17/04/2008

Aimé Cézaire est décédé, chapeau bas

C'est un Grand Monsieur qui est parti. Un magicien des mots. Je me souviens avec dépit de la longue interview qu'Aimé Cézairel m'avait accordée pour la Tribune de Genève, il y a un quart de siècle: une demie page, gâchée par un correcteur qui ne connaissait pas le terme "ethnocentrique", qui ne l'avait pas trouvé dans le dico, et qui avait pris sur lui de le remplacer par "excentrique". Tout un paragraphe qui ne voulait plus rien dire…

Mortifié, je lui ai écrit pour m'excuser et sa réponse était pétrie d'humanité. Il était natif de Basse-Pointe, dans le Nord-est de la Martinique, où j'avais effectué mon mémoire d'ethnologie. Au-delà, du poète, de l'auteur dramatique et du politicien, qui fit œuvre de pionnier pour toute la littérature antillaise et posa, avec d'autres, les jalons de la décolonisation, il symbolise pour moi les vertus de l'intégration républicaine.

Intégration, non pas d'immigrés, car les Antillais ont été Français bien avant les Savoyards ou les Francs-Comtois, mais de toutes les ethnies de la République.

A ses côtés, l'on trouvait Senghor, mais aussi Houphouêt Boigny, député à l'Assemblée nationale dès 1945 et surtout Félix Eboué, gouverneur guyanais de l'Afrique Equatoriale Française durant la seconde guerre mondiale, en qui De Gaulle reconnaissait le sauveur de la France Libre. Ce quatuor, avec d'autres moins célèbres, comme le Malgache Rabemananjara, parvint aux plus hautes fonctions de la République à l'heure où la ségrégation régnait encore aux Etats-Unis.

Ils le devaient à leurs seuls mérites et aussi à une tradition républicaine et fraternelle, souvent franc-maçonne, qui détectait jusque dans les plus lointaines écoles, les élèves les plus brillants pour leur offrir la possibilité des meilleures études. Dès qu'ils eurent accès au pouvoir, ils eurent à cœur de faire changer les lois qui continuaient d'opprimer leurs frères. Ils y parvinrent souvent. De manière bien plus efficace que s'ils s'étaient contentés de s'opposer frontalement au système. Ce système démocratique qui les avait accepté comme égaux, et que dès lors, ils savaient perfectible. Contrairement au nationalisme d'extrême droite, figé et haineux, qu'ils combattirent tous activement.     

Commentaires

Les Antillais n'ont jamais été, ne sont pas et ne seront jamais Français. Ils sont Antillais et vous emmerdent, M.le gauchiste. Les Savoyards sont français comme le sont les Armagnacs et les Bourguignons. Historiquement.
C'est votre propre idéologie qui est raciste ! En quoi serait-ce une gloire ou un honneur d'être Français ? C'est juste un avantage pécunier, et votre mauvaise foi maladive - qui vous fait censurer tous les commentaires qui ne vous plaisent pas - démontre bien quel individu vous êtes réellement !
La honte sur vous, Philippe Souaille le censureur.

Écrit par : Géo | 17/04/2008

M. Géo,
Qui a parlé de gloire ou d'honneur à être Français ? Pas moi. C'est un état de fait, du à des circonstances historiques, à votre filiation et ou à votre lieu de naissance. Il se trouve que historiquement, les Antillais le sont devenus deux siècles avant les Franc-Comtois et les Savoyards. Accessoirement, ils ont confirmé ce qui est dès lors devenu un choix, par référendum - et assez largement - juste après la seconde guerre mondiale.
Certains Antillais sont autonomistes, voire indépendantistes, tout comme certains Corses, Bretons ou Savoyards, mais ils ne sont pas majoritaires. Certains Romands ne le sont-ils pas, en Suisse ? Alors maintenant que ce choix de la nationalité française soit dicté par des intérêts pécuniers, c'est en grande partie vrai, mais pas uniquement, si l'on songe aux centaines de jeunes antillais qui durant la seconde guerre mondiale ont franchi les détroits à la nage ou en pirogue pour aller s'engager dans les Forces Françaises Libres dans les îles Britanniques. J'en ai connu quelques uns et vous reccommande l'excellent documentaire d'Euzhan Palcy sur ce sujet. Beaucoup sont morts au Champ d'honneur et bien que fondamentalement pacifiste et internationaliste - mais pas gauchiste ou plus depuis longtemps, cher Monsieur - c'est quelque chose que je respecte. D'autant plus qu'il y a des combats, contre la bête immonde, la méchanceté et la bêtise humaine qui méritent que l'on y sacrifie sa vie.
Accessoirement pour beaucoup de Suisses également, le lien à la patrie est en bonne partie pécunier. Le fait d'avoir tel ou tel passeport, de faire partie de telle communauté est avant tout garant d'avantages particuliers. C'est l'une des thèses que je défends dans mon livre l'Utopie Urgente, traité sarcastique de savoir vivre sans nations. Je ne puis que vous en reccomander la lecture.
Cela étant, Monsieur, vos insultes faisant plus me lasser, j'ai décidé d'user de la censure suprême et de bannir votre adresse IP de mon blog. Vous ne pourrez donc plus y déposer vos messages haineux et racistes.
Car évidemment, si vous déniez la nationalité française aux Antillais, c'est parce qu'ils ne sont pas vraiment comme vous, blanc et européen... Il se trouve que l'une des réussites de la France fut de nommer des préfets et des Gouverneurs noirs dans les Antilles et en Afrique, avant la seconde guerre mondale. Des noirs qui étaient les grands patrons dans les colonies, donnant des ordres aux noirs et aux blancs... Ce qui évidemment était particulièrement rude à avaler pour les petits blancs racistes qui devaient leur obéir... Je suis fier, oui, de cette partie peu connue de l'histoire de France, car la France est le premier pays du monde à l'avoir fait. Même si en parallèle, elle maintenait les peuples de son empire colonial dans une soumissions innacceptable, la France a introduit le concept fondamental d'égalité des races.

Écrit par : Philippe Souaille | 18/04/2008

M. Géo!


Votre commentaire est bien visible dans le blog de M. Philippe Souaille, je viens donc de l'effacer du mien.

Je voulais en relisant son blog vous dire que la Phrase que vous incriminez n'est pas vraiment sujet à polémique. Peut être que vous avez lu très vite.

Pour moi, je comprends que les Antillais ou certains parmi eux ont eu un statut français avant certains Francais. C'est le cas des natifs des anciennes communes de plein exercice au Sénégal comme Dakar, Rufisque, Gorée et Saint-Louis.

C'est vrai qu'à l'époque, c'était une politique absurde car si votre frère est né à Mbour dans la Petite Côte alors que vous êtes né à Dakar, vous êtes les deux soumis à des législations différentes.

Bien à vous

Gorgui NDOYE

Écrit par : NDOYE GORGUI | 18/04/2008

Si je puis me permettre, M. Souaille, votre chronologie est un peu confuse, car il y a déjà deux siècles de distance entre le moment du rattachement de la Franche-Comté à la France, et celui du rattachement de la Savoie à cette même France. La première, c'était sous Louis XIV, la seconde, sous Napoléon III.

Ensuite, ce n'est rien, d'avoir les Antilles comme joyaux sur sa couronne. Il faut aussi voir à partir de quel moment les Antillais sont devenus citoyens français à part entière. Plus importants que la terre, dans le droit moderne, ce sont les hommes. Or, s'il restait quelques serfs en Franche-Comté à la veille de la Révolution, et donc des gens dans la quasi impossibilité de saisir les tribunaux contre leurs maîtres, aux Antilles, l'esclavage a duré jusqu'au milieu du XIXe siècle. C'est triste à dire, mais précisément, on ne peut pas dire que des esclaves soient citoyens du pays dans lequel ils vivent. Rappelez-vous que dans l'Antiquité, justement, étaient esclaves les étrangers à la cité vivant dans la cité.

Cela dit, le temps ne fait rien à l'affaire. Les Antillais sont aujourd'hui des citoyens à part entière, et en réalité, la loi est une chose, mais pour ce qui est des faits, et l'application régulière et normale de la loi dans les relations humaines, Césaire a fait beaucoup, et peut-être même que beaucoup reste à faire. La France n'est pas tellement importante, vous savez : le statut de citoyen l'est peut-être davantage. Avant d'être Français, les Francs-Comtois et les Savoyards n'étaient pas esclaves, mais sujets des rois d'Espagne et de Sardaigne, exactement comme les Français étaient eux-mêmes sujets du roi de France. Cela n'a donc rien à voir. En tout cas, c'est mon avis.

Écrit par : R.M. | 18/04/2008

(Sauf dans la mesure, bien sûr, où on dirait qu'en tant qu'anciens sujets du roi de Sardaigne, les Savoyards doivent comme apporter la preuve qu'ils sont de bons et vrais Français, ce qui leur donne un statut intermédiaire. Mais cela relève plus de la psychologie que du droit à proprement parler.)

Écrit par : R.M. | 18/04/2008

Mais permettez vous Monsieur RM.
J'aurais effectivement du préciser ls Antillais ont été Français dès 1635 avant les Francs-Comtois (de peu je vous l'accorde) et plus de deux siècles avant les savoyards.
Les esclaves c'est vrai, n'étaient pas des citoyens comme les autres, mais ils n'étaient qu'une partie de la population. Il se trouve que l'histoire de l'esclavage et du travail forcé forment une partie de mon sujet de mémoire universitaire. Je me permet donc de vous livrer quelques précisions.
A l'époque où la Franche Comté devient française, les esclaves aux Antilles sont majoritairement blancs. Des travailleurs sous contrat de 5 ou 10 ans, sur lesquels les propriétaires et la Compagnie des Indes ont tous les droits. Comme ils meurent comme des mouches, on les remplace peu à peu par des africains, plus résistants.
Un métissage important et l'affranchissement va permettre à une société libre de couleur de se développer, qui tient peu à peu tous les ressorts de l'économie en dehors des plantations. Certains de nos plus grands auteurs sont nés de ce métissage, comme Honoré de Balzac et Alexandre Dumas, dont le père mulâtre, était général de Napoléon, mais aussi le moins connu Chevalier de Saint-Georges, bretteur, violoniste et compositeur.
En 1794, l'esclavage est aboli une première fois par la Convention. Et la Guadeloupe, contrairement à la Martinique, guillotine ses propriétaires terriens. Napoléon commet la félonie de rétablir l'esclavage en 1802, déclenchant l'indépendance haïtienne, et la mort comme vous le savez de Toussaint Louverture au Fort de Joux, entre Vallorbe et Pontarlier. Ce choix de la geôle la plus glaciale de France dénote le cruel raffinement de la pensée napoéonienne, qui sans doute voulait faire plier l'homme symbole. Qui ne pliera pas.
Les Haïtiens non plus ne plient pas et flanquent une dérouillée aux troupes napoléoniennes puis aux 80 000 hommes du corps expéditionnaire britannique qui tente de conquérir l'île. Ils vont ensuite aider à former, en Haïti, le 1er corps expéditionnaire de Simon Bolivar, lui-aussi métis (et franc-maçon) qui va libérer l'Amérique andine.
En Guadeloupe, les 300 soldats noirs et mulâtres du commandant Delgrès (lui-même né libre de couleur) refusent de se rendre et résistent jusqu'au dernier aux troupes de Napoléon, qui étaient en l'occurrence composées de... Polonais!
Finalement, c'est en 1848 que l'esclavage est définitivement aboli, grâce à Schoelcher, qui explique aux propriétaires qu'il sera plus économique pour eux d'avoir des travailleurs libres que d'entretenir des esclaves. Tous les Antillais sont donc devenus citoyens français et libres avant les Savoyards.

Écrit par : Philippe Souaille | 18/04/2008

Si vous voulez. Cela dit, sous Napoléon, les Savoyards, rassemblés dans les départements du Léman (avec les Genevois) et du Mont-Blanc ne faisaient l'objet d'aucune discrimination.

En fait, il faudrait voir dans quelle mesure la République française, au-delà de ses lois parfaitement égalitaires depuis 1848, conserve psychologiquement des réactions qui n'ont pas réellement intégré l'esprit de ces lois. Les lois sont inspirées par une forme d'esprit généreuse et éclairée, mais les réactions procèdent souvent mécaniquement des vieilles habitudes. C'est somme toute ce qu'a fait apparaître Aimé Césaire.

Il est vrai qu'il y a eu de bonnes volontés pour l'accompagner et lui donner raison, mais il y en a eu aussi de mauvaises, comme vous ne l'ignorez pas. J'ai donc dit qu'il restait certainement beaucoup à faire, et que la République s'honorerait de mettre Césaire au Panthéon, plus qu'elle pourrait en tirer gloire : car la gloire est à Césaire seul.

Écrit par : R.M. | 18/04/2008

Et du temps des Allobroges, ils étaient gallo-romains, puis furent burgondes, avec, toujours, Genève pour capitale ;-)
Je plaisante.
Loin de moi l'idée d'enlever quoique ce soit aux Savoyards parce qu'ils devinrent Français après d'autres. Je suis viscéralement ennemi de toute forme de discrimination.
Cézaire mérite le Panthéon, je suis parfaitement d'accord. Pour moi, le concept France ne se limite pas à sa partie métropolitaine. Pas par réflexe néo-colonialiste, mais par communauté d'histoire. Cela n'empêche pas les Caraïbes d'être une entité géographique, culturelle et sans doute bientôt économico-politique pertinente.
Je pense que l'avenir appartient à un Etat mondial composé d'entités régionales largement autonomes. C'est vrai de notre ensemble régional commun, comme de la Caraïbe.

Écrit par : Philippe Souaille | 18/04/2008

Les lois modernes ont pour fondement, en général, des principes universels, et pourtant, elles se limitent à des territoires restreints. Joseph de Maistre disait à peu près à ce sujet qu'on avait mis la charrue avant les boeufs, et qu'il ne suffisait pas de rédiger des lois pour transformer le monde. Le caractère national des lois d'Egalité universelle finit par créer la plaisanterie qu'il y en a qui sont plus égaux que d'autres. Cela dit, une fois que le principe universel est énoncé, il reste à le réaliser dans les faits, et cela, c'est le plus dur. Je crois à cet égard à la force et à la valeur des poètes, plus que des hommes politiques. Je crois que Césaire a fait davantage, pour cette réalisation, que la plupart des dirigeants français.

Sinon, bien sûr, je suis d'accord avec vous, les principes universels n'auront un sens plein, sur le plan politique, en deçà du plan philosophique (ou au-delà), que lorsqu'il existera un vrai gouvernement mondial. Mais vous savez aussi que le soupçon existe, que certaines nations se revêtent de principes universels simplement pour asseoir leur domination sur les autres. Il faudra du temps, comme on dit.

Au reste, précisément, pour ce qui est de notre espace régional, chacun voit midi à sa porte. Le duc de Savoie aussi pensait agir au nom de l'empire romain universel, lorsqu'il s'efforçait de soumettre les Genevois. Car il avait la bénédiction de Charles Quint, et on dit qu'il voulait faire de Genève sa capitale. Mais les Genevois ont estimé que cet universalisme n'était que de façade, et ils n'avaient pas forcément tort. L'universalisme et l'impérialisme ne sont pas toujours faciles à distinguer. Voyez Jules Ferry, dont la politique coloniale est aujourd'hui souvent dénoncée. Il est de toutes façons extrêmement hasardeux de vouloir imposer l'universalisme depuis un lieu particulier.

Écrit par : R.M. | 18/04/2008

Votre remarque est intéressante.
En effet, la technologie transforme le monde et la politique, donc les lois s'adaptent. Par technologie, j'entend aussi bien l'invention de la charrue ou de la voile latine que de l'informatique. Il se trouve que nous vivons aujourd'hui dans un village global, grâce à un internet et qu'il importe de mettre nos lois en conformité avec l'étendue de notre territoire commun.
Cela pose bien entendu la question de la subsidiarité, ce que nous savons très bien faire en Suisse, à savoir à quel niveau doit on traiter quel problème. Mais puisque vous êtes éditeur, je suppose que vous viendrez au salon du livre. J'y participe à un débat le dimanche 4 au village alternatif, avec René Longet et un prof de l'IUHEID. Je serai ravi de vous dédicacer mon bouquin.
J'ai voulu justement lui donner un ton libre et familier pour parler de choses sérieuses... Précisément ce qu'un de mes meilleurs copains, directeur du Temps pour ne pas le nommer n'a pas apprécié. Du coup il n'a pas parlé du livre pour ne pas me faire de peine en disant qu'il était d'accord avec le fond, mais pas avec la forme. Pas assez concise et sérieuse. Amusant non ? Je pense effectivement qu'il se trompe lourdement, et que sans être Cézaire, nous avons besoin de gens qui, comme le réclame Jean Peyrelevade, parviennent à rendre accessibles les données complexes du monde qui nous entourent.
Cela étant je ne suis pas Cézaire, encore une fois et peut-être me suis-je planté. J'atendrai la sortie du 2è et 3 tomes, déjà écrits, pour en juger. Mais pour ce qui est du Panthéon, il semble que les Martiniquais, finalement dédaignent le Panthéon, ce qui est leur droit et préfèrent le voir enterrer en Martinique. On peut le comprendre, surtout si au-delà de la revendication régionaliste, on considère que le Panthéon est une création de Napoléon, qui devrait être condamné pour crime contre l'humanité à l'égard des Noirs. Et des Espagnols. Et du million d'Européens qu'il a envoyé crever en Russie.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/04/2008

Enfin, le rejet du Panthéon ne va pas dans le sens de Pascal Decaillet, quand il parle d'absence de régionalisme. C'est d'ailleurs à mon avis un peu convenu. De toutes façons, la France est un pays centralisé. L'honneur suprême n'est donc pas d'être enterré dans le cimetière de son village, mais au Panthéon. Peut-être que la Martinique a une forme d'autonomie qui lui permet d'avoir son propre petit panthéon. En métropole, cela n'existe pas.

Je pense, sinon, que l'universalisme ne doit pas être pensé en fonction de la technologie, car en ce cas, cela exclut tous ceux qui n'ont pas les moyens de se la payer, et cela crée une hiérarchie qui peut-être concerne toute l'humanité, mais va totalement à l'encontre de l'égalité universelle. Il est évident qu'Internet vient d'un lieu précis : la Californie, et que la mondialisation libérale maintient une hiérarchie au profit des nations les plus riches qu'on ne peut pas accepter. Je pense précisément qu'Internet fait dévier l'univeralisme vers l'impérialisme, en réalité. En soi, il mondialise, mais il n'a rien d'humaniste. Ce n'est qu'une machine. Mais je ne dis pas cela parce que j'ai spontanément envie de vous contredire : en principe, c'était plutôt l'inverse. Je crois, néanmoins, que l'univeralité de l'être humain doit justement être pensée en dehors de ce qui relie physiquement ou techniquement les êtres humains, et donc en dehors de la technologie. Alors seulement un gouvernement mondial peut être juste.

Sinon, je n'irai pas au salon du livre en tant qu'éditeur, nos moyens étant trop petits, mais en tant qu'auteur membre de la Société genevoise des Ecrivains, le 1er mai dans l'après-midi. Je présenterai (entre autres) un livre sur la littérature savoyarde et ses petits secrets, son atmosphère intime. Je chercherai votre stand à ce moment. Et vous dédicacerai ce livre, s'il vous intéresse ! La presse n'en a pas trop parlé non plus : Chambéry, ce n'est pas universel comme Saint-Germain-des-Prés, n'est-ce pas ! Car j'ai entendu hier à la télévision que Césaire avait eu ses idées géniales en s'installant dans le 5e arrondissement de Paris. Amusant.

Écrit par : R.M. | 19/04/2008

Je dois dire que sur le Panthéon, j'hésite. J'aurais souhaité connaitre le désir de Cézaire, mais il est trop tard. Encore une fois, c'est le caractère napoléonien du monument qui pose problème. Y compris sur le fait que Schoelcher y soit enterré d'ailleurs. Un peu comme si les Allemands avaient élevé un monument à Hitler et que l'on y enterrait des héros de la conscience juive.
Napoléon a mis en place un certain nombre de choses positives mais il a aussi commis des saloperies de première grandeur, notamment en rétablissant l'esclavage.
Quand au lien entre technologie et universalisme, je constate juste que ce sont les moyens techniques dont dispose l'être humain qui déterminent l'étendue de son territoire. Or celui-ci est aujourd'hui mondial. Grâce notamment à l'internet qui soit dit en passant n'est pas né en Californie mais pour partie au Pentagone (donc à Washington DC) et pour le reste à Genève, grâce à un farfelu anglais du CERN. L'actuel réd en chef de la Tribune l'avait d'ailleurs interviewé à l'époque sans imaginer une seconde l'ampleur de ce qu'il découvrait.
Il y a l'universalisme philosophique, qui nous fait nous sentir tous frères ou soeurs en tant qu'être humains, et il y a l'universalisme concrêt qui fait que nous sommes tous embarqués sur une même galère et que nous nous en sortirons ensemble, notamment grâce à des technologies, ou que nous ne nous en sortirons pas. les technologies ne sont que des outils. Elles ne sont ni le mal ni le bien. C'est l'usage que l'on en fait qui peut être positif ou négatif. Quand aux peuples du sud, j'ai passé suffisamment de temps parmi eux, dans toutes les catégories sociales, pour oser prétendre que dans l'ensemble, la mondialisation ne va pas à l'encontre de leurs intérêts, loin de là. Parce qu0'avant, pour eux c'était pire. Il est faux de prétendre qu'ils s'appauvrissent globalement. En revanche, il y en a (au Nord en général mais pas toujours) qui s'enrichissent beaucoup beaucoup plus vite que tout le monde. Et l'écart ne fait que se creuser. C'est là oùi réside le hiatus.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/04/2008

A mon avis, M. Souaille, vous avez raison de dire que les machines en soi ne sont ni bonnes ni mauvaises. Mais précisément, en ce cas, cela veut dire que l'universalisme correspondant au bien, fondant un régime juste, ne peut pas dépendre des machines, mais justement de la philosophie et de la conscience de la fraternité entre tous les êtres humains, même s'ils sont dans un espace que n'atteint pas, pour une raison ou une autre, le réseau moderne des télécommunications. Les bonnes lois ne naissent pas de la jungle des rapports économiques, mais bien de la saine réflexion philosophique.

Les lois changent en fonction des inventions parce qu'il faut que la conscience morale contrôle les implications de ces inventions. Comme vous le dites, par définition, elles ne peuvent pas naître de la technologie, qui en soi est aveugle, bestiale. Certains animaux maîtrisent spontanément l'électricité, comme vous le savez : qui sait si certains ne l'utilisent pas à des fins de communication ? La loi universelle, c'est aussi celle de la jungle, mais une loi juste vient de l'Homme, et non de la jungle. Elle vient bien de la philosophie, et non de la technologie.

Vous savez, pour la plupart des gens, le Panthéon n'a pas été fait à la gloire de Napoléon : le monument à la gloire de Napoléon, c'est les Invalides. Le Panthéon est le temple des grands hommes auxquels la patrie est reconnaissante, et il est l'ancienne église Sainte-Geneviève : or, sainte Geneviève est la patronne de Paris, capitale de la France. La Fête des Mères a été instituée par Pétain : pour autant, il serait cruel de dire à sa mère qu'on ne lui fait pas ce cadeau ce jour-là à cause de cela. En tout cas, c'est mon avis.

Écrit par : R.M. | 19/04/2008

Vous êtes, Monsieur, un véritable humaniste et fort peu nous sépare. Si ce n'est peut-être cette perception légèrement différente de la machine. Mais je n'ai jamais prétendu que la loi devait venir de la technologie. Simplement la technologie change les possibles, la matérialité de ce que nous pouvons ou pas espérer faire en tant qu'individus et en tant que groupes humains voire en tant qu'humanité en ce monde.
La philosophie ou la morale (qui se rejoignent à mon sens) doivent écrire les lois qui décideront de la manière dont nous utiliserons ces possibles et bien sûr la manière et la direction dans laquelle nous dirigerons le progrès technologique. Mais il y a là une part d'impondérable, parce que la technologie progresse aussi par elle-même, ou en tout cas par hasard et que l'on ne devine jamais complètement à l'avance la manière dont elle influencera nos vies.
Enfin une chose qui nous sépare peut-être est que je considère l'homme comme l'être le plus perfectionné actuellement sur Terre, mais rien ne dit qu'il n'y a pas plus avancé ailleurs dans l'Univers ni non plus qu'une autre espèce (peut-être un calamar électrique ? Ou un ordinateur qui apprendrait à penser par lui-même ?) n'est pas appelée à nous supplanter. Je pense même que cela arrivera tôt ou tard. le plus tard possible évidemment.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/04/2008

Nous supplanter ? Mais si une espèce nouvelle héritait de notre culture, elle hériterait aussi de notre conscience, et possèderait vis à vis de nous comme une forme de descendance culturelle. Peut-être même qu'elle parlerait une langue issue de l'une des nôtres ! Et qui sait si des croisements, des hybridations même physiques ne seraient pas possibles, comme entre les Celtes et les Romains ? Un point de vue absolu et entièrement négatif sur cette question peut-elle résister à l'épreuve des faits ? Les choses ne se supplantent pas aussi radicalement, dans l'Evolution. Elles se succèdent aussi dans la souplesse, dans la métamorphose.

Au reste, les poissons électriques existent déjà, et ils ne nous supplanteront pas. Les scarabées roulaient des boules de bouse avant que les hommes n'aient inventé la roue, et cela n'a pas du tout permis au scarabée de dominer l'être humain. La technique, cela ne fait pas tout, vous savez. Ce qui compte, c'est surtout la faculté intérieure d'en acquérir de nouvelles. Evidemment, elle ne peut pas être utilisée au mépris du sens moral.

Écrit par : R.M. | 19/04/2008

(Sinon, bien sûr, je vous remercie de me qualifier de "véritable humaniste". L'humain doit bien sûr pour moi être au centre de la politique. Qu'on libère l'économie pour permettre l'accroissement des richesses, ou qu'on la contrôle pour les partager.)

Écrit par : R.M. | 20/04/2008

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