29/04/2008

La main brune et la démocratie

Il y a en gros trois manières de faire de la politique: 

 

1)      Le lobbysime, lorsqu'on défend plus ou moins ouvertement les intérêts spécifiques d'une catégorie de personnes (ou même d'une classe sociale);

 

2)      Le populisme lorsqu'on colle au plus près de certaines aspirations exprimées par le peuple sans trop prendre en charge les vrais problèmes de fond;

 

3)      Le civisme, lorsqu'on prend en charge les problèmes collectifs en tentant d'y apporter des solutions optimales pour le plus grand nombre.

 

Tous les partis prétendront évidemment incarner la bonne façon, la plus civique, hormis peut-être l'UDC et son président genevois en particulier, qui reconnaît ouvertement que c'est la 2ème manière qui la motive. Dans sa logique, c'est en effet le plus sûr moyen de gagner des voix et donc de parvenir au pouvoir. Pour ensuite y faire quoi? C'est là que le bât blesse. On l'a bien vu avec M. Blocher au Conseil Fédéral qui durant 4 ans n'a pas fait ce pourquoi il était payé, à savoir améliorer au quotidien la sécurité dans le pays. En dehors de l'appui apporté à son parti et à ses thèses, ses seuls efforts concrets ont porté sur la réduction des coûts de son département. A se demander si le sentiment croissant d'insécurité ne l'arrangeait pas.

La démocratie directe pure et dure, style landsgemeinde, dans laquelle tout le monde donne son avis sur tout, peut fonctionner dans une petite structure villageoise où tout le monde possède une connaissance pratique des problèmes. Mais plus la société grandit et se ramifie, plus les décisions à prendre deviennent nombreuses et complexes et plus il devient pertinent de déléguer cette prise de décision à des personnes compétentes, élues ou choisies pour cela. C'est aussi pour cela que l'on a inventé les tribunaux, par exemple, avec des juges et des avocats, dont c'est le métier plutôt que de se contenter de la loi de lynch…

Le peuple se contente alors de trancher des grands principes, à intervalles plus ou moins fréquents. tous les 3 mois chez nous, tous les 4 ans en France. Mais il ne peut pas passer son temps à trancher. A titre d'exenple, la Ville de Genève examine 1500 dossiers de naturalisation par année. Imagine-t-on les Genevois éplucher, tous les 3 mois, une liste de près de 400 noms ?

Il est facile de prétendre faire appel au peuple pour tout et n'importe quoi. De voire dans la maturation lente et discrète de solutions qui soient les meilleures possibles, un travail d'expert coupés du peuple… C'est parfois le cas. Mais ce qui est certain, c'est qu'à chaque fois que le pouvoir a été détenu par des forces qui prétendaient coller au premier degré aux aspirations du peuple, qu'elles soient de gauche ou de droite, le résultat a été catastrophique.

Parce que les désirs immédiats du peuple ne sont que très rarement des solutions pertinentes à terme et que le plus souvent, les dirigeants démagogues endorment le peuple en déviant sa colère et ses frustrations sur de faux problèmes, en accaparant pour eux tous les ressorts du pouvoir et de  l'argent. Ce qui semble fort être le cas de l'UDC.

Faut-il rappeler que l'un des plus fidèles soutiens et amis de M. Blocher n'est autre que M. Ospel ? A-t-on entendu une fois l'UDC s'exprimer clairement sur le problème des sub-prime ou sur la responsabilité des très grands patrons, dont la gestion erratique va nous coûter à tous quelques points de retraite ? Non pas une fois. Il est électoralement beaucoup  plus facile et payant de s'en prendre une fois encore au bouc émissaire, l'étranger dont les mains, de couleur évidemment foncée, tentent de s'emparer de nos passeports… Sauf que franchement, sur notre vie quotidienne, le fait que l'on puisse voter ou non sur les naturalisations, cela changera des clopinettes. Contrairement à la crise des subprime dont on est bien loin d'avoir vu l'intégralité des retombées.

Accessoirement, faire voter le peuple, en connaissance de cause, sur des dossiers de naturalisation, cela lui donnerait parfois à connaître des détails de la vie privée des gens qui ne regardent certainement pas l'ensemble du voisinage. J'y reviendrai.

Commentaires

Sachant que les ordres et missions des polices cantonales, viennent de leur ministre cantonal, je me permet de vous répondre à votre phrase:
"On l'a bien vu avec M. Blocher au Conseil Fédéral qui durant 4 ans n'a pas fait ce pourquoi il était payé, à savoir améliorer au quotidien la sécurité dans le pays."...ceci.

Ce n'est pas 1 Blocher au Conseil Fédéral qu'il fallait, mais 26 Blocher, dans les Départements Cantonaux de Justice et Police.
Pour autant que le but recherché est celui de la sécurité.


"Imagine-t-on les Genevois éplucher, tous les 3 mois, une liste de près de 400 noms ?"
L'initiative du 01.06.2008, ne vise pas à installer les naturalisations par les urnes dans tous les cantons, y compris ceux qui n'ont jamais pratiqué cela, auparavant.


"dont la gestion erratique va nous coûter à tous quelques points de retraite ?"
Vous décrivez la manière française, concernant la retraite, ce qui n'a pas cours en Suisse.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 29/04/2008

Un certain nombre de taches fédérales lui incombaient en la matière, par exemple la lutte contre la pédophilie sur internet, qu'il a fait traîner, sans compter qu'il existe des mesures d'harmonisation intercantonales qu'il aurait pu impulser. D'ailleurs, s'il avait fait son boulot, il serait encore là.

Si la naturalisation par les urnes n'est pas pertinente dans les grandes communes, là où il y a beaucoup de monde à naturaliser (et des gens spécialisés pour étudier les dossiers) en quoi pourrait-elle être utile (même du point de vue de l'UDC, c'est à dire pour réduire le nombre de naturalisés) si elle n'est appliquée que dans les petites communes où l'on naturalise fort peu ? Sans compter que c'est souvent là que les risques d'abus pour des questions d'antipathie personnelle, sans lien avec l'utilité de la naturalisation.

Pour les points de retraite, vous avez parfaitement raison. Je me suis fait la remarque en l'écrivant. Mais vous avez compris non ? En général en Suisse Romande, nous sommes parfaitement bilingues de ce point de vue... Il se trouve que j'essaie d'être court et synthétique dans mon blog...
Mais si vous préférez : "Les errements de gestion de quelques leaders surpayés de la finance vont vraisemblablement nous coûter quelques pourcents d'intérêts sur nos futures pensions de retraite, notamment sur le 2ème pilier", je veux bien m'y plier, me sentant assez double national sur le fond...
Accessoirement la manière française de calculer les points de retraite, dite par répartition, qui a pas mal de défauts, sera cependant bien moins affectée que la notre - dite par capitalisation - par la crise économique des sub-prime.

Écrit par : Philippe Souaille | 29/04/2008

Un lapsus qui en dit long!

"Un certain nombre de taches fédérales..." pour "Un certain nombre de tâches fédérales... " en est un qui m'amuse beaucoup, bien qu'il puisse faire "tache" dans la politique fédérale!



Ou, comme pour un certain "Géo", il ne s'agit peut-être que d'une erreur technique: l'effet "Vista"!

Écrit par : Père Siffleur | 29/04/2008

Ce qui vous semble être impossible à comprendre, c'est le fait que les citoyens de 9 cantons suisses, se sentent floués, qu'ils se disent que le Tribunal Fédéral, leur a volé, eh oui, volé, une manière de vivre, bien à eux.
L'initiative, en soi, demande seulement un retour en arrière, ces 9 cantons, ne sont pas contents ( et je les comprends ), de s'être fait volés une de leur tradition.

Par contre, vous ne répondez pas sur 1 contre 26...Blocher...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 30/04/2008

M Dumitrescu,
si je vous comprends bien, mais votre pensée n'est pas limpide, vous sous-entendez que le Conseiller Fédéral Blocher n'a pas obtenu les résultats attendus parce qu'il avait contre lui les responsables sécurités de 26 cantons ? C'est faux bien entendu; la réalité est que M. Blocher ne s'intéressait pas vraiment au coeur de ce qui était son métier. Il ne s'en est d'ailleurs jamais caché et n'avait qu'un désir: changer de département.
Votre point de vue est néanmoins intéressant car il contredit votre premier paragraphe. Soit il est bon qu'il y ait en Suisse des particularismes cantonaux, soit c'est néfaste. L'UDC est effectivement connue pour son efficacité centralisatrice. On le voit bien en ce moement avec la volonté de normalisation des cantons rebelles dans l'affaire Widmer-Schlumpf. C'est d'ailleurs bien pourquoi je me méfie énormément de ses initiatives qui soi-disant ne s'appliqueraient pas partout ??? Mais surtout, lorsque ça l'arrange, elle se montre soudainement fédéraliste ?
Il se trouve qu'il y a des lois. J'approuve entièrement le fait pour ma part, qu'il y ait des lois mondiales, des lois nationales, des lois régionales (ou cantonales) et même des lois communales (même si à l'échelle communale, on les appelle autrement). Il faut juste bien savoir ce qui doit être géré à quel niveau. Cela s'appelle la subsidiairé et nous les Suisses sommes particulièrement doués dans ce domaine.
Le Tribunal Fédéral a estimé que les neufs cantons dont vous parlez devaient changer l'une de leur coutume, parce qu'elle est contraire aux droits de l'homme. Je suis pour le respect des particularismes locaux, mais dans une certaine limite seulement, car il y a des intérêts supérieurs. Je pense qu'une bonne loi mondiale devrait aujourd'hui interdire l'excision partout dans le monde par exemple. Or c'est une loi locale très ancienne, pré-islamique, dans de nombreux pays. Mais elle est conraire aux droits des femmes. Toute proportion gardée, c'est un peu la même chose.

Écrit par : Philippe Souaille | 30/04/2008

Vu que vous êtes français d'origine, vous devriez encore mieux comprendre une notion comme celles de "Police Nationale", "Education Nationale", "Défense Nationale".

Chez nous, en Suisse, TOUT est cantonal.

Aucune harmonisation.
Un exemple ?
Roumanie. Police.
Une voiture, pour tout le pays. Dacia Logan.
Un uniforme, pour tout le pays. Facilement reconnaissable. Une seule et même Université, pour devenir professeur. Même conditions d'apprentissage de ce dur métier. Les vacances scolaires pour tous et en même temps.

Avantages pour la Police ?
Un coût moindre, vu les rabais de flotte.
Un coût moindre, vu les quantités d'uniformes.

Uniformisation et particularismes.
C'est bien parce que le peuple suisse ne veut pas de l'uniformisation, généralisation, mondialisation, qu'ils ont refusés l'adhésion à l'UE.
Pourtant, le Conseil Fédéral, impose une autre manière d'y arriver quand même.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 30/04/2008

C'est bien ce que je dis: le Parti de M. Blocher est le plus centralisateur, normalisateur, nationaliste et uniformisateur qui soit jamais né dans la paysage politique helvétique.
Oserais-je vous rappeler que sur les affiches des dernières élections au Conseil National, on ne voyait quasiment jamais la bouille des canddiats locaux ? Juste celle du chef national...

Écrit par : Philippe Souaille | 30/04/2008

Touché-coulé..."Juste celle du chef national..." "Soutenez Blocher - Votez UDC"...
en lieu et place duquel, on nous a trouvé la sosie d'Edith Piaf, la schtroumpfette d'outre Sarine, ( la traduction de Schlumpf, donne en effet, en français schtroumpf )...( juste pour compléter la liste des diverses notions, vous oubliez "patriotistes"...)

Cela étant posé, est une bonne ou une mauvaise chose ?...le SVP-UDC...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 30/04/2008

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