28/04/2008

La Colombie revient de loin, laissons lui le temps d'arriver

 

Lors de son discours télévisé, l'Omniprésident Sarkozy s'est permis de dire qu'il était hors de question de nouer un quelconque dialogue avec les Talibans, qui massacrent des Afghans, trafiquent de l'opium, détruisent des monuments, couvrent les femmes de burkhas et coupent les doigts des fillettes qui veulent aller à l'école... Mais que par contre, il était urgent et essentiel de dialoguer avec les FARC et avec leur soutien officiel Chavez, qui massacrent les Colombiens, trafiquent de la cocaïne, posent des mines partout, assassinent les syndicalistes de la guérilla rivale, rançonnent la population, arrachent les yeux des petits garçons qui parlent trop... et enlèvent une française. Enfin, ils en ont même enlevés plusieurs, mais les deux premiers, un homme et une femme, sont apparemmant morts sans qu'on parle d'eux.

La différence la plus importante entre les deux situations, paradoxalement, c'est qu'en Afghanistan, les dizaines de milliers d'hommes de la coalition menée par l'OTAN sont en train de perdre, et que la population afghane leur est de plus en plus massivement hostile, de même qu'à son Président Hamid Karzaï, un fantoche qui n'a jamais été élu par le peuple, mais choisi par Washington. Tandis qu'en Colombie, la police et l'armées sont en train de gagner leur combat, avec une aide uniquement matérielle des Etats-Unis et que la population colombienne est massivement (à 84 % !) dérrière son Président. Parce que la population colombienne en a ras le bol de la violence et qu'elle perçoit en Uribe, son unique chance d'y échapper.

La deuxième différence, tout aussi essentielle, c'est que les talibans n'ont quasiment aucun relais médiatique à disposition en Europe, alors que les FARC utilisent sans vergogne tous les réseaux de gauche et humanitaire, particulièrement influents dans les médias, pour vendre leurs salades. Pourtant, la Colombie revient de loin. Il y a une quinzaine d'années, on a pu croire que les FARC allaient prendre le pouvoir. Leurs bandes armées sévissaient dans tout le pays, faisant régner la terreur et la désolation. Les forces armées légales leur avaient abandonné la campagne et se terraient retranchées dans leurs garnisons. Les postes de police étaient attaqués régulièrement, leurs occupants massacrés, de même que les propriétaires terriens, petits ou gros, lorsqu'ils n'étaient pas enlevés.

Sur les routes des barrages filtrants permettaient aux FARC d'arrêter tous ceux qui osaient encore circuler. Ou qui y étaient obligés, ou qui n'étaient pas assez riches pour l'avion et l'hélico. Un coup de fil suffisait pour connaître la fortune du passant, les FARC ayant un accès direct aux fichiers du fisc. La rançon, petite ou grosse était établie sur cette base. C'était l'impôt révolutionnaire. En ville, les « gamines » (les gamins des rues), armés et transformés en « sicarios » (tueurs à gages) faisaient règner la terreur, assassinant pour une bouchée de pain ou une ligne de coke. Et les FARC faisaient exploser des bombes dans les boîtes de nuit des quartiers chics. Cette situation d'insécurité absolue a culminé au moment de l'accord de paix qui avait accordé aux FARC un vaste territoirre. En échange, les FARC avaient libéré quelques dizaines de prisonniers, mais parallèlement, elles n'avaient jamais commis autant d'assassinats et d'enlèvements que durant ces soi-disant négociations de paix.

Quelques temps auparavant, des citoyens, des pères et des mères de famille avaient commencé à s'organiser pour s'entraider et résister. Certains ont pris les armes. Et parmi eux, plusieurs ont largement dérapé et exercé une vengeance aussi illégitime et condamnable que celle des FARC. Qui elle-même répondait à des massacres antérieurs.

De ce mouvement, un homme a émergé, qui fut élu en 2002 sur un programme simple: ramener une paix durable, sans concession aux bandes armées, toutes les bandes armées, jusqu'à leur reddition. Les résultats étant au rendez-vous, il fut réélu brillament en 2006.

Sa méthode ?

  1. Assurer la sécurité par la présence de la force publique dans tout le pays et remplacer la violence des bandes rivales par l'Etat de droit. Ce qui implique entre autres de laisser travailler la justice. Qui de plus en plus souvent, condamne les anciens amis du Président, ceux qui ont « dérapé ».

  2. Développer l'économie et redistrbuer les richesses qui en découlent. La Colombie est le seul endroit au monde où la pression fiscale sur les hauts revenus a été multipliée par 3 en 6 ans... sans déclencher d'exode des capitaux, au contraire: ceux-ci reviennent en masse, car le développement du pays, enfin sécurisé, est spectaculaire.

  3. Promouvoir la réconciliation nationale : oubli et pardon pour les crimes perpétrés par les bandes armées, les pires étant soldés par une peine de 8 années de prison, pour autant que les bandes renoncent à la violence et confessent leurs crimes.

Problème, les milices d'auto-défense ont accepté le deal, certaines guérillas également, mais pas les FARC. Du coup, leurs relais médiatiques contestent les peines encourues par les chefs para-militaires, jugées trop clémentes. Ils parlent d'absolution... alors qu'ils jugeaient ces peines trop lourdes pour eux même puisqu'ils les ont refusées. Philosophiquement ils estiment leur combat, leur « guerre de classe » justifiée, tandis qu'ils jugent condamnable la lutte pour la survie de ceux d'en face...

 

De la même manière, les liens entre la politique, y compris le parti d'Uribe et les milices d'auto-défense apparaissent aujourd'hui publiquement, parce que le Gouvernement a fait en sorte que ces choses puissent être jugées. La gauche et les mouvements de défense des droits de l'homme qui lui sont intimement liés crient au scandale, largement relayés pas les médias, avec une parfaite mauvaise foi. Ainsi le Temps a cité le para-militaire qui accusait le Président Uribe d'avoir assisté à la réunion préparatoire d'un massacre... mais on attend toujours la suite, lorsqu'il a reconnu - l'emploi du temps d'Uribe révélant la chose impossible - qu'une ONG lui avait promis plusieurs millions de dollars et un exil au Canada pour le prétendre.

Des ONG qui se présentent comme neutres et qui agissent en réalité comme autant de bras « civils » des FARC, il y en a profusion, en Amérique latine et en Europe. Comme cette mode qui consiste à prétendre que les combattants tués sous l'uniforme des FARC sont en fait de paisibles paysans ou syndicalistes, enlevés par l'armée et à qui ont aurait enfilé un uniforme après les avoir exécutés. Accusations vigoureusement démenties par toutes les analyses criminologiques menées.

 

On parle aujourd'hui beaucoup du scandale de la para-politique qui mouille jusqu'au cousin du Président. Mais en face, les parlementaires de gauche ont souvent les mains tout aussi sales. A commencer par Piedad Cordoba, dont les liens étroits avec Chavez et les FARC ont largement dépassé le mandat de négociation que lui avait octroyé la Présidence de la République. Il est notoire que des élus de gauche, comme quelques hauts-fonctionnaires, ont à certains moments touché de l'argent des FARC et du trafic de drogue. Les politiciens de droite qui sont en prison le sont souvent pour des collusions bien moins importantes que ce que l'on pourrait reprocher à ceetains élus de gauche. Mais les chefs des FARC ne s'étant pas encore rendus, la question n'a encore été que très rarement posée en justice. Cela viendra toutefois, si l'on veut pacifier le pays. La gauche ferait bien d'y songer, à l'heure du grand déballage voulu et protégé par Uribe, au lieu de parler de dictature... Quelle dictature laisse jusger ses proches, se laisse conspuer par une presse libre, laisse l'opposition la plus virulente se faire élire et des représentants de cette même opposition mener officiellement des pourparlers avec des rebelles armés et avec un pays étranger qui finance et soutient ouvertement ces mêmes rebelles armés ? Il serait temps d'arrêter la propagande et de s'en tenir aux faits, c'est à dire aux résultats de la politique menée. 

Aujourd'hui, la question qui se pose en Colombie est simple: l'extrême gauche accepte-t-elle ou non l'idée d'une réconciliation nationale? Dans les règles équitables qui ont été fixées et qui ont permis de sortir de l'apartheid en Afrique du Sud ? Ou bien va-t-elle continuer à les refuser?

A chaque fois que les relais médiatiques des FARC, essentiellements francophones et scandinaves (obnubilés par la libération de celle dont je n'ai pas encore parlé...) leur laissent entrevoir une autre porte de sortie, ils retardent la solution du problème, et augmentent le nombre de décès à venir... Mais ce n'est pas grave, ce sont des Colombiens qui meurent et une Française qu'il faut sortir de là...

Uribe n'est évidemment pas de cet avis et les Colombiens non plus. Ils voient en lui l'homme qui ramènera leur pays dans le rang des nations civilisées, où la violence politique est bannie et les trafics de drogue réprimés. Cela seul compte pour eux actuellement. Et on peut les comprendre.

Commentaires

Excellente analyse, cher Monsieur. Encore un peu et je vous aurais pris pou un gauchiste de la gauche-caviar. L'exactitude cette analyse est indiscutable.

La gauche, même genevoise, fait tout ce qu'elle peut pour camoufler tous les crimes, comme par exemple, le génocide ukrainien, que les élus de gauche et d'extrême-gauche genevoise ont refusé d'admettre.

Le système de 2 poids 2 mesures, pourrit toutes les instances, jusqu'au sommet d'un état qui se dit dépositaire et auteur des Droits de l'Homme.
A géométrie variable, bien entendu, la diplomatie, étant une caractéristique bien française.
Ce qui pousse certains à traiter les français d' "aplaventristes", d'autant plus lorsqu'on envoie des émissaires pour "détendre" les relations amicales avec la Chine, dans la question du Tibét.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 28/04/2008

Marrant...qui executent les syndicalistes en Colombie?...qui sont ceux qui ont le plus de morts sur la conscience? D'ou vient Uribé et sa si "humaniste" famille?

bien beau travail d'inexactitude que ce papier mais au moins on a bien rigolé...

Et contrairement à ce que vous pensez, vous auriez votre place dans tous les médias européens avec de tels propos sonnant aussi faux qu'une note de saxo dans le dernier M Pokora

Écrit par : Alain | 29/04/2008

Les enquêtes judiciaires ont prouvé que les deux tiers au moins des assassinats de syndicalistes en Colombie étaient dus à des règlements de compte entre les FARC et l'ELN, l'autre guérilla d'extrême gauche.
Et tout la propagande distillée par les FARC au travers de leurs agences de presse, largement reprises par l'AFP et de là par la presse francophone, va dans le même sens. La cellule Amérique Latine du quai d'Orsay a été complètement phagocytée par la famille Betancourt, au point que c'en est scandaleux quand on commence à dilapider l'argent du contribuable, tout en sucrant les budgets de la coopération culturelle avec la Colombie... Quand aux comités Betancourt, ils sont investis de l'intérieur par les membres et sympathisants des FARC exilés en Europe.
On est là devant la plus fabuleuse entreprise de désinformation - réussie - depuis la chute du Mur de Berlin.

Écrit par : Philippe Souaille | 29/04/2008

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