26/04/2008

Winkelried-Schlumpf et les faux chiffres de l'UDC

Il est toujours assez facile de faire dire ce que l'on veut aux chiffres. Le patron de l'UDC  genevoise compare ainsi le taux de naturalisation des étrangers en Suisse à ce qui se fait en Allemagne et en Italie. Proportionnellement, on naturalise plus en Suisse et il en conclue qu'on naturalise trop. Mais il faut comparer ce qui est comparable: en Italie comme en Allemagne, une bonne partie des étrangers sont des citoyens européens qui n'ont aucune raison de se livrer aux démarches compliquées d'une naturalisation !

Ils ont déjà quasiment les mêmes droits que les nationaux. Ils peuvent voter à l'échelon local et à l'échelon européen et sans doute bientôt à l'échelon national. Ils ont strictement les mêmes droits d'embauche ou d'assurance et surtout, ils peuvent entrer et sortir, quitter et revenir,  comme ils veulent quand ils veulent. De toute manière, leur passeport ne changera pas de couleur.

Quant aux autres immigrés, beaucoup sont en Allemagne des Turcs, et surtout en Italie des africains, qui sont immigrés de passage et n'ont pas forcément vocation à la naturalisation. En vérité les conditions de naturalisation en Suisse restent particulièrement draconiennes. Ce qui n'empêche pas une majorité de la population , surtout en Suisse alémanique, de vouloir apparemment les durcir encore.

Comme disait Brecht, la prochaine cible désignée ce sera les double-nationaux, qui devraient rendre leurs passeports selon les ténors de l'UDC. A Genève, c'est près de la moitié de la population, alors on ne le dit pas trop fort. Mais Jacques Neyrinck et moi-même avons déjà été insultés de la sorte dans ces blogs ces dernières semaines.

Evelyne Winkelried-Schlumpf est donc particulièrement courageuse de partir seule au combat, pour protéger le reste du Conseil Fédéral. Qui à n'en pas douter a pris connaissance des sondages et connait le risque pris. Elle me fait effectivement penser au héros de Sempach qui se sacrifia en ramenant à lui les lances autrichiennes... L'enjeu principal, c'est bien entendu la prolongation et l'extension des bilatérales sur lesquelles nous voterons en une fois, dans quelques mois... Si elles étaient refusées, ce serait un véritable désastre économique pour la Suisse.

D'ici là, soit la naturalisation par les urnes est rejetée, avec Evelyne Winkelried-Schlumpf en figure de proue et c'est le début de la fin pour l'UDC blochérienne, donc tout bénéfice pour les bilatérales... Soit la naturalisation passe et dans ce cas, Evelyne pourrait être amenée à démissionner. Dans l'idée que son sacrifice apaise le peuple séduit par la tendance dure blochérienne... et ainsi lui faire accepter les bilatérales... Machiavélique ? On en a vu d'autres. Mais s'il y en a une dont il faut saluer le courage et l'abnégation, le sens du devoir pour ce qu'elle estime être le bien de la patrie, c'est bien Mme Widmer-Schlumpf. Notre Winkelried moderne, seule aujourd'hui ou presque à se lever contre les outrances du bailli Blocher.

Commentaires

Les chiffres qui mériteraient d'être connus sont ceux-là :
Combien de demandes? Combien de refus ?

Écrit par : salegueule | 26/04/2008

Quant à la double nationalité, on devrait faire comme le Danemark: la refuser.
Soit on devient Suisse et l'on abandonne sa nationalité précédente, soit on reste de sa nationalité d'origine, ce qui est respectable. La double nationalité est un non-sens absolu, une façon de vouloir manger à tous les rateliers. En cas de conflit entre Belgique et Suisse, quel serait le pays défendu par J. Neyrinck?
Il devrait bien choisir!

Écrit par : salegueule | 26/04/2008

Les chiffres que vous demandez non plus ne voudraient pas dire grand chose, car une procédure de naturalisation est complexe, longue et coûteuse, personne ne l'engage à la légère. Beaucoup ont même recours à des avocats pour ce faire. C'est là le tout premier obstacle. Si l'on estime ne pas remplir toutes les conditions, on ne se lance même pas.
La plus grande partie des gens qui tentent l'ascension de l'Everest la réussissent aujourd'hui parce qu'il s'y préparent, réunissent les conditions, attendent la bonne fenêtre météo. Cela ne signifie en rien que l'ascension de l'Everest soit une épreuve trop facile...
Pour ce qui est du refus de la double nationalité, c'est exactement ce que je disais. Dérrière l'attitude de l'UDC, il y a ce nationalisme étroit, dépassé et belliqueux. Tant que l'on considérera les Etas-nations comme des groupes armés prêts à en découdre, on n'avancera pas. C'est effectivement ce qu'ils sont, pour le malheur de l'humanité. Mais je fais partie de ceux qui pensent qu'il devient urgent de dépasser ce stade. si l'on veut éviter de finir à coups de bombes atomiques.
Le Danemark le fait, c'est son choix. Il a aussi choisi de faire partie de l'UE. Devrions nous le suivre en tout ? Les double et même triple nationalités sont une ouverture sur le monde, une chance pour tous les pays qui en bénéficient.
Enfin surtout, bonne chance pour faire passer cela à Genève ! Même l'UDC genevoise, je doute qu'elle ose s'aligner sur sa direction bernoise dans cette affaire.

Écrit par : Philippe Souaille | 27/04/2008

Winkelried une légende contestée. source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Arnold_von_Winkelried

"il est peu probable qu'un seul sacrifice fut suffisant pour déstabiliser des troupes aguerries en formation serrée. "
"Aucune archive ne mentionne Winkelried, pas plus que les premières chroniques helvétiques, ou celle de Justinger en 1420."

Se baser sur une légende, pour décrire le courage de Eveline Widmer-Schlumpf, qui combat son propre parti, c'est un peu léger, vous en conviendrez.

De toute manière, malgré le refus de 1992, nos dirigeants politiques, nous plongent de force dans l'UE, en adoptant de + en + de lois européennes.
Est-ce là, le respect de la volonté populaire ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 27/04/2008

A ce que je sache, personne n'empêche personne en Suisse de contester les lois adoptées en recourant au référendum ou à l'initiative et personne ne s'en prive. Surtout pas l'UDC, l'ASIN et autres opposants viscéraux à l'UE. Qui à ma connaissance n'ont guère eu gain de cause devant le peuple, lorsqu'il s'est agi de s'opposer à une loi précise...
On peu donc considérer sans autre que les lois adoptées l'ont été par le peuple. Dès lors, prétendre que la volonté populaire n'est pas respectée par nos autorités n'est que de la propagande mensongère.
Pour le reste, que Winkelried soit ou non une légende n'enlève rien au fait que Mme Widmer-Schlumpf fasse montre d'un grand courage à s'opposer ainsi à ce qu'elle considère être une dérive autoritaire dangereuse de son propre parti. Qui a le droit d'essayer de l'exclure au même titre qu'elle a le droit de s'opposer à cette exclusion. C'est une question de rapports de force et c'est le coeur du jeu politique.
Le but d'un parti étant de séduire au-delà du cercle de ses membres, et de conduire les affaires du pays, il est sain que les différentes composantes du peuple suisse s'expriment sur ce qu'ils ou elles pensent de ces pratiques.

Écrit par : Philippe Souaille | 27/04/2008

@salegueule
Je ne vois pas bien en quoi la double-nationalité est un "non-sens absolu". Si l'on considère que la nationalité reflète l'appartenance à une nation, et la nation l'ensemble d'une même culture, être double-national, c'est être représentatif... de deux cultures. Je ne vois pas l'incompatibilité. Ne peut-on pas garder ses racines de son pays d'origine, tout en étant impliqué dans les affaires de sa région, et de son pays de résidence ? Ou, autre exemple : pour avoir fait ma scolarité primaire en Suisse, ma scolarité secondaire en France, en habitant toujours en Suisse, je pense qu'il me serait tout à fait légitime d'être francosuisse, non ?. En fait, j'ai l'impression que l'interdiction de la double-nationalité n'est qu'une manifestation de plus de la vision (ou du souhait) d'une Suisse comme d'un sanctuaire clos, ce qu'elle ne m'a pas l'air d'être. Et je ne crois pas qu'elle gagnerait à le devenir.

Écrit par : Loovown | 27/04/2008

Je pense que les premiers qui s'en prennent aux doubles-nationnaux, sont les aigris. Des personnes qui n'ont pas cette chance.
Ils sont jaloux.

Écrit par : Luner | 28/04/2008

@Loovown

La double nationalité est un non sens absolu car la nationalité non seulement donnes des droits, mais elle demande aussi des devoirs. C'est comme le mariage, on ne peut être fidèle à deux femmes/hommes en même temps. Il faut forcément choisir à un moment ou à un autre.

Écrit par : salegueule | 28/04/2008

Monsieur Sale gueule,
Votre hypothèse d'un conflit, que j'imagine armé dans votre esprit, entre la Belgique et la Suisse me semble parfaitement irréaliste. Surtout entre un pays neutre et un autre qui ne sait pas vraiment s'il existera encore demain. Redescendez sur terre. Nous sommes au XXIème siècle.

Écrit par : Philippe Souaille | 28/04/2008

Donc, être double-national, c'est avoir des droits et des devoirs vis-à-vis de deux pays. Tu y vois une contradiction si tu veux, moi je n'en vois pas. Et ne me sors pas l'hypothétique conflit entre les deux pays : en un tel cas, on suit ses idées, ses principes, en aucun cas la ligne dictée par l'un des pays en question, et ça reste valable même sans être double-national.

Quant à l'exemple du mariage, en-dehors du fait que mariage n'est pas gage de fidélité et que fidélité n'implique pas mariage, il faudrait que tu m'expliques plus exactement en quoi cet exemple rejoint le problème de la multi-nationalité, parce que je ne vois pas. Je pourrais, par exemple, transformer ton exemple d'amour en exemple de fidèle amitié : on peut bien avoir plusieurs amis "à la vie à la mort", pour qui on est prêt à s'engager corps et âme.

PS : Évitons les termes forts tels que "absolu" puisque, de toute évidence, la question de la double-nationalité est loin d'obtenir une réponse unanime, et que, à ce titre, elle ne peut en aucun cas prétendre à une quelconque valeur d'absolu. Préférons le terme "non-sens" tout court, qui reflète un avis personnel et n'engage que celui qui l'évoque.

Écrit par : Loovown | 28/04/2008

Faire voter pour ou contre la double-nationalité ?

Vous semblez oublier que désormais en Suisse il y plus de bi-nationaux que des nationaux!!!!! donc le résultat on le connait d'avance ! Rien qu'à Genève, la plupart de nos politiciens sont bi-nationaux ! Couchepin a ses enfants bi-nationaux dans toute famille il y a des enfants bi-nationaux !

Réfléchissez avant de sortir des âneries !

Quand au fait qu'on naturalise plus en Suisse que dans les autres pays, cela semble évident, étant donné que dans la plupart des autres pays il y a le droit du sol, c'est-à-dire que les gens acquièrent automatiquement la nationalité à la naissance. Chose qui n'existe pas en Suisse !

Écrit par : Café | 29/04/2008

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