18/05/2008

La Paz en America

Il est absolument désolant de penser que les bruits de botte entre la Colombie et le Venezuela risquent effectivement de se transformer en escalade qui pourrait déboucher sur le pire. La guerre, entre deux pays si proches qu'ils ont le même fondateur, un métis né au Venezuela, qui donna toute sa mesure en Colombie. Sous l'égide de Simon Bolivar, les deux pays ne firent qu'un, avec le Panama et l'Equateur en prime: la Gran Colombia.

Les connivences des FARC avec Chavez, ou de Chavez avec les FARC, sont d'une telle évidence stratégique que les révélations de l'ordinateur de Raul Reyes, confirmées par les spécialistes d'Interpol, n'ont fait que sortir au grand jour ce que tous les observateurs de l'ombre et autres spécialistes des guerres secrêtes subodoraient depuis longtemps. La Colombie de Uribe est comme une verrue dans l'Amérique andine gauchisante de Chavez. Une verrue qui clignote comme un phare, car non seulement elle est un coin libéral enfoncé dans ce bout de continent s'loignant lentement mais sûrement de l'économie de marché, mais le développement et l'amélioration des conditions de la vie quotidienne y sont bien meilleures et plus rapides que dans les terres chavistes. Alors même que la Colombie n'a pas de pétrole et doit affronter les rebéllions armées. Les Vénézueliens qui de plus en plus manquent de produits de première nécessité et s'enfoncent lentement mais sûrement dans la pénurie communiste sont idéalement placés pour le savoir.

Penser une seconde que Chavez, qui lui-même a commencé sa carrière politique par un coup d'Etat militaire, se contente de rester les bras croisés en observant les efforts d'une guérilla visant à renverser son principal ennemi et rival, guérilla dont il accueille les chefs à bras ouverts en les traitant de "frères d'armes" et de "Combattants de la Liberté", c'est faire preuve d'un rare aveuglement ou d'une sacrée dose de mauvaise foi. Ils sont assez rares les pseudo journalistes qui osent encore risquer ce genre de fariboles, indépendamment de tout ce que l'on peut dire ou écrire sur l'histoire des manipulations et de la guerre secrète. 

Les plus grands journaux européens, El Païs, le Monde, ont eu accès aux informations trouvées dans les ordinateurs de Reyes et quelle que soit leur opinion auparavant, certainement pas uribiste dans le cas de la correspondante du Monde à Bogota, Marie Delcas, leurs conclusions furent limpides. Chavez est mouillé. Jusqu'à la moëlle. Et autant la divergence idéologique fondamentale entre Al Qaïda et Saddam Hussein sautait aux yeux de tous les observateurs éclairés, jettant de sérieux doute sur les soi-disant preuves brandies à l'ONU par Washington, autant la convergence de vues et d'intérêt ente Chavez et les FARC est claire, nette et sans bavure. 

Le constater et l'admettre ne fait pourtant pas avancer le schmilblick. Comment éviter l'escalade, qui ne profiterait à personne ? La France de Sarkozy et Fillon est sérieusement discréditée dans cette histoire. On ne gère pas un pays et ses relations internationales comme on gère un parti politique, en jouant des muscles. Or c'est toute l'expérience que possède Paris en la matière, ce qui lui vaut de se vautrer dans le ridicule. Autre membre de la triplette des négociateurs, l'Espagne est rejetée par le Venezuela, depuis l'accrochage de Juan Carlos, qui n'a jamais aimé les militaires putchistes, avec le parachutiste de Caracas. Reste la Suisse, qui jusqu'à présent a su rester discrète. Qu'elle continue son travail pour les otages. Et si intermédiation il doit y avoir entre les gouvernements, laissons plutôt faire les diplomates brésiliens. Eux peuvent réellement avoir du poids sur place, et de la légitimité auprès des deux gouvernements.

Commentaires

Vous indiquez que:"Les plus grands journaux européens, El Païs, le Monde, ont eu accès aux informations ans les ordinateurs de Reyes et quelle que soit leur opinion auparavant, certainement pas uribiste dans le cas de la correspondante du Monde à Bogota, Marie Delcas, leurs conclusions furent limpides. Chavez est mouillé."
Il me semble que cette phrase contient plusieurs inexactitudes importantes:

-INTERPOL dit:" Le rapport d’INTERPOL a également souligné que l’objet de son analyse technique n’était pas d’établir l’exactitude ou l’origine du contenu des éléments de preuve informatiques."

-Par ailleurs, il indique qu'aucun document n'a été modifié entre le moment où NTERPOL a reçu les documents. Cependant 45000 documents ont été modifiés à des dates postérieures à 2009! Curieux non?

-Enfin INTERPOL ne reconnaît pas avoir communiqué les données aux journalistes, qui les leur a données? Les avez vous eues personnellement?

Je pense que voud devriez aller consulter vous même le rapport d'INTERPOL plutot que de faire confiance à des déclarations douteuses.

Écrit par : sillou | 18/05/2008

Monsieur (ou Madame) sillou, votre message n'est pas d'un grand intérêt puisque le fond de mon propos est précisément de rappeler l'évidence objective, pour tout observateur attentif, de l'existence de liens entre Chavez et les FARC. Le comportement de connivence du responsable des SR vénézueliens durant la libération des otages n'en était qu'un indice de plus.
Vos arguments sont non relevant. Votre remarque sur la date indique uniquement que pour des raisons qui lui appartiennent, et peut-être par erreur, Reyes avait réglé la date d'un des ses ordis sur 2009. Allez-y, faites l'expérience, vous pouvez ainsi aller créer ou modifier des documents en les datant de 2060 si vous le souhaitez. et une fois revenus à la date normale, ils resteront modifiés en 2060...
Quant au rapport d'Interpol, il précise exactement ce qu'on lui a demandé de préciser. A savoir que les SR colombiens (ou étasuniens, puisque l'extrême-gauche tient à les impliquer, mais les colombiens sont fort capables de se débrouiller tous seuls sur ce coup) n'ont pas trafiqué les fichiers depuis le moment où ils ont été saisis dans le camp de Reyes.
Le fait que les ordis concernés aient bien été saisis là et pas ailleurs et qu'ils n'ont pas été créés de toute pièce par les services colombiens peut difficilement être prouvés dès lors que seuls les soldats colombiens sont témoins de l'endroit où ils les ont récupérés.
C'est l'argument de l'extrême gauche et de Chavez : nier toute l'affaire. Mais cela ne tient pas debout. D'abord à mon avis, si les services colombiens avaient voulus créer de fausses accusations, faites moi confiance, elles seraient beaucoup plus salées: on y découvrirait que Chavez est mouillé jusqu'au coup dans le trafic de cocaïne, qu'il va fournir du plutonium ukrainien aux FARC et sans doute quelques croustillantes affaires de moeurs en prime. Tel n'est pas le cas.
Ensuite, pour créer de toutes pièces des centaines de milliers de fichiers, sur plusieurs ordinateurs, rentrés non pas en quelques jours, mais en quelques années - ce qui précisément a été vérifié par Interpol - cela prend non pas quelques jours... mais quelques années. Or penser que la Colombie aurait pu travailler dans le plus grand secret durant plusieurs années à un tel projet, dans l'hypothétique espoir de pouvoir attribuer un jour la propriété de ces ordis à Raul Reyes, c'est du très grand délire, de la paranoïa aigue. Cela relève de la psychiatrie.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/05/2008

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