18/04/2008

Vive l'OMC

Le titre est un peu provocateur, d'accord, mais un titre provocateur, c'est 50% de visiteurs en plus. Chacun ses coquetteries… Vive l'OMC, cependant, je maintiens, parce que l'OMC est l'organisation internationale la plus démocratique.

Bien davantage que l'ONU, sanglée par le droit de veto des 5 membres du Conseil de Sécurité, les vainqueurs de la seconde guerre mondiale. A l'OMC et c'est la seule Organisation intergouvernementale dans ce cas, tous les pays ont une voix, un droit égal à la parole. Et même un droit de veto.

Ce qui par ailleurs pause deux problèmes:

1)      le Luxembourg ou les Fidji ont la même voix que la Chine.

2)      Une assemblée dont chaque membre a le droit de veto est ingouvernable, il faudra tôt ou tard introduire un système de décision à la majorité, ce qui posera évidemment de nouveaux problèmes, dont les solutions devront être soigneusement pesées pour respecter l'idéal démocratique et égalitaire de l'OMC.

 

L'OMC est la seule instance internationale ou un petit pays du Sud peut en faire condamner un gros du Nord et la condamnation être assortie de mesures coercitives efficaces. Cela vient encore d'être le cas avec l'Equateur vis-à-vis de l'Union Européenne.

 

Le tribunal qui juge de ces conflits, la Chambre verte, réunit des juristes spécialisés émanant des principales traditions juridiques de la planète: droit napoléonien, droit anglo-saxon, droit confucéen et droit islamique notamment. La mondialisation à l'œuvre.

 

Enfin, l'OMC n'est pas l'acteur de la mondialisation, elle en est le législateur et le gendarme. Et franchement, s'il n'y avait ni règles, ni organisme pour les faire appliquer, ce serait vraiment la loi de la jungle, la règle du plus fort commande, le capitalisme sauvage dans toute sa brutalité. C'est l'OMC qui nous en protège et sans elle ce serait pire. Ou alors la guerre.

 

Quant à notre Parc le long du Lac, par lequel je passe pour me rendre en ville en vélo. Il n'a jamais, jamais été question de le fermer à la population. M. Pagani fait montre d'une rare mauvaise foi à le prétendre ou à le laisser entendre. La plus grande partie du Parc entre le lac et le Bâtiment sera toujours libre d'accès, sur une largeur de plusieurs dizaines de mètres.

 

Pour des motifs de sécurité, la proximité immédiate du bâtiment sera clôturée, la bibliothèque de HEI doit déménager et l'accès au parking, devant le bâtiment, entre celui-ci et la route de Lausanne  sera restreint aux seuls ayant droits. Ces mesures sont non seulement nécessaires (l'OMC est une cible potentielle d'éventuels terroristes) mais elles étaient prévues, le parking notamment, dès la signature de l'accord de Siège, qui en 95, fit que l'OMC accepta de s'installer à Genève plutôt qu'à Bonn, qui lui tendait les bras. Bien d'autres villes aujourd'hui seraient candidates.  L'honneur de la Suisse et de Genève est engagé. Lorsqu'on signe un contrat, on respecte les termes.

 

L'attitude de  M. Pagani, en cette affaire, n'est que du populisme de bas étage. Faut-il lui rappeler que chasser l'OMC serait porter un coup mortel à la présence des organisations internationales à Genève, et que les 5 à 7 milliards de Francs qu'elles injectent annuellement dans l'économie genevoise (payés intégralement par les gouvernements étrangers) manqueraient cruellement au moment de payer les aides sociales de sa clientèle ?

Commentaires

Sans connaître le dossier, mais à la lecture de votre article, je sens que M. R. Pagani va réitérer sa gaffe avec la Fondation Wilsdorf.

Mais quand va-t-il s'arrêter ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 18/04/2008

L'OMC en grand defenseur des pays du Sud ... soit c'est de l'humour 2ème degré (ou un poisson d'avril tardif ?), soit nous n'avons pas du tout les mêmes sources d'information!

Écrit par : Dji | 18/04/2008

Monsieur Dji,
le problème vient je crois que j'ai des sources d'information tandis que vous êtes informés par des sources de propagande.
Parlez en avec des délégués de pays du Sud auprès de l'OMC et vous verrez ce qu'ils en disent. Je ne parle pas d'ONG, qui ne sont que l'émanation de la petite bourgeoisie du Nord.
Qui sont les principaux ennemis de l'OMC, qui font échouer ces travaux si ce n'est les paysans du Nord qui ne veulent pas perdre leurs subventions ? Et les employés du Nord (ou leurs enfants) qui ne veulent pas perdre leur emploi ? Les grands rassemblements de Porto Allegre et autres qui ont suivi ont eu beau se dérouler dans des pays du Sud, ils étaient un rassemblement de militants de pays du Nord, qui accessoirement payaient la participation de militants du sud pour autant que ceux-ci soient d'accord avec eux.
Mais regardez qui est aujourd'hui l'un des principaux partisans de l'OMC et de ses thèses, c'est le Brésil de Lula. Et même Chavez lorsqu'il refuse les bilatérales Nord-Sud et cherche des alliances Sud-Sud (c'est d'ailleurs le seul élément réellement positif de sa politique). Les pays du Sud ont un intérêt majeur, un seul, c'est de parvenir à se développer et donc de vendre leurs produits là où ils auront de la valeur, c'est à dire, pour l'instant au Nord. C'est à dire, aussi, nous prendre des parts de marché. Car les ressources de la Planète ne sont malheureusement pas extensibles à l'infini.
C'est cela la mondialisation. C'est un nouveau partage des richesses. Une redistribution nécessaire des ressources (y compris des matières premières) et des profits.
Cette redistribution de toute manière est en marche et ne s'arrêtera plus. L'OMC est là pour l'organiser. Par exemple, pour tenter d'éviter ce qui est en train de se passer sur les produits alimentaires de base, qui sont aujourd'hui victimes non pas des bio-carburants, mais de la spéculation. De la crise des subprime. En effet fondamentalement, la quantité de nourriture produite dans le monde est aujourd'hui suffisante. Elle l'était l'année dernière, elle l'est cette année. Elle le sera l'année prochaine.
Les biocarburants, c'est vrai ont détourné une partie du stock, essentiellement du maïs aux Etats-Unis, mais le problème vient du déplacement massif de fonds spéculatifs qui échaudés par l'affaire des sub-prime, se sont reportés sur des valeurs ayant une contreartie matérielle, telles les marchés de matière première alimentaire, par centaines de milliards. Ils ont ainsi déclenché une montée brutale des cours. Genre 30% en 24 heures sur le riz, par exemple. Du coup, plusieurs gros pays producteurs, en Asie notamment, ont pris peur et pris des mesures de restriction de l'exportation pour être sûrs de conserver pour leurs propres populations les ressources nécessaires. Le but est d'éviter des émeutes de la faim.
Sans le faire exprès (encore que ?) ces pays communistes dans le cas de la Chine et du Vietnam, se retrouvent dans la peau des accapareurs qui au XVIIIème siècle en Europe déclenchèrent des crises gravissimes sur le pain qui furent à l'origine de la Révolution française. Mais les responsables premiers sont bel et bien ces fonds spéculatifs qui viennent de créer sous nos yeux une nouvelle bulle, qui fatalement va éclater à son tour, car il y aura fatalement un moment où il n'y aura plus d'utlisateur final pour payer le blé, le maïs ou le riz au prix demandé. Le propre d'une spéculation est en effet de couper une valeur de sa contre-valeur matérielle.
Paradoxalement, cette élévation du prix des matières premières est cependant une chance pour les pays pauvres, une fois passé l'horrible cap des crises actuelles, comme je l'écris dans mon bouquin, l'Utopie urgente (que l'on peut commander en envoyant un couriel à info@adavi.ch . Cette hausse réduit en effet l'écart entre les biens de base produits au sud et les biens à haute valeur ajoutée produits par le nord. Accessoirement, il n'y a pas, à ma connaissance de marché du mil ou du sorgho. Ce sont uniquement les produits d'échange qui sont visés par la spéculation, pas les productions de consommation locale.

Vision décalée ou futuriste ? Il y a 7 ans, j'avais écrit un scénario, Café Lavé, qui décrivait très exactement ce genre de phénomène de spéculation internationale manipulée par une poignée de tordus, grâce à l'informatique. C'était sur les cours du café, qui sont parmi les plus volatils. TF1 Films Production m'avait convoqué à Paris, car ils étaient intéressés à produire le film. Mais le personnage principal était un africain et ils voulaient que j'attribue le rôle principal à Pascal Légitimus, le seul noir "banquable" du cinéma français.
J'ai refusé. Voire Pascal en africain me paraissait grotesque, tandis que je lui avais aménagé un petit rôle très sympa de commisaire de police antillais à Annemasse. Après coup, j'ai regretté. J'aurais pu transformer le personnage principal en haïtien et le tour était joué. Et le film tourné. Mais ce jour là, je n'ai pas réfléchi assez vite et je me suis braqué sur ma réaction négative première. Tant pis pour moi.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/04/2008

Le débat sur la nocivité de l'OMC est une chose, mais il reste la question de l'extension du batiment de l'OMC...
J'espere que les Genevois réagiront avec la meme force que lors du vote pour sauver la Rade que cette fois pour empecher tout empietement sur le parc Barton et sa promenade publique.
Enfin vous faites de l'interprétation personnelle en disant que Pagani veut expulser l'OMC.
Il y a des endroits deja sinistrés en ville ou mettre une annexe de l'OMC.

Écrit par : Philippe de Rougemont | 21/05/2008

M. de Rougement,
j'imagine qu'il n'est pas facile tous les jours d'être à la hauteur avec un patronyme tel que le votre. Là en l'occurrence, vous vous plantez. Comme il a déjà été écrit par ailleurs, le projet d'extension de l'OMC n'empiète que de quelques mêtres carrés sur le Parc Barton et en l'occurrence sur un espace qui est actuellement un parking goudronné !
L'extension principale est prévue sur un terrain attenant, de l'autre côté du bâtiment, qui n'est pas le Parc Barton et dont l'ouverture au public n'est garantie que par une décision unilatérale et à bien plaire des ayants droits, en l'occurrence l'OMC. En clair, il y aura toujours un large accès public au large tout le long de la promenade, parce que les transformations ne l'empêcheront pas, mais si l'OMC voulait carrément fermer le parc, elle en aurait le droit. Il se trouve que par gain d epaix et par respect pour la population genevoise, elle ne souhaite pas le faire. Merci à elle.
Cela ne donne en rien lattitude à M. Pagani de s'arroger des droits qu'il ne possède pas. Encore moins de prétendre les offir au peuple dans un grand élan démagogique de la pire espèce. Quant au fait d'installer l'OMC dans une annexe sinistrée en ville, selon vos propos, qui illustrent le grand cas que vous faites des travailleurs de cette organisation, il se trouve que l'OMC a dit et redit qu'elle ne souhaitait pas partager ses forces dans des locaux séparés. C'est son droit. Donc lui refuser ce droit signifie lui demander de partir. Que l'extrême gauche continue dans cette voie, et elle aura bientôt complètement disparu du paysage politique genevois.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/05/2008

Je vous suis très reconnaissante pour toute cette analyse qui m'en a beaucoup appris, à moi qui ne suis pas de ce milieu. J'apprécie aussi pleinement la qualité de votre texte fort bien écrit.

Écrit par : maflor | 03/06/2008

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