02/05/2008

Naturalisation : un anachronisme

 

L'argument principal des défenseurs honnêtes (il y en a) de la naturalisation par les urnes, c'est qu'en la condamnant, le Tribunal Fédéral a supprimé une tradition historique... Sauf qu'elle date du temps où la Suisse n'était pas un pays d'immigration mais une terre d'émigration. La naturalisation par le vote populaire n'y posait aucun problème... car il n'y avait personne à naturaliser ou très rarement.

Si l'on conservait toutes les traditions, nous serions encore à nous battre avec des ours dans des cavernes... Le monde change, la Suisse aussi, et les coutumes humaines doivent s'adapter. Jusque dans les communes rurales, au coeur de la Suisse première, l'immigration est désormais une réalité économique et sociale. Non seulement il faut faire avec, mais notre économie et le paiement futur de notre avs en dépendent.

La naturalisation par les urnes n'est tout simplement plus applicable. En droit international, parce qu'elle contrevient à des conventions passées qui font progresser les droits de l'homme sur toute la planète... Et surtout en pratique. Les dossiers de naturalisations sont remplis d'informations confidentielles qui ne regardent pas le voisinage. Des infos sur l'équilibre financier d'un ménage ou ses relations intimes: quelle est la nature des dettes, sont-elles maîtrisées ? Ce divorce est-il l'indice d'un mariage blanc ou d'une mésentente classique ?

Et puis il y a les clivages politiques ou religieux: imaginons qu'un popiste grec demande sa naturalisation dans une commune d'Obwald franchement à droite ? Le peuple risquerait de la lui refuser, alors même que le citoyen serait ailleurs, à Lausanne au hasard, en situation d'être élu à l'exécutif. Et ça marche aussi dans l'autre sens. Je suis naturalisé depuis à peine un an, après 42 ans passés en Suisse ( et 4, au milieu, d'études supérieures à Paris ) mais j'ai durant tout ce temps joué, par mes écrits, un rôle politique plus actif que 95% des Helvètes. Ce qui m'a valu bien des inimitiés, à gauche gauche et à droite droite...

Certains caciques socialistes (pas tous) me vouent une haine tenace. J'en connais au moins deux, dont le nom se termine en a, qui m'ont jadis ou il y a peu, barré la route professionnellement, pour des raisons politiques. Sans que je puisse exercer de recours. Un cacique d'extrême droite, dont le nom se termine en o, m'aurait quant à lui volontiers traîné devant les tribunaux s'il avait pu....

J'aurais détesté voire une alliance de plusieurs partis contre ma naturalisation. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, à partir du moment où l'on vote. Verra-t-on des listes de noms avec les reccomandations des différents partis: celui-ci oui, celle là non ? La naturalisation, c'est comme la laïcité. Pour que cela fonctionne équitablement, il faut pouvoir rester neutre. Donc loin des excès des campagnes électorales et des lynchages médiatique qui leur sont liés. Y compris dans les plus petites communes ou la rumeur publique peut faire des ravages.

Commentaires

Vous avez raison, surtout à la fin. Une fin, qui me rappelle Valérie Garbani.
Mais, si l'on se base sur votre exemple personnel...
"Je suis naturalisé depuis à peine un an, après 42 ans passés en Suisse", certains se disent que vous n'aviez pas besoin d'un autre passeport, plus que vos êtes français, comme un Alain Delon, riche et français, donc pas besoin d'un autre passeport.
Par contre, pour un kosovar de Serbie, je comprends mieux la nécessité d'avoir un passeport qui lui ouvre les portes du monde entier.
Personnellement, je suis arrivé en Suisse à 18 ans, de la Roumanie, avec un passeport qui ne valait et de loin, pas celui suisse.
Après 2007 et l'entrée de la Roumanie dans l'UE, voila que mon passeport roumain vaut plus que celui suisse.
Néanmoins, mon désir de devenir suisse est tout autre.

Par contre, j'ai fait aussi des recherches, mais pour savoir à quel moment on a introduit la durée de 12 ans en Suisse et à ce sujet, je n'ai pas trouvé d'explications.
C'est pourquoi, je vous saurais gré, de bien vouloir donner vos sources, quant à cette affirmation.
"Sauf qu'elle date du temps où la Suisse n'était pas un pays d'immigration mais une terre d'émigration." quelle année, période, etc. ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 02/05/2008

A partir du moment où j'ai fait le choix d'entrer activement en politique en Suisse, et non plus seulement par mes écrits, il devenait nécessaire de me faire naturaliser.
A noter que quand je suis revenu à Genève après mes études à Paris, comme je n'avais pas conservé mes papiers en Suisse (entre 18 et 23 ans, on a d'autres préoccupations) j'ai du devenir frontalier.
J'avais largement assez d'années de résidence et de scolarité pour me faire naturaliser (à l'époque, sauf erreur c'était 10 ans et les années de scolarité comptaient double), mais pour poser la demande, je devais être résident. Et tant que je n'étais pas naturalisé, pas moyen d'obtenir le droit de résidence... Kafka n'aurait pas fait mieux... C'était à l'époque des votations Schwarzenbach, un copain/précurseur du sieur Blocher.
Quant à l'histoire des flux migratoires en Suisse, ils se sont inversés en gros à la seconde guerre mondiale. Depuis le moyen âge, les Suisses émigraient, comme mercenaires puis comme ouvriers agricoles. Durant tout le XIXème et la première moitié du XXème, ils furent nombreux, en France, en Amérique et dans les colonies. Personne ne voulait venir habiter en Suisse, qui était un pays pauvre et sans ressources. Sauf bien sûr à Genève, mais c'est une autre histoire.
C'est seulement après la seconde guerre mondiale que le flux s'est inversé, avec l'immigration italienne dans un premier temps. Or le principe de la naturalisation par les urnes est évidemment bien antérieur, puisqu'il remonte au joyeux temps des Landsgemeinde, où l'on parlait d'ailleurs plutôt d'accorder la bourgeoisie que la nationalité en tant que telle.

Écrit par : Philippe Souaille | 02/05/2008

Rien n'as changé depuis, c'est même devenu pire. A mon avis. En effet, peut on dire de la Suisse que c'est un pays riche alors même que l'on compte des dettes par centaines de milliards ( 220, si mes souvenirs sont exacts ) ?

"Personne ne voulait venir habiter en Suisse, qui était un pays pauvre et sans ressources."

Toujours cette roue qui tourne...

"Quant à l'histoire des flux migratoires en Suisse, ils se sont inversés"

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 02/05/2008

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