25/04/2008

OMC : à quoi joue l'UDC ?

C'est un mouvement réflexe. A chaque fois qu'elle est en position d'accéder à la respectabilité, l'UDC fait machine arrière toute, et cède à la provocation gratuite. Se coupant ainsi exprès des forces politiques responsables. Cette fois il ne s'agit ni d'affiche, ni de procédure d'exclusion individuelle ou en groupe, mais d'une affaire bien plus grave, qui hypothèque gravement l'avenir économique de Genève.  Je veux parler de la motion anti-OMC présentée par l'extrême gauche au Conseil Municipal et que l'UDC est seule à soutenir.

Rappelons les faits: l'OMC emploie à Genève 800 personnes dont une grande majorité d'économistes et de juristes, et d'ici 15 ans, devra en employer le double. 150 missions spécifiques y sont accréditées et nombre d'ONG en dépendent. Cela représente donc dès à présent plus de 2000 (gros) salaires mensuels intégralement payés par des gouvernements étrangers (ou des ONG) qui sont dépensés à Genève. Soit quelques 200 millions annuellement injectés dans l'économie genevoise, sans compter les nombreuses conférences et les marchés divers de fournitures et de services passés avec les entreprises locales.

Ce pour l'OMC en tant que telle. Mais à l'heure où l'ONU songe sérieusement à réduire ses activités à Genève et où plusieurs de ses organismes délocalisent leurs activités à Budapest, ou en Asie, la présence de l'OMC – qui ne fait pas partie du système onusien - est un atout maître. Si l'OMC devait partir, d'autres suivraient. Et rappelons-le, l'ensemble de la fonction internationale, c'est 5 à 7 milliards d'apports annuels à notre économie.

L'économie genevoise repose sur 3 piliers: les banques, les montres et les Organisations internationales. Si les banques privées genevoises vont dans l'ensemble mieux que l'UBS et le Crédit Suisse, il est certain que les impôts qu'elles règleront fin 2008 et sans doute jusqu'en 2009 seront nettement moins élevés que ceux de 2007. Ce, même si l'on ne s'enfonce pas dans une crise vraiment catastrophique, ce que personne n'oserait écarter aujourd'hui. Et si les banques vont moins bien, les montres de luxe aussi, forcément. Ce n'est donc certainement pas le moment de fragiliser le 3ème pilier.

 

Des PME pourraient fermer si l'OMC part

Pour qui vont voter les petits patrons  qui devront fermer boutique (et leurs employés) si cette clientèle de choix s'évapore ? Or l'OMC, remplie à ras bord de diplomates (qui travaillent jusque dans les caves insalubres faute de place !), se garde bien de le dire, pour ne pas envenimer les choses, mais la vérité, c'est que s'il n'y a pas d'extension de ses bâtiments, elle devra partir.

Cela fait quatre ans qu'architectes et responsables – cantonaux et fédéraux - planchent sur la question, en examinant toutes les solutions. Une extension sur un terrain éloigné séparerait l'organisation en deux, ce qui n'est pas souhaitable. L'efficacité (et l'écologie, si l'on veut éviter les navettes inutiles) en pâtirait par trop. Tout regrouper dans un nouveau bâtiment coûterait trop cher (le triple du projet actuel, payé par nos impôts en fonction de l'accord de siège passé en 1995) et prendrait trop de temps.

Reste la solution retenue, soit l'agrandissement et la sécurisation des locaux actuels. Qui empiètera, c'est vrai, sur le domaine public du Parc Barton. Mais très peu. Il est totalement faux de prétendre que l'accès au lac sera coupé. C'est purement et simplement un mensonge et M. Pagani le sait très bien.

Il y a plus de 80 mètres de gazon et d'allées entre le mur extérieur de l'OMC et le quai. Or la zone sécurisée, donc interdite au public, ne dépassera pas une dizaine de mètres de large. Soit les abords immédiats du bâtiment. Les sécuriser est un impératif, si l'on veut éviter qu'un jour, en cas d'attentat par exemple, des victimes innocentes comme des enfants qui joueraient là ne soient pris dans l'explosion. Nier ce risque ou faire comme s'il n'existait pas, c'est à la fois inconscient et criminel.

On peut le comprendre la part d'une extrême gauche nostalgique du Grand Soir, c'est hallucinant de la part de l'UDC. Mais on peut encore espérer qu'il s'agit d'une erreur des conseillers municipaux, qui se sont laissés embobiner par Pagani et son équipe. On assiste en effet en ce moment à une surenchère nationaliste et protectionniste entre l'extrême gauche et l'extrême droite. L'opinion de M. Tettamonti, ce jour dans la Tribune, est à cet égard édifiante. Personne ne veut laisser le terrain de l'insatisfaction populaire à l'autre. Sauf que les couches populaires font fausse route et les apprentis leaders qui tentent de profiter de leur désarroi sont soit aveugles, soit d'une rare hypocrisie.

Notre monde est global. Il affronte aujourd'hui des problèmes globaux. C'est un fait, on ne peut plus le changer. Qu'il s'agisse du réchauffement, des crises énergétiques, alimentaires ou financières, ou des délocalisations, on ne les règlera pas en redressant les frontières tout au contraire.  Et ce tout particulièrement à Genève.

Le "c'était mieux avant" est une rare stupidité, en matière sociale notamment. Pour mémoire, les conditions de vie, de travail et de salaire des ouvriers des grands barrages de Mattmarck, en Valais par exemple, dans les années 60, étaient assez proches de ce que l'on trouve aujourd'hui sur les grands chantiers… en Chine.

 C'est en prenant les affaires du monde en mains tous ensemble que l'on parviendra à les régler. Il se trouve que nous avons la chance immense que ce soit en bonne partie à Genève que ces choses se passent. Ce qui est une opportunité incroyable pour nous tous et nos enfants.

Nous tous, parce que nous profitons directement, même les plus pauvres à travers les nombreuses aides sociales qui leur sont versées, de l'incroyable prospérité que nous amène le fait d'être l'une des capitales du monde. Car c'est bel et bien ce que nous sommes. L'une des cinq ou six villes les plus influentes de la Planète, avec moins d'un demi million d'habitants, souvent des cadres supérieurs venus du monde entier. Payés, rappelons le encore une fois, par leurs gouvernements respectifs… mais faisant leurs dépenses dans nos magasins, nos écoles privées etc…

Nos enfants enfin ont le privilège rare de vivre, de grandir et d'étudier à Genève. Or c'est la meilleure des portes d'entrée possibles sur les plus belles carrières dans ce vaste monde, pour ceux qui veulent saisir leur chance.        

 

L'OMC VICTIME

Victime de tout ceci, l'OMC est sans doute le plus bel exemple de ce que peut faire de pire la médiatisation à outrance, les raccourcis abusifs, les simplifications extrêmes et la rumeur.

J'ai déjà dit ici (voir le post "Vive l'OMC") comment fonctionnait cette organisation internationale, la plus démocratique de toutes et la seule dans laquelle les pays du sud peuvent faire respecter leurs droits. Malheureusement, les altermondialistes et par ricochet, presque toute la société. (UDC incluse apparemment), l'assimilent au FMI, à la Banque Mondiale et au G8. Qui n'ont rien, mais alors strictement rien à voir.

Suite à un film débile et mensonger de A jusqu'à Z, l'opinion publique mondiale est persuadée que l'OMC est le diable, ou quelque chose d'approchant. L'OMC ne veut pas entrer dans la polémique, car elle doit assurer une communication qui recueille l'assentiment de tous ces états membres. Autant dire que dans un tel cas, la solution la plus simple est de ne rien faire. Ce qu'elle fait, malheureusement.

Un exemple de ce gigantesque contre-emploi médiatique ? L'OMC est sur le point de finaliser un accord mondial qui, en interdisant les subventions aux pêcheries, vise spécifiquement à empêcher la surpêche, véritable fléau écologique. Socialiste, mais aussi Enseigne de Vaisseau, ancien commandant de (petit) navire de guerre, Pascal Lamy connaît bien la mer et soutient bien sûr un accord qui ne sera pas facile à faire passer auprès des pêcheurs. Mais qui va clairement dans notre intérêt à tous.

Une ONG spécialisée dans ce domaine a appuyé cet accord de toutes ces forces. Elle a couvert Genève d'affiches en ce sens il y a quelques semaines. Mais elle avait très peur de lier son image à l'OMC, craignant les conséquences sur sa prochaine recherche de fonds. Du coup, ses affiches présentaient l'OMC comme aidant à subventionner la surpêche et lui demandaient de changer. Ce qui est faux. L'ONG accusait d'être l'OMC d'être le pyromane alors qu'elle savait fort bien qu'elle était le pompier. Mais le message était plus facile à vendre ainsi.

Non seulement c'était faux mais c'était absurde. L'intention de base de l'OMC est de faciliter les échanges commerciaux en réduisant les entraves et en supprimant les subventions. Pas l'inverse.  Mais le résultat est là. Dans l'esprit de M. Tout le monde, c'est l'OMC, une fois de plus qui est passée pour le méchant.

Commentaires

A Gauche Toute et l'UDC ont été les seuls à présenter cette motion, mais après deux amendements, le PS et les verts l'ont signée. Ce qui en dit long sur leur clairvoyance politique à eux aussi...

Écrit par : Précis | 25/04/2008

Vous avez raison, mais les deux amendements sont importants et pour le premier réduisent drastiquement, en pratique, la portée de la motion.
Le premier, si j'ai bien compris, laisse à nos autorités politiques le soin de négocier les contours du bâtiment ad hoc. Donc, comme le projet actuel est précisément le fruit de longues années de négociation dans lequel Berne et dans une moindre mesure le Canton, à travers la FIPOI, ont pesé de tout leur poids, on peut penser que le projet final sera très proche du projet actuel.
Celui-ci est d'ores et déjà l'émanation du désir de nos autorités en charge du dossier, à forte coloration socialiste : Micheline Calmy-Rey à Berne, Laurent Moutinot au Conseil d'Etat et Manuel Tornare à la Ville sont du même parti que Pascal Lamy, le grand patron de l'OMC.
Il ne s'agit pas ici de faire de la politique politicienne mais d'envisager sereinement ce qui doit être fait dans l'intérêt supérieur de Genève. Et pour moi, clairement, c'est construire cette extension, toute majorité étant bonne à prendre.
Le deuxième amendement est une fleur offerte aux Verts, puisqu'il s'agit de réduire drastiquement le nombre de places de parking disponibles pour les employés. Une mesure qui contrevient à ce qui avait été promis en 1995 et que l'OMC n'a toujours pas obtenu.
Il est amusant de penser que les météorologues de l'OMM voisin, qui pilotent le GIEC, ont eux droits à un nombre de places largement suffisant sous leur immeuble ou à proximité immédiate. faites ce que je dis mas pas ce que je fais et les écolos sont donc mieux servis, que les économistes et les juristes. Qui souvent viennent à l'OMC en vélo ou en train...
Ce qui est certain c'est qu'il faut prévoir un nombre de places suffisant pour les voitures des délégations, ambassadeurs et Ministres, lors des conférences internationales. Pour d'évidentes raisons, y compris de sécurité, on ne peut pas leur demander de venir à vélo.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2008

Cher Monsieur Souaille,

Vous avez dû lire un peu hâtivement la motion à laquelle vous vous référez.

Il ne s'agit pas d'une motion "anti-OMC". Elle ne vise en rien l'OMC, organisation que l'UDC apprécie, tout comme sa présence à Genève.

Il s'agit avant tout de respecter la volonté de la donatrice à la collectivité du parc Barton. Cette donation était accompagnée de la charge expresse que la parcelle ne soit jamais bâtie. Rappeler la volonté de la personne qui effectua cette donation en 1935 (elle avait déjà fait don auparavant à la Ville du bâtiment du Victoria-Hall) ne relève certainement pas de la provocation, mais du respect de la mémoire de son geste, qui ne doit pas être immolée. Faire fi aujourd'hui cette volonté est un acte grave. La collectivité a accepté cette charge en acceptant la donation, il lui incombe de la respecter, s'agissant d'un devoir moral imprescriptible.

D'autre part, comme vous le relevez, il est normal que les élus genevois puissent donner leur avis sur la question. Il ont été élus pour cela.

Toute l'affaire a été négociée entre Berne et l'OMC, les autorités genevoises n'ayant rien à dire.

La FIPOI détient des surfaces de terrain infiniment plus grandes que le Parc Barton, propices à accueillir une nouvelle OMC. Mieux, des immeubles étaient à vendre dans le quartier, susceptibles d'accueillir des centaines de collaborateurs, à un jet de pierre du siège actuel de l'organisation.

Si ces solutions logique n'ont pas été mises en oeuvre, c'est uniquement pour une question de coût : personne ne veut financer un siège digne de ce nom pour l'OMC.

Pire, des solutions moins coercitives pour les espaces publics étaient envisageables, comme une concentration de l'agrandissement côté rue de Lausanne.

Mais il n'y a eu aucun débat. Mme Calmy-Rey, plus prompte à visiter voilée des tyrans sanguinaires qu'à penser aux espaces verts publics de son canton, a accepté sans sourciller tout ce que l'OMC exigeait, et sans en discuter même le contenu sans étudier aucune autre variante. Il est vrai qu'elle se trouvait face à M. Lamy, socialiste comme elle.

Ce diktat de la Berne fédérale oublie que, en Suisse, et à Genève, c'est le peuple qui a encore le dernier mot, directement ou par ses élus.

Des solutions de compromis peuvent certainement être trouvées pour un agrandissement moins ravageur, ou un financement intelligent mis sur pied pour un nouveau site pour lequel, je le répète, les terrains ne manquent pas.

L'OMC ne quittera pas Genève s'il y a un débat relatif à son bâtiment, que ce soit pour une extension du site actuel plus respectueuse du patrimoine public et de la charge qui le grève ou à un nouveau site, sur les dizaines d'hectares possédés par la FIPOI.

Brandir des menaces diable-sur-la-muraillistes à chaque fois qu'un parti en appelle au respect de la volonté populaire commence à devenir une constante en Suisse. On le voit par exemple pour le renouvellement et l'extension des accords bilatéraux avec l'UE. Ce type de menace n'effraie pas le peuple suisse ni le peuple genevois car ils sont l'apanage des partis faibles. On l'a vu en 1992, lorsque, malgré les menaces de faillite économique du pays en cas de refus,, le peuple suisse a refusé l'adhésion à l'EEE.

Dénaturer la motion UDC Ville de Genève en brandissant la menace d'un départ de l'OMC est ridicule : même l'OMC n'a pas osé aller jusque là.

Genève comporte un grand nombre d'organisations internationales car elle toujours su concilier leurs exigences avec les intérêts de la population. Sortir de cette politique, fructueuse jusqu'ici, pour s'agenouiller devant ce qu'a concocté Mme Calmy-Rey aura l'effet inverse du résultat voulu. Vous allez braquer les Genevois, inutilement, alors que de multiples possibilités sont offertes pour satisfaire les intérêts de tous, qu'il suffit de vouloir explorer, comem cela a été fait depuis des décennies avec succès.

Écrit par : Soli Pardo | 25/04/2008

M.Pardo,
il y a plusieurs erreurs dans votre texte. La première est que les élus genevois ont été tenus régulièrement au courant de l'évolution des négociations qu'ils ont suivi de près. Notamment le Conseil d'Etat à travers la FIPOI, mais aussi le Conseil administratif.
La 2ème est qu'il y a bien eu négociations. Avec des allers retours nombreux et variés, durant 3 ans. Il y a eu plus d'une vingtaine de pré-projets radicalement différents. Le projet actuel n'est pas celui que souhaitait l'OMC. Il est de notoriété publique que Pascal Lamy aurait préféré un bâtiment tout neuf. Seulement c'était long et surtout, cela coûtait trois fois plus cher que la solution retenue. 450 millions au lieu de 150. Payés par nos impôts, en vertu des accords de siège de 1995.
Les immeubles vacants, à proximité, étaient mis en vente à des prix qui ne correspondaient ni au marché ni aux possibilités de la Confédération, et pas non plus aux besoins de l'OMC en matière de superficie et de disposition. Les institutions publiques n'ont pas vocation à engraisser les intermédiaires. Nous avons tous assez pesté contre le scandale de la rue du Stand pour ne pas remettre la compresse avec un zéro de plus.
Il se trouve que j'ai d'excellents amis fort bien placés à l'OMC. Et je peux répéter ici que bien qu'ils s'en défendent vigoureusement officiellement, pour na pas avoir l'air de menacer qui que ce soit, la question du départ se pose bel et bien. Tout simplement parce qu'il leur faut davantage de place et que s'ils ne la trouvent pas ici, il leur faudra aller ailleurs, à leur corps défendant, car beaucoup sont très attachés à Genève. Plusieurs pays membres ont déjà fait des propositions plus ou moins discrêtes, en Asie et en Europe, qui couteraient moins chers à l'organisation, donc aux pays membres. Ce n'est pas peindre le diable sur la muraille. En revanche, nier comme vous le faites le risque d'une délocalisation des OI qui a déjà commencé, c'est se bander les yeux devant le danger !
Je pense que, fondamentalement, votre aversion et celle de votre parti pour Micheline Calmy-Rey vous aveugle. Je suis très loin d'approuver tout ce qu'elle peut faire ou dire, mais elle ne fait pas que des bêtises. Ce n'est d'ailleurs pas ici son projet, mais celui de toute une équipe de plus d'une vingtaine de personnes, Fonctionnaires de Suisse et de l'OMC, dans laquelle toutes les sensibilités politiques sont représentées.
Je connais personnellement la plupart de ces personnes. Quasiment toutes habitent et aiment Genève de fort longue date. Genève et ses parcs et l'harmonie de son style de vie. L'emprise sur le parc Barton sera fort réduite. Une clôture entre le bâtiment actuel et le lac plus des extensions minimales sur le côté Lausanne et rue de Lausanne.
Il s'agit ici, M. Pardo, d'une question de salut public. Si l'extension est refusée, l'OMC ne va pas partir la semaine prochaine. Mais d'ici 2 ou 3 ans, ce n'est pas possible, c'est probable.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2008

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