30/04/2008

La gauche en panne sèche

Face aux enjeux cruels de notre monde actuel, la gauche reste sans voix. Elle n'a rien à proposer. Tente de préserver ses rentes de situation, alors que la Terre tremble sous ses pieds. Elle livre un combat d'arrière garde, ne voit rien venir et ne peut aboutir qu'à un constat d'échec. Ce n'est pas étonnant, vu qu'elle n'a plus les bonnes clés d'analyse et de compréhension. Elle s'est laissée enfermer dans des schémas dépassés, déconnectés de la réalité.

Comprendre le monde tel qu'il est, comment il fonctionne, c'était la grande force de Marx au XIXème siècle. Mais la planète a continué de tourner depuis, et le monde a changé, tandis que la pensée socialiste est restée figée.

L'analyse d'un député socialiste dans son blog voisin est exemplaire à cet égard: il dépeint assez justement une situation relativement évidente: à savoir qu'il y a une différence entre le centre-droit représenté à Genève par l'Entente, et la droite extrême, pour le contrôle de laquelle se déchirent l'UDC et le MCG. Il compte là-dessus pour espérer limiter le lent mais constant recul de la gauche tant au niveau cantonal que, c'est plus récent, en Ville de Genève. Mais il ne propose rien. N'émet aucune suggestion pour tenter d'arrêter l'hémorragie qui fait que de plus en plus de citoyens, dans les couches populaires, rejoignent l'extrême-droite et font défection à la gauche. 

Il se contente de rassurer ses troupes: tout espoir n'est pas perdu, l'Union sacrée, du centre à l'extrême-droite n'est pas encore faite. Ce qui a marché pour Zappelli risque de ne pas fonctionner pour le Conseil d'Etat…  De fait, en se ralliant à la candidature Zappelli, l'UDC a prouvé la force d'une telle union. Qui ne peut toutefois s'exprimer pleinement que si le candidat à élire est un candidat modéré, comme l'était Zappelli.

Celui-ci n'a par exemple jamais fait mystère du fait qu'il n'entendait pas se départir d'une certaine mansuétude humaniste à l'égard des travailleuses domestiques sans papiers. Car elles ne sont pas dangereuses pour notre sécurité et sont aussi des victimes. Un candidat UDC pur et dur à sa place, même soutenu officiellement par l'Entente, n'aurait certainement pas été élu. Parce que les voix des citoyens n'appartiennent pas aux partis.

Si les citoyens étaient mariés avec un parti, la gauche ne craindrait rien.  Mais l'une des forces de la démocratie réside dans la concurrence perpétuelle qu'assure le multipartisme. Multi, cela ne veut pas dire deux. Les systèmes bipartisans, dans lesquels les familles sont démocrates ou républicaines de génération en génération (ou "de gauche" ou "de droite") sont des systèmes figés, qui sont autant de rentes de situation pour les politiciens. La droite dure espère instaurer ce type de fonctionnement en Suisse en croyant en profiter pour placer ensuite ses hommes au pouvoir. La gauche a d'abord joué au même jeu, puis, se rendant compte qu'elle y perd, à Genève en tout cas, elle tente d'inverser la machine et de revenir à une formule plus consensuelle.

Tout cela n'est que stratégie de bas étage. Les problèmes à terme de nos sociétés sont gravissimes. Vitaux. Nous avons encore les moyens de sortir la planète et l'humanité du cul de sac dans lequel elle est en train de s'enferrer. Un de ces culs-de-sac de l'évolution qui condamne les espèces et qui a déjà fait disparaître de multiples formes de vie avant nous. Et sans doute après nous. Cela parait grandiloquent, mais c'est la réalité et ce n'est certainement pas en jouant petits bras, à l'échelle de notre petite Suisse que nous nous en sortirons. Même s'il importe de faire ce qui convient à tous les échelons.

La gauche, pas plus que la droite extrême, n'a aucune solution au problème. Parce que leurs grilles de lecture du monde sont obsolètes. Il n'est qu'à voir les errements de Jean Ziegler, qui s'obstine à s'en prendre à l'OMC ou aux cultures d'exportations africaines. Alors qu'elles sont une partie de la solution. Idem des fadaises genre Ras-la fraise, qui ne servent que les intérêts d'un lobby protectionniste.

Le débat en Grande-Bretagne est nettement plus avancé que chez nous. Les producteurs kenyans de haricot y font remarquer qu'ils rejettent bien moins de CO2 que leurs concurrents européens. Car ils font tout à la main, sans tracteur ni machine, et utilisent du compost produit sur place plutôt que des fertilisants biologiques extérieurs. Et ce même en incluant le transport aérien dans le calcul. Le transport des fruits et légumes venus d'Afrique représente moins de 0,1% des émissions de gaz à effets de serre britanniques. Mais ils permettent à des millions de petits producteurs et de travailleurs africains d'avoir un revenu… Seulement il est beaucoup plus facile de désigner un bouc émissaire étranger, que d'essayer de relever les défis intérieurs. C'est du populisme pur et simple, pour ne pas dire du fascisme.

C'est évidement la même chose pour la Suisse.  Je me réjouis d'en parler avec René Longet, dimanche à 16h au Salon du Livre, dans le cadre du Village alternatif. De cela et des conséquences que cette attitude entraîne sur la santé du monde.

Ah au fait, ce mois, pile un an après la création de ce blog, j'ai dépassé les 6000 lecteurs mensuels. Sans pub en dehors du téléphone arabe. Merci à vous tous et toutes.

29/04/2008

La main brune et la démocratie

Il y a en gros trois manières de faire de la politique: 

 

1)      Le lobbysime, lorsqu'on défend plus ou moins ouvertement les intérêts spécifiques d'une catégorie de personnes (ou même d'une classe sociale);

 

2)      Le populisme lorsqu'on colle au plus près de certaines aspirations exprimées par le peuple sans trop prendre en charge les vrais problèmes de fond;

 

3)      Le civisme, lorsqu'on prend en charge les problèmes collectifs en tentant d'y apporter des solutions optimales pour le plus grand nombre.

 

Tous les partis prétendront évidemment incarner la bonne façon, la plus civique, hormis peut-être l'UDC et son président genevois en particulier, qui reconnaît ouvertement que c'est la 2ème manière qui la motive. Dans sa logique, c'est en effet le plus sûr moyen de gagner des voix et donc de parvenir au pouvoir. Pour ensuite y faire quoi? C'est là que le bât blesse. On l'a bien vu avec M. Blocher au Conseil Fédéral qui durant 4 ans n'a pas fait ce pourquoi il était payé, à savoir améliorer au quotidien la sécurité dans le pays. En dehors de l'appui apporté à son parti et à ses thèses, ses seuls efforts concrets ont porté sur la réduction des coûts de son département. A se demander si le sentiment croissant d'insécurité ne l'arrangeait pas.

La démocratie directe pure et dure, style landsgemeinde, dans laquelle tout le monde donne son avis sur tout, peut fonctionner dans une petite structure villageoise où tout le monde possède une connaissance pratique des problèmes. Mais plus la société grandit et se ramifie, plus les décisions à prendre deviennent nombreuses et complexes et plus il devient pertinent de déléguer cette prise de décision à des personnes compétentes, élues ou choisies pour cela. C'est aussi pour cela que l'on a inventé les tribunaux, par exemple, avec des juges et des avocats, dont c'est le métier plutôt que de se contenter de la loi de lynch…

Le peuple se contente alors de trancher des grands principes, à intervalles plus ou moins fréquents. tous les 3 mois chez nous, tous les 4 ans en France. Mais il ne peut pas passer son temps à trancher. A titre d'exenple, la Ville de Genève examine 1500 dossiers de naturalisation par année. Imagine-t-on les Genevois éplucher, tous les 3 mois, une liste de près de 400 noms ?

Il est facile de prétendre faire appel au peuple pour tout et n'importe quoi. De voire dans la maturation lente et discrète de solutions qui soient les meilleures possibles, un travail d'expert coupés du peuple… C'est parfois le cas. Mais ce qui est certain, c'est qu'à chaque fois que le pouvoir a été détenu par des forces qui prétendaient coller au premier degré aux aspirations du peuple, qu'elles soient de gauche ou de droite, le résultat a été catastrophique.

Parce que les désirs immédiats du peuple ne sont que très rarement des solutions pertinentes à terme et que le plus souvent, les dirigeants démagogues endorment le peuple en déviant sa colère et ses frustrations sur de faux problèmes, en accaparant pour eux tous les ressorts du pouvoir et de  l'argent. Ce qui semble fort être le cas de l'UDC.

Faut-il rappeler que l'un des plus fidèles soutiens et amis de M. Blocher n'est autre que M. Ospel ? A-t-on entendu une fois l'UDC s'exprimer clairement sur le problème des sub-prime ou sur la responsabilité des très grands patrons, dont la gestion erratique va nous coûter à tous quelques points de retraite ? Non pas une fois. Il est électoralement beaucoup  plus facile et payant de s'en prendre une fois encore au bouc émissaire, l'étranger dont les mains, de couleur évidemment foncée, tentent de s'emparer de nos passeports… Sauf que franchement, sur notre vie quotidienne, le fait que l'on puisse voter ou non sur les naturalisations, cela changera des clopinettes. Contrairement à la crise des subprime dont on est bien loin d'avoir vu l'intégralité des retombées.

Accessoirement, faire voter le peuple, en connaissance de cause, sur des dossiers de naturalisation, cela lui donnerait parfois à connaître des détails de la vie privée des gens qui ne regardent certainement pas l'ensemble du voisinage. J'y reviendrai.

28/04/2008

OMC : l'UDC a tout faux

Les réactions de mauvais joueur de l'UDC, après l'éviction de son leader du Conseil Fédéral la font agir en dépit du bon sens. Sa tentative de mise à ban de Mme Widmer-Schlumpf n'est approuvée que par 12 % des Suisses… et sa désastreuse alliance avec l'extrême gauche pour attaquer l'OMC à Genève n'a pas fini de faire des vagues.
Faut-il rappeler que peu avant son éviction, Christoph Blocher se définissait personnellement comme un fidèle soutien de la présence de l'OMC dans notre ville? C'était bien sûr avant d'entrer dans l'opposition systématique à… tout !
De l'aveu même d'un conseiller municipal UDC, c'est le sentiment que la population tient à ses parcs et qu'il y avait là un os à ronger, qui les a motivés. Ils n'ont pas voulu abandonner ce terrain à Pagani. Sauf que Pagani s'est fourvoyé, et l'UDC avec lui. D'abord, l'extension de l'OMC ne sera pas implantée sur des parcs publics, mais sur de l'espace actuellement intégralement dévolu à du parking. Et l'accès au lac ne sera en rien condamné.
Ensuite, comme le suggérait une avocate et conseillère municipale libérale lors d'un dîner samedi soir, Me Magnin pour rendre à César ce qui lui appartient, nous avons voulu en savoir plus sur les servitudes grevant les parcelles concernées. L'excellent Simon Brandt, chef du groupe radical au Conseil Muncipal a ainsi découvert que la servitude d'inconstructibilité liée au leg de Mme Barton en 1924 était limitée à 40 ans ! Ce qui la rend caduque depuis 1964… Et qui a permis déjà, d'y construire la cafétéria et les annexes de HEI.
Quand à la protection du bâtiment contre d'éventuels engins motorisés piégés,  y compris côté lac, il s'agira de protections au sol, discrètes et de faible hauteur, qui laisseront toute la distance nécessaire à la promenade et à la flânerie dans le Parc… qui accessoirement n'est pas public…
En effet. le parc entre le bâtiment et le Lac ne fait pas partie du domaine Barton, mais de propriétés privés, Rappard et Bloch, acquises pour la construction du BIT. Les responsables de ce dernier en avaient autorisé l'accès au public, dans un premier temps le dimanche et les jours fériés, puis finalement en semaine, mais en spécifiant que ce n'était qu'à bien plaire et que d'éventuels acquéreurs du terrain pouvaient fort bien en fermer l'accès. Ce que l'OMC n'a pas fait. Mais pourrait faire. L'OMC ou son successeur si jamais elle devait finir par s'en aller… Ce qu'elle ne souhaite pas, mais ne peut être écarté, car Genève reste une ville chère et 152 pays décident, qui sont loin d'être tous riches…
Enfin, dans l'accord de siège signé en 1995 par le Président de la Confédération Kaspar Villiger, il est spécifié que l'OMC jouissant du principe d'extraterritorialité n'a pas à se soumettre aux lois suisses pour ce qui se déroule à l'intérieur de son périmètre. Sauf bien sûr pour les crimes de droit commun. Toutefois cela englobe clairement les autorisations de construire, dont elle pourrait sans autre se dispenser, à l'instar du CERN, par exemple…
Autre promesse prévue par l'accord de siège pour 1998, mais qui n'a jamais été réalisée, celle d'un parking supplémentaire de 400 places. Ce en sus des 200 existant actuellement dans le périmètre, qui vont disparaître dans les travaux d'extension et de sécurisation, alors que le nombre d'employés est appelé à augmenter de plus de 50% dans les années à venir.
Alors avant de brandir des lois qui ne sont plus en vigueur, MM de l'UDC, peut-être serait-il utile de chercher à appliquer celles qui le sont. Une remarque encore, la solution retenue pour les parkings, qui consiste à creuser sous les bâtiments, n'est certainement pas la meilleure. Comme je l'avais écrit il y a 4 ans déjà, dans Genève Mobile, l'eau du lac tout proche rend la chose périlleuse et coûteuse. Des solutions alternatives existent, à Sécheron, qui seraient bien plus économiques et plus convenables écologiquement. Evidemment, elles contraindraient les employés de l'OMC à parcourir à pied, matin et soir, quelques centaines de mètres.

Nul doute que cela serait excellent pour leur santé et leur clarté d'esprit. Et puis l'OMC et la Confédération ont en commun d'être des structures de dialogue, de concertation et de consensus. Quelques concessions de part et d'autre devraient permettre de parvenir à un accord fructueux pour tout le monde.

En fin d'après-midi, ces questions ont été à nouveau débattues au Conseil Municipal. Libéraux, radicaux et PDC, l'Entente unie a demandé un renvoi en commission, au vu de ces nouvelles informations, complètement contradictoires avec celles qui avaient motivé la résolution présentée par l'extrême gauche et l'UDC. Solution raisonnable puisqu'elle laissait ainsi le temps à tout le conseil de s'informer sur les vraies données, de visiter les lieux, d'entendre les parties concernées. Solution réellement démocratique et non parodie de démocratie comme la résolution votée à l'arrachée au nom du peuple, mais sur des bases erronées par AGT et l'UDC, suivis par les Verts et le PS.  Hélas, pour des motifs de suceptibilité politicienne, arc-boutée sur un populisme déplacé, cette solution raisonnable fut rejetée par la majorité de gauche renforcée de l'UDC.

 

La Colombie revient de loin, laissons lui le temps d'arriver

 

Lors de son discours télévisé, l'Omniprésident Sarkozy s'est permis de dire qu'il était hors de question de nouer un quelconque dialogue avec les Talibans, qui massacrent des Afghans, trafiquent de l'opium, détruisent des monuments, couvrent les femmes de burkhas et coupent les doigts des fillettes qui veulent aller à l'école... Mais que par contre, il était urgent et essentiel de dialoguer avec les FARC et avec leur soutien officiel Chavez, qui massacrent les Colombiens, trafiquent de la cocaïne, posent des mines partout, assassinent les syndicalistes de la guérilla rivale, rançonnent la population, arrachent les yeux des petits garçons qui parlent trop... et enlèvent une française. Enfin, ils en ont même enlevés plusieurs, mais les deux premiers, un homme et une femme, sont apparemmant morts sans qu'on parle d'eux.

La différence la plus importante entre les deux situations, paradoxalement, c'est qu'en Afghanistan, les dizaines de milliers d'hommes de la coalition menée par l'OTAN sont en train de perdre, et que la population afghane leur est de plus en plus massivement hostile, de même qu'à son Président Hamid Karzaï, un fantoche qui n'a jamais été élu par le peuple, mais choisi par Washington. Tandis qu'en Colombie, la police et l'armées sont en train de gagner leur combat, avec une aide uniquement matérielle des Etats-Unis et que la population colombienne est massivement (à 84 % !) dérrière son Président. Parce que la population colombienne en a ras le bol de la violence et qu'elle perçoit en Uribe, son unique chance d'y échapper.

La deuxième différence, tout aussi essentielle, c'est que les talibans n'ont quasiment aucun relais médiatique à disposition en Europe, alors que les FARC utilisent sans vergogne tous les réseaux de gauche et humanitaire, particulièrement influents dans les médias, pour vendre leurs salades. Pourtant, la Colombie revient de loin. Il y a une quinzaine d'années, on a pu croire que les FARC allaient prendre le pouvoir. Leurs bandes armées sévissaient dans tout le pays, faisant régner la terreur et la désolation. Les forces armées légales leur avaient abandonné la campagne et se terraient retranchées dans leurs garnisons. Les postes de police étaient attaqués régulièrement, leurs occupants massacrés, de même que les propriétaires terriens, petits ou gros, lorsqu'ils n'étaient pas enlevés.

Sur les routes des barrages filtrants permettaient aux FARC d'arrêter tous ceux qui osaient encore circuler. Ou qui y étaient obligés, ou qui n'étaient pas assez riches pour l'avion et l'hélico. Un coup de fil suffisait pour connaître la fortune du passant, les FARC ayant un accès direct aux fichiers du fisc. La rançon, petite ou grosse était établie sur cette base. C'était l'impôt révolutionnaire. En ville, les « gamines » (les gamins des rues), armés et transformés en « sicarios » (tueurs à gages) faisaient règner la terreur, assassinant pour une bouchée de pain ou une ligne de coke. Et les FARC faisaient exploser des bombes dans les boîtes de nuit des quartiers chics. Cette situation d'insécurité absolue a culminé au moment de l'accord de paix qui avait accordé aux FARC un vaste territoirre. En échange, les FARC avaient libéré quelques dizaines de prisonniers, mais parallèlement, elles n'avaient jamais commis autant d'assassinats et d'enlèvements que durant ces soi-disant négociations de paix.

Quelques temps auparavant, des citoyens, des pères et des mères de famille avaient commencé à s'organiser pour s'entraider et résister. Certains ont pris les armes. Et parmi eux, plusieurs ont largement dérapé et exercé une vengeance aussi illégitime et condamnable que celle des FARC. Qui elle-même répondait à des massacres antérieurs.

De ce mouvement, un homme a émergé, qui fut élu en 2002 sur un programme simple: ramener une paix durable, sans concession aux bandes armées, toutes les bandes armées, jusqu'à leur reddition. Les résultats étant au rendez-vous, il fut réélu brillament en 2006.

Sa méthode ?

  1. Assurer la sécurité par la présence de la force publique dans tout le pays et remplacer la violence des bandes rivales par l'Etat de droit. Ce qui implique entre autres de laisser travailler la justice. Qui de plus en plus souvent, condamne les anciens amis du Président, ceux qui ont « dérapé ».

  2. Développer l'économie et redistrbuer les richesses qui en découlent. La Colombie est le seul endroit au monde où la pression fiscale sur les hauts revenus a été multipliée par 3 en 6 ans... sans déclencher d'exode des capitaux, au contraire: ceux-ci reviennent en masse, car le développement du pays, enfin sécurisé, est spectaculaire.

  3. Promouvoir la réconciliation nationale : oubli et pardon pour les crimes perpétrés par les bandes armées, les pires étant soldés par une peine de 8 années de prison, pour autant que les bandes renoncent à la violence et confessent leurs crimes.

Problème, les milices d'auto-défense ont accepté le deal, certaines guérillas également, mais pas les FARC. Du coup, leurs relais médiatiques contestent les peines encourues par les chefs para-militaires, jugées trop clémentes. Ils parlent d'absolution... alors qu'ils jugeaient ces peines trop lourdes pour eux même puisqu'ils les ont refusées. Philosophiquement ils estiment leur combat, leur « guerre de classe » justifiée, tandis qu'ils jugent condamnable la lutte pour la survie de ceux d'en face...

 

De la même manière, les liens entre la politique, y compris le parti d'Uribe et les milices d'auto-défense apparaissent aujourd'hui publiquement, parce que le Gouvernement a fait en sorte que ces choses puissent être jugées. La gauche et les mouvements de défense des droits de l'homme qui lui sont intimement liés crient au scandale, largement relayés pas les médias, avec une parfaite mauvaise foi. Ainsi le Temps a cité le para-militaire qui accusait le Président Uribe d'avoir assisté à la réunion préparatoire d'un massacre... mais on attend toujours la suite, lorsqu'il a reconnu - l'emploi du temps d'Uribe révélant la chose impossible - qu'une ONG lui avait promis plusieurs millions de dollars et un exil au Canada pour le prétendre.

Des ONG qui se présentent comme neutres et qui agissent en réalité comme autant de bras « civils » des FARC, il y en a profusion, en Amérique latine et en Europe. Comme cette mode qui consiste à prétendre que les combattants tués sous l'uniforme des FARC sont en fait de paisibles paysans ou syndicalistes, enlevés par l'armée et à qui ont aurait enfilé un uniforme après les avoir exécutés. Accusations vigoureusement démenties par toutes les analyses criminologiques menées.

 

On parle aujourd'hui beaucoup du scandale de la para-politique qui mouille jusqu'au cousin du Président. Mais en face, les parlementaires de gauche ont souvent les mains tout aussi sales. A commencer par Piedad Cordoba, dont les liens étroits avec Chavez et les FARC ont largement dépassé le mandat de négociation que lui avait octroyé la Présidence de la République. Il est notoire que des élus de gauche, comme quelques hauts-fonctionnaires, ont à certains moments touché de l'argent des FARC et du trafic de drogue. Les politiciens de droite qui sont en prison le sont souvent pour des collusions bien moins importantes que ce que l'on pourrait reprocher à ceetains élus de gauche. Mais les chefs des FARC ne s'étant pas encore rendus, la question n'a encore été que très rarement posée en justice. Cela viendra toutefois, si l'on veut pacifier le pays. La gauche ferait bien d'y songer, à l'heure du grand déballage voulu et protégé par Uribe, au lieu de parler de dictature... Quelle dictature laisse jusger ses proches, se laisse conspuer par une presse libre, laisse l'opposition la plus virulente se faire élire et des représentants de cette même opposition mener officiellement des pourparlers avec des rebelles armés et avec un pays étranger qui finance et soutient ouvertement ces mêmes rebelles armés ? Il serait temps d'arrêter la propagande et de s'en tenir aux faits, c'est à dire aux résultats de la politique menée. 

Aujourd'hui, la question qui se pose en Colombie est simple: l'extrême gauche accepte-t-elle ou non l'idée d'une réconciliation nationale? Dans les règles équitables qui ont été fixées et qui ont permis de sortir de l'apartheid en Afrique du Sud ? Ou bien va-t-elle continuer à les refuser?

A chaque fois que les relais médiatiques des FARC, essentiellements francophones et scandinaves (obnubilés par la libération de celle dont je n'ai pas encore parlé...) leur laissent entrevoir une autre porte de sortie, ils retardent la solution du problème, et augmentent le nombre de décès à venir... Mais ce n'est pas grave, ce sont des Colombiens qui meurent et une Française qu'il faut sortir de là...

Uribe n'est évidemment pas de cet avis et les Colombiens non plus. Ils voient en lui l'homme qui ramènera leur pays dans le rang des nations civilisées, où la violence politique est bannie et les trafics de drogue réprimés. Cela seul compte pour eux actuellement. Et on peut les comprendre.

26/04/2008

Winkelried-Schlumpf et les faux chiffres de l'UDC

Il est toujours assez facile de faire dire ce que l'on veut aux chiffres. Le patron de l'UDC  genevoise compare ainsi le taux de naturalisation des étrangers en Suisse à ce qui se fait en Allemagne et en Italie. Proportionnellement, on naturalise plus en Suisse et il en conclue qu'on naturalise trop. Mais il faut comparer ce qui est comparable: en Italie comme en Allemagne, une bonne partie des étrangers sont des citoyens européens qui n'ont aucune raison de se livrer aux démarches compliquées d'une naturalisation !

Ils ont déjà quasiment les mêmes droits que les nationaux. Ils peuvent voter à l'échelon local et à l'échelon européen et sans doute bientôt à l'échelon national. Ils ont strictement les mêmes droits d'embauche ou d'assurance et surtout, ils peuvent entrer et sortir, quitter et revenir,  comme ils veulent quand ils veulent. De toute manière, leur passeport ne changera pas de couleur.

Quant aux autres immigrés, beaucoup sont en Allemagne des Turcs, et surtout en Italie des africains, qui sont immigrés de passage et n'ont pas forcément vocation à la naturalisation. En vérité les conditions de naturalisation en Suisse restent particulièrement draconiennes. Ce qui n'empêche pas une majorité de la population , surtout en Suisse alémanique, de vouloir apparemment les durcir encore.

Comme disait Brecht, la prochaine cible désignée ce sera les double-nationaux, qui devraient rendre leurs passeports selon les ténors de l'UDC. A Genève, c'est près de la moitié de la population, alors on ne le dit pas trop fort. Mais Jacques Neyrinck et moi-même avons déjà été insultés de la sorte dans ces blogs ces dernières semaines.

Evelyne Winkelried-Schlumpf est donc particulièrement courageuse de partir seule au combat, pour protéger le reste du Conseil Fédéral. Qui à n'en pas douter a pris connaissance des sondages et connait le risque pris. Elle me fait effectivement penser au héros de Sempach qui se sacrifia en ramenant à lui les lances autrichiennes... L'enjeu principal, c'est bien entendu la prolongation et l'extension des bilatérales sur lesquelles nous voterons en une fois, dans quelques mois... Si elles étaient refusées, ce serait un véritable désastre économique pour la Suisse.

D'ici là, soit la naturalisation par les urnes est rejetée, avec Evelyne Winkelried-Schlumpf en figure de proue et c'est le début de la fin pour l'UDC blochérienne, donc tout bénéfice pour les bilatérales... Soit la naturalisation passe et dans ce cas, Evelyne pourrait être amenée à démissionner. Dans l'idée que son sacrifice apaise le peuple séduit par la tendance dure blochérienne... et ainsi lui faire accepter les bilatérales... Machiavélique ? On en a vu d'autres. Mais s'il y en a une dont il faut saluer le courage et l'abnégation, le sens du devoir pour ce qu'elle estime être le bien de la patrie, c'est bien Mme Widmer-Schlumpf. Notre Winkelried moderne, seule aujourd'hui ou presque à se lever contre les outrances du bailli Blocher.

25/04/2008

OMC : à quoi joue l'UDC ?

C'est un mouvement réflexe. A chaque fois qu'elle est en position d'accéder à la respectabilité, l'UDC fait machine arrière toute, et cède à la provocation gratuite. Se coupant ainsi exprès des forces politiques responsables. Cette fois il ne s'agit ni d'affiche, ni de procédure d'exclusion individuelle ou en groupe, mais d'une affaire bien plus grave, qui hypothèque gravement l'avenir économique de Genève.  Je veux parler de la motion anti-OMC présentée par l'extrême gauche au Conseil Municipal et que l'UDC est seule à soutenir.

Rappelons les faits: l'OMC emploie à Genève 800 personnes dont une grande majorité d'économistes et de juristes, et d'ici 15 ans, devra en employer le double. 150 missions spécifiques y sont accréditées et nombre d'ONG en dépendent. Cela représente donc dès à présent plus de 2000 (gros) salaires mensuels intégralement payés par des gouvernements étrangers (ou des ONG) qui sont dépensés à Genève. Soit quelques 200 millions annuellement injectés dans l'économie genevoise, sans compter les nombreuses conférences et les marchés divers de fournitures et de services passés avec les entreprises locales.

Ce pour l'OMC en tant que telle. Mais à l'heure où l'ONU songe sérieusement à réduire ses activités à Genève et où plusieurs de ses organismes délocalisent leurs activités à Budapest, ou en Asie, la présence de l'OMC – qui ne fait pas partie du système onusien - est un atout maître. Si l'OMC devait partir, d'autres suivraient. Et rappelons-le, l'ensemble de la fonction internationale, c'est 5 à 7 milliards d'apports annuels à notre économie.

L'économie genevoise repose sur 3 piliers: les banques, les montres et les Organisations internationales. Si les banques privées genevoises vont dans l'ensemble mieux que l'UBS et le Crédit Suisse, il est certain que les impôts qu'elles règleront fin 2008 et sans doute jusqu'en 2009 seront nettement moins élevés que ceux de 2007. Ce, même si l'on ne s'enfonce pas dans une crise vraiment catastrophique, ce que personne n'oserait écarter aujourd'hui. Et si les banques vont moins bien, les montres de luxe aussi, forcément. Ce n'est donc certainement pas le moment de fragiliser le 3ème pilier.

 

Des PME pourraient fermer si l'OMC part

Pour qui vont voter les petits patrons  qui devront fermer boutique (et leurs employés) si cette clientèle de choix s'évapore ? Or l'OMC, remplie à ras bord de diplomates (qui travaillent jusque dans les caves insalubres faute de place !), se garde bien de le dire, pour ne pas envenimer les choses, mais la vérité, c'est que s'il n'y a pas d'extension de ses bâtiments, elle devra partir.

Cela fait quatre ans qu'architectes et responsables – cantonaux et fédéraux - planchent sur la question, en examinant toutes les solutions. Une extension sur un terrain éloigné séparerait l'organisation en deux, ce qui n'est pas souhaitable. L'efficacité (et l'écologie, si l'on veut éviter les navettes inutiles) en pâtirait par trop. Tout regrouper dans un nouveau bâtiment coûterait trop cher (le triple du projet actuel, payé par nos impôts en fonction de l'accord de siège passé en 1995) et prendrait trop de temps.

Reste la solution retenue, soit l'agrandissement et la sécurisation des locaux actuels. Qui empiètera, c'est vrai, sur le domaine public du Parc Barton. Mais très peu. Il est totalement faux de prétendre que l'accès au lac sera coupé. C'est purement et simplement un mensonge et M. Pagani le sait très bien.

Il y a plus de 80 mètres de gazon et d'allées entre le mur extérieur de l'OMC et le quai. Or la zone sécurisée, donc interdite au public, ne dépassera pas une dizaine de mètres de large. Soit les abords immédiats du bâtiment. Les sécuriser est un impératif, si l'on veut éviter qu'un jour, en cas d'attentat par exemple, des victimes innocentes comme des enfants qui joueraient là ne soient pris dans l'explosion. Nier ce risque ou faire comme s'il n'existait pas, c'est à la fois inconscient et criminel.

On peut le comprendre la part d'une extrême gauche nostalgique du Grand Soir, c'est hallucinant de la part de l'UDC. Mais on peut encore espérer qu'il s'agit d'une erreur des conseillers municipaux, qui se sont laissés embobiner par Pagani et son équipe. On assiste en effet en ce moment à une surenchère nationaliste et protectionniste entre l'extrême gauche et l'extrême droite. L'opinion de M. Tettamonti, ce jour dans la Tribune, est à cet égard édifiante. Personne ne veut laisser le terrain de l'insatisfaction populaire à l'autre. Sauf que les couches populaires font fausse route et les apprentis leaders qui tentent de profiter de leur désarroi sont soit aveugles, soit d'une rare hypocrisie.

Notre monde est global. Il affronte aujourd'hui des problèmes globaux. C'est un fait, on ne peut plus le changer. Qu'il s'agisse du réchauffement, des crises énergétiques, alimentaires ou financières, ou des délocalisations, on ne les règlera pas en redressant les frontières tout au contraire.  Et ce tout particulièrement à Genève.

Le "c'était mieux avant" est une rare stupidité, en matière sociale notamment. Pour mémoire, les conditions de vie, de travail et de salaire des ouvriers des grands barrages de Mattmarck, en Valais par exemple, dans les années 60, étaient assez proches de ce que l'on trouve aujourd'hui sur les grands chantiers… en Chine.

 C'est en prenant les affaires du monde en mains tous ensemble que l'on parviendra à les régler. Il se trouve que nous avons la chance immense que ce soit en bonne partie à Genève que ces choses se passent. Ce qui est une opportunité incroyable pour nous tous et nos enfants.

Nous tous, parce que nous profitons directement, même les plus pauvres à travers les nombreuses aides sociales qui leur sont versées, de l'incroyable prospérité que nous amène le fait d'être l'une des capitales du monde. Car c'est bel et bien ce que nous sommes. L'une des cinq ou six villes les plus influentes de la Planète, avec moins d'un demi million d'habitants, souvent des cadres supérieurs venus du monde entier. Payés, rappelons le encore une fois, par leurs gouvernements respectifs… mais faisant leurs dépenses dans nos magasins, nos écoles privées etc…

Nos enfants enfin ont le privilège rare de vivre, de grandir et d'étudier à Genève. Or c'est la meilleure des portes d'entrée possibles sur les plus belles carrières dans ce vaste monde, pour ceux qui veulent saisir leur chance.        

 

L'OMC VICTIME

Victime de tout ceci, l'OMC est sans doute le plus bel exemple de ce que peut faire de pire la médiatisation à outrance, les raccourcis abusifs, les simplifications extrêmes et la rumeur.

J'ai déjà dit ici (voir le post "Vive l'OMC") comment fonctionnait cette organisation internationale, la plus démocratique de toutes et la seule dans laquelle les pays du sud peuvent faire respecter leurs droits. Malheureusement, les altermondialistes et par ricochet, presque toute la société. (UDC incluse apparemment), l'assimilent au FMI, à la Banque Mondiale et au G8. Qui n'ont rien, mais alors strictement rien à voir.

Suite à un film débile et mensonger de A jusqu'à Z, l'opinion publique mondiale est persuadée que l'OMC est le diable, ou quelque chose d'approchant. L'OMC ne veut pas entrer dans la polémique, car elle doit assurer une communication qui recueille l'assentiment de tous ces états membres. Autant dire que dans un tel cas, la solution la plus simple est de ne rien faire. Ce qu'elle fait, malheureusement.

Un exemple de ce gigantesque contre-emploi médiatique ? L'OMC est sur le point de finaliser un accord mondial qui, en interdisant les subventions aux pêcheries, vise spécifiquement à empêcher la surpêche, véritable fléau écologique. Socialiste, mais aussi Enseigne de Vaisseau, ancien commandant de (petit) navire de guerre, Pascal Lamy connaît bien la mer et soutient bien sûr un accord qui ne sera pas facile à faire passer auprès des pêcheurs. Mais qui va clairement dans notre intérêt à tous.

Une ONG spécialisée dans ce domaine a appuyé cet accord de toutes ces forces. Elle a couvert Genève d'affiches en ce sens il y a quelques semaines. Mais elle avait très peur de lier son image à l'OMC, craignant les conséquences sur sa prochaine recherche de fonds. Du coup, ses affiches présentaient l'OMC comme aidant à subventionner la surpêche et lui demandaient de changer. Ce qui est faux. L'ONG accusait d'être l'OMC d'être le pyromane alors qu'elle savait fort bien qu'elle était le pompier. Mais le message était plus facile à vendre ainsi.

Non seulement c'était faux mais c'était absurde. L'intention de base de l'OMC est de faciliter les échanges commerciaux en réduisant les entraves et en supprimant les subventions. Pas l'inverse.  Mais le résultat est là. Dans l'esprit de M. Tout le monde, c'est l'OMC, une fois de plus qui est passée pour le méchant.

24/04/2008

Poker menteur à Lago Agrio : Uribe 84, Correa 62

Lago Agrio, sur la seule vraie route qui franchisse la frontière équato-colombienne en Amazonie, c'est un trou perdu de 9000 habitants, quelques puits de pétrole et un cinq étoiles aux immenses chambres en marbre, agrémenté d'une piscine olympique et d'un toboggan dont les seuls utilisateurs sont les singes sortis de la forêt vierge, les arbres effleurant la rampe d'accès.  La bourgade vit au rythme des 15 assassinats mensuels, dont celui du propriétaire de l'hôtel, maire du bled jusqu'à son décès.

A l'entrée de la churrasqueria la plus chic de la ville, le garde est armé d'une kalashnikov qu'il pointe sur le pare-brise de tous les 4x4 passant devant l'établissement. Sur le petit aéroport, à la descente de l'avion, l'hôtesse crie "Las armas, las armas", pour que chacun puisse venir récupérer son flingue, déposé dans un grand panier d'osier au moment de monter à bord…

Le poste militaire qui garde la route de la frontière est gardé par une cinquantaine de soldats équatoriens, lourdement armés. Ce qui n'empêche pas les trafics, de cocaïne, d'armes, de pierres précieuses, voire de personnes kidnappées, de contourner discrètement par la jungle ou les rivières proches. Avant de reprendre la route deux kilomètres plus loin…

Le seul endroit du monde où j'ai retrouvé une telle violence affleurante, en dehors de pays franchement en guerre, c'est le Tchad. Lago Agtrio est "LA" plaque tournante et c'est en Equateur. C'est là, dans la jungle, pas très loin qu'a été tué Raul Reyes, le N°2 des FARC. Depuis, le Président colombien Uribe et son homologue équatorien Correa sont à couteaux tirés.

Ce qui est excellent pour leurs cotes de popularités réciproques. 62% pour Correa et 84% pour Uribe, record mondial pour un chef d'Etat élu démocratiquement. Ces chiffres ne sont pas bidons, ils sont issus d'un classement compilant les enquêtes des principaux instituts de sondage de la planète. Lulla est à 55, Chavez à 51%, la chilienne Bachelet à 46%. Ce qui dénote la bonne santé des économies émergentes d'Amérique latine depuis qu'elles ont pris le pari de redistribuer un peu mieux les richesses. A gauche comme à droite d'ailleurs, Uribe faisant beaucoup sur ce point.  Quelques casquettes tout de même, de droite comme de gauche, comme le nicaraguayen, ex-sandiniste Ortega avec 21% et le paraguayen Duarte, successeur du nazi Stroessner, qui vient de se faire jeter et plafonnait à 5%.

En Amérique du Nord, Bush se maintient à 30% (en dépit ou plutôt grâce à la guerre, qui fait que l'on soutient toujours le commandant en chef dans ces circonstances graves), tandis qu'en Europe, Sarkozy chute à 28%, Gordon Brown à 33%, l'espagnol Zapatero tirant lui son alène (de cordonnier) du jeu avec un joli 52%.  En Asie, le japonais Fukuda est à 35%, la Philippine Macapagal à 23%. Il n'y a officiellement pas de sondage en Chine Populaire.

On peut en conclure que le fait d'être de gauche ou de droite n'a guère d'influence sur la cote de popularité du dirigeant. Les facteurs extérieurs (santé de l'économie, conflit de voisinage potentiel), ou individuels (charisme personnel) sont bien plus importants. La mesure annoncée par le Président équatorien Correa est à prendre dans cette optique:

Il prétend accorder aux FARC un statut de belligérants, donc potentiellement les accueillir officiellement sur son territoire (en tant que réfugiés désarmés ou en tant que force combattante, c'est toute la question). Sauf qu'il met une condition de taille: "Abandon des enlèvements, des explosions de bombes… et des attentats que l'on peut qualifier de terroristes"….

La définition des attentats qualifiables de terroriste et de ceux qui ne le sont pas risquent d'être un peu délicate à établir, mais glissons. La proposition, pour spectaculaire qu'elle soit, n'est pas neuve et rejoint celle déjà faite par la France de Sarkozy, voire par la Colombie elle-même: "qu'ils cessent leurs pratiques criminelles et nous pourrons alors les considérer comme des combattants" a déjà déclaré Uribe a plusieurs reprises.

Le problème, c'est que les FARC ne sont plus vraiment en mesure de mener d'autres types de combat. Sauf à se retrancher armées en Equateur, pour s'y reconstruire à l'abri en tant que force offensive. Ce qui constituerait quasiment une déclaration de guerre de l'Equateur à la Colombie. Option provocatrice peu crédible pour un petit pays qui militairement et économiquement ne fait pas le poids du tout face à son grand voisin. A moins bien sûr que le Venezuela ne s'en mêle. Les efforts discrets mais constants de Chavez pour revenir dans la négociation sur les otages montre qu'il est loin de se désintéresser de la question.

L'option "Les FARC abandonnent leurs pratiques criminelles et du même coup la lutte armée pour se muer en force politique, quitte à se réfugier en Equateur dans un premier temps parait nettement plus porteuse de règlement pacifique et définitif". Les FARC sauront-elles la saisir? Toute la question est là.

23/04/2008

Les erreurs du réseau des réseaux

Errare humanum est. Mais roboticum aussi. Internet et le réseau sont même plutôt performants en la matière. La coutume blogueuse de reproduire dans ses textes les liens permettant d'accéder au site originel de l'info est excellente, mais lorsque c'est le site originel qui dit des bêtises, on ne fait que répandre de fausses infos sur le net. Que les robots de Google et consorts sont bien en peine de déceler.

 

Ainsi, si vous tapez Révolution 1789 sur Google images, vous allez tomber, parmi les premiers choix, sur un superbe tableau de Delacroix, Marianne prenant le drapeau tricolore des mains d'un Gavroche mourrant. Tableau qui n'a rien à voir avec 1789 puisqu'il reproduit un épisode fantasmé de la Révolution des Trois Glorieuses de 1830... Un petit malin s'est trompé sur son blog perso et Google a repris sans autres, reproduisant même l'erreur plusieurs fois, puisque de nombreux webmestres incultes ont repris l'image sur leurs sites consacrés à la Révolution...

 

Inculte... Mea maxima culpa, je me suis moi aussi laissé prendre tout récemment à deux reprises. Pour l'orthographe d'Aimé Césaire, que j'ai vue orthographié Cézaire dans l'annonce de sa mort que j'ai lue. Le reporter avait sans doute confondu avec Cézanne. J'ai été étonné, mais j'ai repris, n'étant plus certain, un quart de siècle après l'avoir interviewé, de son orthographe exacte. Les ravages du temps. Je suis d'autant plus impardonnable que je sais comment les noms propres ont été attribués aux esclaves en 1848. Césaire vient évidemment de César... avec un s.

 

Rebelote le lendemain, avec la mort de Germaine Tillion, mon prof que j'écoutais non pas sur les bancs de l'Uni, mais dans les séminaires de l'Ecole Pratique, en petits groupes d'une dizaine de spécialistes. Ce qui posait d'ailleurs d'immenses problèmes avec la star Levy Strauss, car l'Ecole Pratique n'a pas d'amphi et ses cours étaient pris d'assaut. Les étudiants et les curieux se pressaient à l'extérieur pour l'écouter, entassés aux fenêtres sur 4 rangées, tandis que l'entassement intérieur explosait, à chaque cours, tous les règlements de sécurité.

Tillion donc avec deux i, mais bien qu'ayant relu Ravensbrück il y a deux ou trois ans, j'avais un doute. L'ordi allumé, il est infiniment plus rapide de taper Germaine Tillon sur Google pour vérifier que d'aller chercher Ravensbrück dans ma bibliothèque, qui je le confesse, est assez fournie et diversement ordonnée...

Je m'attends à voir apparaître un « essayez avec cette orthographe, Germaine Tillion... mais rien, ou plutôt si, quelques centaines d'occurrences reprenant l'orthographe avec un seul i. Il y en avait en fait suffisamment pour que le robot n'éprouve pas le besoin de me proposer l'orthographe correcte.

Là encore, j'aurais du me méfier, parce qu'au delà des 3 premières occurrences, on passe à des recoupements de hasard, genre un Georges Tillon et une Germaine Tartempion sur la même page. Mais cela, je ne suis revenu le vérifier sérieusement que deux jours plus tard.

Pendant tout le Week-end, certain d'avoir raison, puisque j'avais vérifié, j'ai pesté (in petto heureusement) contre tous ces cons qui l'orhographiaient faux, alors que c'est moi qui me gourais... Déjà que j'ai la réputation de vouloir toujours avoir raison, moi qui suis la tolérance et le doute fait homme... :-)

Une chose encore, Pascal Décaillet m'a demandé quelle image je garderai, de l'ethnologue ou de la résistante ? A chaud, je n'ai pas su répondre. En vérité, c'est la Résistante, bien sûr, qui l'a fait connaître, son travail d'ethnologue, pour compétent qu'il soit, restant ouvrage de spécialiste pour des spécialistes. Même moi, le patient travail sur les linéarités familiales chaoui ne m'intéressait que modérément. A 19 ans, je voulais de l'action, résoudre les grandes questions de l'humanité. Je n'ai pas vraiment changé d'ailleurs. Mais ce n'est pas non plus son action dans la Résistance qui l'a fait connaître. Sans son sens aigu de l'observation, son ouverture, son oeil d'ethnologue précisément (l'une des choses que je lui suis infiniment reconnaissant de m'avoir transmis), elle serait restée une résistante et une déportée parmi beaucoup d'autres. Tellement d'autres.

Donc en fait, c'est bien la synthèse des deux, l'observante femme d'action, qui en fit une personne de très grande valeur. Bien davantage qu'une célébrité, car en ces temps de pipolisation généralisée, il me répugne fortement à considérer la célébrité comme un gage de qualité.

21/04/2008

Crise alimentaire : la faute à Bové

Encore un titre provocateur. Bové n'est bien sûr pas le principal responsable. Mais il fait partie de ceux qui ont causé le désastre actuel, en soutenant le subventionnement des paysans du Nord et en combattant le développement des échanges agricoles dans le sens Sud-Nord. On entend tout et son contraire, au sujet de la crise alimentaire, mais accuser l'OMC, c'est vraiment n'importe quoi.

Dans un blog, un jeune adepte de la décroissance m'expliquait qu'il y avait des émeutes de la faim, au Sénégal parce que le café et le cacao y avaient remplacé les cultures vivrières. Tout faux. La culture de rente, au Sénégal, ce n'est ni le café, ni le cacao (ça c'est la Côte d'Ivoire), mais l'arachide.

Mais au-delà de l'erreur factuelle excusable (qui n'en commet pas ?), le raisonnement est faux. Ce qui cause des émeutes aujourd'hui au Sénégal c'est l'augmentation brutale du prix du riz et du blé. Or le riz est produit en Casamance, dans les zones humides du Sud, tandis que l'arachide est produit dans les zones sahéliennes plus sèches du Nord et du centre. On ne peut tout simplement pas remplacer l'un par l'autre. A vrai dire, là où l'on cultive l'arachide, il ne pousse pas grand chose d'autre, faute d'eau...

Quand au blé, pour parvenir à en produire efficacement au Sénégal, il faudrait sérieusement le doper aux OGM. Le blé, en fait le pain, est importé de manière quasi-monopolistique dans toute l'Afrique occidentale par une famille française multimilliardaire établie… sur les bords du Léman, où ils emploient une poignée de jardiniers… à leur cultiver des légumes macrobiotiques, pour leur table privée !

La crise alimentaire actuelle est bien davantage une crise de spéculation qu'une crise de production. Ce n'est pas tant la matière alimentaire qui manque que l'élévation de son prix qui pose problème. Mais l'élévation brutale des prix de base ces dernières semaines est d'abord du au reports massif de fonds spéculatifs sur ces marchés des denrées pour fuir la crise des subprime.

Cela s'est greffé sur un certain nombre de phénomènes, qui vont du report sur les agro-carburants à la très mauvaise habitude qu'avaient prises les agro-industries lourdement subventionnées du Nord de distribuer au Sud, à vil prix, leurs excédents. Ce qui déstabilisait les marchés locaux, introduisait de nouvelles habitudes alimentaires et incitait les petits producteurs à cultiver autre chose que les céréales locales.

Il n'y a pas vraiment de tension, en ce moment sur le mil ou le sorgho, le problème, c'est qu'il n'y a plus guère de producteurs de mil ou de sorgho. Et que des millions de petits producteurs ont quitté la terre pour aller grossir les bidonvilles des grandes villes… où ils ont pris l'habitude de manger du pain, à base de blé importé… (ou des tortillas à base de maïs importé des Etats Unis en Amérique centrale).  

Il est totalement faux et mensonger d'accuser l'OMC ou même la mondialisation dans cette affaire, car l'OMC voulait exactement le contraire : la fin des subventionnements au Nord pour permettre au Sud de nous vendre leurs produits à leur juste valeur. Ce déversement de céréales subventionnées sur le Sud affamé, ce n'est ni plus ni moins que du néo-colonialisme, alors que la mondialisation, c'est au contraire la répartition de la production et des richesses en développant des flux Sud-Nord.

Avec le blé et le maïs, on reste dans un flux Nord-Sud. Le Sud est transformé en colonie de consommation, absorbant nos produits subventionnés. Donc payés par les impôts du Nord et payés au prix fort, par la grâce de la crise de spéculation créée ces dernières semaines. Sauf que ceux qui vont bénéficier de cette augmentation de prix ne sont pas les paysans producteurs… mais les fonds spéculatifs qui ont acquis les récoltes et les stocks sur les marchés à terme.

La crise actuelle, en élevant les prix des matières premières agricoles pourrait pourtant être une chance pour l'Afrique et l'aide au développement en général. Car depuis la seconde guerre mondiale, c'est la première fois que la production de biens alimentaires de base est revalorisée. Jusqu'à présent, partout dans le monde, la valeur brute de la production agricole ne faisait que baisser, tandis que les biens manufacturées et les services, de plus en plus sophistiqués coûtaient de plus en plus chers.

Des terres il y en, tant en Afrique qu'en Amérique latine, il en reste suffisamment, sans toucher aux forêts primaires. Des terres déjà défrichées mais qui sont actuellement l'objet de cultures extensives ou laissées en jachère. Leur exploitation, à la lumière de l'augmentation des prix – pour autant que celle-ci ne soit pas uniquement un feu de paille spéculatif – pourrait permettre à des familles repartant de la ville de vivre décemment. Bien plus décemment qu'auparavant. Il y a même de la place pour des agros-carburants, si l'on s'y prend bien, c'est à dire si l'on cultive ce qui doit l'être là où ça doit l'être.

Pour que ça marche, il faudrait cesser séance tenante tout subventionnement aux produits céréaliers du nord et utiliser l'argent en aide directe aux acheteurs sur place. En trouvant un système qui les incite à retourner produire plutôt qu'à se contenter de recevoir la manne.

Il est malheureusement fort peu probable que l'on choisisse cette voie, parce qu'elle n'est profitable à court terme ni aux lobbys paysans du nord, ni aux milieux financiers qui ont investi massivement dans les matières premières et en attendent des bénéfices substantiels, ni même aux dirigeants politiques du sud, qui coincés dans une vision à court terme, n'attendent qu'une chose, la baisse - rapide - du prix des aliments de base. Ils y jouent leur survie politique.   

Un débat sur ces questions épineuses sera organisé le dimanche 4 mai à 16h au Salon du Livre, dans le cadre du Village Alternatif, avec René Longet, président du PS genevois, Jacques  Grinewald, ancien professeur de l'IUED et votre serviteur.

19/04/2008

Germaine Tillon, mon professeur

Germaine Tillon est décédée aujourd'hui à 101 ans. Elle avait été mon professeur d'ethnologie. C'est elle qui m'avait permis de rentrer, tout frais émoulu du lycée, à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, habituellement réservée au 3ème cycle. L'intervention de mon père y avait sans doute été pour quelque chose. Ils avaient tous deux été déportés et partageaient la même aversion pour la torture, qu'elles qu'en soient les causes, et une même affection pour le monde berbère.

Elle était en effet devenue, dès avant guerre, une spécialiste réputée de l'Afrique du Nord. Puis elle avait été l'une des fondatrices du Réseau du Musée de l'Homme, l'un des tous premiers de la Résistance, aux côtés de la sociologue Geneviève de Gaulle, nièce du Général. Ce qui leur valut Ravensbrück à toutes deux. Durant sa déportation, elle écrivit une opérette, trempée dans l'humour le plus noir, ironisant sur les conditions de détention. Verfügbar aux enfers fut jouée pour la première fois intégralement l'an dernier, à l'Odéon, car en camp, elle ne parvenait à n'en monter que de courtes bribes avec ses copines. Mais le rire, individuel et surtout collectif, fut sans doute un élément essentiel qui les maintint en vie...

Rendue célèbre par la publication de son Ravensbrück peu après la libération, Germaine Tillon retourne à ses premières amours, l'Algérie, où elle joue un rôle de médiatrice important durant le conflit. Elle parvint à maintenir le contact avec les chefs du FLN, tout en dénonçant publiquement la torture, elle la Gaulliste historique, aux côtés de l'historien trotskyste Vidal-Naquet. En particulier, elle n'admettait pas que des officiers français, dont certains étaient passés par les camps nazis et d'autres par ceux du Viet-Minh, après Dien bIen Phu, puissent emprunter à leur tour les pires méthodes de leurs tortionnaires.

Geneviève de Gaulle était entrée dans le cabinet de Malraux en 58, et les deux femmes eurent sans doute un rôle, dont la dimension reste à déterminer, dans le retournement du Général en faveur de l'Indépendance de l'Algérie. Elles sont toutes deux parmi les 5 femmes à avoir jamais reçu la Grand Croix de la Légion d'Honneur.

J'étais sans doute un peu jeune, à l'époque pour apprécier à sa juste valeur cette anthologie humaine, qui avait déjà 65 ans. En passant par la lecture de Frantz Fanon, j'avais peu à peu délaissé les études berbères pour me consacrer au monde caraïbe. Je ne sais pas pourquoi, mais je trouvais la biguine et mes consoeurs étudiantes antillaises nettement plus amusantes…  Mais  plusieurs des heures que j'ai passé  à  l'écouter  me restent encore en mémoire. Humaine, oui, elle était humaine.  L'intelligence, la compassion et en même temps la force, une  incroyable volonté de  résister, de faire pièce à l'injustice sans se montrer indigne à son tour...  Merci à elle d'avoir existé.

Un PG élu par 40% des votants

 

Quel qu'il soit dimanche soir, le PG aura été élu par plus de 40% de votants. C'est considérable. 20% de plus qu'il y 6 ans et 4 fois plus que M. Bertossa qui fut le véritable artisan de la politisation de la justice, que l'on est en droit de déplorer aujourd'hui.

 

Il est sain que le peuple puisse se prononcer sur le sens à donner à sa justice, mais il faut ensuite la laisser faire son travail, en toute indépendance. Elle est là pour arbitrer et trancher au besoin les litiges qui peuvent survenir entre citoyens, entre personnes morales, entre collectiviés publiques et bien sûr entre ces différents corps entre eux. Elle doit le faire en fonction des lois votées par le corps législatif. Pas s'y substituer.

 

Il lui faut aussi gérer au mieux les fonds qui lui sont alloués, quitte à en obtenir d'autres s'ils sont insuffisants. Pour accomplir cela avec toute la neutralité nécessaire, Daniel Zappelli me paraît infiniment mieux armé que le candidat de gauche, dont les indéniables qualités sont ailleurs.

 

Quelle sera l'influence de la très forte participation sur le résultat final ? Nul ne saurait le dire. A l'évidence, les outrances du discours socialiste (dont les verts se sont soigneusement tenus à l'écart, ce qui est tout à leur honneur) sont parvenues à mobiliser l'électeur. Reste à savoir si c'est pour ou contre.

La première tâche de l'élu, lundi, sera en tout cas de rendre à la justice la sérenité dont elle n'aurait jamais du se départir, tant à l'égard de la population que des médias. Sous peine, s'il ne le fait pas, de casser un peu plus cet objet précieux, déjà passablement ébreché, que représente la solennité du pouvoir judiciaire. Il devra pour cela disposer des moyens et des appuis lui permettant de se consacrer tout entier à son rôle.

 

18/04/2008

Vive l'OMC

Le titre est un peu provocateur, d'accord, mais un titre provocateur, c'est 50% de visiteurs en plus. Chacun ses coquetteries… Vive l'OMC, cependant, je maintiens, parce que l'OMC est l'organisation internationale la plus démocratique.

Bien davantage que l'ONU, sanglée par le droit de veto des 5 membres du Conseil de Sécurité, les vainqueurs de la seconde guerre mondiale. A l'OMC et c'est la seule Organisation intergouvernementale dans ce cas, tous les pays ont une voix, un droit égal à la parole. Et même un droit de veto.

Ce qui par ailleurs pause deux problèmes:

1)      le Luxembourg ou les Fidji ont la même voix que la Chine.

2)      Une assemblée dont chaque membre a le droit de veto est ingouvernable, il faudra tôt ou tard introduire un système de décision à la majorité, ce qui posera évidemment de nouveaux problèmes, dont les solutions devront être soigneusement pesées pour respecter l'idéal démocratique et égalitaire de l'OMC.

 

L'OMC est la seule instance internationale ou un petit pays du Sud peut en faire condamner un gros du Nord et la condamnation être assortie de mesures coercitives efficaces. Cela vient encore d'être le cas avec l'Equateur vis-à-vis de l'Union Européenne.

 

Le tribunal qui juge de ces conflits, la Chambre verte, réunit des juristes spécialisés émanant des principales traditions juridiques de la planète: droit napoléonien, droit anglo-saxon, droit confucéen et droit islamique notamment. La mondialisation à l'œuvre.

 

Enfin, l'OMC n'est pas l'acteur de la mondialisation, elle en est le législateur et le gendarme. Et franchement, s'il n'y avait ni règles, ni organisme pour les faire appliquer, ce serait vraiment la loi de la jungle, la règle du plus fort commande, le capitalisme sauvage dans toute sa brutalité. C'est l'OMC qui nous en protège et sans elle ce serait pire. Ou alors la guerre.

 

Quant à notre Parc le long du Lac, par lequel je passe pour me rendre en ville en vélo. Il n'a jamais, jamais été question de le fermer à la population. M. Pagani fait montre d'une rare mauvaise foi à le prétendre ou à le laisser entendre. La plus grande partie du Parc entre le lac et le Bâtiment sera toujours libre d'accès, sur une largeur de plusieurs dizaines de mètres.

 

Pour des motifs de sécurité, la proximité immédiate du bâtiment sera clôturée, la bibliothèque de HEI doit déménager et l'accès au parking, devant le bâtiment, entre celui-ci et la route de Lausanne  sera restreint aux seuls ayant droits. Ces mesures sont non seulement nécessaires (l'OMC est une cible potentielle d'éventuels terroristes) mais elles étaient prévues, le parking notamment, dès la signature de l'accord de Siège, qui en 95, fit que l'OMC accepta de s'installer à Genève plutôt qu'à Bonn, qui lui tendait les bras. Bien d'autres villes aujourd'hui seraient candidates.  L'honneur de la Suisse et de Genève est engagé. Lorsqu'on signe un contrat, on respecte les termes.

 

L'attitude de  M. Pagani, en cette affaire, n'est que du populisme de bas étage. Faut-il lui rappeler que chasser l'OMC serait porter un coup mortel à la présence des organisations internationales à Genève, et que les 5 à 7 milliards de Francs qu'elles injectent annuellement dans l'économie genevoise (payés intégralement par les gouvernements étrangers) manqueraient cruellement au moment de payer les aides sociales de sa clientèle ?

17/04/2008

Aimé Cézaire est décédé, chapeau bas

C'est un Grand Monsieur qui est parti. Un magicien des mots. Je me souviens avec dépit de la longue interview qu'Aimé Cézairel m'avait accordée pour la Tribune de Genève, il y a un quart de siècle: une demie page, gâchée par un correcteur qui ne connaissait pas le terme "ethnocentrique", qui ne l'avait pas trouvé dans le dico, et qui avait pris sur lui de le remplacer par "excentrique". Tout un paragraphe qui ne voulait plus rien dire…

Mortifié, je lui ai écrit pour m'excuser et sa réponse était pétrie d'humanité. Il était natif de Basse-Pointe, dans le Nord-est de la Martinique, où j'avais effectué mon mémoire d'ethnologie. Au-delà, du poète, de l'auteur dramatique et du politicien, qui fit œuvre de pionnier pour toute la littérature antillaise et posa, avec d'autres, les jalons de la décolonisation, il symbolise pour moi les vertus de l'intégration républicaine.

Intégration, non pas d'immigrés, car les Antillais ont été Français bien avant les Savoyards ou les Francs-Comtois, mais de toutes les ethnies de la République.

A ses côtés, l'on trouvait Senghor, mais aussi Houphouêt Boigny, député à l'Assemblée nationale dès 1945 et surtout Félix Eboué, gouverneur guyanais de l'Afrique Equatoriale Française durant la seconde guerre mondiale, en qui De Gaulle reconnaissait le sauveur de la France Libre. Ce quatuor, avec d'autres moins célèbres, comme le Malgache Rabemananjara, parvint aux plus hautes fonctions de la République à l'heure où la ségrégation régnait encore aux Etats-Unis.

Ils le devaient à leurs seuls mérites et aussi à une tradition républicaine et fraternelle, souvent franc-maçonne, qui détectait jusque dans les plus lointaines écoles, les élèves les plus brillants pour leur offrir la possibilité des meilleures études. Dès qu'ils eurent accès au pouvoir, ils eurent à cœur de faire changer les lois qui continuaient d'opprimer leurs frères. Ils y parvinrent souvent. De manière bien plus efficace que s'ils s'étaient contentés de s'opposer frontalement au système. Ce système démocratique qui les avait accepté comme égaux, et que dès lors, ils savaient perfectible. Contrairement au nationalisme d'extrême droite, figé et haineux, qu'ils combattirent tous activement.     

Noir absolu : une expérience inoubliable

Moment de douceur dans ce monde brutes. J'ai dîné hier soir en charmante compagnie dans le noir absolu du drôle de restau aménagé à Balexert pour nous initier à la cécité. Une initiation bien partielle et limitée dans le temps, heureusement. Mais l'expérience est vraiment à reccomander.

Les guides non-voyants qui s'occupent de vous, vous mettent immédiatement en sécurité. Les deux heures du repas, le soir, passent plutôt rapidement. Je ne détaillerai pas les impressions, car ils sont encore à Balexert pour quelques jours (à midi c'est complet). Sans mauvais jeu de mots, je craignais un peu une certaine forme de voyeurisme dans l'expérience, mais on en est à mille lieues. L'ambiance est chaleureuse, bon enfant et l'on se sent comme en visite chez des amis.

Avec ce petit plus de se sentir dans la peau de Gilbert Montagné ou de Ray Charles... Chacun ses références bien sûr. Personnellement, je me suis surpris à sentir de l'intérieur des mouvements de la tête ou du visage qui devaient être exactement du type de celles qu'ont les aveugles. Une manière de se porter à la rencontre de la chose ou de l'être à percevoir. Instructif, vraiment. En tout cas, j'aurai désormais une attitude plus décontractée, plus naturelle envers les personnes non voyantes... Et en celà, sans doute, le but est atteint. 

15/04/2008

Sarkozy Bayrou, combien de visites ?

Il est très intéressant de noter l'influence du sujet traité sur le succès du blog.

Certains de mes propos sur la Colombie sont à plus de 400 visites par jour, les sujets Sarkozy approchent les 400 et les sujets Genevois les plus saignants ont du mal à atteindre les 300. C'est donc que le blog est lu loin à la ronde, mais je n'ai pas encore très bien saisi comment fonctionne le tam tam. Est-ce Google ? Est-ce le M. Veillesurlenet de Sarkozy qui m'espionne? Lui sans doute (bien le bonsoir d'ailleurs ),  mais enfin cela ne fait qu'une visite…

En tout cas, l'accès se fait immédiatement, le jour de la publication de la note, et décroît très rapidement ensuite. Si je n'abreuve pas la bête durant deux jours, je retombe aussitôt en dessous de 100. Ce n'est donc pas vraiment une question de téléphone arabe.

Et puisqu'il faut toute de même un peu d'info, celle-ci qui concerne le Mo-Dem, et la manière dont Sarkozy, à l'affût, tisse sa toile pour mieux étouffer Bayrou… Avec l'appui d'une bonne partie de la presse qui monte en épingle la moindre défection d'élu du Mo-dem…

Le Monde a publié des extraits d'une note d'un des conseillers de Sarko à son boss, détaillant les demandes des quelques sénateurs prêts à trahir, pour prix de leur félonie. Un ministère là, une Présidence de commission au Sénat ici… Le but ultime des sarkoziens, détaillé dans la note, est de relancer l'UDF, en la sortant du Mo-Dem, pour capter la manne d'argent public récoltée lors des législatives afin d'en priver Bayrou. Qui serait ainsi définitivement étranglé financièrement.

Dûment prévenu, Bayrou a décidé de contre-attaquer en consultant directement les 60 000 militants du Mo-dem, sur la stratégie et sur son propre rôle au sein du Mouvement Démocrate. Nul doute que l'avis de la base (et j'en sais quelque chose pour être en charge des militants en Suisse) ne diffère sensiblement de celui des quelques élus tentés de trahir leurs convictions pour profiter de la soupe sarkozyenne. Les militants m'ont qu'un désir, que les choses bougent vraiment en France, vers davantage de démocratie et d'efficacité économique et que tombent les clivages inutiles. Très très loin de la dérive sarkozyenne

14/04/2008

Pirates : Gros succès ou demi-échec ?

Toute la presse française s'extasie, depuis ce week-end, sur la libération spectaculaire des otages du Ponant et l'arrestation des pirates qui a suivi, récupération de la rançon en prime. C'est l'Omniprésident en personne qui a dirigé la manoeuvre et vu qu'il continue de plafonner à 38% d'opinion favorable, on n'a pas fini de l'entendre.

Sauf qu'en dépit de moyens considérables, trois navires de guerre, une escadrille d'hélicoptères, des commandos marine et le GIGN, bref la fine fleur de la force de frappe française, ce n'est qu'un demi-succès. Seule la moitié de la rançon a été récupérée et la moitié des pirates arrêtés. Donc la moitié court toujours. Tout simplement parce que les pirates se sont rapidement divisés en deux groupes et que personne n'avait prévu cette éventualité...

La problème, c'est qu'avec un tel bilan, il n'est pas certain que les pirates ne tentent pas de remettre ça. La prochaine fois, ils risquent fort d'être un peu plus regardant sur la manière de rendre la liberté à leurs otages. On aimerait savoir s'il y aura des mandats d'arrêts internationaux délivrés à l'égard des pirates qui sont parvenus à s'échapper. 

 

Procureur Général : un avis autorisé

 Une fois n'est pas coutume, je me contenterai de citer ici un point de vue, lu sur un forum au sujet de l'élection du PG. Il émane d'un citoyen qui signe Bamboo et qui semble bien informé. A mon avis, il doit être cadre à l'Hôtel de police. Mais le plus intéressant me semble son analyse, neutre et objective. A sa lecture, le choix est clair : il faut voter Zappell. 

Voici ce que pense Bamboo, donc des deux candidats :

"Zappelli a le mérite d'avoir de la suite dans les idées et de continuer son programme tel que commencé depuis son élection! Paychère ne propose guère de solutions différentes, si ce n'est la chasse aux cols blancs intensive (qui pourrait rappeler une certaine chasse aux sorcières, voire même l'inquisition d'il y a qques siècles...)
Ce qu'il faut comprendre, c'est que Genève est devenu un aimant à criminels et délinquant de touts poils non pas à cause d'un PG ou d'un autre, mais bien pour des raison sociales et politiques. A mon sens, en voici quelques unes (la liste est non exhaustive) :
1.L'Hospice Général rémunère les yeux fermés des toxicomanes de tous poils. Il reçoivent CHF 500 par mois pour entretenir un chien, alors que le contribuable normal reçoit CHF 250.-- pour éduquer un gamin.
2. Les appartements loués par l'Hospice Général en faveur de ces même toxicomanes (il suffit de fournir une sommaire quittance de loyer...) est plus que généralement sous-loué à des dealers, en échange de drogue ou d'argent.
3. La prison, qui théoriquement contient moins de 300 places pour un canton d'un demi-million d'habitants (et c'est sans compter les gens qui viennent travailler ou qui sont juste de passage à Genève durant la journée!) est complètement surpeuplée et à la limite de l'implosion. Donc, par nécessité, les peines sont réduites au minimum et les détentions préventives se voient abrégées au minimum, favorisant la collusion et le non-aboutissement des enquêtes judiciaires, ce qui est particulièrement vrai pour les affaires financières si chères a Paychère.
4. La police ne dispose pas des effectifs prévu dans la loi, elle dispose de moyens sommaires et voit son budget réduit comme peau de chagrin. L'argent est gaspillé dans la location d'un hôtel de police insalubre alors que l'Etat devrait être propriétaire de ses locaux.
5. La politique d'Asile et surtout de renvoi des délinquants pratiquée à Genève fait que l'on hérite d'un maximum de requérants mal intentionnés, même s'ils ont été attribués à d'autre cantons.
6. Au vu du tour de vis sécuritaire opéré par nos voisins français, nous sommes en train d'hériter de toutes les petites frappes de la banlieue Lyonnaise et plus proches. Que faire au vu de certains des problèmes évoqués ci-dessus??

Bref, tout cela pour dire que pour obtenir une certaine "sécurité", il faut déjà arrêter d'attirer les délinquants et criminels comme les vaudois attirent les contribuables! Le problème ne vient pas de la seule politique du PG, qui se voit imposer des contraintes qu'il ne peut maîtriser. Le problème vient de toute une conjonction de facteurs dépendant de différents départements, menés par différents bords politiques et incapables de s'entendre à cause de stupides idéologies (donc je ne jette la pierre à personne en particulier)
A mon sens, le seul rôle du PG dans tout cela est de veiller à la bonne marche de son institution, ce que Zappelli a fait en augmentant les effectifs du Palais de Justice, et d'appliquer la Loi, ce que Zappelli fait une fois de plus en ne privilégiant pas de criminalité particulière, mais menant un combat contre toutes les formes qu'elle peut adopter.
Paychère, en axant sa politique contre les "cols blancs", risque principalement de s'empêtrer dans des affaires où les procédures durent des décennies (il faut dire que les cols blancs ont les moyens de se payer une défense digne de ce nom) et aboutissent généralement à la restitution des sommes confisquées et au paiement d'indemnités au présumés coupables! De plus, il risque d'affaiblir la place financière genevoise, qui à elle seule amène plus de moyens à son gouvernement que toute la population réunie! Paychère porte bien son nom et il risque de nous coûter encore plus que son nom.."

12/04/2008

PG : les contorsions indignes du candidat socialiste

 

Le candidat de gauche au poste de Procureur Général est un universitaire de talent : qu'il le reste. Les qualités qui font un théoricien du droit ne sont pas celles qui font un grand gestionnaire, ni même un grand accusateur public et pas même un grand juge. Le candidat socialiste a au contraire fait preuve, durant cette campagne, d'un talent politique, à l'écoute de l'électeur, qui est aux antipodes de ce que l'on attend d'un juge. Un magistrat se doit d'être humain, certes, mais inflexible et sûr de son fait, plutôt que fluctuant au gré du vent pour satisfaire aux caprices de qui que ce soit.

M. Paychère a commencé sa campagne en courant à la défense des trois mousquetaires de la petite délinquance: squatteurs, pickpockets et dealers de rue. Auxquels il rajouta comme de juste un 4ème, les mendiants. Tous victimes de l'acharnement policier de l'actuel Procureur Général qui, selon le socialiste et ses adeptes, ferait mieux de rompre quelques coûteuses lances contres les grands méchants moulins de la planète: tortionnaires, tyrans et corrupteurs.

Mais le candidat socialiste, qui n'est pas idiot, s'est rapidement aperçu qu'il creusait sa tombe. Chacun de ses reproches apportait des voix à son adversaire. Les honnêtes citoyens genevois veulent d'abord être protégés des voleurs à la roulotte et des petits malfrats qui leur empoisonnent le quotidien. Ensuite, vient le tour des criminels internationaux, pour autant que le lien avec Genève soit avéré. Et que les chances de succès soient suffisamment consistantes pour ne pas avoir à mettre des années de coûteux procès, plus les dédomagements, aux frais du contribuable.

Le candidat socialiste a donc changé son fusil d'épaule et crié haro sur le squat (encore que de manière assez ondoyante) tout en infléchissant son discours anti-criminalité vers davantage de sévérité. Une attitude de fin politique, indigne d'un magistrat du Pouvoir judiciaire, dont la ligne de conduite se doit d'être inflexible. Pas soumise aux desiderata d'un donneur d'ordre, fut-il le souverain en personne. On ne rend pas une décision de justice, on ne place pas le curseur de la sévérité en fonction de son intérêt personnel, ou pour être élu. Sinon c'est la porte ouverte à la compromission. Et sur ce coup, lors de cette campagne, le candidat socialiste a fait montre d'une souplesse de reins regrettable.

On peut y ajouter un certain nombre d'erreurs factuelles, une bataille de chiffres qui s'est terminée en déconfiture et une méconnaissance des dossiers qui font qu'au final, dans sa liste de soutien, on peut lire les noms de tous ses petits camarades de parti, plus quelques verts. Rien que de très convenu.

Comment oublier également, qu'avec lui au Tribunal administratif, qu'il préside aujourd'hui, des décisions fort discutables ont été prises. Analogue au cas Ramadan, il y eut cette affaire d'un médecin coupable d'attouchements sexuels sur ses patientes, qu'il a fallu réintégrer aux HUG. Une lecture littérale du droit, celle de l'expert universitaire qu'est précisément le candidat socialiste, peut conduire à ces décisions abérrantes. Mais il est un temps pour la théorie et un temps pour le bon sens.

Il y a des fautes particulièrement graves, incompatibles avec les fonctions, qui méritent à l'évidence un licenciement sans avertissement préalable. Un meurtre, par exemple. Dès lors, dire où l'on place le curseur, comment on interprète le texte de la loi, c'est aussi la fonction du juge. Et oser se présenter comme un champion de la lutte contre les violences faite aux femmes, alors que l'on a renvoyé au boulot un médecin aux mains baladeuses et accordé de grasses indemnités à un partisan de la lapidation, il faut le faire. Tiens au fait, on n'a entendu personne accuser le candidat Paychère d'avoir accordé ses indemnités à Ramadan pour se concilier les bonnes grâces des intégristes musulmans le jour de l'élection...

Daniel Zappelli, au contraire, n'a pas dévié de sa ligne. Il sait parler à l'âme des gens et consacre d'ailleurs aussi discrêtement que concrêtement une part importante de son temps aux victimes de violence domestique. Les femmes responsables en ont attesté dans ces colonnes. Pas des discours, mais des actes.

Son sens de l'humour est la meilleure preuve de son humanisme et surtout Daniel Zappelli sait ce qu'il veut. Lui va au bout de ses convictions. Au final, il n'y a pas photo. Si bien que les agents de communication du candidat socialiste adressent déjà des blogs de soutien à leur malheureux champion, pour lui remonter le moral au soir de sa défaite.

C'est là en l'occurrence le seul danger de cette élection: que les électeurs potentiels de Daniel Zappelli, convaincus d'avoir déjà gagné, oublient d'aller voter. Surtout pas ! Même peu assurés des qualités de leur champion, les militants de gauche vont aller voter en rangs serrés. La majorité silencieuse doit s'exprimer, elle en a le droit, elle en a le devoir. S'il est sain de discuter de la répartition des richesses ou du développement durable, l'exigence de sécurité quotidienne ne se discute pas.

Le citoyen a le droit d'être protégé, même lorsqu'il a du bien et qu'il n'a pas eu d'enfance malheureuse. De même que les comportements violents et irrespectueux doivent être réprimandés de manière proportionnée. Ce sont là des caractéristiques essentielles de l'état de droit, tout à fait fondamentales pour assurer la cohésion – et la mansuétude – de la société.

09/04/2008

Ingrid, une ennemie de classe

Ainsi donc, les FARC ont sèchement renvoyé en Europe la mission humanitaire initiée par le Président Sarkozy. La plupart des observateurs s'y attendaient, mais on voulait y croire. Il était cependant bien naïf d'imaginer que les dirigeants des FARC pouvaient être sensibles à l'argument humanitaire.

Pour eux, comme l'avait clairement exprimé Raul Reyes, Ingrid est une ennemie. Une ennemie de classe, la faculté de répartir les gens en petites cases antagonistes, c'est à peu près la seule chose qui leur reste de leurs idéaux marxistes.

Ces gens n'hésitant pas à faire fusiller un bataillon entier de leurs propres hommes pour une mince déviance idéologique comment peut-on imaginer qu'ils vont avoir pitié d'une grande bourgeoise qui les nargue et les provoque depuis son enlèvement ? Ils massacrent des paysans, ils tuent des enfants, renvoient leurs yeux à leurs mères, posent des mines autour des villages… Parmi les paramilitaires il y a eu, c'est vrai, des violences inadmissibles et condamnables, qui l'ont d'ailleurs été. Cela n'enlève rien, ni n'excuse en rien la cruauté des FARC.

Même le sort de  leurs propres soldats emprisonnés ne les intéresse guère. Ce qu'ils veulent c'est un territoire, pour y faire régner leur loi. Ils n'en démordent pas. Mais cela précisément, ils ne l'auront pas, non parce que le gouvernement colombien est borné ou que son Président est macho, comme on a pu le lire dans le Blick, mais simplement parce que l'on ne remet pas l'existence des 120 000 personnes qui vivent sur le territoire concerné entre les mains de brutes sanguinaires.     

05/04/2008

Scoop: les soutiens du candidat socialiste sont de gauche

M. Tedeschi, militant socialiste, me fait remarquer que son candidat est un expert en droit pénal, ce qui justifie à ses yeux sa nomination au poste de PG, pour mener la réforme qui s'annonce. Je ne partage pas cet avis: si le candidat socialiste est un expert, qu'il le reste. Il fera un excellent travail dans cette fonction, à savoir émettre des avis d'expert sur la réforme en cours, tandis que le PG se doit d'avoir une attitude plus distanciée, d'observer ce qui se passe d'en haut, tout en donnant des impulsions ça et là. Etre le patron quoi, et s'occuper de la réforme (ce que fait très bien l'actuel) tout en continuant de veiller au reste, c'est à dire au fonctionnement habituel de l'institution judiciaire. Ce que Zappelli fait très bien également.

On ne nomme pas un professeur d'université ou un expert en droit pénal (domaine que Daniel Zappelli maîtrise parfaitement au demeurant) mais un Procureur Général. C'est la même chose pour cette liste de soutien d'intellectuels et profs d'uni, tous notoirement de gauche et la plupart encartés au PS dont certains médias font grand cas.

Lorsqu'on engage quelqu'un, personne ne songerait à demander la liste des potes du candidat, encore moins à en tenir compte. La joindre à son dossier ferait même très mauvais effet. Tout au plus, dans certains endroits, comme les organisations internationales où les candidats viennent du monde entier, on demande deux noms de personnes référentes dans le système pour pouvoir les interroger commodément sur la personnalité du postulant, et c'est tout. Mais savoir qu'il y a beaucoup de profs d'uni au parti socialiste, cela n'avance à rien et franchement ce n'est pas un scoop.

A tel point d'ailleurs que le staff du PG, n'a pas vraiment préparé de liste de soutien. Il a simplement laissé à tous ceux qui le souhaitent la possibilité de s'inscrire sur le site internet.  

Depuis que je laisse ouverts les commentaires de mon blog, il est assaili par une demie-douzaine d'auteurs d'inégale qualité. Passionnant reflet de la solitude humaine, puisque ces gens, comme moi en ce moment, passent une partie non négligeable de leur temps en ligne avec leur ordinateur. Et ce faisant, tout de même avec le monde, à travers lui. Normal dans ces conditions que le ton soit souvent acerbe. Enfin, pour ce qui me concerne, cela fait partie au moins en partie, de ma vie professionnelle. Mais si je peux me permettre un conseil à mes collègues blogueurs, sortez, aérez-vous, gardez contact avec le monde réel.

L'une de ces habitué(e)s me fait remarquer que la famille d'Ingrid est le type même de la grande bourgeoisie latifundiaire que combattent les FARC. C'est vrai du côté de son père, un peu moins de sa mère, mais cela ne change rien à la question. S'il n'est jamais indifférent de connaître ou déceler l'origine sociale et géo-ethnique d'une personne, j'ai en intime conviction le fait que cela ne doit rien enlever ou ajouter à l'évaluation que j'en fais. Ingrid est une grande bourgeoise. Cela n'enlève rien au fait qu'elle soit un otage qui souffre injustement, même si cela explique bien sûr en bonne partie le vaste soutien dont elle dispose en terre francophone. En partie seulement, car elle le doit d'abord à son talent, qui s'exprime avec force dans le livre qu'elle a écrit et sans lequel il n'y aurait pas de phénomène Betancourt.