12/05/2008

Des FARC a l'UDC

Parmi les nouvelles du week-end, deux ont retenu mon attention. Une sinistre et une hilarante. La première, c'est que les FARC disposent de réseaux dormants, de réseaux de soutien sympathisants et aussi de clandestins actifs dans 17 pays dans le monde, en Amérique du Sud, du Nord et en Europe. Notamment en Suisse. Cela fait un moment qu'on s'en doutait, mais c'est confirmé par un gros dossier du quotidien de gauche espagnol "El Pais". Qui a notamment eu accès aux fichiers trouvés dans les ordinateurs de Raul Reyes.  On peut espérer que les documents relatifs aux réseaux en Suisse seront transmis aux autorités helvétiques, afin qu'elles évaluent la situation en connaissance de cause.

La nouvelle désopilante, c'est que le boss genevois de l'UDC s'en prend vertement au Conseil administratif de la Ville de Genève pour avoir mis son grain de sel dans une affaire fédérale qui dit-il, ne le regardait en rien... Hors de quelle affaire s'agit-il ? De la votation qui vise à rendre aux communes le choix de la manière avec laquelle elles entendent naturaliser ! Le tout au nom de la souveraineté communale sacro-sainte qui fonde et organise la légitimité du peuple suisse selon les dires du même boss de l'UDC dans son blog il y a quelques jours.

Donc le Conseil administratif n'a pas le droit de donner son opinion sur une affaire qui concerne au premier chef les communes. Curieuse conception de la démocratie, qui rejoint bien l'nitiative muselière de la même UDC. Dans le même texte, le parrain de l'UDC genevoise explique que la Suisse n'est pas une nation, mais un peuple. La différence est subtile. Les bretons, les occitans, les corses, les basques, les savoyards et même les chtis :-), qui tous parlaient des langues différentes il y a 100 ans, apprécieront. Le problème, c'est que le rouleau compresseur de l'UDC, bien qu'il prêche le contraire est le plus grand ennemi du Fédéralisme.

Blocher, Feysinger et les autres, c'est un seul parti, une seule pensée de l'est à l'ouest de la Suisse. D'abord dans le parti, ensuite dans l'économie et enfin dans toute l'organisation sociale et pourquoi pas culturelle du pays. Moi ça me fait froid dans le dos. On commence par Mme Widmer-Schlumpf et toute sa section grisonne, puis on traite Pierre Maudet, conseiller administratif radical, en dangereux gauchiste car il s'est exprimé sur les naturalisations au nom du Conseil administratif... Dangereux gauchiste parce qu'il a exprimé l'opinion des autorités de la commune... qui  ne sont bonnes à prendre, pour l'UDC, que quand elles confortent les positions du Roi Blocher...

Commentaires

En vous lisant d'abord et Soli Pardo ensuite, je me rends compte que vous êtes resté un franco-français...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 12/05/2008

Je pourrai dire que le qualificatif m'honore, venant d'une personne d'origine roumaine, ayant passé deux fois moins de temps que moi en Suisse et n'y ayant pas fait ses écoles. Le boss de l'UDC étant lui-même d'origine levantine, je vais finir par penser, personnellement, qu'il y a certaines subtilités de ce qui fait la Suisse, ainsi que de l'esprit de Genève, qui échappent aux ténors de la droite extrême locale. A commencer par le consensus helvétique.
Cela étant, ayant l'esprit large, je considère pour ma part que vous méritez cependant votre naturalisation, parce qu'il ne me viendrait pas à l'idée de remettre en cause un droit acquis, et parce que bien des Suisses de souche n'ont qu'une idée bien plus vague que la vôtre de la nature de nos institutions.

Écrit par : Philippe Souaille | 12/05/2008

Les différences fondamentales entre un français ayant vécu en Suisse et un roumain, sont dans le fait que le roumain a subi le communisme pendant 18 ans, les plus belles années de la vie d'un individu, celles de l'enfance et de l'adolescence.

De plus, avec un beau-père bernois, la mentalité d'un roumain ( qui ne fût pas un réquerant d'asile politique ), est plus "suisse toto", que celle de n'importe quel étranger, devenu suisse à Genève.

Juste pour l'anecdote, j'ai passé aussi du temps dans les écoles suisses.

La Suisse a une pratique de la démocratie directe de plus de 700 ans, ce que beaucoup d'étrangers, même naturalisés, ne comprennent pas, surtout ceux venus de pays "paternalistes", comme la plupart des pays européens, avec une histoire monarchique.

Comprendre la Suisse, son histoire, son fonctionnement ne peut se faire que par ceux qui veulent du plus profond d'eux même s'adapter, s'intégrer, s'assimiler, oublier leurs racines, provenant d'un accident ( la naissance, je n'ai pas demandé à venir au monde dans un pays communiste ! ).

Il y en a beaucoup d'étrangers qui veulent devenir suisses, pour pouvoir changer les choses et non pas s'y adapter.
Tout comme ceux qui ont l'idée saugrenue d'adhérer à l'UE, pour être membre et y changer les choses.
Se heurter à 27 nations, bien plus peuplées donc plus fortement représentées au Parlement Européen ne permettras pas de changer quoi que ce soit.

Ceux qui ont compris que Don Quichotte perdait son temps à vouloir lutter contre les moulins à vents, comprendront aisément qu'il est inutile de devenir suisse, pour être dedans et changer les choses.

Malgré la présence d'un Velasco, d'un Hodgers, d'un Lumengo, les autochtones ne prendront pas le chemin "tracé" par des naturalisés...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 12/05/2008

Cher Monsieur,
la Suisse n'est heureusement pas composée que de "suisse-totos". Il y a aussi des romanches, des tessinois, des romands... et même des tas de suisse-alémaniques de ma connassance, originaires de Berne ou d'ailleurs qui ont le züridütsch en horreur.
J'ai moi-même eu le plaisir et l'honneur d'avoir un beau père grison durant quelques années. Plus précisément bregagliote, donc minoritaire au sein des Grisons même et qui parlait six langues couramment. Mais ces susceptibilités fédérales dépassent apparemment votre niveau de suissitude. Il est vrai que les Grisons ne sont pas en odeur de saintenté en ce moment dans vos sphères politiques.
Je n'ai pas fait mes écoles à Genève et j'y ai appris que la Suisse moderne - et Genève en particulier - s'est construite grâce aux apports étrangers. Techniques, politiques, culturels... et financiers ! C'est d'ailleurs la (grosse)faille de la logique isolationniste: si l'UE voulait s'arranger pour bloquer les flux financiers avec la Suisse, notre économie s'écroule. Tandis que celle de l'UE enregistre une crise passagère. Près de 80% de nos échanges se sont avec l'UE, mais même si nous sommes un partenaire important, nous ne représentons que quelques pour cents des leurs. Et en plus en utilisant leur argent pour nous financer, ce qui constitue un regrettable talon d'achile qui ne pourra pas perdurer éternellement.
La Suissitude historique donne de jolis décors pour les vallées premières et l'on ne saurait s'en passer, mais seule, elle n'a jamais tellement fait avancer les choses. Or je doute que vous apprécieriez de vivre encore dans les conditions d'inconfort des pâtres alpins.

Écrit par : Philippe Souaille | 12/05/2008

On va arrêter de parler de nos suissitudes différentes, pour revenir à votre débat principal.

"Curieuse conception de la démocratie, qui rejoint bien l'initiative muselière de la même UDC."

Si le peuple élit ses conseillers, qui eux, à leur tour élisent les conseillers fédéraux, en quoi doivent ils exprimer une opinion partisane, alors qu'ils ont, indirectement élus par le peuple ?
Rappelez vous des mensonges du Conseil Fédéral de 1994 sur la LAMAL et son acceptation due aux mensonges du PS & Ruth Dreifuss !

Lisez le site http://www.stoplamal.ch vous vous rendrez compte à ce moment-là que ce que vous appelez "initiative muselière", n'est en fait qu'une excellente initiative, qui veut que le Conseil Fédéral & les administrations arrêtent de faire de la propagande et d'influencer les opinions.

D'ailleurs, je ne comprends pas pourquoi faut-il être contre, alors qu'à l'UDC, par exemple, les chiffres statistiques émanant de l'administration ne pourront plus être cités & interprétés à volonté !

D'ailleurs, regardez aussi les critiques lors de votations diverses, comme celles sur la caisse maladie unique, soit-disant financée par les assureurs, pour faire dire à Couchepin, Oui peuple suisse vote pour ! ( ou contre ! )...

Est-ce que Micheline Calmy-Rey, Moritz Leuenberger vont, comme Eveline Widmer-Schlumpf, aller contre l'opinion de leurs partis respectifs, au point de vouloir taper sur son conjoint ? ( toujours au sujet de EWS et son mari )...

Ah ces lobbyistes de Berne, ils sont le bras long...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 12/05/2008

"Le boss de l'UDC étant lui-même d'origine levantine, je vais finir par penser, personnellement, qu'il y a certaines subtilités de ce qui fait la Suisse, ainsi que de l'esprit de Genève, qui échappent aux ténors de la droite extrême locale."

En fait, il y a deux catégories de naturalisés, ceux qui, comme Soli Pardo et Victor Dumitrescu, se feraient hâcher pour le pays qui les a acceptés comme citoyens à part entière, et ceux, comme les membres de la Légion étrangère du Conseil national, qu'on retrouve dans les rangs de l'anti-Suisse adhésionniste et immigrationniste.

En outre, je tiens à préciser c'est plutôt au sein de cette Légion étrangère qu'à l'UDC, que vous trouverez ces soutiens sympathisants des FARC, qui vous inquiètent...

Écrit par : Scipion | 12/05/2008

Cher Monsieur Dimitrescu, vous devriez vous renseigner un peu mieux sur l'histoire de la Suisse avant de vouloir donner des leçons aux autres sur la question. Quand vous prétendez que "la Suisse a une pratique de la démocratie directe de plus de 700 ans", vous me faites ricaner. Résumer le fonctionnement de la Suisse d'Ancien Régime et de sa Diète au fonctionnement de quelques cantons à landsgemeinde relève de la malhonnêteté intellectuelle chère à quelques partis populistes de droite. Ne confondez pas cantons à landsgemeinde et Suisse, les premiers faisant partie de la seconde mais la seconde ne se limitant pas aux premiers. En aucun cas, la Diète de l'Ancien Régime ne peut être assimilée à une forme de démocratie directe. Exception faite des cantons à landsgemeinde, la Suisse sous l'Ancien Régime n'était pas plus démocratique que ses voisins.

(Pour info, avant que vous ne me traitiez de français qui ne comprend rien à la Suisse, la présence de ma famille est attestée en terre romande depuis plus de 600 ans)

Écrit par : Winkelried | 12/05/2008

Nous allons donc arrêter avec ces effluves nationalistes qui me sont personnellement fort désagréables. Des gens d'extrême gauche et des gens d'extrême droite, ou des gens d'extrême centre, il y en a autant parmi les Suisses de souche que parmi les étrangers ou les naturalisés. C'est comme les cons ou les génies. C'est assez universellement réparti. Il y a même des Suisses de souche fondamentalistes islamiques, alors...
Quand à l'ineptie qui consiste à vouloir interdire de parole le Conseil Fédéral, je dois dire que je ne comprend carrément pas le sens de vos propos M.Dumitrescu. Pourtant, l'un de mes métiers consiste à rendre compréhensible des textes abscons écrits par d'autres....
A tout hasard voici donc partie d'un texte que j'ai écrit pour le dernier numéro du Genevois le bimensuel du Parti radical genevois :
Selon l'UDC, ceux-là même que nous avons élus (ou plutôt que nos élus ont élus) n'auraient pas le droit de défendre leurs projets ? C'est absurde et grotesque. Ils ont une légitimité naturelle à exprimer leurs points de vue et même à faire œuvre de pédagogie. Leurs experts n'ont-ils pas réuni des dossiers avisés sur toutes ces questions ?
Certes, leurs avis bien balancés risquent d'ébranler ceux, plus tranchés, des lobbyistes qui s'affairent autour du Parlement, représentants des milieux syndicaux ou économiques. On peut en effet espérer que les Conseillers Fédéraux, de par leur fonction et leurs règles de collégialité, seront un peu au-dessus des clivages partisans.
C'est précisément ce qui déplaît à l'UDC, dont la vision du monde est toute en noir et blanc. Ses intentions sont transparentes: l'UDC a un besoin vital d'oppositions fortes et dispose de moyens quasi illimités, grâce à ces soutiens dans la très haute finance. Si l'Etat et le Conseil Fédéral n'ont plus les moyens de répliquer, M. Blocher et ses amis auront le champ libre.
Il est inquiétant que tant de gens se laissent abuser. Car si l'UDC parvenait à bâillonner le Conseil Fédéral, quel serait le stade suivant ? Lui lier les mains, tout simplement, l'empêcher d'agir en lui coupant les vivres, en réduisant tous ses budgets.
C'est bien de cela qu'il s'agit. L'Etat tentaculaire à la mode socialiste est insupportable et contre-productif. Mais l'Etat virtuel de l'UDC, au service exclusif des puissants, ne vaut guère mieux.

Écrit par : Philippe Souaille | 12/05/2008

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