08/03/2008

Poignée de mains

La paix est revenue dans la région andine et c'est une excellente nouvelle. On s'interroge sur les raisons de ce brusque revirement des Présidents Equatoriens et Vénézueliens, mais la lecture des gazettes locales ne donne guère d'indications. Voici donc quelques informations.

Les trois points essentiels sont que le Président Uribe a reconnu qu'il n'aurait pas du franchir la frontière de l'Equateur sans autorisation, que le Vénézuela et l'Equateur se sont engagés à coopérer dans la lutte contre les groupes illégaux et que la Colombie a renoncé à poursuivre le Président Chavez devant le Tribunal Pénal International pour complicité de crimes terroristes. Nul doute que le doctorat de Harvard en résolution de conflit du Président colombien Uribe a du lui être d'un grand secours en ces circonstances tendues.

A part cela, on aurait souhaité lire un peu plus souvent, dans la presse francophone, les informations qui dérangent les soutiens des FARC que sont devenus les comités Betancourt. Par exemple que Nicolas Sarkozy avait démenti formellement avoir été en contact avec Raul Reyes en vue de la libération d'Ingrid… Les documents trouvés dans le campement de ce dernier prouvent d'ailleurs qu'ils n'avaient aucune intention de la libérer.

Ou lire comme, cela a été annoncé sur France Info, qu'Ivan Rios, l'autre chef des FARC mort cette semaine n'avait pas été tué par l'armée, mais par son propre chef de la sécurité. Les deux hommes étaient en fuite, avec leurs compagnes respectives (car les chefs des FARC ont droit au repos du guerrier, contrairement aux troupes de base) poursuivis dans la jungle par les commandos de la police colombienne. Le quatuor n'avait plus de munitions ni de nourriture, mais Ivan Rios leur interdisait de se rendre. C'est alors donc que son chef de la sécurité l'a assassiné, puis a découpé sa main afin de pouvoir amener ses empreintes digitales aux policiers et réclamer la rançon promise pour sa capture... Chez les FARC, on est entre gens de bonne compagnie.

Accessoirement, s'il peut paraître utile à la transparence de mentionner les liens de sujétion financière qui peuvent unir un communiquant avec certaines parties aux sujets qu'il traite (dans mon cas, un mandat avec l'ambassade de Colombie à Berne) , ne serait-ce pas utile de faire de même pour les chercheurs scientifiques et autres experts professionnels ? Surtout en sciences humaines.

Quand, au micro de France Info par exemple, une professeur à l'Institut des Hautes Etudes d'Amérique Latine s'exprime sur les FARC ou le Gouvernement Uribe, en tant qu'experte théoriquement neutre, sans préciser qu'elle est une théoricienne de la LCR (les trostkystes dont la branche en Suisse ont un temps hébergé le site des FARC), n'est-ce pas tromper le spectateur ? Même l'excellent Bernard Guetta, dans le Temps, habituellement mieux inspiré, s'y laisse prendre.

Il pense que le Gouvernement Uribe craint d'avoir à négocier avec un adversaire, les FARC qui serait devenu politiquement présentable. Le problème n'est pas là. Les FARC pratiquent la lutte armée, le terrorisme, le racket, l'extorsion, et le trafic de stupéfiants. Or la Colombie est un état de droit, doté d'un régime démocratique, d'une opposition de gauche légaliste, tout à fait de gauche, qui fait un vrai travail d'opposition.

LA DISPARITION DES DINOSAURES 

ON N'EST PLUS DEPUIS LONGTEMPS DANS LA LOGIQUE D'UN AFFRONTEMENT CLASSE CONTRE CLASSE. Au contraire, les paysans pauvres, les indiens et les noirs du Choco sont même les principales victimes du conflit, déplacés, harcelés, sautant sur des mines, bombardés dans leurs églises... Il n'y a plus de place pour la lutte armée en Colombie, encore moins lorsqu'elle est menée par des gangsters. Le programme Justice et Paix est à la disposition des FARC s'ils veulent se rendre et plusieurs milliers en ont déjà profité. Seuls les chefs sont condamnables à des peines de prison légère (8 ans maximum)  et personne ne les empêche de se mêler aux partis existants ou d'en fonder de nouveaux.

Les massacres de l'UP, c'était il y plus de 20 ans et ce ne sont plus les mêmes qui sont aux commandes... Sauf dans le jungle, chez les FARC... et chez la poignée de militants latino-américains réfugiés en Europe dans les années 70 et 80, qui alimentent encore la sensibilité de nombre de nos chercheurs, de nos journalistes et des comités Betancourt. Réveillez-vous tout le monde: la Colombie a changé, comme le reste de l'Amérique latine.

Il existe désormais une vraie classe moyenne colombienne dont le poids politique et économique ne cesse de croître. Ce sont eux qui mènent la guerre contre les FARC, simplement parce qu'ils veulent vivre dans un pays normal. Et les classes populaires leur emboîtent le pas.

Commentaires

Merci pour votre analyse sur la réalité colombienne et pour ne pas céder au "politiquement correct" suisse ou français. C'est très courageux.

Écrit par : Kila | 09/03/2008

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