30/04/2008

La gauche en panne sèche

Face aux enjeux cruels de notre monde actuel, la gauche reste sans voix. Elle n'a rien à proposer. Tente de préserver ses rentes de situation, alors que la Terre tremble sous ses pieds. Elle livre un combat d'arrière garde, ne voit rien venir et ne peut aboutir qu'à un constat d'échec. Ce n'est pas étonnant, vu qu'elle n'a plus les bonnes clés d'analyse et de compréhension. Elle s'est laissée enfermer dans des schémas dépassés, déconnectés de la réalité.

Comprendre le monde tel qu'il est, comment il fonctionne, c'était la grande force de Marx au XIXème siècle. Mais la planète a continué de tourner depuis, et le monde a changé, tandis que la pensée socialiste est restée figée.

L'analyse d'un député socialiste dans son blog voisin est exemplaire à cet égard: il dépeint assez justement une situation relativement évidente: à savoir qu'il y a une différence entre le centre-droit représenté à Genève par l'Entente, et la droite extrême, pour le contrôle de laquelle se déchirent l'UDC et le MCG. Il compte là-dessus pour espérer limiter le lent mais constant recul de la gauche tant au niveau cantonal que, c'est plus récent, en Ville de Genève. Mais il ne propose rien. N'émet aucune suggestion pour tenter d'arrêter l'hémorragie qui fait que de plus en plus de citoyens, dans les couches populaires, rejoignent l'extrême-droite et font défection à la gauche. 

Il se contente de rassurer ses troupes: tout espoir n'est pas perdu, l'Union sacrée, du centre à l'extrême-droite n'est pas encore faite. Ce qui a marché pour Zappelli risque de ne pas fonctionner pour le Conseil d'Etat…  De fait, en se ralliant à la candidature Zappelli, l'UDC a prouvé la force d'une telle union. Qui ne peut toutefois s'exprimer pleinement que si le candidat à élire est un candidat modéré, comme l'était Zappelli.

Celui-ci n'a par exemple jamais fait mystère du fait qu'il n'entendait pas se départir d'une certaine mansuétude humaniste à l'égard des travailleuses domestiques sans papiers. Car elles ne sont pas dangereuses pour notre sécurité et sont aussi des victimes. Un candidat UDC pur et dur à sa place, même soutenu officiellement par l'Entente, n'aurait certainement pas été élu. Parce que les voix des citoyens n'appartiennent pas aux partis.

Si les citoyens étaient mariés avec un parti, la gauche ne craindrait rien.  Mais l'une des forces de la démocratie réside dans la concurrence perpétuelle qu'assure le multipartisme. Multi, cela ne veut pas dire deux. Les systèmes bipartisans, dans lesquels les familles sont démocrates ou républicaines de génération en génération (ou "de gauche" ou "de droite") sont des systèmes figés, qui sont autant de rentes de situation pour les politiciens. La droite dure espère instaurer ce type de fonctionnement en Suisse en croyant en profiter pour placer ensuite ses hommes au pouvoir. La gauche a d'abord joué au même jeu, puis, se rendant compte qu'elle y perd, à Genève en tout cas, elle tente d'inverser la machine et de revenir à une formule plus consensuelle.

Tout cela n'est que stratégie de bas étage. Les problèmes à terme de nos sociétés sont gravissimes. Vitaux. Nous avons encore les moyens de sortir la planète et l'humanité du cul de sac dans lequel elle est en train de s'enferrer. Un de ces culs-de-sac de l'évolution qui condamne les espèces et qui a déjà fait disparaître de multiples formes de vie avant nous. Et sans doute après nous. Cela parait grandiloquent, mais c'est la réalité et ce n'est certainement pas en jouant petits bras, à l'échelle de notre petite Suisse que nous nous en sortirons. Même s'il importe de faire ce qui convient à tous les échelons.

La gauche, pas plus que la droite extrême, n'a aucune solution au problème. Parce que leurs grilles de lecture du monde sont obsolètes. Il n'est qu'à voir les errements de Jean Ziegler, qui s'obstine à s'en prendre à l'OMC ou aux cultures d'exportations africaines. Alors qu'elles sont une partie de la solution. Idem des fadaises genre Ras-la fraise, qui ne servent que les intérêts d'un lobby protectionniste.

Le débat en Grande-Bretagne est nettement plus avancé que chez nous. Les producteurs kenyans de haricot y font remarquer qu'ils rejettent bien moins de CO2 que leurs concurrents européens. Car ils font tout à la main, sans tracteur ni machine, et utilisent du compost produit sur place plutôt que des fertilisants biologiques extérieurs. Et ce même en incluant le transport aérien dans le calcul. Le transport des fruits et légumes venus d'Afrique représente moins de 0,1% des émissions de gaz à effets de serre britanniques. Mais ils permettent à des millions de petits producteurs et de travailleurs africains d'avoir un revenu… Seulement il est beaucoup plus facile de désigner un bouc émissaire étranger, que d'essayer de relever les défis intérieurs. C'est du populisme pur et simple, pour ne pas dire du fascisme.

C'est évidement la même chose pour la Suisse.  Je me réjouis d'en parler avec René Longet, dimanche à 16h au Salon du Livre, dans le cadre du Village alternatif. De cela et des conséquences que cette attitude entraîne sur la santé du monde.

Ah au fait, ce mois, pile un an après la création de ce blog, j'ai dépassé les 6000 lecteurs mensuels. Sans pub en dehors du téléphone arabe. Merci à vous tous et toutes.

Commentaires

5300 caractères et je ne vois pas plus d'idées de votre côté. Mise à part la politique politicienne et l'éternelle rengaine selon laquelle les experts les plus compétents se trompent sur les solutions à apporter aux problèmes de notre temps.

Otez-moi un doute: les travailleurs kenyans reçoivent un salaire honorable pour leur journée dans les champs ?

Écrit par : Fufus | 30/04/2008

Cher Monsieur, si vous voulez des idées, il faut les acheter, elles sont dans mon livre, l'Utopie Urgente...
Quand aux Kenyans, beaucoup d'entre eux ne touchent pas de salaire parce qu'ils sont petits producteurs. Ils vendent leur production et perçoivent un revenu. Salaire ou revenu, il est généralement très bas. Mais ce n'est certainement pas une raison pour les empêcher de nous vendre leurs produits, car si on ne les leur achète pas, ils n'ont juste plus aucun revenu du tout...
Et l'une des conséquences heureuses (il y en a) de la crise actuelle, c'est qu'elle va faire monter les prix, donc qu'elle va permettre enfin d'augmenter leurs revenus.
Quant aux experts, il y en a des compétents et des carrément nuls. Et ceux qui sont à gauche ont malheureusement tendance à observer le monde et le terrain de leurs recherches avec des oeillères idéologiques doublées d'un ethgnocentrisme affligeant.
Tel cet économiste universitaire français bardé de diplômes qui estimait que la spéculation n'était pas un facteur important de la hausse des prix alimentaires: "Parce que le riz est ce qui la plus grimpé, alors qu'il n'y a pas de marché du riz". A Chicago, effectivement, il n'y en a pas, mais en Asie, si. Et le prix du riz a grimpé de 30% en 12 heures...

Écrit par : Philippe Souaille | 01/05/2008

Alleluja. Et amen, aussi :-)

Le problème est qu'un écrivant ce texte, vous serez accusé de trahir la Gauche et de servir les intérêts du Grand Méchant Capital, contre ceux du Pauvre Peuple Défavorisé.

Mais merci de l'avoir tout de même écrit.

Écrit par : vinnie2k | 01/05/2008

Ca ne vous étonnera pas : je pense presque exactement l'inverse.

Vous ne proposez aucune solution à part continuer le désastre actuel en pire. Quelle logique y-a-t-il (à part purement financière) à faire produire à des milliers de kilomètres la nourriture que l'on consomme (et c'est valable dans les deux sens)? On sait que le pétrole va venir à manquer. D'ici 10 ans le prix du baril sera peut-être bien 2 à 3 fois plus cher qu'aujourd'hui. Alors quel intérêt à poursuivre dans la logique de transport continuel des marchandises à tout prix?

Nous devons encourager les paysans du monde entier par des aides financières et soutiens technologiques à produire de la nourriture pour nourrir leurs populations. Tout comme nous devons aider nos paysans européens à produire pour les populations européennes. C'est le bon sens même, à l'heure où les coûts du transport augmentent massivement, il est complètement stupide, voire criminel de faire dépendre le revenu de certains et la nourriture d'autres sur le prix du transport. Il faut réduire les distances partout où c'est possible! Et utiliser des transports non-pétrodépendants pour ces distances.

Et ce n'est pas être de gauche ou de droite que de penser cela, c'est juste une question de logique, de bon sens.

Quant à la production durable des agriculteurs kenyans que vous citez, bien sûr que c'est le modèle à suivre. Mais leur production doit aller EN PRIORITE aux populations locales. Qu'ils exportent quelques surplus s'ils en ont, mais la nourriture produite au Kenya doit d'abord aller aux kenyans (et pays voisins), et ne devrait pas finir dans les assiettes européennes, puisque nous avons ici d'excellents haricots.

Écrit par : Sandro Minimo | 04/05/2008

Les commentaires sont fermés.