme et la sécurité

Ainsi donc la sécurité à Genève ne va pas bien. Ce doit être vrai, c’est un juge socialiste qui le dit. Ce qui est curieux, c’est qu’il en fait retomber la faute sur le Procureur Général. Celui-ci est-il donc le chef de la police ou le Conseiller d’Etat responsable? Il n’a pas non plus prise sur les éléments extérieurs du paysage, les tensions économiques, la montée des intégrismes, les mouvements de population et le relâchement des mœurs qui caractérisent notre époque.

En fait la vraie question est : "Où en serions nous, dans ce contexte, si l'on avait un champion du laxisme en guise de PG ?"

Il est un autre élément sur lequel le PG n’a guère de prise, c’est la remise en liberté des délinquants et des criminels, que M. Paychère a défendu à plusieurs reprises, avant apparemment de se rétracter dans la Tribune de Genève, campagne électorale oblige : tout d’un coup, le voilà défenseur de la propriété contre les squatters et opposant à M.Moutinot.

Et girouette aussi peut-être ?

Les Genevois ne seront pas dupes. Ils savent que le tribunal administratif où siégeait le candidat Paychère a retoqué des mesures de licenciement pour des questions de formalisme juridique. Pas seulement dans l’affaire Ramadan, comme le révèle le journal du Parti radical genevois. Un médecin des HUG, coupable d’attouchements sexuels sur ses patientes a du également être réintégré, sans que les responsables ne sachent qu’en faire pour éviter qu’il ne récidive.

Prétendre que toute autre décision qu’un licenciement eut été acceptable, c’est affirmer que l’autorité qui a engagé quelqu’un doit continuer à le payer, quelle que soit la gravité de sa faute. C'est dangereux pour l'égalité devant l'emploi parce que cela incite à prendre des précautions non désirables à priori, et c’est surtout pousser le formalisme nettement trop loin.

D'éminents juristes étaient du même avis, puisque je me suis laissé dire qu'un ancien Procureur Général socialiste avait émis l'avis de droit sur lequel s'était basé le Conseil d'Etat pour prendre sa décision dans l'affaire Ramadan.

 

ps: sur un tout autre sujet, si vous voulez avoir des nouvelles des trois manifs pour la Colombie en Suisse, voyez mon texte et mes commentaires précédents, puisque la presse romande n'en parle pas ! Pour apprendre que Clara Rojas était dans la manifestation, il faut lire Le Monde. Mais peut-être l'assistante personnelle d'Ingrid n'est-elle pas assez représentative des otages pour nos journalistes romands qui présentent la chose comme une excursion fasciste... Si ce n'est pas de la désinformation, ça y ressemble !

03/02/2008

No Pasaran : manifestation contre les enlèvements

La journée de manifestations contre les FARC et tous les enlèvements de ce lundi est d’ores et déjà un succès : on attend des démonstrations dans une quarantaine de villes en Colombie et plus de 125 dans le monde, dont Zurich et Genève. Mais surtout, les FARC ont annoncé la libération de trois nouveaux otages, détenus dans l’horreur des prisons de la jungle depuis 7 longues années.
Qu’elles aient cédé à la pression internationale ou souhaité occuper le terrain de l’opinion publique, le résultat est là : si les FARC tiennent parole, trois personnes de plus vont pouvoir retourner à la civilisation et retrouver les leurs.

Il faut maintenir la pression, pour que les groupes illégaux violents de Colombie rendent les armes. Que tous comprennent que la violence n’est plus d’actualité et ne sert à rien, et surtout pas leur cause, pour autant qu’il en aient encore une.


A Genève, la manifestation aura lieu à midi, sur la Place des Nations.

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Tous les amis de la Colombie et de la démocratie, les ennemis de la violence aveugle et des bandes armées sont les bienvenus.
La terreur ne passera pas. Même si les organisateurs ont été menacés dans plusieurs pays où les FARC sont implantées.

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De quel coté est le fascisme, lorsque l’on n’a même plus le droit de manifester ?

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De quel côté est la liberté d’expression lorsqu’on sait que le correspondant de l’AFP en poste à Bogota a été déplacé parce qu’il déplaisait à l’Ambassadeur de France ? Qui n’est autre  que l’époux d’Astrid Betancourt, dont la mère voue une haine tenace au Président Uribe. Au point de lui préférer les FARC ravisseurs de sa fille, comme si, ne pouvant atteindre les FARC, elle concentrait son courroux sur le punching ball le plus proche.

Etonnant transfert que l’on pourrait nommer syndrome de Bogota. Mais le plus étonnant demeure cette fascination qu’exercent les FARC sur de nombreux journalistes suisses. Réveillez-vous les gars, des Brigades internationales, les FARC n’ont conservé que les exécutions sommaires et les purges à la mitraillette.
Lorsque le journaliste de l’Agence Télégraphique suisse rédige sa dépêche sur la Colombie, il cite sa source principale, l’agence AnCol, proche des FARC. La question qui se pose est de savoir s’il faut appliquer le même qualificatif à l’ats ? Présenter la manifestation comme une émanation du Gouvernement est mensonger. Le jeune colombien émigré qui en est à l’origine a créé son mouvement sur Facebook. Il n’a rien à voir avec Uribe. L’Ambassade de Colombie en Suisse a été mise au courant de l’existence de cette journée par un Suisse, qui rentrait d’Argentine, la chose étant partie de là, avant de s’étendre en Europe !

Préciser comme le fait l’ats, que l’extrême droite et des paras-militaires appellent à manifester, c’est de la désinformation. A moins que l’ats ne considère d’extrême droite les 81% de Colombiens qui soutiennent la politique de la Main ferme de Uribe, d'après les sondages ? Par ailleurs, les bandes armées para-militaires sont dissoutes. Les chefs sont en prison, 92% des combattants sont retournés pacifiquement à la vie civile et 8% à la délinquance qu'ils n'avaient jamais vraiment quitté.  

Si d'anciens paras vont manifester, c'est leur droit de civils citoyens. Même les 11000 guérilleros ayant quitté la guérilla ces dernières années vont aller manifester, lorsqu’ils n’ont pas trop peur d’être reconnus. Car ils risquent leur peau. Mais ils veulent la fin des guérillas, pour tous leurs camarades, coincés dans la jungle par la folie suicidaire de leurs chefs.
La Colombie revient de loin. Elle a mis fin aux violences des barrons de la drogue et juge à présent les chefs para-militaires. Il ne reste plus que les guérillas, qui doivent rendre les armes. Maintenant.

 

01/02/2008

Le sens des mots

Ne plus savoir où placer les limites et employer n'importe quel terme à tort et à travers, sont deux gros problèmes de notre société. Nouveaux exemples après les cas dénoncés dans mes derniers textes:

Soli Pardo, dans son blog, dénonce "la politique de la canonière" que pratiquerait l'Union Européenne à l'égard de la Suisse. La politique de la canonière, c'est quand les nations occidentales, au XIXème siècle, envoyaient des bateaux chargés de canons et de soldats d'élites, dans les ports et sur les grands fleuves chinois pour imposer des marchés de dupes.

J'ai beau cherché, je n'ai vu aucun canon dans l'escorte de Michael Reiterer le très aimable et très policé ambassadeur de l'UE à Berne. Juste des secrétaires et des dossiers informatiques et peut-être parfois  des experts. Personne ne veut non plus nous imposer de marchés de dupes.  En l'occurrence, c'est nous qui profitons de l'UE davantage que l'inverse. Et c'est l'UE qui en cas d'affrontement (mais personne de sérieux n'en parle), tiendrait le couteau par la manche. Donc la moindre des choses est de rester poli. Et de ne pas envoyer d'ultimatums stupides à plus fort que soi quand on n'a strictement rien à y gagner.

A l'exact opposé, les Etudiant(E)s, dont la phraséologie rappelle sérieusement les communistes,  réclament la gratuité des TPG, parce que le prix des tickets serait un racket de l'Etat et une forme d'impôt indirect, la mobilité étant un droit.

Comment peut-on se prétendre étudiant et ne pas savoir qu'un racket est un acte violent et qu'un impôt, même indirect c'est quand l'Etat prend. Or dans le cas des TPG, il s'agit exactement du contraire, puisque l'Etat donne. Si l'abo TPG n'était pas largement subventionné par nos impôts (enfin par les impôts de ceux qui en paient), il coûterait 3 ou 4 fois plus cher... 

Tout le monde a le droit d'être mobile avec ses pieds. Mais pour utiliser un moyen de transport, quel qu'il soit, il faut payer, c'est comme ça. Heureusement d'ailleurs pour l'environnement, même en transports en commun. On n'a rien sans rien dans la vie et il est regrettable de ne pas encore l'avoir compris à l'âge de l'université.

De quoi j'me mêle ? Allez Longet !

Ainsi donc les socialistes genevois vont élire leur nouveau Président.
Personnellement, je suis pour René Longet. De quoi j'me mêle me direz-vous ? En tant que radical, la nomination du patron de la principale force de gauche ne m'est pas indifférente. Et la personnalité de René Longet est celle d'un homme de dialogue,  ferme sur ses positions, mais ouvert au débat, avec l'expérience fondamentale d'un exécutif de consensus.
S'il est élu, nous aurons quelqu'un de responsable avec qui parler, et surtout faire avancer les dossiers essentiels, car avec le gros temps qui n'en finit pas de s'annoncer, du point de vue de l'économie, de l'écologie et des tensions internationales, nous allons avoir besoin de gens capables d'avancer sans œillères, sans à priori idéologiques aveuglants, mais sensibles à la notion de bien commun.
Je suis conscient que le soutien d'un radical peut-être pour René Longet un cadeau empoisonné. Mais si les socialistes sont assez obtus pour s'arrêter à ce genre de considérations, il méritent ce qui risque de leur arriver: l'élection d'un idéologue arc-bouté sur ses principes, qui ancrera le PS à contre-courant, jusqu'à le faire prendre l'eau davantage encore qu'aujourd'hui.  
Ce ne serait plus alors la droite et la gauche qui travailleraient ensemble au centre, mais la gauche en miettes, phagocytée par les verts… et l'UDC, qui laisserait la place au centre. Car pour l'instant, sur le terrain essentiel des débats de société, le PS genevois a tout faux.
Donc, dans tous les cas de figure, le centre y gagne. Machiavélique n'est-il pas ?  
J'aime bien Longet, parce que je me souviens de débats homériques avec lui, à l'époque où il était le responsable local de la toute jeune ATE et que j'étais, dans toute la presse romande, le seul journaliste a oser dire que la mort des forêts n'était qu'une épidémie passagère et n'avait rien à voir avec l'automobile.
Je le savais parce que contrairement à la plupart de mes confrères, j'avais fait des recherches sans me contenter de réécrire les dépêches de l'ats ou les communiqués de l'ATE et du WWF. J'avais parlé avec des forestiers et j'avais retrouvé à l'UNI, dans des ouvrages sur le bostryche, (internet n'existait pas encore !) la trace de graves épidémies analogues en Forêt Noire au… XVème siècle !
Ce n'était ni la première, ni la dernière fois que je ramais à contre-courant. Comme en ce moment avec la Colombie. Il faut croire que j'aime les causes justes mais incomprises. Longet en tout cas était un debater honnête. Pugnace, mais objectif et constructif.  Il aurait pu être vert. Il aurait presque pu aussi être PDC ou radical à la sauce Segond ou Petitpierre, dignement incarnée aujourd'hui par François Longchamp.
Lorsque je suis entré au Parti Radical il y a deux ans, je peux le dire, j'avais des amis, des proximités et des distances avec tous les partis de Gouvernement à Genève. J'ai choisi les radicaux genevois parce que c'est d'eux que j'étais le plus proche. J'en suis heureux et j'en suis fier, même si le découpage partisan ne correspond jamais vraiment à 100% à ce que nous sommes.
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En ce qui me concerne, c'est à 90% et c'est énorme. Les positionnements smartvote à cet égard sont une invention prodigieuse.
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La politique genevoise à tout à gagner d'hommes et de femmes qui vivent au quotidien dans cet esprit d'ouverture. Ils sont l'avenir du Canton, dans les soubresauts du XXIème siècle, qui ne font que commencer.
Ce qui n'empêche pas de dénoncer sans relâche les incompétences, les magouilles partisanes, et les intolérances… ou le laxisme, qui est à la tolérance ce que la pornographie est à l'érotisme: une limite délicate à cerner, mais dégoûtante et qui fiche tout par terre une fois qu'elle est franchie.