04/04/2008

Ingrid: Un avion pour rien ?

 

On s'en doutait bien un peu, que le projet de libération d'Ingrid était surtout un pari spectaculaire, mais on avait peine à y croire. Tant de naïveté – ou d'insensibilité, lorsqu'on est prêt à tout utiliser pour une opération comm – surprend, de la part de l'Omniprésident ! Comment, à ce stade de resposabilités, peut-on être aussi imbu de soi-même et de son petit pouvoir. C'est tout le problème avec les systèmes de cour: on finit par croire que le monde n'est constitué que de courtisans. Or les Farc sont tout sauf des courtisans.

Le plus étonnant c'est que l'Omniprésident soit parvenu à entraîner dans cette galère les autorités suisses, le CICR et l'émissaire franco suisse qui pense avoir la confiance des FARC. Son nom s'étale en toutes lettres dans la presse française, mais Genève respecte son anonymat même si le quart de la ville sait qui il est, et que le reste s'en fiche. Les Espagnols, officiellement appuient, mais jusque où ? Ils semblent se montrer discrêts sur le terrain, même si certains jésuites basques pourraient constituer un appui essentiel. Malheureusement, les jésuites basques ont autant de contact avec la ETA qu'avec les FARC, ce qui pose problème aux socialistes espagnols.

Les FARC, pour l'heure, ont opposé une fin de non recevoir à l'initiative de l'avion humanitaire. Par l'entremise de leurs deux canaux habituels, Anncol et l'agence de presse bolivienne, elles ont fait savoir qu'elles n'entendaient pas donner suite. Mais pour la famille, qui veut y croire et on la comprend, ces avis ne sont pas officiels. Rodrigo Granda, l'un des porte-paroles des FARC, dont la fille vit à Lausanne avec un statut de réfugiée, s'est permis de déclarer qu'il n'était pas question que les FARC accepte la libération unilatérale d'Ingrid. Oubliant apparemment qu'il avait été lui-même libéré unilatéralement par Uribe il y a moins d'un an, il veut un échange.

Problème: personne ne sait contre qui échanger, les FARC n'ayant jamais fourni de liste nominative des 500 qu'ils espèrent voir libérés parmi les près de 2000 de leurs guérilleros encore incacérés. De plus, la grande majorité des guérilleros détenus refusent de repartir au combat dans la jungle. Ils disent préférer le programme gouvernemental de réinsertion à la vie civile.

De son côté, la Présidence colombienne a tout de suite annoncé qu'elle laissait le champ libre aux humanitaires et suspendait les opérations militaires dans la zone concernée. Pas spécialement pour faire plaisir à Sarkozy, mais parce que rien ne ferait plus plaisir à la Présidence colombienne que la libération d'Ingrid. Sauf peut-ëtre la reddition des FARC. La balle est dans leur camp. Leurs chefs sauront-ils la saisir? Rien n'est moins sûr et l'on touche là aux limites de l'humanitaire. Un joli mot, volontiers mis à toutes les sauces. On peut se demander s'il ne vaut pas mieux, parfois, vider l'abcès que le badigeonner de remèdes qui ne font qu'atténuer la douleur, en prolongeant le mal. Même si l'on aimerait bien y croire, à la libération d'Ingrid...

En ce sens, il faut reconnaître un certain courage et même un courage certain à Nicolas Sarkozy. Risquer ainsi l'affront public pour tenter de sauver une femme en détresse est un beau geste. D'autant que je ne crois pas là qu'il s'agisse du courage des inconscients. Ses conseillers ne sont pas tous stupides et ont du lui présenter les risques. Que pouvait-il faire d'autre que de tenter cette manoeuvre de la dernière chance par émissaires interposés. 

Il est fascinant de constater comme il y a toujours plusieurs lectures possibles à un évènement.

Comment qualifier la manière dont la gauche chaviste, la mère et la soeur d'Ingrid en tête, tente de se réimmiscer dans le débat, en rappelant que rien ne se fera sans le para parrain de Caracas... Pauvre Ingrid, objet de ces luttes d'influence, elle qui naïvement pensait pouvoir traverser les territoires des FARC malgré les conseils contraires de l'armée, parce que la semaine précédente elle avait dialogué avec des chefs des FARC dans le adre des négociations de paix...  

Commentaires

Votre dernière phrase "Pauvre Ingrid..." résume quant à moi toute cette
douloureuse histoire. Pourquoi donc est-elle retournée dans le territoire
des FARC ? N'était-ce pas un tant soit peu un geste provocateur de sa part ?

Écrit par : bidouille | 04/04/2008

Je vous lis depuis longtemps sur ce dossier douloureux. Aussi, ai-je beaucoup de respect pour votre combat contre les FARC et pour la libération d'Ingrid Betancourt. Vous dites parfois que, bien que radical, vous souhaitez une dictature socialiste en Colombie car la redistribution des richesses est fort injuste. Tout à fait d'accord avec vous sur ce point.

Mais permettez-moi cette question fondamentale : savez-vous que les FARC ont pris le pouvoir justement pour contrer l'hégémonie de ces famille richissimes dont fait partie le clan Betancourt? Ce n'est évidemment pas une excuse - ne me prêtez pas une intention qui n'est pas la mienne - mais c'est justement là que le bât blesse. Des socialistes au pouvoir ne résoudront certainement pas ce problème d'iniquité aux points de vue économique autant que politique : ils feront comme ceux qui nous entourent ici (s'enrichir à titre personnel en proférant des discours altruistes et en installant un système politique staliniste en matière de libertés individuelles).

Quid?

Écrit par : Micheline Pace | 04/04/2008

Mme Pace, quelques précisions:

d'abord les FARC n'ont pas pris le pouvoir et ce n'est pas demain la veille. Tout juste ont elles essayé. Et raté de très loin. Heureusement.

Je n'ai jamais dit que j'approuverais une dictature socialiste en Colombie, mais une alternance démocratique. Grosse nuance. Le temps d'une ou deux législatures, qui sont là bas de 4 ans. Démocratique, c'est à dire sans violence et respectant les règles du jeu. Ce qu'à ma connaissance, la plupart des socialistes de notre Canton respectent. Même si l'on peut légitiment se plaindre de pratiques clientèlistes au niveau de l'emploi dans certains départements comme le DIP, tant avec les roses qu'avec les verts d'ailleurs, on est loin du Stalinisme. D'ailleurs la droite n'est pas toujours restée immaculée en la matière. Il ne faut pas tout mélanger. C'est aussi absurde que de traiter de fasciste tout ce qui est à droite du PS.
Là où je vous rejoins c'est qu'il est vrai que même en Europe, en France et en Suisse, de nombreuses avancées sociales fondamenales ont été le fait de la droite ou du centre, notamment des radicaux en Suisse. Mais pas toutes. Et sans
la pression syndicale et socialiste, au XIXème siècle, nous aurions toujours des gamins de 12 ans travaillant dans des mines 15 heures par jour.
Aujourd'hui notre système social étouffe, mais il ne faut pas rejeter en bloc tous les acquis sociaux. La solidarité doit exister pour rendre la concurrence tolérable. Et vice versa.

Écrit par : Philippe Souaille | 04/04/2008

"""Ingrid Betancourt s’est inquiétée de la campagne en sa faveur

INTERNATIONAL | 10h35 La Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, otage de la guérilla colombienne des Farc depuis 2002, s’est inquiétée de la campagne internationale en sa faveur car elle lui a donné une certaine valeur aux yeux des guérilleros, a révélé un ex-otage qui a été détenu avec elle."""

source: http://www.tdg.ch/pages/home/tribune_de_geneve/quotidiennes/politique/politique_detail/(contenu)/211127

CQFD.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 04/04/2008

source: http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20071130033536AAnpqkk

"""J'en ai surtout marre de voir sa fille, chaque fois exiger et dire que la France n'en fait pas assez, sa mère est surtout colombienne qu'elle aille pleurer a Bogota avec ses amis chanteurs de la gauche caviar toujours prêts a se faire de la pub gratuite."""

J'en ai pas vu une telle mobilisation pour Alexandre, le gamin de 15 ans, qui s'est fait violer au Dubai, ni par les français, ni par les suisses et pourtant il est suisse et français, elle était ou Micheline Calmy-Rey sur ce coup ?

Vu que Dubai et Iran sont des pays musulmans, elle n'avait pas envie de se brouiller avec ses amis islamistes ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 04/04/2008

source: http://emscafe.blogspot.com/
"""Interview de Nicolas Sarkozy sur la chaîne de télévision Colombienne RCN mercredi dernier. Best of. "Les FARC sont sur une liste d'organisations terroristes. Les FARC doivent savoir si elles veulent sortir de la liste ou y rester (...) Si elles libèrent Ingrid Betancourt, peut-être une partie du monde regardera-t-elle les FARC d'une façon un peu différente (…) Manuel Marulanda doit savoir choisir le bon ou le mauvais chemin et le monde entier le regarde". "… si Ingrid Betancourt n'est pas libérée dans un cadre humanitaire, les FARC ne sortiront jamais de la liste [des organisations terroristes], car, je le répète, cela signifierait un assassinat de sang-froid…". Des propos honteux. Je me demande si les milliers d’autres assassinats ne signifient rien pour Sarkozy. Je me demande si la vie de Aïda Duvaltier otage franco-colombienne enlevée en 2001 à l'âge de 67 ans et exécutée en 2006 avait moins de valeur que la vie d’Ingrid. Je me demande si un otage à plus de valeur qu’un autre. Je me demande bien comment Sarkozy veut que nous percevions une organisation terroriste de plus de 15000 guérilleros et qui compte des milliers de morts en son actif, des centaines d’attentats, plus de 1600 otages dont 45 ont été sauvagement assassinés. Je me demande bien comment Sarkozy peut oublier le massacre de Bojaya en 2002 perpétré par les FARC. 119 civils dont 45 enfants assassinés dans une église pour la petite histoire. Sarkozy insulte la mémoire de tous ceux qui sont tombés, partout dans le monde, victimes du terrorisme. Après l'épisode Libyen, Sarkozy est en passe d’humilier encore une fois la république Française avec les FARC. Manuel Marulanda à l’Elysée. Mais avant il devra choisir le "bon chemin". Des propos nauséabonds pour un chef d'Etat Français. Que tous les otages soient libérés. Qu'Ingrid soit libérée. Oui. Mais pas en sacrifiant la liberté et les principes du monde libre. Pas au prix de la reconnaissance du terrorisme."""

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 04/04/2008

source: http://www.tdg.ch/pages/home/tribune_de_geneve/l_actu/monde/detail_monde/(contenu)/213423

"""«J'ai peu d'espoir car il n'y a eu aucun accord préalable», confie pourtant Astrid Betancourt, soeur aînée de l'otage... et épouse de Daniel Parfait, le responsable du dossier colombien au Ministère français des affaires étrangères. Pour sa part, Anncol, une «agence de presse» très proche des FARC, s'est étonnée «que Nicolás Sarkosi [sic] soit aussi naïf»."""

Croire qu'il n'y a pas de ramifications, connections, appuis politiques...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 05/04/2008

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